10. Pour un mets cuit à l’eau, on dit toujours Mézonot

Tout ce que nous avons vu, selon quoi l’on dit parfois Hamotsi sur une pâtisserie mézonot, vaut lorsqu’il s’agit précisément d’une pâtisserie cuite au four. Mais pour des mets à base de céréales et qui sont cuits à l’eau, tels que des pâtes, des langues d’oiseau ou de la bouillie, les bénédictions seront toujours Mézonot et ‘Al hami‘hia, même si l’on en mange une grande quantité et que l’on en fasse son repas. La raison est la suivante : les sages ont établi une distinction entre les pâtisseries au four et les plats bouillis, parce que toutes les pâtisseries au four ressemblent, dans une certaine mesure, au pain, que ce soit par leur forme ou par leur mode de cuisson ; c’est pourquoi, quand on mange ces pâtisseries mézonot entre les repas, on récite les bénédictions Mézonot et ‘Al hami‘hia, et quand on fixe sur elles un véritable repas, on dit Hamotsi et Birkat hamazon. Par contre, les mets cuits à l’eau diffèrent entièrement du pain, de sorte que, même si l’on fixe sur eux son repas, leurs bénédictions sont Mézonot et ‘Al hami‘hia.

La règle est la même s’agissant des Bissli[j] et des croûtons à soupe[k] : puisqu’ils sont faits par friture dans un bain d’huile, ils sont considérés comme bouillis ; et même si l’on établissait sur eux son repas, leurs bénédictions resteraient Mézonot et ‘Al hami‘hia. La même règle s’applique encore aux beignets : puisqu’ils cuisent dans un bain d’huile, leur statut est celui de pâtisserie bouillie, et même si l’on en faisait un véritable repas, leurs bénédictions n’en seraient pas moins Mézonot et ‘Al hami‘hia (s’il s’agit de beignets cuits au four, en revanche, leur statut est celui de pat habaa békhissanim)[9].

Il en va de même du kouguel[l] : puisque les pâtes sont d’abord bouillies – quoique ensuite le kouguel soit mis au four –, que la cuisson au four ne lui donne pas la forme d’un pain, et que, dès avant l’enfournage, les pâtes étaient aussi dignes d’être consommées, le statut du kouguel demeure celui d’un mets bouilli. Même si l’on fixe son repas sur lui, les bénédictions restent Mézonot et ‘Al hami‘hia.


<[j]. Marque de snacks (ou grignotines) à base de farine, salés, craquants et gras.

[k]. Chkédé maraq (litt. « amandes de soupe ») : très petits croûtons israéliens, carrés, jaunes et salés, dont les enfants, notamment, accompagnent leur soupe.

[9]. Cf. Pniné Halakha – Cacheroute 11, note 12, où il est dit que, selon Rabbénou Tam, si l’on roule une pâte épaisse, même si on la cuit ensuite à l’eau, on doit en prélever la ‘hala [au sens de petite partie prélevée sur la pâte, et qui était offerte au Temple ; aujourd’hui, on la brûle] ; en effet, l’obligation de prélèvement de la ‘hala se contracte au moment du pétrissage. Mais selon la majorité des décisionnaires, puisque l’intention est, dès l’abord, de cuire à l’eau cette pâte, celle-ci ne requiert pas de prélèvement de la ‘hala. S’agissant des bénédictions, Rabbénou Tam estime qu’un tel mets a même statut qu’une pâtisserie au four et que, si elle est pétrie à l’eau, sa bénédiction est Hamotsi ; si, en revanche, elle a un goût d’huile ou d’ingrédients sucrés, au point de devoir être considérée comme pat habaa békhissanim, ce n’est que dans le cas où l’on fixe sur elle son repas que la bénédiction sera Hamotsi. Pour la majorité des décisionnaires, puisque la pâte est bouillie, elle a invariablement pour bénédiction Mézonot. D’après cela, même si l’on fixe son repas sur des beignets (soufganiot), la bénédiction en sera Mézonot, puisqu’ils sont cuits dans un bain d’huile.

Le Choul‘han ‘Aroukh 168, 13 rapporte l’opinion de la majorité des décisionnaires sans l’imputer à un auteur particulier [ce qui indique qu’il adopte cette vue], et celle de Rabbénou Tam sous la mention « certains objectent ». Il écrit en outre que, pour échapper à cette controverse, celui qui veut fixer son repas sur des beignets dira d’abord Hamotsi sur du pain ; puis il récitera le Birkat hamazon. Telle est la position du Choul‘han ‘Aroukh.

Mais si l’on n’a pas mangé de pain, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia. Certes, selon le Maguen Avraham 168, 34 et l’Elya Rabba, dès lors que l’on s’est rassasié de beignets, on est en présence d’un doute portant sur une loi toranique, de sorte qu’il faut être rigoureux, conformément à la position de Rabbénou Tam, et réciter le Birkat hamazon. Cependant, le Dagoul Mérevava et le Maguen Guiborim écrivent que, même en cas de doute de rang toranique, la bénédiction sera Mé‘ein chaloch [‘Al hami‘hia], puisque, si l’on s’en tient à la norme toranique, on s’acquitte de son obligation par la bénédiction Mé‘ein chaloch.

Le Beit Méïr et le Peri Mégadim expliquent encore que le Beit Yossef ne tient pas compte ici de la notion de doute portant sur une règle toranique, parce que, dans leur majorité, les décisionnaires ne partagent pas l’opinion de Rabbénou Tam ; aussi est-ce seulement pour ceux qui sont animés d’une particulière crainte du Ciel que le Choul‘han ‘Aroukh précise qu’il est bon d’être rigoureux. Par conséquent, même si l’on fixe son repas sur des beignets, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia.

Ci-dessus, chap. 3 § 8, nous expliquons qu’il est a priori préférable de ne pas manger de beignets à l’intérieur d’un repas, car il se peut que les beignets soient destinés à servir de dessert, et qu’ils ne soient donc pas couverts par la bénédiction Hamotsi. Mais en pratique, si l’on en mange à l’intérieur d’un repas, on ne récite pas de berakha : ils doivent être considérés comme partie intégrante du repas. En ce cas, il est bon de former l’intention expresse, au moment de prononcer la bénédiction Hamotsi, d’y inclure les beignets que l’on mangera au cours du repas.

[l]. Gâteau de pâtes sucré, cuit au four.

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