01 – Est-il obligatoire de réciter les paragraphes relatifs aux sacrifices ?

Le peuple d’Israël a pris l’usage de lire, chaque matin au début de l’office, le paragraphe du sacrifice journalier (Parachat hatamid, Nb 28, 1-8). Il est vrai que cet usage ne provient pas d’une directive explicite des sages, si bien que réciter ce paragraphe n’est pas considéré comme une obligation formelle. Cependant, dans la mesure où la lecture du paragraphe relatif au sacrifice journalier est basée sur des paroles des sages rapportées dans le Talmud (comme nous l’expliquerons plus loin), et dans la mesure où les sages ont institué l’horaire de la prière de Cha’harit en référence à l’offrande journalière du matin, le peuple juif a pris l’usage de dire ce paragraphe chaque jour, au point que cette récitation a été élevée au rang d’obligation.

Il convient également de dire chaque jour, au début de l’office, le paragraphe de l’encens (Parachat haqetoret : Ex 30, 34-36 et 30, 7-8, versets suivis de passages talmudiques). En effet, à l’époque du Temple, on faisait brûler l’encens lui aussi chaque jour, et le Zohar (Vayaqhel 218, 2) fait un grand éloge de ceux qui disent ce passage quotidiennement. Même si l’on est pressé, il convient de s’efforcer de dire à tout le moins le paragraphe de l’offrande journalière et les versets de l’encens.

Il est bon de dire également les autres paragraphes et prières imprimés dans le sidour, dans la section des sacrifices, mais ce n’est pas obligatoire[1].

Si l’on n’a pas le temps de dire à la fois le paragraphe du sacrifice journalier (Parachat hatamid) et les versets de l’encens (Parachat haqetoret), d’une part,  et d’autre part tous les Versets de louange (Pessouqé dezimra), il vaut mieux omettre le psaume 30 (Cantique pour l’inauguration du Temple, que les Séfarades commencent au verset « Je t’exalterai, Eternel »), cela afin de pouvoir dire ces deux passages relatifs aux offrandes. Si l’on manque encore de temps, on omet aussi Hodou Lachem (« Louez l’Eternel ») ; on peut même omettre Vaïvarekh David (« David bénit l’Eternel… ») ainsi que la Chirat hayam (cantique de la mer Rouge) et Yehi khevod (« La gloire de l’Eternel durera à jamais…»), afin de pouvoir dire le paragraphe du sacrifice journalier et les versets de l’encens[a]. En effet, la lecture de la Parachat hatamid et de la Parachat haqetoret trouve son fondement dans le Talmud, tandis que les différents passages susmentionnés ont été ajoutés aux Pessouqé dezimra par les Savoraïm (6ème et 7ème siècles è. c.) et les Guéonim (jusqu’au 11ème siècle). En revanche, on n’omettra pas les paragraphes principaux des Pessouqé dezimra, car leur lecture a été fixée comme obligation, et l’on a même assorti leur lecture de bénédictions : on n’omettra donc, pour pouvoir dire les versets des sacrifices, ni Baroukh chéamar (bénédiction initiale des Pessouqé dezimra), ni le passage s’étendant depuis Achré jusqu’à la fin des Alléluias (Ps 145 à 150), ni Yichtaba’h (bénédiction finale) [2].


[1]. Le Choul’han Aroukh Harav 1, 9, après avoir écrit qu’il était bon de dire les paragraphes des sacrifices, poursuit : « Quoi qu’il en soit, celui qui peut comprendre et apprendre ce sujet n’a même pas besoin de dire la section des sacrifices tous les jours ; il lui suffit de dire de temps en temps le chapitre de la Michna Eizéhou méqoman [chapitre 5 du traité Zeva’him, qui clôt la section des sacrifices dans le rituel de Cha’harit]… Si l’on sait que l’on se trouve dans une situation qui aurait justifié, à l’époque du Temple, l’oblation d’un sacrifice – par exemple le sacrifice d’Ola (holocauste) pour avoir manqué d’accomplir une obligation de faire, ou pour avoir eu l’intention de transgresser un interdit sans mettre cette intention à exécution, ou encore une offrande de toda (offrande de reconnaissance) dans les quatre cas où l’on doit exprimer sa reconnaissance –, on lira le paragraphe du sacrifice correspondant dès que l’on se sera rendu redevable ». Mais en ce qui concerne le sacrifice journalier, l’auteur écrit : « Tout Israël a pris pour coutume et s’est fixé pour obligation de lire le paragraphe du sacrifice journalier (Tamid) chaque jour… Il est bon de dire également le paragraphe de l’encens (Qetoret)… Certains ont l’usage de dire “Abayé relevait l’ordre du service, etc.” (Abayé hava mésader séder hamaarakha…), et “Maître des mondes, etc.” (Ribon ha’olamim) ». Finalement, l’auteur rappelle l’usage selon lequel l’assemblée ne dit collectivement que le paragraphe du Tamid.

