02. La question du jugement

Le fondement de la foi consiste à reconnaître que l’Eternel a créé le monde et le fait vivre ; s’Il cessait, ne serait-ce qu’un instant, de dispenser la vie à l’univers, celui-ci retournerait au néant. L’Eternel a doté l’homme du libre arbitre : s’il choisit le bien, il attire à lui et vers le monde la vie et la bénédiction ; s’il choisit le mal, il cause la mort et les souffrances. Telle est la loi d’après laquelle l’Eternel dispense sa grâce au monde. En effet, Dieu a décrété, lors de la création du monde, que quiconque s’approcherait de Lui mériterait abondance de bénédiction, et que quiconque s’éloignerait de Lui verrait s’amoindrir l’abondance et la vie à lui accordés, et, de ce fait, serait soumis au tourment et à la perte. Or la voie par laquelle l’homme peut s’attacher à Dieu est l’étude de sa Torah et l’accomplissement de ses commandements (les mitsvot[b]), tandis que celui qui se détourne de la Torah et transgresse ses commandements s’attache à la mort.

Il est dit, de même :

Vois, J’ai placé devant toi, aujourd’hui, la vie et le bien, la mort et le mal. Par ce que Je te prescris en ce jour, d’aimer l’Eternel ton Dieu, de marcher dans ses voies et de garder ses commandements, ses lois et ses préceptes, tu vivras, multiplieras, et l’Eternel ton Dieu te bénira dans le pays où tu te rends pour l’hériter. Mais si ton cœur se détourne et que tu n’écoutes pas, que tu déchoies, te prosternes devant d’autres divinités et les serves, Je vous le dis aujourd’hui : vous disparaîtrez assurément, vos jours ne se prolongeront pas sur la terre où, traversant le Jourdain, tu te rends pour l’hériter (Dt 30, 15-18).

Or l’Eternel veut que nous choisissions la vie, comme il est dit :

J’en prends à témoin contre vous, en ce jour, les cieux et la terre : c’est la vie et la mort que j’ai placées devant toi, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta descendance, en aimant l’Eternel ton Dieu, écoutant sa voix et t’attachant à Lui ; car c’est là ta vie et ta longévité, afin que tu résides sur la terre que l’Eternel a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner (ibid. 19-20).

C’est bien ce que commandent la justice et le droit, car celui qui se rapproche de l’Eternel se rapproche de la source de la vie et de la bénédiction ; dès lors, il jouit d’un supplément de vie et de bénédiction. Celui qui, par contre, s’éloigne de Dieu, parce qu’il s’éloigne de la source de la vie, voit sa propre vie s’amoindrir ; dès lors, les maladies, les épreuves et les catastrophes s’emparent de lui.

C’est là un bon présent que Dieu a fait à l’homme, que de lui octroyer le libre arbitre : grâce à cela, tous les bienfaits que l’homme reçoit de Dieu, c’est conformément à la justice et au droit qu’il les reçoit, et il en tire satisfaction et joie, car c’est lui-même qui, par le biais de ses actes, s’est acquis sa place et son statut dans le monde. Mais si l’Eternel donnait gratuitement tous ses bienfaits à l’homme, celui-ci n’en tirerait ni satisfaction ni joie (Rabbi Moché Haïm Luzzato, Dérekh Hachem I 2).

Aussi le jugement doit-il être un jugement de vérité, précis et détaillé, portant sur chaque acte, chaque parole et chaque pensée. C’est pourquoi, bien que l’homme soit globalement jugé en fonction de la majorité de ses actions – si la majorité est constituée d’actes méritoires, il est jugé favorablement –, il sera néanmoins sanctionné pour chacune des fautes qu’il n’aura point corrigées par le biais de la téchouva. De même, si la majorité de ses actes a pour effet de le faire juger défavorablement, il sera néanmoins récompensé pour chaque mitsva qu’il aura accomplie. C’est Dieu, le Roi juge, qui sait calculer cela, et c’est Lui qui fixe l’échéance de la récompense et celle de la punition (Baba Qama 50a, ‘Haguiga 5a).

Or l’Eternel veut prodiguer le bien à ses créatures, ainsi qu’il est dit : « L’Eternel est bon à l’égard de tous, et sa miséricorde s’étend à toutes ses œuvres » (Ps 145, 9) ; et le but de la punition est l’amendement, non la vengeance. En ce bas monde, la punition est destinée à orienter l’homme, afin qu’il se détourne de la faute et revienne dans le droit chemin, comme il est dit : « Tu sauras avec ton cœur que, de même qu’un homme corrige son fils, ainsi l’Eternel ton Dieu te corrige » (Dt 8, 5). Si l’homme n’a pas eu l’avantage de faire téchouva en ce monde-ci – et quoiqu’il ait des mérites à son actif –, il ne peut, tant que le mal est encore attaché à lui, jouir du bien divin. Aussi est-il condamné à des épreuves, dans le Guéhinom[c]; là, il est lavé de son mal, après quoi il a le mérite de monter au Gan ‘Eden[d], comme il est dit : « L’Eternel fait mourir et fait vivre, il fait descendre au Chéol[e] et en fait remonter » (I Sam 2, 6). Quant à ceux dont la méchanceté est entière, ils sont anéantis dans le Guéhinom et sont détruits (Roch Hachana 17a ; Pessiqta Rabbati 40 ; Néfech Ha’haïm 1, 12).


[b]. Mitsva, plur. mitsvot : commandement.

[c]. Enfer, géhenne.

[d]. Litt. jardin d’Eden ; paradis.

[e]. Séjour des morts.