{"id":4046,"date":"2014-04-05T00:03:52","date_gmt":"2014-04-04T21:03:52","guid":{"rendered":"https:\/\/ph.yhb.org.il\/fr\/?p=4046"},"modified":"2018-12-13T13:31:30","modified_gmt":"2018-12-13T11:31:30","slug":"14-05-03","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ph.yhb.org.il\/fr\/14-05-03\/","title":{"rendered":"03. Mitsva g\u00e9n\u00e9rale et obligation personnelle"},"content":{"rendered":"
C\u2019est une mitsva de la Torah que de procr\u00e9er\u00a0; \u00e0 chaque enfant que l\u2019homme et la femme engendrent, ils accomplissent une grande mitsva, et ont le m\u00e9rite de s\u2019associer au Saint b\u00e9ni soit-Il dans la cr\u00e9ation d\u2019un \u00eatre humain. Ce faisant, ils donnent existence \u00e0 un entier monde (Nida<\/em> 31a, Michna Sanh\u00e9drin<\/em> 4, 5). Telle est l\u2019inclination fondamentale de la Cr\u00e9ation, car l\u2019\u00c9ternel d\u00e9sira que le monde f\u00fbt peupl\u00e9, comme l\u2019enseignent nos sages\u00a0: \u00ab\u00a0Le monde n\u2019a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 que dans le dessein de la procr\u00e9ation, ainsi qu\u2019il est dit\u00a0: \u201cCe n\u2019est point pour qu\u2019elle demeur\u00e2t d\u00e9sol\u00e9e qu\u2019Il cr\u00e9a [la terre]\u00a0; c\u2019est pour qu\u2019elle f\u00fbt habit\u00e9e qu\u2019Il la forma\u201d (Is 45, 18)\u00a0\u00bb (Michna Guitin<\/em> 41b).<\/p>\n Cependant, si l\u2019on ne d\u00e9finissait pas avec pr\u00e9cision l\u2019obligation de l\u2019homme, cette grande mitsva risquerait de rester trop g\u00e9n\u00e9rale, au point que, dans de nombreux cas, elle ne se concr\u00e9tiserait pas comme il convient, en raison de diff\u00e9rents scrupules. En effet, le mariage est une question sensible et complexe, qui met en jeu les opinions, les sentiments, les espoirs et l\u2019accord de l\u2019homme et de la femme, parfois m\u00eame les moyens financiers et le soutien de leurs parents\u00a0; aussi, la d\u00e9cision de se marier requiert de la responsabilit\u00e9 et du courage.<\/p>\n M\u00eame apr\u00e8s le mariage, de nombreux doutes subsistent quant \u00e0 la mitsva g\u00e9n\u00e9rale de procr\u00e9er. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, puisque l\u2019engendrement d\u2019un enfant constitue une immense mitsva, peut-\u00eatre est-il permis de se contenter d\u2019avoir un seul enfant \u2013 celui-ci \u00e9tant un monde \u00e0 lui seul \u2013, et de repousser sa conception \u00e0 l\u2019approche de la quarantaine, \u00e0 une p\u00e9riode o\u00f9 les parents auront une situation plus stable, et davantage d\u2019exp\u00e9rience\u00a0? De l\u2019autre, puisque la mitsva est si grande et si importante, peut-\u00eatre chaque homme devrait-il s\u2019y \u00e9vertuer au-del\u00e0 de ses forces, afin d\u2019engendrer autant d\u2019enfants que possible\u00a0? \u00c0 cette fin, faudrait-il se marier aussit\u00f4t que possible, et abr\u00e9ger les p\u00e9riodes d\u2019allaitement afin d\u2019enfanter le plus possible\u00a0?<\/p>\n C\u2019est pourquoi la Torah, outre l\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale sous-tendant la mitsva, a fix\u00e9 une mesure obligatoire de base pour son application\u00a0; les sages ont, quant \u00e0 eux, ajout\u00e9 d\u2019autres crit\u00e8res, afin de conf\u00e9rer \u00e0 cette id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale un caract\u00e8re clair, un degr\u00e9 d\u2019exigence pr\u00e9cis. En effet, la mitsva <\/em>g\u00e9n\u00e9rale, telle qu\u2019indiqu\u00e9e par la Torah, consiste \u00e0 \u00ab\u00a0cro\u00eetre et \u00e0 multiplier\u00a0\u00bb, de sorte que, par le biais de tout enfant que l\u2019on engendre, on accomplit la mitsva. Mais l\u2019obligation<\/em> (\u2018hova<\/em>) que pr\u00e9voit la Torah consiste dans l\u2019enfantement d\u2019un fils et d\u2019une fille<\/em>, \u00e0 la mani\u00e8re, pourrait-on dire, du Saint b\u00e9ni soit-Il Lui-m\u00eame, qui cr\u00e9a, au commencement, Adam et \u00c8ve. Il est dit\u00a0\u00e0 ce propos :<\/p>\n Dieu cr\u00e9a l\u2019homme \u00e0 son image, \u00e0 l\u2019image de Dieu Il le cr\u00e9a, m\u00e2le et femelle Il les cr\u00e9a. Et Dieu les b\u00e9nit\u00a0; et Dieu leur dit\u00a0: \u00ab\u00a0Croissez et multipliez, emplissez la terre et la dominez\u2026\u00a0\u00bb (Gn 1, 27-28).