04. La permission de préparer une pâte fluide de manière inhabituelle

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Comme nous l’avons vu, l’interdit toranique de lach porte sur le pétrissage d’une pâte épaisse, acte par lequel les particules se rassemblent en un bloc unifié, de sorte que, si l’on mettait cette pâte dans une assiette, elle ne coulerait pas, ni ne se répandrait sur les côtés. Mais faire une pâte fluide, que l’on peut verser d’un récipient à un autre, et qui s’étale sur les côtés quand on la met dans une assiette, n’est pas interdit par la Torah. En effet, préparer une telle pâte n’est pas considéré comme un acte de pétrissage mais seulement de remuement (be’hicha). Toutefois, puisqu’il est à craindre de se tromper, et de faire une pâte épaisse, transgressant ainsi un interdit toranique, les sages ont dressé une haie protectrice autour de la Torah en interdisant de faire une pâte fluide. Cependant, les sages permettent de faire une pâte fluide en introduisant un changement (chinouï) dans l’exécution de l’acte car, à l’aide de ce changement, on se rappellera l’interdit toranique, et l’on prendra soin de ne pas rendre cette pâte épaisse.

Le changement doit s’opérer dans la manière de réunir les ingrédients. Si l’on a l’habitude de placer d’abord la matière sèche puis d’y verser le liquide, on placera d’abord les ingrédients liquides, puis on y versera la matière sèche. Si l’on a l’habitude de placer d’abord les liquides et d’y verser la matière sèche, on placera d’abord la matière sèche et l’on y versera les liquides. Dans ce dernier cas, on versera tous les liquides en une fois, afin qu’une pâte épaisse ne soit pas d’abord formée.

Ensuite, durant l’étape du remuement, certains estiment qu’il n’est plus nécessaire de rien changer, si ce n’est que l’on ne mélangera pas vigoureusement, comme on le ferait les jours de semaine. D’autres sont rigoureux, exigeant de modifier également la forme du remuement : par exemple, au lieu de mélanger la pâte en tournant la cuiller, on mélangera en imprimant à celle-ci des mouvements rectilignes, d’un côté à l’autre du récipient, ou en quadrillage ; ou bien encore en remuant du doigt, ou en faisant tanguer le récipient, ou en transvasant la pâte d’un récipient à un autre, de façon qu’elle se mélange. A priori, il est juste de se rendre quitte aux yeux de tous les décisionnaires, en modifiant aussi bien la façon de réunir les ingrédients que la façon de remuer.

Quand il n’y a pas d’ordre particulier dans la manière de réunir les ingrédients, on placera d’abord la matière sèche, et l’on versera les liquides par-dessus ; en plus de quoi on aura soin de modifier sa manière de remuer[7].

Il est permis d’ajouter des liquides à une pâte épaisse pour la rendre fluide ; en effet, l’adjonction d’eau dans la pâte produit l’opération inverse du pétrissage, car ce dernier rassemble les parties en une pièce unitaire, tandis que l’adjonction d’eau affaiblit leur fusion (Béour Halakha 321, 15, passage commençant par Yakhol).

D’après cela, il est permis d’ajouter de l’eau à une pâte de te’hina[a] brute, puisque l’eau la rend plus fluide. Certains, il est vrai, l’interdisent, parce que, durant le processus de fluidification, il y a une étape où la pâte durcit légèrement (Chemirat Chabbat Kehilkhata 8, 31). Cependant, en pratique, l’essentiel tient dans l’opinion indulgente, puisque, en fin de compte, la pâte devient plus fluide. De plus, la graine a déjà été pilée et réduite à l’état pâteux à la veille de Chabbat, si bien que, de l’avis de nombreux auteurs, l’interdit de pétrir ne s’y applique plus (Choul’han ‘Aroukh 321, 15). Pour sortir du doute, il est juste de remuer cette pâte de manière inhabituelle, quadrillée au lieu de circulaire.


[7]. Pour la Dricha, se fondant sur plusieurs Richonim, il suffit de faire un changement dans la manière de réunir les ingrédients. Selon le Teroumat Hadéchen 53, il faut également faire un changement dans la manière de remuer. Le Choul’han ‘Aroukh 321, 14 écrit qu’il n’est pas nécessaire de modifier le remuement (c’est aussi ce qu’incline à dire le ‘Hazon Ich 58, 5 ד »ה ומשמע, et c’est ce qu’écrit le Menou’hat Ahava II 9, note 43). Toutefois, selon le Michna Beroura 321, 57 et le Ben Ich ‘Haï, seconde année, Michpatim 18, il est bon de modifier le mode de remuement.

Quand il n’y a pas d’ordre habituel dans la manière de réunir les ingrédients, on placera, selon Teroumat Hadéchen, Elya Rabba, Tossephot Chabbat et ‘Hoq Ya’aqov, la matière sèche en premier. Selon le Taz, puisqu’il n’est pas possible de modifier l’ordre de placement des matières, il ne saurait y avoir d’autorisation à faire la pâte. Ce débat est rapporté par Michna Beroura 321, 57. Puisque la règle est rabbinique, on peut s’appuyer sur l’opinion indulgente (Chemirat Chabbat Kehilkhata 8, 9, Menou’hat Ahava II 9, note 39).

 

[a]. Spécialité orientale. Pâte fluide de sésame.