{"id":1582,"date":"2016-01-21T00:08:14","date_gmt":"2016-01-20T22:08:14","guid":{"rendered":"https:\/\/ph.yhb.org.il\/fr\/?p=1582"},"modified":"2017-07-24T10:27:19","modified_gmt":"2017-07-24T07:27:19","slug":"01-21-08","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ph.yhb.org.il\/fr\/01-21-08\/","title":{"rendered":"08. <strong>Le domaine public tel que la Torah le con\u00e7oit<\/strong>"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0 <\/strong>La question la plus pratique qui se pose, en mati\u00e8re de <em>hotsaa <\/em>le Chabbat, est la suivante\u00a0: les rues de nos villes et de nos villages sont-elles consid\u00e9r\u00e9es comme domaine public (<em>rechout harabim<\/em>) par la Torah, ou bien sont-elles seulement un domaine public de rang rabbinique, ce que l\u2019on appelle <em>karmelit\u00a0<\/em>? Si nos rues devaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme domaine public toranique, il serait tr\u00e8s difficile de les transformer en domaine particulier (<em>rechout haya\u2019hid<\/em>), car il faudrait pour cela entourer toute la ville d\u2019une barri\u00e8re, installer des portes \u00e0 toutes les entr\u00e9es, et veiller \u00e0 ce qu\u2019elles soient ferm\u00e9es la nuit. Faute de tels am\u00e9nagements, il serait impossible de porter des objets \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nos villes et de nos villages.<\/p>\n<p>Mais si nos rues pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme <em>karmelit<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire comme un domaine public de rang rabbinique, on pourrait assez facilement en faire un domaine particulier, o\u00f9 il serait permis de porter. Il suffirait d\u2019entourer la ville de ce que nous appelons <em>tsourat hap\u00e9ta\u2019h<\/em> (litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0forme de portail\u00a0\u00bb)\u00a0: des poteaux, entre lesquels sont tendus des fils, qui forment une sorte d\u2019ouverture entre chaque poteau et le suivant (cf. chap. 29 \u00a7 2-3).<\/p>\n<p>Rappelons en premier lieu que nous apprenons les interdits sabbatiques de la construction du Tabernacle\u00a0: quand la Torah nous ordonna de nous abstenir de tout travail le Chabbat, elle visait pr\u00e9cis\u00e9ment les travaux n\u00e9cessaires \u00e0 la construction du Tabernacle, construction \u00e0 laquelle les Isra\u00e9lites se livr\u00e8rent dans le d\u00e9sert. D\u00e8s lors, la cat\u00e9gorie juridique de \u00ab\u00a0domaine public\u00a0\u00bb provient, elle aussi, de la r\u00e9alit\u00e9 qui \u00e9tait celle du d\u00e9sert. Or, puisque la rue principale qui se trouvait dans le camp des H\u00e9breux \u00e9tait large de 16 <em>amot <\/em>(7,30 m) afin que l\u2019on p\u00fbt y faire passer deux des charriots dans lesquels on transportait les pi\u00e8ces du tabernacle, seule une rue de 16 <em>amot <\/em>ou davantage est consid\u00e9r\u00e9e comme domaine public. Cependant, les Richonim discutent s\u2019il faut \u00e9galement consid\u00e9rer le nombre de personnes qui passent sur une telle voie.<\/p>\n<p>Certains consid\u00e8rent toute rue, tout march\u00e9 servant au public et dont la largeur est de 16 <em>amot<\/em>, comme domaine public tel que la Torah le d\u00e9finit, quel que soit le nombre de personnes qui y passent chaque jour (Ma\u00efmonide, Rabb\u00e9nou Tam, Na\u2019hmanide, Rachba et de nombreux autres auteurs). Suivant cette opinion, l\u2019<em>\u00e9rouv<\/em> de notre temps, fait sur le mod\u00e8le de <em>tsourat hap\u00e9ta\u2019h<\/em> (\u00ab\u00a0forme de portail\u00a0\u00bb) n\u2019est pas efficace, car nos villes comportent des rues dont la largeur est de 16 <em>amot <\/em>(7,30 m) au moins. Il faut ajouter que, selon cette opinion, d\u00e8s lors qu\u2019il se trouve, dans une ville donn\u00e9e, des rues larges de 16 <em>amot<\/em>, un <em>\u00e9rouv<\/em> du type <em>tsourat hap\u00e9ta\u2019h <\/em>n\u2019est pas non plus efficace \u00e0 l\u2019\u00e9gard des rues plus \u00e9troites, car la pr\u00e9sence d\u2019un domaine public, tel que la Torah le d\u00e9finit, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un p\u00e9rim\u00e8tre entour\u00e9 de ce type d\u2019<em>\u00e9rouv<\/em>, a pour effet d\u2019annuler la d\u00e9limitation assur\u00e9e par ce dernier.