C’est aussi ce que laisse entendre le Choul’han ‘Aroukh au chap. 48. En effet, on peut déduire de celui-ci que tout le monde dit le paragraphe du Tamid ; tandis que, pour ce qui concerne la lecture de la ligature d’Isaac (Aqéda) et les autres passages de la section des sacrifices,  l’auteur écrit (1, 5) : « Il est bon de dire… ». En ce qui concerne les paragraphes du bassin de cuivre (Kior) et du transfert des cendres (Teroumat Hadéchen), qui sont reproduits dans le sidour ashkénaze, ainsi que le paragraphe de la Qetoret, le Choul’han ‘Aroukh dit (1, 9) : « Certains ont l’usage de dire… ». C’est également ce que laisse entendre le Michna Beroura 1, 17, qui décide qu’un endeuillé ne récite pas les paragraphes des sacrifices ; de même, le 9 du mois d’av (Tich’a béav), on récite le paragraphe du Tamid, mais non les autres passages relatifs aux sacrifices (554, 7 et 559, 20). Toutefois, selon le Choul’han ‘Aroukh 554, 4, on dit tous les passages relatifs aux sacrifices, et tel est l’usage séfarade. En tout état de cause, nous voyons que la lecture du paragraphe du Tamid est une obligation, à la différence des autres passages relatifs aux sacrifices.

[a]. Dans la suite du chapitre, nous écrirons Parachat hatamid plutôt que « paragraphe du sacrifice journalier », et Parachat haqetoret plutôt que « paragraphe de l’encens ». De même, nous écrirons sans traduire Pessouqé dezimra (« versets de louange »).
[2]. La source des bénédictions qui précèdent et suivent les Pessouqé dezimra se trouve dans les décrets des membres de la Grande Assemblée et des Tannaïm (cf. chap. 14 § 1). Ces bénédictions ont été instituées pour accompagner la lecture de louanges à Dieu. Comme l’explique le traité Berakhot 4b, la louange la plus importante est Téhila lé-David (Achré suivi du Ps 145) ; en deuxième lieu, viennent tous les Alléluias qui terminent le Livre des Psaumes, comme nous l’apprenons dans le traité Chabbat 118b, suivant la lecture du Rif et du Roch. La source de la lecture de la Parachat hatamid se trouve aux traités Taanit 27b et Méguila Toutefois, cette lecture n’y est pas mentionnée en tant qu’obligation, ni même en tant qu’usage quotidien, et elle ne donne pas lieu à bénédiction. Aussi, les passages principaux des Pessouqé dezimra ont-ils priorité sur la Parachat hatamid. Selon le Avné Yachfé, seuls deux Alléluias (outre Achré) ont priorité sur la Parachat hatamid : les psaumes 148 et 150. L’auteur se fonde en cela sur le commentaire de Rachi sur Chabbat 118b. Cependant, d’après le Rif et le Roch sur Berakhot 32a, tous les Alléluias sont considérés par le Talmud même comme parties constitutives des Pessouqé dezimra, comme nous l’avons écrit ci-dessus. Voir ci-après, lois de Pessouqé dezimra, chap. 14 § 6, et notes 3 et10.

Le premier cantique que l’on peut omettre est le Cantique pour l’inauguration, Mizmor chir ‘Hanoukat habayit (les Séfarades commencent par le mot Aromimkha). En effet, on a commencé à l’intégrer à la prière du matin il y a environ trois siècles seulement, comme prolongement de la Parachat hatamid. S’il faut sauter davantage de passages, on omettra Hodou, car sa récitation est basée sur l’ancien usage consistant à le dire, à l’époque du Temple, lors du sacrifice journalier : c’est précisément pour cette raison qu’on a pris l’usage de le réciter après la récitation de la Parachat hatamid ; il est donc évident que la lecture de la Parachat hatamid est plus importante que celle de Hodou. Yehi khevod, Vaïvarekh David et le Cantique de la mer sont des ajouts de l’époque des Savoraïm et des Guéonim ; il semble donc que la Parachat hatamid, dont la lecture a pour source le Talmud, ait priorité sur ces passages. Il y a une différence d’importance entre  la Parachat hatamid et la Parachat haqetoret : voir Michna Beroura 554, 7, qui décide que l’on ne dit pas le Pitoum haqetoret (versets de l’encens suivis de fragments talmudiques) le 9 av, car ce texte ne fait pas partie du corps de la prière quotidienne, mais que l’on dit en revanche la Parachat hatamid. (Certes, selon le Kaf Ha’haïm 559, 48, on dit le Pitoum haqetoret le 9 av, mais quoi qu’il en soit, nous apprenons des propos du Michna Beroura qu’il y a une différence de degré entre ces paragraphes). De même que, pour la Parachat hatamid, on ne dit que des versets, sans commentaire talmudique, de même on peut, en cas de nécessité, se rendre quitte de la lecture de la Parachat haqetoret par la lecture des seuls versets. En ce cas, on se contentera de la répétition du passage et des paroles rabbiniques qui  s’y rapportent, à la fin de l’office (voir chap. 23 § 5 note 5 ; c’est ce que décide le Avné Yachfé).