Si deux personnes mangent ensemble, et qu’elles aient la possibilité d’en inviter une troisième pour manger avec elles, c’est une mitsva que de l’inviter, afin de pouvoir réciter le Birkat hamazon précédé du Zimoun (Choul‘han ‘Aroukh 193, 1, Michna Beroura 7 ; cf. ci-après § 10, sur la question des types de nourriture et de boisson par lesquels le troisième s’associe au Zimoun).
Puisque réciter le Zimoun est une mitsva, lorsqu’il existe un groupe de trois, quatre ou cinq personnes ayant contracté l’obligation de le réciter, il leur est interdit de se diviser ; car si elles se divisaient, elles perdraient la possibilité de dire le Zimoun, ce qui amoindrirait l’honneur dû au Ciel. Ce n’est que dans le cas où six personnes sont présentes qu’il sera permis de se scinder en deux groupes de trois : dans chacun des deux groupes, on fera le Zimoun séparément de l’autre groupe. De même, il est interdit à dix personnes ayant mangé ensemble de se scinder ; cela, afin de ne pas manquer l’occasion de mentionner, au sein du Zimoun, le nom divin. Si vingt personnes sont présentes, il leur sera permis de se scinder en deux groupes, en chacun desquels on mentionnera le nom divin (Berakhot 50a, Choul‘han ‘Aroukh 193, 1).
Quand trois convives ont mangé du pain ensemble, et que, par erreur, ils ont récité le Birkat hamazon sans l’introduire par le Zimoun, ils ont perdu la possibilité de le réciter, même si ce n’est que deux d’entre eux qui ont commis cette erreur. Mais si ce n’est qu’un seul des convives qui, par erreur, a dit le Birkat hamazon, et quoiqu’il ait perdu le bénéfice de sa mitsva, les deux autres, puisqu’ils ont encore l’obligation de réciter le Zimoun, peuvent le dire avec lui : puisqu’il a mangé avec eux, il peut répondre « Béni soit Celui grâce à qui nous avons mangé », s’associant ainsi au Zimoun (Choul‘han ‘Aroukh 194, 1)[3].
Si trois convives ont mangé ensemble et que deux d’entre eux aient fini leur repas, souhaitant à présent dire le Zimoun et le Birkat hamazon, le troisième, qui désire continuer de manger, a l’obligation de se joindre aux autres pour la récitation du Zimoun. Après cela, il continuera son repas ; puis, quand il aura fini de manger, il dira pour son propre compte le Birkat hamazon. Certes, a priori, juxtaposer le Zimoun au Birkat hamazon est une mitsva – car alors le premier sert de préparation au second – ; or dans notre cas, en s’associant aux deux premiers convives, le troisième est contraint de réciter son Birkat hamazon séparément du Zimoun. Mais il lui faut prendre en compte la majorité, et s’associer au Zimoun que ses commensaux souhaitent réciter. En effet, on peut valablement accomplir la mitsva du Zimoun, même quand celui-ci n’est pas juxtaposé au Birkat hamazon. Et si le troisième s’entête à ne pas vouloir se joindre aux deux premiers, ceux-là peuvent néanmoins réciter le Zimoun en l’y associant. S’il n’y répond pas, le troisième aura certes perdu sa mitsva ; mais les deux autres, eux, l’auront accomplie ; en effet, puisque le troisième était présent au moment du Zimoun, il s’est associé, contre sa volonté même, aux autres pour constituer un groupe de trois.
Si c’est un seul des convives qui souhaite achever son repas et quitter le groupe, et que les deux autres veuillent poursuivre le repas, il n’est pas dans le pouvoir d’un seul de contraindre ses amis à dire le Zimoun avant qu’ils n’aient achevé leur repas. Il lui faut donc rester, jusqu’à ce que les autres terminent de manger ; alors, ils diront ensemble le Zimoun. Le principe est que l’on va toujours d’après la majorité. Si cinq convives mangent ensemble, c’est d’après la majorité des trois cinquièmes que l’on va ; de même, si le groupe dépasse dix personnes : c’est la majorité qui détermine si le moment est venu de dire la bénédiction, ou si le repas se poursuit (Choul‘han ‘Aroukh 200, 1).
Si celui qui est seul à souhaiter dire le Zimoun est le père des autres convives, ou leur rabbin, c’est une obligation pour eux que de lui faire honneur, et de s’associer à lui pour réciter le Zimoun (Birké Yossef 200, 2).
Nous l’avons vu, les deux convives qui ne souhaitent pas encore terminer leur repas n’ont pas l’obligation de prendre en compte le troisième, qui souhaiterait terminer le sien et dire le Zimoun. Cependant, c’est un pieux usage (minhag ‘hassidout) que de prendre en compte son souhait, et de s’associer à lui pour réciter le Zimoun sans plus attendre ; après quoi ils continueront leur repas. Mais s’il y a, dans le fait de quitter la table avant la fin du repas, une certaine insolence, les autres n’ont pas à prendre en compte ce souhait : le convive en question devra rester à leurs côtés jusqu’à la fin du repas, afin de réciter le Birkat hamazon précédé du Zimoun. Si les deux premiers ont déjà terminé leur repas, bien qu’ils aient l’intention de prolonger encore leur conversation, ils ne sont pas autorisés à retarder davantage le troisième : ils doivent s’associer à lui pour réciter le Zimoun (Béour Halakha 200, 1, passage commençant par ‘Ad ; cf. ci-après, § 11, cas dans lesquels il est permis à l’individu de réciter le Birkat hamazon sans Zimoun)[4].
[3]. De même, pour le Zimoun à dix, si trois convives ont déjà récité le Birkat hamazon, les sept autres peuvent associer ces trois à leur Zimoun, et mentionner le nom divin (Béour Halakha 194, 1 ד »ה אחד ; cf. ci-après § 10, où il est dit que celui qui a mangé des aliments Mézonot et a déjà prononcé la bénédiction finale ne peut s’associer au Zimoun).
Si trois personnes ont mangé ensemble, et que l’un d’entre eux soit sorti dans la rue : quand les deux autres voudront dire le Birkat hamazon, ils l’appelleront, afin qu’il s’associe à eux pour le Zimoun. Même s’il n’est pas assis avec eux, mais se tient à la porte, se montrant à eux et les entendant, il s’associe à leur Zimoun. Cela vaut pour un Zimoun à trois ; mais pour un Zimoun à dix, puisqu’on doit y mentionner le nom divin, il ne faut pas associer celui qui n’est pas assis avec les autres ; cela, en raison de l’honneur attaché à la mention du nom divin (Choul‘han ‘Aroukh 194, 2).
[4]. Il faut ajouter que le fait de s’interrompre au milieu du repas pour réciter le Zimoun n’est qu’une solution a posteriori, non seulement parce qu’il est juste de juxtaposer le Zimoun au Birkat hamazon, mais encore parce que, de l’avis de certains Richonim, parmi lesquels Rav Haï Gaon et le Raavad, après s’être interrompu pour le Zimoun, on doit, si l’on veut continuer son repas, se relaver les mains et prononcer la bénédiction Hamotsi. Certes, en pratique, le Choul‘han ‘Aroukh 200, 1 tranche conformément à l’avis du Halakhot Guedolot, du Roch et des disciples de Rabbénou Yona, d’après lesquels on continuera de manger sans avoir à redire la bénédiction du pain ; mais, a priori, il est préférable de ne pas entrer dans ce cas de doute.