01 – Le commandement de Birkat Cohanim

La Torah fait obligation aux prêtres (Cohanim)[a] de bénir le peuple d’Israël, comme il est dit (Nb 6, 22-26) :

L’Eternel parla à Moïse en ces termes : Parle à Aaron et à ses fils et dis-leur : « Ainsi bénirez-vous les enfants d’Israël ; vous leur direz : “Que l’Eternel te bénisse et te garde ; que l’Eternel t’éclaire de Sa face et te prenne en grâce ; que l’Eternel porte Sa face vers toi et te donne la paix.” » Ils placeront Mon nom sur les enfants d’Israël et Je les bénirai.

Ce commandement s’applique chaque jour. Quand un Cohen que l’on a appelé à monter sur l’estrade s’y refuse, et bien qu’en droit strict il ne transgresse en cela qu’un seul commandement de la Torah, on considère en pratique qu’il en transgresse trois. En effet, la formulation des versets laisse entendre que le Saint béni soit-Il désire bénir Israël : par trois fois, et dans des termes dénotant l’impératif et l’empressement, la Torah enjoint les Cohanim de bénir Israël, comme il est dit : « Ainsi bénirez-vous… Vous leur direz… Ils placeront Mon nom ». Aussi, le refus d’un Cohen d’accomplir la volonté du Créateur en bénissant le peuple juif est-il considéré comme une transgression de trois mitsvot de la Torah (Sota 38b ; Maïmonide, Téphila 15, 12).

Même dans le cas où un Cohen a déjà béni Israël le même jour, c’est pour lui une mitsva de monter de nouveau sur l’estrade et de procéder une nouvelle fois à la bénédiction dans le cadre d’un autre minyan, s’il est appelé à le faire. Toutefois, s’il ne monte pas la deuxième fois, il ne lui est pas compté de transgression d’une obligation de rang toranique (Choul’han ‘Aroukh 128, 3).

Le Séfer ‘Harédim (12, 18) énonce un grand enseignement : ce ne sont pas seulement les Cohanim qui accomplissent un commandement de la Torah en procédant à la bénédiction sacerdotale, mais les Israélites eux-mêmes, qui se tiennent face à eux en silence, recueillis, et qui répondent amen à leur suite, sont associés aux prêtres dans l’accomplissement du commandement toranique.

À travers la Birkat Cohanim, nous apprenons à prêter attention à un fait essentiel : c’est le Saint béni soit-Il qui nous dispense la bénédiction ; et notre présence quotidienne pour recevoir la bénédiction sacerdotale enracine en nous la foi en ce principe (Guide des Egarés III, 44 ; Ha’aqéda 74). Plus on est conscient du fait que c’est le Saint béni soit-Il qui bénit son peuple Israël par amour, plus on s’ouvre et l’on se dispose à recevoir la bénédiction (cf. Séfer Ha’hinoukh, commandement n°378). Le libre-arbitre est un fondement du monde. Aussi la bénédiction que le Saint béni soit-Il nous dispense est-elle liée à notre propre intervention ; ou, selon les termes de la Kabbale : « De l’éveil d’en bas dépend l’éveil d’en-haut. » En d’autres termes, par l’éveil de notre volonté de recevoir Sa bénédiction, s’éveille la volonté supérieure de déverser la bénédiction sur Israël. Par l’accomplissement de la mitsva de la Birkat Cohanim, le peuple juif exprime sa volonté de recevoir la bénédiction divine.


[a]. Cohen, pluriel Cohanim: prêtre. Dans la suite du texte, nous utiliserons les termes Cohen et Cohanim, suivant l’usage de l’étude juive, sans les traduire systématiquement par prêtre(s).