Si l’on veut manger du pain, et que l’on n’ait pas d’eau pour se laver les mains, les sages font obligation de marcher jusqu’à la distance d’un mille talmudique (près d’un kilomètre, soit environ dix-huit minutes de marche[21]) pour trouver de l’eau, afin d’accomplir la mitsva de l’ablution des mains. Mais si l’eau est éloignée de plus d’un mille, on enveloppera ses mains dans un vêtement ou des gants, afin de créer une séparation entre les mains et le pain ; on dira alors la bénédiction Hamotsi et l’on mangera (Choul‘han ‘Aroukh 163, 1).
Si l’on est en chemin, et que l’on sache que l’on pourra trouver de l’eau à quelques kilomètres de là, chemin faisant, la règle est la suivante : si l’eau se trouve à une distance inférieure à quatre milles (près de quatre kilomètres, soit environ soixante-douze minutes de marche), on devra continuer sa route, et, lorsqu’on sera arrivé au point d’eau, on se lavera les mains et l’on mangera. Si l’eau n’est pas sur son chemin même, mais à l’écart ou en arrière, tant qu’elle se trouve à une distance inférieure à un mille, on devra faire ce détour pour se laver les mains.
Mais si l’eau se trouve à une distance supérieure à quatre milles sur sa route, ou à une distance supérieure à un mille en faisant un détour, et que l’on ait faim, il sera permis de se couvrir les mains de gants, ou de les envelopper d’un vêtement, et de manger sans ablution préalable. Si l’on n’a point de vêtement pour se couvrir les mains, on mangera le pain à l’aide d’une fourchette ou d’une cuiller, afin de ne pas le toucher de ses mains (cf. Rema 163, 1 ; Michna Beroura 7)[22].
[22]. Suivant le Rav ‘Haïm Naeh, le mille dont parle la littérature rabbinique égale 960 mètres, et une ama (coudée) 48 centimètres. Selon le ‘Hazon Ich, un mille fait 1152 m, une ama 57,6 cm. Selon le calcul mis à jour, le mille mesure 912 m, et l’ama 45,6 cm (Midot Ouchi‘ouré Torah du Rav ‘Haïm Benish, 5, 24 et 6, 4). L’obligation de marcher jusqu’à la distance d’un mille ou de quatre mille vaut précisément quand on sait que l’on trouvera là de l’eau. Mais si l’on en doute, on n’est point obligé de parcourir cette distance.
Dans La Prière d’Israël (Pniné Halakha – Téphila), chap. 2, note 4, nous abordons le cas du voyage en automobile : faut-il trancher selon la distance (mille) ou selon la durée du trajet (dix-huit minutes) ? En pratique, si l’on est sur la route et qu’aucun détour ne soit nécessaire pour parvenir au point d’eau, on devra poursuivre sa route jusqu’à 72 minutes ; mais si l’on se trouve chez soi, ou que l’on doive faire un détour par rapport à l’itinéraire prévu, l’obligation ne dépassera pas la distance d’un mille, quoiqu’il soit bon d’être rigoureux en adoptant la durée que prend une marche d’un mille.