Lorsqu’on fixe son repas sur de la matsa, il est clair que l’on dit la bénédiction Hamotsi et le Birkat hamazon. La question est de savoir quelle règle s’applique quand on mange de la matsa autrement que dans le cadre d’un repas fixe.
Certains disent que la bénédiction de la matsa est, en ce cas, Mézonot, parce que l’une des définitions de pat habaa békhissanim est : pâte dure cuite au four, que l’on croque, telle que les crackers ou les petits pains azymes individuels (appelés matsiot). Or, puisque nos matsot sont également dures, leur bénédiction est Mézonot. Certes, à Pessa‘h, où la matsa sert de pain, on dit sur elle Hamotsi et Birkat hamazon, même si l’on n’en mange qu’un petit peu ; mais le reste de l’année, sa bénédiction est Mézonot (Guinat Vradim).
Face à cela, de nombreux décisionnaires écrivent que, puisque la matsa sert de pain à Pessa‘h, son statut est celui de pain tout au long de l’année. De plus, il y a une différence de but entre la matsa, d’une part, et les crackers ou les matsiot d’autre part : c’est que, sur la matsa, on a l’habitude de fixer son repas, tandis que les matsiot et les crackers sont mangés comme supplément ou comme en-cas. Par conséquent, lors même que l’on mange de la matsa de manière informelle, on doit dire les bénédictions Hamotsi et Birkat hamazon. Telle est la coutume ashkénaze.
La coutume séfarade tient compte de l’opinion selon laquelle, dans le cours de l’année, le statut de la matsa est semblable à celui de crackers ou de matsiot, dont la bénédiction est Mézonot. Cependant, a priori, il est souhaitable de sortir du doute, et de ne manger de matsa qu’à l’intérieur d’un repas accompagné de pain, de façon que la matsa soit couverte par la bénédiction Hamotsi. Mais si l’on veut manger de la matsa autrement que dans le cadre d’un repas, la bénédiction sera, selon la coutume séfarade, Mézonot (Ye‘havé Da‘at III 12). À l’issue de Pessa‘h et au lendemain de Pessa‘h (Isrou ‘hag), tout le temps que l’on n’a pu acheter de pain ‘hamets, les Séfarades, eux aussi, disent la bénédiction Hamotsi sur la matsa, puisque, à ce moment-là, celle-ci est considérée comme du pain (Or lé-Tsion XII 3)[6].
[6]. La coutume ashkénaze est univoque, comme le rapporte le Tsits Eliézer XI 19. La coutume séfarade est expliquée par le Ye‘havé Da‘at III 12. Il est vrai que certains décisionnaires séfarades ont recommandé de dire toujours Hamotsi sur la matsa ; ainsi du Cheyaré Knesset Haguedola et du Beit David. Mais la coutume est de dire, sur de la matsa mince, Mézonot, comme le rapporte le Ma‘haziq Berakha 158, 5. L’Or lé-Tsion II 12, 3 précise que, bien qu’il eût convenu, fondamentalement, de dire Hamotsi – puisqu’il est habituel de manger la matsa en tant que pain –, la coutume est de dire Mézonot ; et que, a priori, il est préférable de ne pas en manger hors du cadre d’un repas accompagné de pain. Selon le Rav Mordekhaï Elyahou, pour les Séfarades eux-mêmes, les bénédictions de la matsa sont, jusqu’au 14 iyar, jour de Pessa‘h chéni, Hamotsi et Birkat hamazon.
Quant à la quantité à partir de laquelle on considère que l’on fixe son repas : si l’estimation tenait compte du poids de quatre œufs, soit 200 grammes, on devrait manger près de sept matsot, quantité qu’il n’est pas habituel de manger, même lors de grands repas. Mais nous avons vu, en note 3, que la méthode principale consiste à calculer d’après le volume ; de sorte qu’avec un peu moins de trois matsot ordinaires [carrées] on obtient le volume de quatre kabeitsa. Aussi, dès lors que l’on mange environ trois matsot et que l’on est rassasié, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut réciter Hamotsi et Birkat hamazon.