11. Sucre, produits à base de soja, chocolat

Pour le sucre, qu’il soit produit à partir de la canne à sucre ou de la betterave sucrière, on a coutume de dire Chéhakol. Certes, cette question fut l’objet d’une controverse entre les plus grands Richonim ; selon nombre d’entre eux, puisque la destination essentielle de la canne à sucre et de la betterave sucrière est de produire du sucre, la bénédiction de ce dernier doit être Ha-adama. Mais en pratique, on a coutume de dire Chéhakol : le sucre est si différent des végétaux dont il est extrait qu’on ne reconnaît pas du tout qu’il est produit à partir d’un fruit de la terre ou de la canne à sucre. Or nous avons vu que, en matière de bénédictions, on suit l’opinion communément partagée par les gens (Choul‘han ‘Aroukh 202, 15, Michna Beroura ad loc.).

De même, sur des escalopes de soja à la viennoise (schnitzels), des boulettes ou des saucisses faites de soja, on a coutume de dire Chéhakol. De prime abord, il eût convenu de dire Ha-adama, puisqu’elles sont faites de fèves de soja qui, majoritairement, sont cultivées afin d’être moulues puis, à partir de cette mouture, accommodées sous forme d’aliments. Mais précisément parce que les fèves de soja ont été moulues, que l’on ne reconnaît pas du tout que ces mets proviennent du végétal, et qu’ils ressemblent davantage à des spécialités à base de viande, l’usage est de réciter Chéhakol. Pour la même raison, la bénédiction du tofu (fromage de soja) est Chéhakol.

De même, pour le chocolat, on a coutume de dire Chéhakol. Certains auteurs, il est vrai, pensent que, sur le chocolat noir, on doit dire Ha‘ets, puisqu’il est fait à partir de fèves de cacao qui poussent sur des arbres, et que c’est sous forme de chocolat qu’il est d’usage de consommer le cacao. De plus, selon ces auteurs, on reconnaît que le chocolat provient des fèves de cacao, car sa couleur est pareille à celle du cacao. Mais, comme nous le disions, la coutume est de dire Chéhakol sur le chocolat, car la fève de cacao a subi un grand changement par rapport à sa forme première, au point que l’on ne reconnaît pas que le chocolat provient d’un fruit. De plus, en général, le chocolat contient aussi du sucre et d’autres ingrédients, de sorte que le cacao ne forme que quarante pour cent du mélange.

Si, contrairement à l’usage, on a dit Ha-adama sur le sucre ou sur les produits du soja, ou encore Ha‘ets sur du chocolat, on est quitte (Michna Beroura 202, 76)[8].


[8]. La question relative à ces trois aliments – sucre, produits du soja, chocolat – se pose de la manière suivante : selon le Choul‘han ‘Aroukh 203, 7 et 204, 11, pour un fruit qu’il est habituel de manger après qu’on l’a moulu, la bénédiction reste semblable à celle du fruit entier, quoiqu’il ait été entièrement broyé. De même, les Guéonim décident que, sur du sucre de canne, on dit Ha-adama, voire Ha‘ets. Mais la coutume suit ici Maïmonide, selon qui la bénédiction est Chéhakol. Le Béour Halakha 202, 15 expose la règle à l’égard de la betterave sucrière : dès lors que l’on ne reconnaît plus du tout que le sucre provient d’un fruit, sa bénédiction est Chéhakol. (S’agissant du sucre de canne, on trouve une autre explication, selon laquelle, avant de prendre sa forme définitive, le sucre de canne passe par l’état de jus de fruit, lequel a pour bénédiction Chéhakol, comme nous le verrons ci-après, § 15.)La règle est la même pour les produits à base de soja : on ne voit en rien qu’ils proviennent d’une plante. Quant au chocolat, les hésitations ont été plus nombreuses, parce que sa couleur est pareille à celle du fruit du cacaoyer dont il provient, comme le souligne le Min‘hat Chelomo 91, 2. Mais l’auteur dudit ouvrage reconnaît que la coutume est de dire Chéhakol. La raison en est que son apparence est très différente de ce qu’est initialement le fruit : en plus de le broyer, on y mêle du sucre et d’autres ingrédients ; or nous avons vu, au sujet de la confiture, que, selon le Peri Mégadim (202, Michbetsot Zahav 4) et d’autres A‘haronim, quand un fruit a été broyé et qu’on y a aussi mêlé d’autres ingrédients dotés d’une importance, sa bénédiction est Chéhakol. Cet usage est approuvé par de nombreux A‘haronim.

 

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