14. Jusqu’à quand on peut réciter la bénédiction

Il est permis d’étirer son repas pendant de nombreuses heures, de s’interrompre entre les différents plats, par des paroles de Torah et des conversations, des chants et des danses, puis de continuer à manger. En effet, tant que l’on a encore l’intention de poursuivre son repas, la bénédiction initiale couvre ce que l’on s’apprête à manger, et le Birkat hamazon vaudra pour tout ce que l’on aura mangé. A priori, afin de préserver la continuité du repas, il est préférable de ne pas laisser passer soixante-douze minutes sans manger ni boire. Après avoir terminé son repas, on se hâtera de réciter le Birkat hamazon, et l’on ne s’occupera pas d’autre chose avant de l’avoir récité.

A posteriori, si l’on n’a pas récité immédiatement le Birkat hamazon, on pourra le faire tant que se prolonge la jouissance de ce que l’on a mangé, c’est-à-dire tout le temps que l’on se sent encore rassasié de son repas. Mais si l’on a de nouveau faim, au point que l’on commence à désirer prendre un repas supplémentaire, on a perdu la possibilité de réciter la bénédiction. En général, après un repas, plusieurs heures durant, on ne ressent pas la faim. Si l’on a pris, au cours du repas, des aliments légers, le sentiment de satiété se prolonge environ deux ou trois heures ; si l’on a mangé des plats plus lourds, la satiété se fera sentir jusqu’à six heures. Si l’on a oublié de réciter le Birkat hamazon après le repas, que plusieurs heures soient déjà passées, et que l’on ne soit pas certain d’avoir faim de nouveau, on récitera le Birkat hamazon : puisque, au début, on était rassasié et que l’on avait de ce fait l’obligation toranique de réciter le Birkat hamazon, il est obligatoire, en cas de doute, de le réciter. Mais quand on est certain d’avoir commencé à avoir faim de nouveau, ou que six heures soient passées, on aura perdu la mitsva du Birkat hamazon.

Si l’on a mangé un peu de pain, sans être rassasié : tant que l’on éprouve la jouissance de ce que l’on a mangé, c’est-à-dire tant que l’on se sent un peu plus rassasié qu’on ne l’était avant d’avoir commencé à manger, on peut encore réciter le Birkat hamazon. Il est difficile d’évaluer une telle chose ; aussi, celui qui a mangé une quantité de nourriture inférieure à ce qui eût été nécessaire pour être rassasié doit-il se hâter de dire le Birkat hamazon, immédiatement après avoir terminé de manger. A posteriori, si environ une heure est passée sans que l’on ait dit la bénédiction, il est souhaitable de manger un kazaït supplémentaire : de cette façon, on pourra réciter le Birkat hamazon en tenant compte de toutes les opinions. Si l’on ne dispose pas d’un kazaït, on pourra encore réciter la bénédiction, tant que soixante-douze minutes ne sont pas passées depuis que l’on a fini de manger. Après ce délai, on ne la récitera pas ; ce n’est que si l’on est certain d’être toujours plus rassasié qu’on ne l’était avant de manger, que l’on pourra réciter le Birkat hamazon, bien que soixante-douze minutes soient passées[28].


[28]. Michna Berakhot 51b : « Et jusqu’à quand peut-on dire la bénédiction ? Jusqu’à ce que soit digérée la nourriture que l’on a dans ses entrailles. » La Guémara (53b) commente : « Quelle est la mesure de la digestion ? Rabbi Yo‘hanan a dit : “Tout le temps que l’on n’a pas faim.” » Les disciples de Rabbénou Yona expliquent que le propos est ici de dire : jusqu’à ce que l’on commence à avoir faim, bien que la nourriture n’ait pas encore été digérée entièrement. C’est aussi ce qu’écrit le Choul‘han ‘Aroukh 184, 5.

 

Si l’on mange à satiété, c’est plusieurs heures que l’on reste rassasié – la durée exacte dépend de chaque personne, ainsi que du type d’aliments consommés. Toutefois, après six heures, il est certain que la « mesure de digestion » est passée ; on ne récitera donc plus le Birkat hamazon (Maguen Avraham 184, 9). Si l’on prend un repas qui dure des heures, même si le temps de digestion est passé depuis le moment de la consommation du pain, on peut encore réciter le Birkat hamazon, puisque, entre-temps, on aura mangé d’autres mets et pris d’autres boissons, de sorte que l’on reste rassasié. En effet, tout le repas, dans tout ce qui le compose, est considéré comme une même entité (Maguen Avraham 184, 9, Michna Beroura 18, et tel est l’avis d’une nette majorité de décisionnaires). A priori, il est bon de ne pas laisser passer soixante-douze minutes sans goûter quoi que ce soit (Kaf Ha‘haïm 28-29 ; selon le Qitsour Choul‘han ‘Aroukh 44, 8, il est bon de manger précisément du pain, à intervalles inférieurs à soixante-douze minutes, car il ne faut pas, a priori, s’appuyer sur les propos du Maguen Avraham à cet égard).

 

Si l’on a mangé moins qu’à satiété, l’évaluation est difficile, puisque, dès l’instant où l’on a fini de manger, on garde une sensation de faim ; parfois, d’ailleurs, c’est précisément après une faible collation que l’on ressent davantage la faim. La majorité des décisionnaires estiment que, pendant un laps de temps équivalent à celui qui est nécessaire pour marcher quatre milles (soixante-douze minutes), il est évident que l’on pourra dire le Birkat hamazon ; car Rech Laqich lui-même – qui n’est pas d’accord avec Rabbi Yo‘hanan, et réduit la durée durant laquelle on peut encore réciter la bénédiction après une consommation abondante –, reconnaît que, pour un repas peu abondant, on pourra réciter la bénédiction pendant cette durée. Et tel est l’avis du Touré Zahav, de l’Elya Rabba, du Maguen Guiborim, du Michna Beroura 20 – Béour Halakha ad loc. Certes, selon le Maguen Avraham, le critère unique est que l’on se sente davantage rassasié qu’avant d’avoir commencé à manger ; et puisque la chose est difficile à évaluer, il faut, en tout cas de doute, manger encore un kazaït avant de réciter la bénédiction, ou bien encore s’acquitter de son obligation en écoutant quelqu’un d’autre la dire. Quand ces recours ne sont pas possibles, le Maguen Avraham pense que l’on ne devra pas dire la bénédiction. Mais selon les autres décisionnaires, on pourra, de toute façon, la réciter dans la limite de soixante-douze minutes ; et telle est la halakha.

 

Il faut signaler que, pour une consommation en petite quantité, la mesure de « satiété » consiste dans la sensation d’être plus rassasié qu’on ne l’était avant de commencer à manger ; tandis que, pour une consommation abondante, même si l’on se sent davantage rassasié qu’on ne l’était avant le repas, on perd la possibilité de réciter le Birkat hamazon, dès lors que l’on commence à avoir faim, et à vouloir de nouveau prendre un repas. On peut avancer que, lorsqu’il s’agit de consommation peu abondante, le temps dont il s’agit est court ; c’est pourquoi on peut évaluer si l’on est toujours plus rassasié qu’on ne l’était avant de manger ; tandis que, pour un repas ayant procuré la satiété, beaucoup de temps s’écoule, de sorte que la satiété et le temps font oublier la sensation de faim que l’on éprouvait avant le repas. C’est pourquoi, si l’on commence à désirer manger de nouveau, on ne peut plus dire le Birkat hamazon. Nous verrons ci-après, chap. 12, note 15, jusqu’à quand on peut prononcer la bénédiction finale après une collation ne comprenant pas de pain.

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