{"id":2471,"date":"2000-03-03T00:08:03","date_gmt":"2000-03-02T22:08:03","guid":{"rendered":"https:\/\/ph.yhb.org.il\/fr\/?p=2471"},"modified":"2017-11-07T11:29:29","modified_gmt":"2017-11-07T09:29:29","slug":"03-03-08","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ph.yhb.org.il\/fr\/03-03-08\/","title":{"rendered":"08. Collectivit\u00e9 et individualit\u00e9 en mati\u00e8re de pri\u00e8re"},"content":{"rendered":"
Nous pouvons mieux comprendre \u00e0 pr\u00e9sent le sens de la pri\u00e8re f\u00e9minine. Deux aspects sont mis en \u0153uvre par la pri\u00e8re\u00a0: l\u2019un est individuel, l\u2019autre collectif. Du point de vue individuel, la pri\u00e8re consiste, pour l\u2019\u00eatre humain, \u00e0 se tourner vers la source de sa vie, vers l\u2019Eternel son Dieu, et \u00e0 Lui demander mis\u00e9ricorde. Du point de vue collectif, la pri\u00e8re manifeste le lien permanent de l\u2019assembl\u00e9e d\u2019Isra\u00ebl avec le Saint b\u00e9ni soit-il et, par l\u00e0, sanctifie le nom de Dieu dans le monde et donne aux cr\u00e9atures un suppl\u00e9ment de b\u00e9n\u00e9diction. Cet aspect collectif de la pri\u00e8re est le prolongement du service des sacrifices au Temple\u00a0; c\u2019est pourquoi les offices ont \u00e9t\u00e9 institu\u00e9s en r\u00e9f\u00e9rence aux sacrifices journaliers, qui \u00e9taient apport\u00e9s sur l\u2019autel chaque matin et chaque apr\u00e8s-midi, \u00e0 l\u2019approche du soir.<\/p>\n
Parfois, une certaine tension se fait jour entre principe collectif et principe individuel\u00a0: si l\u2019on se place du point de vue individuel, il serait bon, de prime abord, que la pri\u00e8re f\u00fbt le lieu d\u2019une effusion sans borne du c\u0153ur, sans que ne fussent fix\u00e9s de rituel constant ni d\u2019heures r\u00e9guli\u00e8res\u00a0; alors, la pri\u00e8re exprimerait, avec ferveur et sentiment, la nostalgie de l\u2019\u00e2me et son aspiration \u00e0 la proximit\u00e9 de Dieu. Telle \u00e9tait la coutume au temps du Premier Temple. Mais les membres de la Grande Assembl\u00e9e\u00a0 mirent l\u2019accent, dans leurs d\u00e9crets, sur l\u2019aspect collectif de la pri\u00e8re, car ils comprirent que, sans rituel fixe, les individus, dans leur majorit\u00e9, seraient entra\u00een\u00e9s par la routine de leur quotidien, et qu\u2019ils ne feraient point de pri\u00e8re, f\u00fbt-elle personnelle. Ce n\u2019est pas tout\u00a0: le sentiment personnel est souvent affect\u00e9 de manques et de failles, tandis que, lorsque l\u2019individu prie au sein de la collectivit\u00e9, ses manques se comblent, par la force du collectif, et sa pri\u00e8re se parfait. Aussi les sages de la Grande Assembl\u00e9e ont-ils prescrit de prier \u00e0 heures fixes, comme l\u2019oblation du sacrifice journalier au Temple \u00e9tait, elle-m\u00eame, fixe. Ils ont, dans le m\u00eame sens, institu\u00e9 un texte pr\u00e9cis, comprenant toutes les valeurs fondamentales de la collectivit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl. De plus, ils ont, formul\u00e9 le texte de la pri\u00e8re au pluriel, et ont prescrit de prier \u00e0 la synagogue et en minyan, car telle est la qualit\u00e9 essentielle d\u2019Isra\u00ebl que de pouvoir r\u00e9v\u00e9ler la saintet\u00e9 au sein du collectif, et, gr\u00e2ce \u00e0 cela, de r\u00e9v\u00e9ler le nom de Dieu dans le monde, et de r\u00e9parer celui-ci.<\/p>\n
Mais dans la mesure o\u00f9 l\u2019accent a \u00e9t\u00e9 mis sur les fondements collectifs et r\u00e9guliers de la pri\u00e8re, le c\u00f4t\u00e9 personnel de celle-ci, avec ses sentiments chaleureux et puissants, risque d\u2019\u00eatre rel\u00e9gu\u00e9 au second plan. C\u2019est \u00e0 ce propos que Rabbi Chimon nous met en garde\u00a0: \u00ab\u00a0Ne fais pas de ta pri\u00e8re une chose routini\u00e8re[d]<\/a><\/sup>, mais une qu\u00eate de mis\u00e9ricorde, des supplications adress\u00e9es \u00e0 Dieu, b\u00e9ni soit-Il\u00a0\u00bb (Maximes des P\u00e8res <\/em>2, 13). Dans le m\u00eame sens, Rabbi Eli\u00e9zer dit\u00a0: \u00ab\u00a0Celui qui fait de sa pri\u00e8re une chose routini\u00e8re, sa pri\u00e8re n\u2019est pas supplication\u00a0\u00bb (Berakhot <\/em>28b).<\/p>\n Malgr\u00e9 cela, nos sages ont d\u00e9cid\u00e9 de mettre l\u2019accent sur le fondement collectif de la pri\u00e8re, afin d\u2019enraciner les principes de la foi dans la vie quotidienne. De ce point de vue, la pri\u00e8re est la continuation du service du Temple, et de m\u00eame que les sacrifices refl\u00e9taient le lien d\u2019Isra\u00ebl et du monde entier avec Dieu, de m\u00eame les pri\u00e8res donnent \u00e0 ce lien une expression publique, dans toutes les communaut\u00e9s d\u2019Isra\u00ebl. M\u00eame sur l\u2019esplanade du Temple, il se trouvait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Deuxi\u00e8me Temple, une synagogue affect\u00e9e sp\u00e9cifiquement \u00e0 la pri\u00e8re. Et bien que le sentiment personnel risque de se trouver rel\u00e9gu\u00e9 au second plan, l\u2019influence g\u00e9n\u00e9rale des pri\u00e8res organis\u00e9es et collectives, sur le monde comme sur chaque particulier, est immense. Aussi les sages ont-ils choisi d\u2019instituer, pour la pri\u00e8re, des cadres organis\u00e9s (cf. plus haut, chap. 1 \u00a7 8)[4]<\/a><\/sup>.<\/p>\n