Puisque la bénédiction Chéhakol est l’expression d’une louange générale envers Dieu, elle peut couvrir toutes les sortes d’aliments. Si, par erreur, on a dit Chéhakol sur un fruit de l’arbre ou un fruit de la terre, et même sur du pain, un gâteau ou du vin, on est quitte. Mais a priori, il faut dire pour chaque type de nourriture la bénédiction qui lui est spécifique. Ce n’est que lorsqu’il existe un doute au sujet d’un aliment déterminé – dit-on Chéhakol ou quelque autre bénédiction ? – que, pour sortir du doute, on dira Chéhakol (Choul‘han ‘Aroukh 204, 13 ; 206, 1).
Quand un doute se présente au sujet d’un fruit – sa bénédiction est-elle Ha‘ets ou Ha-adama ? –, on dit Ha-adama (cf. ci-dessus, § 2). Certes, si l’on a dit Chéhakol, on est quitte de son obligation ; mais il est préférable de dire Ha-adama, qui est une bénédiction plus spécifique, puisqu’elle exprime le fait qu’il s’agit d’un fruit.
Quand nous disons que, s’il y a doute, on dit selon le cas Chéhakol ou Ha-adama, ce n’est que s’il n’y a personne que l’on puisse interroger à ce sujet, ou bien encore lorsqu’il s’agit d’un doute qui n’a pas été tranché par la halakha. Mais quand il est possible de demander à une personne versée dans la Torah quelle est la bénédiction qui convient, il est interdit de dire, dans le doute, Chéhakol ou Ha-adama : il est obligatoire de vérifier quelle bénédiction on doit réciter (Choul‘han ‘Aroukh Harav 202, 24, Michna Beroura 202, 84).
Par principe, il est préférable de réciter une bénédiction spécifique pour chaque catégorie de nourriture, car chacune prodigue à l’homme une utilité et une jouissance exclusives ; et si l’on disait, pour toutes ces sortes d’aliments, une bénédiction générique et indifférenciée, on ne donnerait pas expression à l’abondance de bénédiction que l’Éternel dispense au monde. D’un autre côté, si l’on disait sur la pêche une bénédiction particulière, sur l’orange une autre bénédiction particulière, et ainsi de suite pour chaque espèce, on ne prendrait pas conscience du propos général que poursuit le Saint béni soit-Il en son monde, et l’on se perdrait au milieu des incalculables détails que présente le monde matériel. Par l’institution de berakhot spécifiques aux différentes catégories d’aliments, nous donnons expression, d’une part, à la diversité de la bénédiction divine, d’autre part, au propos général que poursuit l’Éternel.
La bénédiction Chéhakol est celle qui, par excellence, représente cette thématique générale. D’un côté, elle n’est guère spécifique, aussi son degré d’élévation est-il moindre que d’autres ; et tant que c’est possible, il faut dire une bénédiction spécifiant une catégorie d’aliments. Mais de l’autre, elle exprime l’idée générale : « Dieu, Roi de l’univers, par la parole duquel tout advint ». C’est justement en cette bénédiction que l’on met l’accent sur la source spirituelle de la Création ; car c’est par le biais de la parole que le Saint béni soit-Il créa son monde. Or, plus on se trouve en présence de cet aspect général, unitaire, qui se trouve dans la Création, plus on prend conscience de la racine spirituelle de l’univers.