<\/p>\n<p>D\u2019autres pensent que, puisque le camp des H\u00e9breux au d\u00e9sert comprenait soixante myriades (six cent mille hommes), et que tous devaient aller au Sanctuaire pour aider \u00e0 sa construction et pour entendre la Torah enseign\u00e9e par Mo\u00efse, par les pr\u00eatres et par les l\u00e9vites, le domaine public se d\u00e9finit comme une voie ou une place large d\u2019au moins 16 <em>amot<\/em>, <em>o\u00f9 six cent mille personnes passent chaque jour<\/em>. Une voie o\u00f9 ne passent pas quotidiennement six cent mille personnes a le statut de <em>karmelit<\/em>. Telle est la position du <em>Beer Hagola<\/em>, de Rachi, du <em>S\u00e9fer Mitsvot Gadol<\/em>, du Roch et de bien d\u2019autres auteurs. Certains expliquent cette seconde opinion de la fa\u00e7on\u00a0suivante : m\u00eame s\u2019il ne passe pas quotidiennement six cent mille personnes, il suffit que, de temps en temps, six cent mille personnes se trouvent passer l\u00e0 en un seul jour, pour que le lieu soit consid\u00e9r\u00e9 comme domaine public. En effet, m\u00eame lorsque nos anc\u00eatres \u00e9taient dans le d\u00e9sert, ce n\u2019est pas chaque jour que tous les hommes passaient par la voie principale menant au Sanctuaire.<\/p>\n<p>En pratique, seules des villes gigantesques, comme New York ou Mexico, contiennent des rues o\u00f9 passent six cent mille personnes en un seul jour. Mais dans des villes ordinairement grandes, aucune rue ne voit passer six cent mille personnes en un seul jour. D\u00e8s lors, d\u2019apr\u00e8s cette seconde opinion, on ne trouve pas dans ces villes de domaine public tel que la Torah le d\u00e9finit, et le statut des rues est celui de <em>karmelit\u00a0<\/em>; si bien que l\u2019on peut permettre d\u2019y porter des objets dans les limites d\u2019un <em>\u00e9rouv<\/em> de type <em>tsourat hap\u00e9ta\u2019h<\/em>. Selon cette opinion, le domaine public tel que la Torah le con\u00e7oit consiste principalement dans les voies reliant les villes entre elles. En effet, ces voies sont destin\u00e9es \u00e0 tout le monde, et non seulement aux habitants de telle ville en particulier\u00a0; elles doivent donc \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme domaine public, m\u00eame quand il n\u2019y passe pas 600\u00a0000 personnes en un jour<sup><a href='#_te01ftn21_8' id='_te01ftnref21_8' class='aup1'>[8]<\/a><\/sup>.<\/p>\n<div>\n<hr size=\"1\" \/>\n<div>\n<a href='#_te01ftnref21_8' id='_te01ftn21_8'>[8]<\/a>. Le <em>B\u00e9our Halakha<\/em> 345, 7 recense douze Richonim indulgents et douze Richonim rigoureux. Le <em>Choul\u2019han \u2018Aroukh<\/em>, pris litt\u00e9ralement, adopte la position rigoureuse, ce qui conduit plusieurs A\u2019haronim \u00e0 d\u00e9clarer qu\u2019a priori les S\u00e9farades doivent \u00eatre rigoureux et ne pas se fier \u00e0 un <em>\u00e9rouv<\/em> de type <em>tsourat hap\u00e9ta\u2019h<\/em> (<em>Yalqout Yossef<\/em> 345, 4, <em>Menou\u2019hat Ahava<\/em> III 27 \u00a7 10 et 59). Face \u00e0 cela, d\u2019autres A\u2019haronim (<em>Maguen Avraham<\/em>, <em>\u2018Erekh Hachoul\u2019han<\/em>) estiment qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 le <em>Choul\u2019han \u2018Aroukh<\/em> n\u2019a pas tranch\u00e9, car en plusieurs autres endroits, il laisse entendre qu\u2019il partage l\u2019opinion indulgente (303, 18\u00a0; 325, 2). Le <em>Or l\u00e9-Tsion<\/em>, dans son introduction au volume II, premi\u00e8re partie, 1-2, explique que, dans les cas de doute portant sur une r\u00e8gle toranique, le <em>Choul\u2019han \u2018Aroukh<\/em> est rigoureux, et que lorsque le doute porte sur une r\u00e8gle rabbinique, le <em>Choul\u2019han \u2018Aroukh<\/em> est indulgent, ce qui permet de r\u00e9soudre les contradictions relev\u00e9es. Le <em>Maguen Avraham<\/em> et le <em>Taz <\/em>\u00e9crivent que la majorit\u00e9 des d\u00e9cisionnaires penchent pour l\u2019indulgence\u00a0; selon eux, on peut donc se fier \u00e0 l\u2019<em>\u00e9rouv<\/em> de type <em>tsourat hap\u00e9ta\u2019h<\/em>, et permettre le transport d\u2019objets dans celles de nos villes qui en sont dot\u00e9es. Telle est la coutume de nombreux Ashk\u00e9nazes. Toutefois, de nombreux A\u2019haronim \u00e9crivent que, bien que l\u2019on ne puisse protester contre ceux qui adoptent l\u2019usage indulgent, une personne pieuse fera bien de s\u2019abstenir, car il s\u2019agit d\u2019un doute portant sur une r\u00e8gle de la Torah. C\u2019est ce qu\u2019\u00e9crit le <em>Michna Beroura<\/em> 345, 23.