04. Ecriture provisoire, jeux de lettres et puzzles

Comme nous l’avons vu, quand l’écriture se fait de façon provisoire, l’interdit est rabbinique. De même, quand on efface un texte sans que l’intention soit de pouvoir écrire un autre texte à la place, l’interdit est rabbinique. Par conséquent, il est rabbiniquement interdit d’écrire des lettres sur de la buée qui s’est condensée sur une fenêtre ; il est de même interdit d’effacer de telles lettres. De la même façon, il est interdit d’inscrire des lettres dans le sable ou de les effacer (Michna Beroura 340, 20-21).

Il est interdit de marquer un signe dans une feuille de papier, à l’aide de son ongle, dans le but de signaler qu’il y a, à l’endroit de cette incise, un passage important ou quelque erreur à corriger. En effet, le signe en question est de nature à se maintenir durablement, si bien que la chose est rabbiniquement interdite (Michna Beroura 340, 25, Kaf Ha’haïm 51). En revanche, il est permis de plier le coin d’une page pour servir de rappel, car le but n’est pas ici de tailler un signe dans le papier : c’est le pli lui-même qui constitue le signe.

Certains décisionnaires autorisent un malade à utiliser une bande thermomètre, car il n’y a pas là d’écriture. En effet, les lettres sont déjà inscrites sur la bande avant usage, et quand elles apparaissent, ce n’est que pour un bref instant, par le biais de la fièvre, puis elles disparaissent aussitôt après (Ye’havé Da’at IV 29). D’autres l’interdisent, car il s’agit d’une écriture temporaire (Chemirat Chabbat Kehilkhata 40, 2). Puisque cette règle est rabbinique, on peut être indulgent en cas de besoin (Tsits Eliézer XIV 30 ; cf. ci-après chap. 28 § 11).

Dans le même ordre d’idées, il ne faut pas, a priori, procéder à un examen médical entraînant l’apparition d’une couleur ; mais en cas de nécessité pressante, on peut être indulgent (cf. chap. 28 § 11).

Il est permis de poser côte à côte des cubes de couleur en donnant à leur ensemble la forme d’une lettre ; de même, il est permis de disposer un fil en lui donnant la forme d’une lettre[c], car les cubes ou le fil existaient déjà, et l’on s’est contenté de les ordonner en leur conférant une forme de lettre. Il est également permis d’assembler deux cartes qui, mises ensemble, forment un dessin signifiant ou une lettre, ou encore un mot ; en effet, tout était déjà écrit dès l’abord, et l’on se contente de rapprocher l’un de l’autre les éléments constitutifs de cette forme ou de ce texte.

Tout cela n’est dit que dans le cas où les fragments ne s’attachent pas l’un à l’autre, ni ne s’attachent à un tableau. Mais si les fragments s’attachent, la majorité des décisionnaires contemporains estiment que la chose est interdite rabbiniquement. Par conséquent, il est interdit, selon eux, de ficher des fragments de lettres dans un tableau pour composer des lettres, en raison de l’interdit d’écrire. De même, ils interdisent d’assembler un puzzle, car composer des formes dotées d’une signification est également interdit au titre de la mélakha d’écrire. D’autres le permettent, car il n’y a là, selon eux, nul fait d’écriture. En effet, tout est déjà écrit (ou dessiné), et l’on se contente d’assembler des lettres ou les pièces d’un puzzle l’une à l’autre. Toutefois, de l’avis même des décisionnaires indulgents, il est interdit de les assembler dans le but d’en fixer l’ensemble en tant que tableau définitif.

En pratique, ceux qui veulent le permettre à leurs enfants y sont autorisés ; mais pour les adultes, il est juste d’être rigoureux, car telle est l’opinion de la majorité des décisionnaires. Plus généralement, il faut savoir que le temps du Chabbat doit être consacré à la Torah, si bien que, selon certain auteurs, tous les jeux sont interdits aux adultes, le Chabbat (cf. ci-après chap. 22 § 13, chap. 24 § 7 et Har’havot)[3].

Il est permis d’utiliser un cadenas à chiffres, car le fait de tourner les chiffres n’est pas un fait d’écriture. En effet, les chiffres sont déjà écrits avant usage, et l’on se contente de modifier brièvement leur emplacement pour qu’un chiffre déterminé apparaisse et que le cadenas s’ouvre (Tsits Eliézer XIII 44).


[c]. Uniquement si la forme disparait lorsque l’on reprend le fil.

[3]. Le Chemirat Chabbat Kehilkhata 16, 24 est rigoureux, mais il écrit en note 66 qu’il n’y a pas lieu d’en empêcher un enfant, car celui-ci peut s’appuyer sur l’opinion indulgente. Telle est la position de la majorité des décisionnaires. Le Or lé-Tsion II 42, 6 le permet aux petites filles, mais non aux petits garçons, afin de ne pas les habituer à perdre un temps qui pourrait être consacré à la Torah. Quant aux adultes, il le leur interdit au titre du mouqtsé ; cf. Har’havot.