01 – L’institution de la répétition de l’officiant

Les membres de la Grande Assemblée (anché Knesset Haguedola) ont décrété qu’une fois la ‘Amida récitée par les fidèles, l’officiant répéterait celle-ci à voix haute, afin d’acquitter de leur obligation ceux qui ne savent pas prier par eux-mêmes (Roch Hachana 34b). Mais pour l’office d’Arvit, ils n’ont pas institué de répétition car, dans son fondement, cet office est facultatif (cf. chap. 25 § 2), aussi n’est-il pas besoin d’en rendre quitte ceux qui ne sont pas versés dans le rituel.

Les sages ont décrété que l’officiant devait lui-même prononcer préalablement la ‘Amida à voix basse, avec les autres membres du minyan, afin d’en bien ordonner le texte dans sa bouche avant d’entamer sa répétition. Ils ont encore décrété que ceux qui savent prier par eux-mêmes doivent, eux aussi, écouter la répétition de l’officiant et répondre amen aux bénédictions.

Or, dans la mesure où ce sont les sages qui ont institué la répétition de l’officiant, il faut la réciter, même en un endroit où tous les fidèles savent prier par eux-mêmes. Même après que l’on eut autorisé de porter à l’écrit la Torah orale, dont fait partie le texte de la prière, et que les livres de prière se furent répandus, au point que presque aucun minyan ne comportait de membre comptant sur la répétition pour  se rendre quitte, le décret des sages ne fut pas révoqué. Car le principe veut que, une fois que les sages ont pris une décision, celle-ci n’est pas susceptible d’être modifiée en raison des circonstances (Choul’han ‘Aroukh 124, 3 d’après un responsum de Maïmonide). De plus, les sages ont institué, au sein de la répétition, la Qédoucha et la bénédiction sacerdotale ; or, si l’on ne disait plus la répétition de la ‘Amida, ces deux cérémonies sortiraient de l’usage (Tour).

Selon la Kabbale, il apparaît qu’en plus de la signification première de cette institution – rendre quitte ceux qui ne sont pas versés dans le rituel –, la répétition possède une signification mystique profonde. D’après cela, l’une et l’autre des récitations de la prière sont nécessaires, car par leur biais celle-ci agit davantage. Aussi, aujourd’hui encore, alors qu’il n’est plus nécessaire de rendre quitte d’éventuels « non-experts », il reste nécessaire de réciter la répétition de la ‘Amida, pour le motif profond que nous avons évoqué. Et c’est une grande source de mérite que de répondre amen à la répétition de l’officiant. Pendant celle-ci, même l’étude de la Torah est interdite (voir Kaf Ha’haïm 124, 16). La valeur de la répétition est même plus élevée que celle de la prière dite à voix basse. Aussi, bien qu’il s’agisse d’une ‘Amida, prière par excellence, dont le contenu est profond et suprêmement élevé, il est permis de dire la répétition à haute voix : en raison de sa haute valeur, il n’est pas à craindre que les écorces[a] aient prise sur elle. Ceux qui écoutent la répétition doivent prendre soin de ne pas la déprécier en conversant. Nos maîtres disent de celui qui bavarde pendant la répétition de l’officiant qu’il est un « pécheur, dont la faute est difficilement excusable et que l’on doit réprimander » (Choul’han ‘Aroukh 124, 7)[b].


[a]. Ecorces (hébreu qlipa, pluriel qlipot) : ce terme désigne, dans la mystique juive, les forces du mal, en ce qu’elles voilent le bien.
[b]. Voir Divré Chalom vé-Emet II p. 23, qui cite des décisionnaires du Maroc et d’Algérie, selon lesquels on n’avait pas l’usage, dans certaines communautés, de réciter la répétition de la ‘Amida, à l’exception de certains jours particuliers tels que Roch Hachana.