L’ablution, qui purifie les mains à l’approche du repas, doit s’accomplir à l’aide d’un ustensile (kéli), à la manière des prêtres qui sanctifiaient leurs mains et leurs pieds au kior (bassin du Temple), lequel est un ustensile. Sans ustensile, l’ablution est invalide. Si donc un tiers prend de l’eau dans le creux de ses mains et la verse sur les vôtres, vous n’êtes pas quitte de l’obligation de vous laver les mains, car cette ablution s’est faite sans ustensile. De même, si vous remplissez d’eau un sachet en plastique, et que vous versiez l’eau du sachet sur vos mains, vous n’êtes point quitte de votre obligation, parce qu’un sachet n’est pas considéré comme un ustensile.
L’ustensile doit, à tout le moins, avoir une contenance d’un revi‘it (volume d’un œuf et demi, soit 75 ml). Si sa contenance est moindre, il est invalide pour l’ablution rituelle (Choul‘han ‘Aroukh 159, 1).
Il arrive qu’un ustensile soit percé. En ce cas, si l’orifice est tel que l’ustensile est koness machqé (« il amasse l’eau ») – c’est-à-dire que, si on le posait à l’intérieur d’un liquide, ce dernier y entrerait par l’orifice –, l’ustensile est invalide. Si l’ustensile, quand il contient de l’eau, laisse échapper cette eau goutte à goutte de manière continue, il est certain que l’orifice atteint la mesure de koness machqé, et que l’ustensile est donc invalide (Choul‘han ‘Aroukh 159, 1, Michna Beroura 7).
Mais si l’orifice est plus large, et qu’il en sorte de l’eau en quantité telle que l’on puisse avec elle se laver les mains, l’ustensile est valide pour l’ablution, par le biais de cet orifice, à condition que, jusqu’au niveau de celui-ci, il contienne un revi‘it (Choul‘han ‘Aroukh 159, 2).
S’il y a une ébréchure sur le bord de l’ustensile, il reste possible de l’utiliser pour l’ablution des mains ; simplement, on devra avoir soin de verser l’eau par la partie ébréchée. En effet, c’est seulement jusqu’au niveau de l’ébréchure que l’ustensile contient l’eau, sans se déverser à l’extérieur. La partie excédant ce niveau, puisqu’elle ne saurait conserver l’eau, n’a pas le statut d’instrument (keli), et n’est pas valide pour l’ablution. De même, il est permis de se laver les mains à l’aide d’une carafe terminée par un bec à son bord ; simplement, si le bec se trouve plus bas que le pourtour de la carafe, il faudra verser l’eau par le bec. Dans le même sens, il est permis de procéder à l’ablution à l’aide d’un broc ; simplement, si le bec verseur est plus bas que le bord supérieur du broc, c’est précisément par le bec qu’il faudra verser l’eau, car c’est seulement jusqu’à cette hauteur que le broc contient littéralement l’eau, et est donc considéré comme un ustensile (Michna Beroura 159, 24).
Selon certains décisionnaires, il ne faut pas, a priori, se laver les mains avec un verre jetable, en plastique ou en carton, car un tel verre n’est pas considéré comme un ustensile durable ; on s’apprête en effet à le jeter après usage. Cependant, en pratique, la majorité des décisionnaires pensent que la règle ne diffère pas, qu’on utilise l’ustensile une fois ou plusieurs : puisqu’on s’en sert en tant qu’ustensile – on y boit, en effet –, son statut est semblable à celui de tout ustensile, et il est permis de l’utiliser pour l’ablution des mains (Tsits Eliézer XII 23). Toutefois, au titre du hidour (embellissement de la mitsva), il est préférable de se servir d’un ustensile permanent, que l’on ne s’apprête pas à jeter (Az Nidberou VI 48 ; cf. Les Lois de Chabbat, vol. I, chap. 5, note 5).
Il est permis de se laver rituellement les mains à l’aide d’une bouteille ; et bien que cela prenne un peu de temps pour que l’eau mouille toute la main, cela n’est pas problématique. Si c’est possible, il est préférable que l’eau s’écoule de manière continue jusqu’à ce qu’elle mouille toute la main (Michna Beroura 162, 30 ; cf. Cha‘aré Tsioun 27-28).
On peut apprendre de cette halakha que toute idée, tout idéal, aussi élevé soit-il, a besoin d’un cadre afin de pouvoir se concrétiser. L’eau représente le contenu ; l’ustensile – sans lequel l’eau ne saurait purifier les mains – le cadre nécessaire à la concrétisation du contenu.