Les cieux racontent la gloire de Dieu, et la terre est emplie de sa majesté. Les arbres et les herbes chantent sa louange, les animaux marchent et rampent devant Lui, les oiseaux s’envolent face à Lui, la mer et tout ce qu’elle renferme s’agitent et tremblent en son honneur. Tous ensemble et chacun individuellement entonnent un cantique devant Lui.
Chaque être créé en son monde par le Saint béni soit-Il a sa vocation propre ; chacun révèle un aspect supplémentaire de l’abondance divine infinie, car le Saint béni soit-Il ne crée rien vainement en son monde.
Les raisins ont leur spécificité, les figues ont la leur, et ainsi de chaque fruit. Certains sont doux, d’autres acidulés ; certains nourrissent, d’autres sont tonifiants ; la consistance des uns est ferme, celle des autres est tendre ; la couleur et la forme de chaque fruit elles-mêmes répandent une atmosphère particulière. Chaque variété de raisin qui pousse dans le monde du Seigneur, béni soit-Il, possède, elle aussi, son caractère propre, et aucune ne saurait en remplacer une autre. Et quoique nous ignorions le secret de chaque fruit, Dieu, qui l’a créé, connaît son secret, et lui donne une étincelle particulière, par la force de laquelle ce fruit vit et pousse.
Or quiconque prend, en ce monde, une chose sans autorisation, porte atteinte à l’harmonie générale de l’univers, et son acte est considéré comme un vol. Mais s’il prononce une bénédiction et exprime sa gratitude envers le Saint béni soit-Il, on considère qu’il demande la permission de profiter de cette chose. Nos sages enseignent ainsi :
Il est interdit à l’homme de tirer profit de ce monde-ci sans réciter au préalable une bénédiction ; et quiconque tire profit de ce monde-ci sans réciter de bénédiction est considéré comme ayant abusé (ma‘al) d’une chose sacrée (…) ; c’est comme s’il jouissait des offrandes consacrées au Ciel. (Berakhot 35a)
Les sages enseignent encore :
Quiconque tire profit de ce monde-ci sans réciter de bénédiction, c’est comme s’il volait le Saint béni soit-Il et l’assemblée d’Israël. (ibid. 35b)
En effet, le propos de toute la Création est de révéler la parole de Dieu dans le monde, et tel est également la vocation d’Israël, comme il est dit : « Ce peuple, Je l’ai créé pour Moi, il racontera ma louange. » (Is 43, 21) Aussi, tirer profit du monde sans réciter de bénédiction revient à « voler » le Saint béni soit-Il et Israël.
Mais si l’on bénit l’Éternel, non seulement on ne porte pas atteinte à la Création, mais au contraire, la bénédiction est considérée comme révélation du nom divin à un degré supérieur à la seule existence de la chose créée. En effet, la bénédiction révèle la racine de l’aliment, savoureux et beau, que le Saint béni soit-Il a créé. Or tel est le but supérieur de toute créature : que soit sanctifié par son biais le nom de l’Éternel dans l’univers.
Celui-là même qui prononce la bénédiction mérite, par cela, de s’élever et de se relier à Dieu. Grâce à cela, il se délectera de façon plus profonde et plus riche, apprendra à se réjouir de tout le bien qui emplit sa vie, ne le recevant pas comme allant de soi. Il s’émouvra chaque fois nouvellement de toutes les choses, petites et grandes, que l’on fera pour lui, et chaque petit sourire, chaque mot aimable réjouira son cœur, renforçant sa volonté de s’attacher à l’Éternel, de marcher en ses chemins et de contribuer au bien du monde.
Les sages, en Berakhot 35b, enseignent à ce propos que, avant la bénédiction, toute la terre et ce qu’elle renferme appartiennent à Dieu, et l’homme n’a pas le droit d’en profiter, comme il est dit : « À l’Éternel sont la terre et ce qu’elle renferme, le globe et ceux qui l’habitent. » (Ps 24, 1) Mais après que l’homme a récité sa bénédiction, Dieu veut que cet homme jouisse de tout ce qu’Il a créé pour lui, et qu’il s’associe à Lui dans la réparation et le parachèvement du monde, comme il est dit : « Les cieux sont les cieux de l’Éternel, et la terre, Il l’a donnée aux fils de l’homme. » (Ps 115, 16)
Le Talmud, dans le passage déjà cité, enseigne que, si l’on ne connaît pas les bénédictions, le remède consiste à aller chez un sage, auprès de qui on les apprendra. À ce qu’il semble, il ne suffit pas d’apprendre les bénédictions de façon superficielle : il faut « aller chez un sage », afin d’apprendre les lois des bénédictions, en comprendre la signification, et savoir comment sanctifier, par leur biais, le nom du Saint béni soit-Il, comme il convient.