04. La bénédiction du vin couvre les autres boissons

De même que le pain est le principal des aliments apportant la satiété, de même le vin est la principale de toutes les boissons. Sa particularité est à la fois d’être nourrissant, en raison de la haute teneur en sucre du fruit, ce qui lui confère une valeur calorique, et de réjouir : la vitalité qu’il donne à l’homme s’accompagne de la joie du corps.

De même que la bénédiction Hamotsi, récitée sur le pain, inclut les autres aliments du repas (cf. ci-dessus, chap. 3 § 6), de même la bénédiction Haguéfen, dite sur le vin, inclut toutes les boissons. Cela, à condition que lesdites boissons soient présentes devant soi au moment où l’on récite la bénédiction du vin, ou que, au moment de cette bénédiction, on ait à l’esprit de les boire, ou tout au moins qu’on ait l’habitude de les boire à un tel moment : en ce dernier cas, on les aura incluses dans la bénédiction, quoiqu’on n’y ait pas expressément pensé (Choul‘han ‘Aroukh 174, 2)[1].

De même, quand on participe à un grand Qidouch, du type de ceux qu’offrent les personnes qui célèbrent un événement heureux (bar-mitsva, etc.) après la prière de Moussaf, le Chabbat : si l’on a entendu le Qidouch et bu du vin, il ne sera pas nécessaire de dire la bénédiction des autres boissons, puisque celles-ci auront été couvertes par la bénédiction du vin.

A priori, il est bon de boire une mesure de vin de mélo lougmav (environ 50 ml, soit le quart d’un verre ordinaire), car, selon certains auteurs, ce n’est que si l’on boit une telle quantité que le vin sera considéré comme principal, et que toutes les autres boissons que l’on a l’intention de boire lui seront accessoires, de manière à être couvertes par la bénédiction du vin (Béour Halakha 174, 2). Mais en pratique, même si l’on n’a pas bu cette quantité, on pourra consommer les autres boissons sans en réciter la bénédiction, car telle est l’opinion majoritaire parmi les décisionnaires[2].

Si l’on a entendu le Qidouch, mais que l’on n’ait soi-même pas du tout bu de vin, on sera certes quitte du Qidouch par le fait que l’on aura écouté celui-ci ; mais les autres boissons que l’on prendra ne seront pas rendues accessoires au vin : il faudra réciter la bénédiction Chéhakol avant que de les boire, puis Boré néfachot à la fin.

Si l’on boit une mesure de vin telle que l’on soit tenu de réciter la bénédiction finale (cf. ci-après, chap. 10 § 10), on se rendra quitte, en récitant Mé‘ein chaloch sur le vin, de la bénédiction finale des autres boissons (Choul‘han ‘Aroukh 208, 16). Mais si l’on n’a pas bu une quantité de vin requérant la bénédiction finale, et que l’on ait bu une quantité d’autres boissons requérant, elle, une bénédiction finale, c’est Boré néfachot que l’on récitera sur elles (Séder Birkot Hanéhénin de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi 1, 21)[3].


[1]. Berakhot 41b : « Rabbi ‘Hiya a dit : “Le pain dispense [de bénédiction] toutes les sortes d’aliments, le vin dispense toutes les sortes de boissons.” » Selon Tossephot, la halakha ne suit pas les propos de Rabbi ‘Hiya (en effet, le pain ne couvre pas tous les aliments, mais seulement ceux qui sont mangés au titre du repas [à l’exclusion des desserts]. De la même façon, selon Tossephot, le vin ne couvre pas les autres boissons. Mais selon le Roch et les disciples de Rabbénou Yona, le vin couvre les autres boissons, et c’est en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 174, 2.

Les décisionnaires sont cependant partagés quant au fait de savoir s’il faut que les boissons en question soient devant soi au moment où l’on récite la bénédiction du vin ; cf. Michna Beroura 174, 3 et Béour Halakha. En pratique, dès lors qu’une possibilité raisonnable existait, au moment de la bénédiction, pour que l’on consommât lesdites boissons après avoir bu du vin, la bénédiction du vin les inclut. Telle est l’opinion du Meqor ‘Haïm  (de l’auteur du ‘Havot Yaïr) et de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi (Séder Birkot Hanéhénin 1, 21). Cependant, a priori, afin qu’il soit clair que l’intention porte également sur ces boissons supplémentaires, il sera bon de les placer devant soi au moment de prononcer la bénédiction sur le vin.

Tout ce qui est propre à être bu est compris dans la dénomination de « boisson » (machqé). Si donc on a remué du yaourt de type leben jusqu’à ce qu’il soit devenu semblable à une boisson, la bénédiction du vin pourra l’inclure. Mais le fromage et le yaourt non liquides, bien qu’ils soient faits à partir du lait qui, lui, est liquide, sont considérés comme des aliments solides, et la bénédiction du vin ne saurait les inclure. Quoique certains auteurs contestent cela, la position principale, en halakha, est que ce qui est propre à être bu est considéré comme boisson, et est donc couvert par la bénédiction du vin (cf. ci-après, chap. 10 § 11).

[2]. Selon le Nichmat Adam 55, 1, ce n’est que si l’on donne à sa consommation de vin le caractère d’une dégustation régulière (qavoua’), en en buvant plusieurs verres, que les autres boissons deviendront accessoires au vin, et que la bénédiction de celui-ci les couvrira. Le Béour Halakha 174, 2 ד »ה יין ne partage pas cet avis ; mais, en raison du doute, il estime qu’il faut boire une quantité de mélo lougmav (« plénitude de gorge ») de vin, pour acquitter les autres boissons de leur bénédiction. Toutefois, la majorité des décisionnaires estiment que même une petite quantité de vin est efficace ; c’est l’avis du Maguen Avraham, du Peri Mégadim, du Dérekh Ha‘haïm, du Choul‘han ‘Aroukh Harav 4, du ‘Aroukh Hachoul‘han 3 (en matière de Qidouch). C’est aussi ce qu’écrivent le Ye‘havé Da‘at V 20 et l’Or lé-Tsion 20, 9.

[3]. Il est juste, si l’on veut boire du vin et d’autres boissons, de former dès l’abord l’intention de couvrir, par la bénédiction du vin, les autres boissons. Si l’on a commencé par consommer d’autres boissons, et qu’on ait bu du vin par la suite, ou que l’on ait commencé par le vin tout en prévoyant de ne pas prendre d’autres boissons, puis que l’on ait changé d’avis et qu’on en ait finalement pris, les décisionnaires sont partagés : la bénédiction Mé‘ein chaloch peut-elle couvrir ces boissons autres que le vin, puisque, dans les deux cas, on aura dit Chéhakol sur lesdites boissons ? Comme l’indulgence est de principe en cas de doute portant sur une bénédiction, on ne dira pas Boré néfachot sur ces boissons en tant que telles. A priori, il sera bon de manger un aliment solide par lequel on s’obligera à dire Boré néfachot [ce par quoi on couvrira, à toutes fins utiles, les boissons autres que le vin] (cf. Yabia’ Omer V 17, 7, Pisqé Techouvot 174, 5, et Har‘havot sur le présent passage).

 

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