Pour le sucre, qu’il soit produit à partir de la canne à sucre ou de la betterave sucrière, on a coutume de dire Chéhakol. Certes, cette question fut l’objet d’une controverse entre les plus grands Richonim ; selon nombre d’entre eux, puisque la destination essentielle de la canne à sucre et de la betterave sucrière est de produire du sucre, la bénédiction de ce dernier doit être Ha-adama. Mais en pratique, on a coutume de dire Chéhakol : le sucre est si différent des végétaux dont il est extrait qu’on ne reconnaît pas du tout qu’il est produit à partir d’un fruit de la terre ou de la canne à sucre. Or nous avons vu que, en matière de bénédictions, on suit l’opinion communément partagée par les gens (Choul‘han ‘Aroukh 202, 15, Michna Beroura ad loc.).
De même, sur des escalopes de soja à la viennoise (schnitzels), des boulettes ou des saucisses faites de soja, on a coutume de dire Chéhakol. De prime abord, il eût convenu de dire Ha-adama, puisqu’elles sont faites de fèves de soja qui, majoritairement, sont cultivées afin d’être moulues puis, à partir de cette mouture, accommodées sous forme d’aliments. Mais précisément parce que les fèves de soja ont été moulues, que l’on ne reconnaît pas du tout que ces mets proviennent du végétal, et qu’ils ressemblent davantage à des spécialités à base de viande, l’usage est de réciter Chéhakol. Pour la même raison, la bénédiction du tofu (fromage de soja) est Chéhakol.
De même, pour le chocolat, on a coutume de dire Chéhakol. Certains auteurs, il est vrai, pensent que, sur le chocolat noir, on doit dire Ha‘ets, puisqu’il est fait à partir de fèves de cacao qui poussent sur des arbres, et que c’est sous forme de chocolat qu’il est d’usage de consommer le cacao. De plus, selon ces auteurs, on reconnaît que le chocolat provient des fèves de cacao, car sa couleur est pareille à celle du cacao. Mais, comme nous le disions, la coutume est de dire Chéhakol sur le chocolat, car la fève de cacao a subi un grand changement par rapport à sa forme première, au point que l’on ne reconnaît pas que le chocolat provient d’un fruit. De plus, en général, le chocolat contient aussi du sucre et d’autres ingrédients, de sorte que le cacao ne forme que quarante pour cent du mélange.
Si, contrairement à l’usage, on a dit Ha-adama sur le sucre ou sur les produits du soja, ou encore Ha‘ets sur du chocolat, on est quitte (Michna Beroura 202, 76)[8].