01 – Différences des rites de prière

À la suite des exils et de la dispersion des communautés, des différences sont apparues dans les rituels de prière des diverses diasporas. Certes, dans les fondements de la prière, c’est-à-dire dans ce qu’ont institué les membres de la Grande Assemblée (anché Knesset Haguedola), comme les bénédictions du Chéma et la ‘Amida, les différences sont très légères. Même en ce qui concerne les grandes lignes du rappel des sacrifices (Séder haqorbanot) et les versets de louange (Pessouqé dezimra), qui ont été fixés à l’époque du Talmud et des Guéonim (jusqu’au 6ème siècle de l’ère civile), les distinctions sont légères. Mais dans les ajouts datant de l’époque des Richonim (au Moyen Age), que ce soit dans le rappel des sacrifices ou dans la conclusion de la prière, les différences entre communautés se font plus saillantes. En effet, ce que l’on a pris l’usage d’ajouter en Espagne n’a pas été nécessairement adopté en Allemagne, et vice-versa. C’est particulièrement perceptible dans les poèmes liturgiques (piyoutim) rédigés à l’époque des Guéonim et des Richonim, et introduits dans le rituel des jours redoutables et des fêtes. Nous trouvons ainsi des poèmes liturgiques totalement différents entre Séfarades et Ashkénazes, dans les rituels de prière des jours redoutables.

Or il est souhaitable que tout Juif poursuive la tradition de ses ancêtres. Même dans un cas où il est connu que tel autre rituel est plus précis que celui dont on a hérité de ses pères, la règle est que chacun prolonge les usages de ses pères, car la perpétuation de la tradition est plus importante que la précision de tel ou tel mot en particulier.

En ce qui concerne les différences de texte entre Séfarades et Ashkénazes, Rabbi Isaac Louria explique que, selon une tradition bien établie, il existe douze ouvertures au Ciel, correspondant aux douze tribus d’Israël, et que la prière de chaque tribu s’élève par le portique qui lui est particulier. C’est là que réside le secret des douze portiques mentionnés à la fin du livre d’Ezéchiel (Chaar Hakavanot 50, 4 ; Maguen Avraham 68, 1 ; Michna Beroura 68, 4).

On trouve encore des différences entre communautés du point de vue de la prononciation traditionnelle de l’hébreu, tant du point de vue des consonnes – comme, par exemple, les lettres tsadi et qouf – que des voyelles – comme pour le qamats et le ‘holam. Là encore, il revient aux membres de chaque communauté de poursuivre ses usages. Mais quoi qu’il en soit, si l’on a prononcé telle prière différemment de sa tradition, on est quitte de son obligation, car toutes les traditions existant parmi le peuple d’Israël, dans la lecture des lettres comme leur vocalisation, sont recevables (Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm 3, 5 ; même quand il s’agit du texte de la cérémonie de ‘halitsa 1, pour lequel, de l’avis de tous, il faut prononcer distinctement toutes les lettres, on est quitte quelle que soit la prononciation employée).

  1. ‘Halitsa, littéralement déchaussage : cérémonie de libération de l’obligation d’épouser sa belle-sœur en vertu du lévirat.