01. Le mois d’éloul (et la sonnerie du chofar)

Les jours d’éloul et les dix jours de pénitence (‘asséret yemé téchouva) conviennent particulièrement à l’effort de repentir (téchouva). Nous voyons en effet que, durant ces jours, l’Eternel consentit à pardonner la faute du veau d’or à Israël. Quarante jours après le don de la Torah, alors que Moïse notre maître tardait à redescendre du mont Sinaï, un groupe de pécheurs influença le peuple, le poussant à fabriquer un veau d’or, supposé servir de substitut à la direction divine. À ce moment, une terrible colère divine s’éveilla contre Israël, au point que l’Eternel dit à Moïse : « Laisse-moi, et ma colère s’enflammera contre eux, et Je les détruirai ; et Je ferai de toi un grand peuple » (Ex 32, 10). Mais Moïse notre maître s’évertua dans sa prière, invoqua le mérite des patriarches, et réussit à retenir la punition. Il descendit immédiatement de la montagne, brisa les tables de la Loi, et, avec le concours des lévites, exécuta les pécheurs. Il brûla et réduisit en poudre le veau d’or, et mêla cette poudre à de l’eau, qu’il fit boire à tout Israël. Or cette eau permit de tester chacun : quiconque avait participé à la faute du veau d’or mourait, par l’effet de cette eau. Cependant, le décret de destruction planait toujours au-dessus d’Israël. Moïse notre maître se tint donc avec abnégation devant l’Eternel, et dit : « Et maintenant, puisses-Tu remettre leur faute ; sinon, efface-moi, de grâce, de ton livre, que Tu as écrit » (Ex 32, 32). C’est ainsi que le décret d’anéantissement s’écarta d’Israël. Cependant les Hébreux étaient encore réprouvés et éloignés de Dieu, comme s’ils n’en étaient plus les fils, ni les serviteurs, et qu’ils ne fussent plus son peuple d’élection. Les premières tables de la Loi elles-mêmes, qui avaient été données à Israël par le biais de Moïse, étaient brisées.

À la néoménie (Roch ‘hodech) d’éloul, Moïse remonta sur le Sinaï afin de prier et de demander, au nom d’Israël, pardon et miséricorde. Le jour de Kipour, le repentir d’Israël fut entièrement agréé ; Moïse redescendit pour remettre à Israël les secondes tables, et pour lui annoncer son pardon. En signe de proximité renouvelée, pour qu’Israël fût de nouveau considéré comme son peuple d’élection, Dieu ordonna que l’on érige le Tabernacle, afin que, par son biais, la Présence divine se révélât au sein d’Israël. Or, puisque les dates auxquelles eurent lieu des événements si importants ne sont point l’effet du hasard, nous apprenons que les quarante jours qui vont du début d’éloul au jour de Kipour sont les jours les plus propices à la téchouva, au retour à Dieu.

Nos sages enseignent ainsi :

À la néoménie d’éloul, le Saint béni soit-Il dit à Moïse : « Monte vers moi, sur la montagne » (Dt 10, 1). On fit entendre le chofar [la sonnerie de la corne de bélier] dans tout le camp, afin d’informer que Moïse gravissait la montagne, et que l’on ne se méprît pas davantage en versant dans l’idolâtrie, ainsi qu’il est dit : « Dieu monte au milieu de la fanfare (térou’a), l’Eternel au son du cor (chofar) » (Ps 47, 6). Aussi les sages prescrivirent-ils de sonner du chofar à la néoménie d’éloul, chaque année (Pirqé de-Rabbi Eliézer 46).

Les sages choisirent d’éveiller le peuple par l’intermédiaire du son du chofar, car ce son a pour propriété de mettre en garde le peuple contre le péché, et d’appeler la collectivité à la repentance (Tour et Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm 581, 1).

C’est ainsi que les communautés d’Israël ont coutume de sonner du chofar durant le mois d’éloul. La coutume ashkénaze consiste à sonner chaque jour, au terme de l’office de Cha’harit. La coutume séfarade est de réciter des prières appelées Seli’hot[a], pendant le mois d’éloul, et de sonner du chofar pendant la récitation du Qaddich qui ponctue les Seli’hot. Dans de nombreuses communautés séfarades, on a l’usage de sonner également pendant la récitation des treize attributs de miséricorde (Cheloch-‘esré midot ra’hamim). Cette coutume de la sonnerie du chofar au mois d’éloul n’est pas une obligation. Cependant, il convient que la communauté s’efforce de l’observer. Mais un particulier, qui n’aurait pas entendu le chofar, n’a pas besoin de rechercher quelqu’un qui soit capable de lui en faire entendre la sonnerie[1].


[a]. Litt. les pardons. Prières où est invoqué le pardon divin.

[1]. Autrefois, il y avait des communautés séfarades où il n’était pas d’usage de sonner du chofar pendant les Seli’hot, tandis que d’autres communautés avaient cet usage (Kaf Ha’haïm 581, 13). De nos jours, presque toutes les communautés séfarades sonnent du chofar à la fin des Seli’hot, pendant le Qaddich Titqabal, suivant l’ordonnancement traditionnel des sonneries (désigné par l’acronyme תשר »ת תש »ת תר »ת [cf. ci-après, chap. 4]) ; et certains sonnent aussi pendant la récitation des treize attributs. Les Juifs du Yémen, eux aussi, sonnent à la fin des Seli’hot, et certains d’entre eux le font aussi pendant la mention des treize attributs. La coutume ashkénaze est de sonner à la fin de l’office de Cha’harit, et seulement suivant l’ordre dit תשר »ת [cf. chap. 4]. Selon le Tsits Eliézer XII 48, la coutume incombe à la communauté et non à l’individu. Une coutume supplémentaire a cours dans les communautés ashkénazes, celle de lire le psaume 27 (Lé-David, Hachem ori…), depuis Roch ‘hodech éloul jusqu’à Chemini ‘atséret, à l’office de Cha’harit, ainsi qu’à celui de Min’ha ou d’Arvit.