<\/p>\n Puisqu\u2019il appara\u00eet, dans ces versets, que la volont\u00e9 de la Torah est que nous croissions, multiplions et emplissions la terre, nos sages ont prescrit, en tant que mitsva obligatoire, d\u2019ajouter \u00e0 la mesure minimale d\u2019un fils et d\u2019une fille, en engendrant d\u2019autres enfants (cf. ci-apr\u00e8s \u00a7 5-6). Ils fix\u00e8rent m\u00eame un temps assortissant l\u2019accomplissement de la mitsva toranique, en obligeant \u00e0 se marier avant un certain \u00e2ge (cf. \u00a7 7-10).<\/p>\n La mitsva, prise g\u00e9n\u00e9ralement, appartient au m\u00eame titre \u00e0 l\u2019homme et \u00e0 la femme\u00a0; d\u2019un certain point de vue, la r\u00e9compense de la femme est m\u00eame plus grande, car sa douleur est grande, et la r\u00e9compense est \u00e0 sa mesure (Maximes des p\u00e8res<\/em> 5, 23). Mais s\u2019agissant de l\u2019obligation proprement dite, les sages sont partag\u00e9s. De l\u2019avis de la collectivit\u00e9 des sages (\u2018Hakhamim), c\u2019est l\u2019homme qui est soumis \u00e0 l\u2019obligation de la mitsva, car c\u2019est lui qui consacre la femme lors de la formation du lien matrimonial, et c\u2019est lui qui, lors de l\u2019union charnelle, p\u00e9n\u00e8tre l\u2019autre. \u00c0 cela, fait allusion le verset\u00a0: \u00ab\u00a0Croissez et multipliez, emplissez la terre et la conqu\u00e9rez\u00a0\u00bb, ce que les sages commentent\u00a0: \u00ab\u00a0Telle est la voie de l\u2019homme que de conqu\u00e9rir\u00a0; telle n\u2019est pas la voie de la femme que de conqu\u00e9rir\u00a0\u00bb (Yevamot <\/em>65b). Certains expliquent que, dans la mesure o\u00f9 la femme \u00e9prouve souffrance et danger durant la grossesse et l\u2019accouchement, la Torah \u2013 dont les chemins sont douceur \u2013 n\u2019a pas voulu imposer \u00e0 la femme cette mitsva comme obligation (M\u00e9chekh \u2018Hokhma<\/em> sur Gn 9, 7). Face \u00e0 cette opinion de la collectivit\u00e9 des sages, Rabbi Yo\u2019hanan ben Broqa estime, quant \u00e0 lui, que la femme a, elle aussi, un rapport d\u2019obligation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette mitsva. En effet, la mitsva a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e au pluriel, et fut adress\u00e9e \u00e0 Adam et \u00c8ve \u00e0 la fois, comme il est dit\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu les b\u00e9nit\u00a0; et Dieu leur dit\u00a0: \u201cCroissez et multipliez, emplissez la terre et la dominez\u2026\u201d\u00a0\u00bb (Gn 1, 28).<\/p>\n La halakha est tranch\u00e9e suivant la premi\u00e8re opinion\u00a0: l\u2019obligation d\u2019accomplir la mitsva incombe \u00e0 l\u2019homme. Mais cela ne porte pas atteinte au droit de la femme\u00a0: s\u2019il appara\u00eet qu\u2019elle a \u00e9pous\u00e9 un homme st\u00e9rile, et qu\u2019elle veuille divorcer afin d\u2019avoir la chance d\u2019enfanter un fils ou une fille, qui pourront l\u2019assister dans sa vieillesse, on oblige son mari \u00e0 divorcer et \u00e0 lui verser le montant de sa ketouba<\/em> (Yevamot<\/em> 65b, Choul\u2019han \u2018Aroukh, Even Ha\u2019ezer <\/em>1, 13\u00a0; 154, 6)[2]<\/a><\/sup>.<\/p>\n La diff\u00e9rence, du point de vue halakhique, est qu\u2019une femme qui ne voudrait pas se marier, ou qui voudrait se marier \u00e0 un homme qui ne peut avoir d\u2019enfants \u2013 bien qu\u2019elle se soustraie, ce faisant, \u00e0 une tr\u00e8s grande mitsva \u2013, ne serait pas consid\u00e9r\u00e9e comme transgressant la loi, puisqu\u2019elle n\u2019a pas l\u2019obligation d\u2019accomplir la mitsva. Mais \u00e0 un homme, il est interdit de rester c\u00e9libataire, et il interdit d\u2019\u00e9pouser une femme st\u00e9rile avant d\u2019avoir accompli la mitsva de procr\u00e9er (cf. \u00a7 8).<\/p>\n Pour la mitsva de procr\u00e9er, comme pour les commandements d\u2019\u00e9tudier la Torah et de prier, nous voyons que la Torah s\u2019adresse aux hommes en des termes d\u2019obligation, et aux femmes en des termes de simple facult\u00e9. Par cela, la mitsva s\u2019accomplit de fa\u00e7on compl\u00e8te, dans ses deux versants, \u00e0 la fois comme obligation et comme contribution volontaire.<\/p>\n