01. Signification des usages de deuil observés pendant l’omer

Les jours qui relient la fête de Pessa’h à celle de Chavou’ot sont des jours marqués par la douleur, parce que vingt-quatre mille disciples de Rabbi Aqiba moururent durant cette période. Par conséquent, on observe quelques coutumes de deuil, pendant ces jours : on ne se marie pas ni ne se coupe les cheveux ; de même, on n’y organise pas de danses qui ne soient pour les besoins d’une mitsva.

Avant d’étudier dans les détails ces coutumes de deuil, il convient d’évoquer quelque peu le motif central du deuil, en recherchant pour quelle raison les disciples de Rabbi Aqiba ont été frappés par une telle mortalité.

Le traité Yevamot 62b rapporte :

Nos maîtres ont enseigné : « Rabbi Aqiba avait douze mille paires de disciples… Tous moururent en une même période, parce qu’ils ne se faisaient pas honneur l’un à l’autre. Le monde resta ainsi désolé, jusqu’à ce que Rabbi Aqiba se rendît chez nos maîtres du sud et leur enseignât la Torah. [Et ses nouveaux disciples furent :] Rabbi Méïr, Rabbi Yehouda, Rabbi Yossé, Rabbi Chimon et Rabbi Eléazar ben Chamoua ; ce sont eux qui maintinrent la Torah. » Un sage a enseigné : « Tous [les anciens disciples de Rabbi Aqiba] moururent entre Pessa’h et Chavou’ot… et tous connurent une pénible mort. »

Le Midrach raconte encore que Rabbi Aqiba dit à ses nouveaux disciples : « Mes fils, les premiers disciples ne moururent qu’en raison de la jalousie (tsarout ‘ayin, litt. étroitesse du regard, c’est-à-dire manque de générosité) qu’ils avaient l’un envers l’autre. Ayez à cœur de ne pas faire de même » (Gn Rabba 61, 3)[1].

Depuis lors, ces jours de l’omer sont des jours où l’on respecte certaines coutumes de deuil, et où l’on s’efforce de réparer les liens unissant l’homme à son prochain, en particulier entre étudiants de Torah. Et puisqu’il s’agit de coutumes adoptées par le peuple juif sans qu’elles soient issues d’un décret des sages, il existe des différences de coutumes entre les diverses communautés, comme nous le verrons par la suite.

Environ mille ans plus tard, à l’époque des Croisades, commencées en 4856 (1096 de l’ère civile), les Chrétiens assassinèrent des dizaines de milliers de Juifs en pays germaniques, et ces catastrophes, elles aussi, se sont produites pour la plupart dans la période de l’omer. Environ cinq cents ans plus tard, dans les années 5408 et 5409 (1648-1649 è. c.), de terribles massacres eurent de nouveau lieu, à l’est de l’Europe ; des dizaines de milliers, peut-être des centaines de milliers de Juifs furent assassinés. Dans leur majorité, ces pogromes eurent lieu, là encore, dans la période de l’omer. C’est pourquoi les communautés ashkénazes ont eu tendance à être plus rigoureuses quant aux coutumes de deuil propres à ces jours.


[1]. Dans la Guémara, il est écrit que la mort pénible que connurent les disciples de Rabbi Aqiba était la diphtérie. Mais Rav Cherira Gaon, dans son épître, écrit qu’ils moururent suite à un décret de persécution antijuive. Dans le même ordre d’idées, nous avons entendu une explication intéressante, selon laquelle cette mortalité eut lieu à l’époque de la révolte de Bar Kokhba. Parmi les élèves de Rabbi Aqiba, certains partirent combattre les Romains, et d’autres poursuivirent leur étude. Or les soldats et les étudiants de yéchiva se méprisaient mutuellement, chacun disant : « Je suis plus grand que mon prochain, car ce que je fais est important et utile, tandis que lui ne se rend en rien utile. » En raison de cette haine gratuite, qui opposait les soldats et les étudiants, ils furent défaits devant l’ennemi, et tous moururent en une même période.

Et certes, la date n’est pas un hasard : elle se situe entre Pessa’h, qui exprime l’identité nationale juive, et Chavou’ot, qui représente la Torah spirituelle. Ces disciples, qui ne s’honoraient pas mutuellement, créèrent une séparation et une division entre Pessa’h et Chavou’ot, entre l’identité nationale et la Torah ; c’est pourquoi ils moururent à cette époque.

Certains possèdent une autre version du Midrach Rabba : « Ils manquaient de générosité en matière de Torah, l’un envers l’autre. » D’après cela, afin de réparer cette faille, nous devons viser principalement le fait que les étudiants de Torah des différentes tendances s’honorent grandement les uns les autres. (Cf. ci-après, fin de la note 13, où il est dit que cette période présente également un côté festif, car elle est comparable à un vaste ‘Hol hamo’ed [période intermédiaire entre deux jours de fête chômés] s’étendant entre Pessa’h et Chavou’ot.)