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On a soulev\u00e9 contre la position indulgente l\u2019objection suivante\u00a0: comment se peut-il que ce crit\u00e8re \u2013 passage de 600\u00a0000 personnes dans l\u2019art\u00e8re \u2013 ne soit pas mentionn\u00e9 dans le Talmud\u00a0? Deuxi\u00e8mement, nos sages ont d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 de ne point sonner du chofar quand Roch Hachana tombe un Chabbat, et de ne point saisir son <em>loulav<\/em> [branche de palmier \u00e0 laquelle sont attach\u00e9s des rameaux de myrte et de saule] le premier jour de Soukot qui tomberait un Chabbat, de crainte que l\u2019on n\u2019en vienne \u00e0 porter le chofar ou le <em>loulav<\/em> dans le domaine public (<em>Roch Hachana<\/em> 29b). Or, si une voie o\u00f9 ne passent pas 600\u00a0000 personnes n\u2019est pas un domaine public, et dans la mesure o\u00f9 il n\u2019existait vraisemblablement pas, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des sages du Talmud, de rue o\u00f9 passassent 600\u00a0000 personnes, nous devons conclure qu\u2019aucune voie ne r\u00e9pondait aux crit\u00e8res toraniques du domaine public \u00e0 l\u2019\u00e9poque talmudique\u00a0: en ce cas, pourquoi les sages ont-ils fait de tels d\u00e9crets\u00a0? Troisi\u00e8mement\u00a0: s\u2019il n\u2019existait pas \u00e0 cette \u00e9poque de domaine public tel que la Torah le d\u00e9finit, pourquoi les sages ont-ils interdit aux femmes de sortir avec leurs bijoux de crainte d\u2019en venir \u00e0 les porter en main (cf. ci-apr\u00e8s \u00a7 14)\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On peut r\u00e9pondre que les sages ont d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 de ne pas sonner du chofar ni de sortir par\u00e9 de ses bijoux le Chabbat parce que les voies qui relient les villes les unes aux autres sont consid\u00e9r\u00e9es \u2013 et les d\u00e9cisionnaires indulgents sont d\u2019accord sur ce point \u2013 comme domaine public, ainsi que l\u2019explique le <em>B\u00e9our Halakha<\/em> 345, 7 \u05e1\u05d5\u05e3 \u05d3\u00a0\u00bb\u05d4 \u05e9\u05d0\u05d9\u05df. Or il \u00e9tait fr\u00e9quent, \u00e0 l\u2019\u00e9poque talmudique, de marcher sur de telles voies, car les villes \u00e9taient petites, et l\u2019on marchait d\u2019une ville \u00e0 l\u2019autre, ou d\u2019un village \u00e0 une ville, en empruntant ces grandes art\u00e8res. Quant \u00e0 la diff\u00e9rence entre voie interne \u00e0 la ville et voie reliant deux villes, elle s\u2019explique par le fait qu\u2019une voie ext\u00e9rieure \u00e0 la ville appartient \u00e0 tous, si bien que, m\u00eame s\u2019il n\u2019y passe pas 600\u00a0000 personnes par jour, la voie reste la chose du public, ce qui justifie qu\u2019on la consid\u00e8re comme domaine public. En revanche, une voie interne \u00e0 la ville, ou qui jouxte la ville, appartient aux habitants de celle-ci, et ne constitue pas un domaine public tel que la Torah le con\u00e7oit. Ce n\u2019est que dans le cas o\u00f9 600\u00a0000 personnes la traversent en un jour qu\u2019elle sera consid\u00e9r\u00e9e, non plus comme la chose des seuls habitants, mais comme la chose de tous ceux qui l\u2019empruntent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous pouvons comprendre, d\u2019apr\u00e8s cela, pourquoi les sages disent que, n\u2019\u00e9taient-ce ses portes, ferm\u00e9es la nuit [qui en font un domaine particulier], J\u00e9rusalem aurait \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme domaine public (<em>\u2018Erouvin<\/em> 6b)\u00a0: bien que 600\u00a0000 personnes ne parussent pas y passer chaque jour, la ville \u00e9tait affect\u00e9e aux besoins de l\u2019ensemble du peuple juif, et ses rues appartenaient \u00e0 tous ceux qui venaient y c\u00e9l\u00e9brer les f\u00eates de p\u00e8lerinage\u00a0; ce qui leur conf\u00e8re un statut semblable aux voies reliant plusieurs villes. C\u2019est donc seulement parce que la ville est entour\u00e9e de murailles et que ses portes sont ferm\u00e9es la nuit qu\u2019elle n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9e comme domaine public. Cf. encore note suivante.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0 La question la plus pratique qui se pose, en mati\u00e8re de hotsaa le Chabbat, est la suivante\u00a0: les rues de nos villes et de nos villages sont-elles consid\u00e9r\u00e9es comme domaine public (rechout harabim) par la Torah, ou bien sont-elles seulement un domaine public de rang rabbinique, ce que l\u2019on appelle karmelit\u00a0? 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