01. Les quatre travaux liés au tri

Quatre travaux (mélakhot) ont pour objet de séparer la partie comestible des aliments de leur partie non comestible : battre les céréales (dach), vanner (zoré), trier (borer) et tamiser (meraqed).

La mélakha de battre (dach, littéralement « fouler ») consiste à enlever le grain comestible de l’enveloppe dans laquelle il pousse. Ce travail est ainsi appelé en référence à la séparation des grains de céréales d’entre les épis et la bale. Après avoir moissonné et rassemblé la récolte, on battait les épis avec des fléaux afin d’en séparer les grains. Quand la récolte était abondante, on faisait fouler les épis par une bête. Pour rendre le foulage plus efficace, on attachait à la bête une herse, large planche plantée de lames ou de pierres. La bête la traînait sur les épis, et les grains se détachaient (pour plus de détails sur cette mélakha, cf. § 17-18).

Après le battage, les grains restaient mêlés de résidus de paille et de bale. Pour les en extraire, on vannait la récolte au vent, c’est-à-dire que l’on projetait les grains vers le haut, au moyen d’un van ou d’une pelle ; le vent emportait la bale et la paille, qui sont légères, et les grains, plus lourds, retombaient dans le tas. C’est la mélakha du vannage (zoré).

Parmi le tas de grains, il restait encore des agrégats de poussière et des pierres, que l’on ôtait manuellement : c’est la mélakha du tri, au sens strict (borer).

Après cela, on moulait les grains de blé pour en faire de la farine. Mais comme l’enveloppe du grain de blé est plus dure que le grain lui-même, elle produit des particules épaisses appelées son. Pour séparer la farine du son, on la tamisait au crible. La farine passait au travers du filtre, tandis que le son restait en dessus. Telle est la mélakha du tamisage (meraqed).

La mélakha de tri (borer) se fait à la main, celle du tamisage (meraqed) au moyen d’un instrument. Borer consiste à extraire le déchet ; dans meraqed, le déchet reste dans le tamis, tandis que la farine descend. Nous voyons de là qu’il existe plusieurs types d’opérations de séparation entre partie comestible et déchet. Mais toutes, dès lors qu’elles sont exécutées suivant leur mode normal, sont interdites par la Torah, le Chabbat. Si elles sont exécutées avec un changement (chinouï), elles sont interdites par les sages. Si, en revanche, on les exécute sur le mode dit de la consommation (dérekh akhila), elles sont permises, comme nous l’expliquerons par la suite.

De la multiplicité des travaux destinés à séparer le déchet du comestible, nous voyons combien la pratique du tri est centrale dans notre quotidien. Le monde entier est confus, mêlé ; l’aptitude à séparer le bon grain de l’ivraie permet à l’homme de développer le monde et de le perfectionner. Ces travaux font aussi allusion à l’œuvre de l’âme humaine car, du point de vue des valeurs morales aussi, le monde est confus et enchevêtré, notre rôle étant de distinguer le bien du mal. S’il était parfaitement clair que le bien se tient d’un côté et le mal de l’autre, il serait facile de choisir le bien. Le problème est qu’au sein même du bien, se trouve encore du mal, et qu’au sein même du mal, réside encore du bien. Ce qui est considéré comme mauvais en un endroit peut être regardé comme bon en un autre endroit. Le grand défi que le Saint béni soit-Il place devant l’homme est de trier le bien du mal, de mettre chaque chose à sa place, et de réparer ainsi le monde.

Les jours de semaine, nous devons nous livrer à la complexe tâche d’extirper le mal d’entre le bien, ce qui exige d’entrer en contact avec le déchet et le mal qui sont au monde. Le Chabbat, en revanche, il faut se concentrer sur le bien qui réside dans l’intériorité des choses, s’en délecter et se relier aux principes de la foi. Par la force de la sainteté et de la foi, que nous intériorisons le jour de Chabbat, la faculté nous est donnée de distinguer, les jours profanes, entre le bien et le mal, et de nous livrer à l’œuvre de tri qu’exige le parachèvement du monde.