01 – Saluer son prochain avant la prière

À partir de l’aube, il est interdit de se présenter chez son ami, son père ou son maître pour lui adresser son « chalom » ou quelque autre salutation, tant que l’on n’a pas prié. Procéder ainsi reviendrait à donner à cette personne davantage de considération qu’au Saint béni soit-Il, puisque avant même de louer et de prier l’Eternel béni soit-Il, on irait adresser ses salutations à son prochain (Berakhot 14a)[1].

Mais dans le cas où, chemin faisant, on passerait près de la maison de son prochain, et où les règles de politesse en usage voudraient que l’on entrât chez lui pour le saluer, on serait autorisé à le faire en lui disant « bonjour » ou « bonne matinée » (boqer tov, en hébreu). Mais on ne lui dira pas « chalom », car Chalom est l’un des noms du Saint béni soit-Il, or il ne convient pas, avant de prier, d’honorer une créature de chair et de sang par l’usage d’un nom divin (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 89, 2).

Si l’on rencontre son prochain en chemin, dans la mesure où l’on n’a pas l’intention de lui manifester de marque particulière de révérence, on peut, selon la majorité des décisionnaires, lui adresser son « chalom ». Selon d’autres, il est préférable, même dans un tel cas, de dire « boqer tov » (ou « bonjour ») et non « chalom », afin de garder à l’esprit que l’on n’a pas encore prié, et de ne pas risquer de s’attarder à des propos profanes avant la prière. Il convient de se conformer à cet avis (cf. Michna Beroura 89, 16). Et si, en route vers la synagogue, on rencontre une personne qui a déjà terminé sa prière, et que celle-ci nous adresse son « chalom », on lui répond « chalom », bien que l’on n’ait pas encore prié (Michna Beroura 89, 16).

L’interdit de se présenter chez son ami, son père ou son maître ne tient que si cette visite a pour but de l’honorer ; mais si la visite est motivée par les besoins d’une mitsva, cela devient permis. Par conséquent, si son père a besoin d’être accompagné à la synagogue, il est permis de se présenter chez lui et de l’accompagner ; a priori, on lui dira « boqer tov » et non « chalom ».

De même, quand ses parents sont sur le point de prendre l’avion pour se rendre à l’étranger, et qu’en raison de l’honneur qui leur est dû, on doit les accompagner et les assister, mais que, si l’on attend de terminer sa prière, lesdits parents devront partir entre-temps, on récitera d’abord les bénédictions du matin (Birkot hacha’har[a], puis on accompagnera ses parents à l’aéroport ; après quoi on priera. (Le père priera dans l’avion). La même règle s’applique lorsque l’on doit recevoir ses parents à leur retour de l’étranger[2].


[1]. Certes, le temps de la prière commence a priori au lever du soleil ; mais quoi qu’il en soit, puisque l’on peut a posteriori prier dès l’aube, l’interdit d’aller saluer son prochain commence dès l’aube. C’est ce qu’écrivent le Michna Beroura 89, 8 et le Kaf Ha’haïm Selon le Taz, toutefois, l’interdit ne court qu’à partir du lever du soleil.
[a]. Il se peut aussi que l’on ait à dire le Chéma avant son départ, ou sur la route, afin de ne pas manquer de le dire en son temps (cf. chapitre précédent).
[2]. Le Kaf Ha’haïm 89, 25 rapporte au nom de certains A’haronim qu’il est permis de s’occuper des nécessités d’une mitsva avant de prier, et c’est ce qu’écrit le Michna Beroura 250, 1. Accompagner son père ou son maître à la synagogue est nécessaire à l’accomplissement d’une mitsva et, selon le recueil de responsa Betsel Ha’hokhma, il est permis de les accompagner à l’aéroport. On aura soin, avant cela, de réciter les bénédictions du matin (d’après ce que rapportent Ora’h ‘Haïm et le Teroumat Hadéchen sur le Beit Yossef). (Le Chevout Yaaqov permet en tout état de cause d’adresser son « chalom » à son père ou à son maître, car la Torah ordonne de les honorer. Le Peri Mégadim l’interdit, et le Michna Beroura 89, 10 va dans ce dernier sens).

Selon le Michna Beroura 89, 9, aller saluer son prochain à la place qu’il occupe à la synagogue est également considéré comme « lui rendre visite de bon matin avant la prière ». Mais le Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch tend à être indulgent en la matière. S’incliner en signe de salutation est considéré comme adresser son « chalom » (Michna Beroura 89, 13).

Téléphoner en cas de nécessité semble, à notre humble avis, relever de la même règle que celle qui s’applique lorsque l’on passe à proximité du domicile de son prochain, cas dans lequel il est permis d’entrer sans dire « chalom » ; il sera bon de dire préalablement les bénédictions du matin. Mais s’il n’y a pas de nécessité, la chose est interdite, car cela est assimilable au cas où l’on se rend, avant la prière, au domicile de son prochain dans l’intention spéciale de lui rendre visite. Cf. Iché Israël 13, note 40, d’après lequel certains décisionnaires sont plus indulgents.