01 – Structure de la prière du coucher

Nos sages ont dit : « Quand on s’apprête à se coucher, on récite [le Chéma] depuis le verset Chéma Israël jusqu’à Véhaya im chamoa’ [« Il adviendra que, si vous écoutez mes commandements… », ce dernier verset non inclus], et l’on dit [la bénédiction Hamapil] : “Béni sois-Tu… qui fais tomber les chaines du sommeil etc.” » (Berakhot 60b). De même, Rabbi Yéhochoua ben Lévi a dit : « Bien que l’on ait déjà récité le Chéma à la synagogue, c’est une mitsva que de le réciter sur son lit. » Nos maîtres appuient leurs paroles sur le verset (Ps 4, 5) : « Méditez [la crainte de Dieu] sur vos couches et gardez le silence » (Berakhot 4b)[a].

Rabbi Yéhochoua ben Lévi avait coutume de réciter également avant de dormir le psaume 91 (« Celui qui s’assoit dans le secret du Très-Haut… ») et le psaume 3 (« Eternel, combien nombreux sont mes ennemis… »), car ces psaumes protègent des esprits nuisibles (Chevou’ot 15b). Nombreux sont ceux qui observent cette coutume. On a pris également l’usage, au cours des générations, d’ajouter des cantiques, des versets et des prières ; et puisqu’il s’agit d’ajouts tardifs, les rituels des diverses communautés présentent à cet égard des différences. Selon certains, il est bon de réciter également le deuxième paragraphe du Chéma ; selon d’autres, il est bon de réciter les trois paragraphes[1].

En résumé, si l’on s’en tient au décret des sages, il faut, avant de se coucher, dire le premier paragraphe du Chéma et la bénédiction Hamapil, tandis que les cantiques supplémentaires ne sont pas obligatoires. Simplement, l’usage de les réciter s’est répandu, conformément à la coutume de Rabbi Yéhochoua ben Lévi, lequel ajoutait des cantiques à titre de protection contre les esprits nuisibles (cf. Maguen Avraham 239, 2)[2].

Certains prennent soin de dire la bénédiction Hamapil en dernière position avant le coucher, après le Chéma et les autres versets[b]. Selon l’usage des kabbalistes, la bénédiction Hamapil précède le Chéma et les autres versets. Si l’on craint de s’endormir au cours de la prière du coucher, on commencera par le Chéma et Hamapil ; de cette façon, on aura l’assurance de réciter, avant de s’endormir, ce que les sages eux-mêmes ont institué (cf. Michna Beroura 239, 2).


[a]. Le verset utilise, dans le sens de méditation, l’expression imrou bilvavkhem, qui se traduit littéralement « dites en vos cœurs ». Nos sages voient dans cette expression une allusion au Chéma – qui contient le verset « Ces commandements que Je te donne en ce jour seront dans ton cœur»,  et recomposent le verset des Psaumes : « Dites “En vos cœurs” [= le Chéma] sur vos couches [= avant de vous endormir] et gardez le silence ».
[1]. Nos sages ont institué, avant le coucher, la lecture du premier paragraphe seulement (Chéma Israël). C’est ce qu’écrivent le Rif (3a), Maïmonide et le Roch 1, 6. Toutefois, celui-ci rapporte en 9, 23 l’opinion de Rabbénou ‘Hananel, selon lequel on lit également le deuxième paragraphe (Véhaya im chamoa’). Peut-être Rabbénou ‘Hananel pense-t-il que, par l’expression « depuis le verset Chéma Israël jusqu’à Véhaya im chamoa’», le Talmud veut en réalité inclure le paragraphe Véhaya im chamoa’. Cependant, selon le Divré ‘Hamoudot 67, Rabbénou ‘Hananel vise uniquement les endroits où l’on dit Arvit avant la tombée de la nuit ; car pour s’acquitter de la mitsva de lire le Chéma, il faut réciter au moins les deux premiers paragraphes. Selon Rabbénou Yerou’ham (Netiv 3, deuxième partie) et Rabbénou Yona (Séfer Hayir’a), on dit les trois paragraphes, car l’ensemble comprend deux cent quarante-huit mots, ce qui constitue une protection contre les esprits nuisibles.
[2]. Le traité Berakhot 5a rapporte : « Rav Na’hman a dit : “Si l’on est un disciple des sages (talmid ‘hakham = maître versé dans la loi écrite et orale), on n’est pas obligé de dire le Chéma avant de s’endormir (car l’étude même a valeur protectrice)”. Abayé a dit : “Même un disciple des sages doit au moins dire un verset demandant miséricorde, tel que : En Ta main je confie mon âme, délivre-moi Eternel, Dieu de vérité (Ps 31, 6).” » Le Rif et le Roch mentionnent, dans leurs décisions, les propos talmudiques selon lesquels le disciple des sages n’est pas obligé de lire le Chéma avant de se coucher. Mais Maïmonide et le Choul’han ‘Aroukh ne mentionnent pas cela, ce qui laisse entendre que, selon eux, même un disciple des sages doit lire le Chéma avant de se coucher. Peut-être la source de leur décision se trouve-t-elle dans le Talmud de Jérusalem (Berakhot 1, 1), qui rapporte que des disciples des sages avaient l’habitude de réciter le Chéma plusieurs fois, afin de s’endormir tout en le récitant. Quoi qu’il en soit, à propos des versets supplémentaires, qui ne sont pas obligatoires, il semble qu’un talmid ‘hakham peut préférer étudier avant son sommeil, en lisant un livre ou simplement en pensée, et s’endormir ainsi. Cependant, le Kaf Ha’haïm 239, 1 écrit que, selon Rabbi Isaac Louria, le rituel du Chéma avant de se coucher constitue une réparation mystique (tiqoun), et qu’un talmid ‘hakham lui-même doit le réciter.
[b]. La bénédiction Hamapil inclut une prière pour la protection divine pendant le sommeil. Il est donc logique de faire suivre immédiatement cette bénédiction de l’endormissement, sans interruption d’autres prières ou versets.