Il convient de prendre en main l’aliment ou la boisson au moment où l’on en récite la bénédiction : par cela, on dirigera mieux sa pensée vers les mots récités. C’est de la main droite qu’il convient de saisir l’aliment, car elle est la plus importante (Choul‘han ‘Aroukh 206, 4). Quant aux gauchers, certains auteurs pensent que, puisque leur main forte est la gauche, c’est elle qui est, pour eux, la plus honorée ; aussi prendront-ils la nourriture de la main gauche (Michna Beroura 206, 18) ; mais suivant l’usage kabbalistique, les gauchers eux-mêmes prendront l’aliment dans la main droite, car celle-ci fait allusion à l’attribut de ‘hessed (grâce, miséricorde), de sorte qu’il faut l’honorer davantage (Ben Ich ‘Haï, Chela‘h 19). Chacun pourra choisir, en cette matière, son usage ; mais dans le cas où un gaucher récite une bénédiction pour le compte d’une communauté, comme c’est le cas lors d’un Qidouch communautaire ou des sept bénédictions du mariage, il semble préférable qu’il prenne la coupe en sa main droite.
On ne récite pas de bénédiction sur un aliment qui n’est pas présent devant soi. A posteriori, si l’on a récité une bénédiction sur un aliment qui n’est pas devant soi, elle reste valide, s’il est certain que l’on en mangera. Mais s’il y a la moindre crainte que l’on n’y goûte pas, la bénédiction prononcée est vaine. Par exemple, si l’on sait avec certitude que tel aliment se trouve dans l’armoire, et que l’on en dise la bénédiction, on est quitte a posteriori. Mais si l’on dit une bénédiction pour un aliment que telle autre personne s’apprête à apporter, on n’en est point quitte, puisque l’on dépend de son prochain à cet égard, et que la certitude n’est pas entière.
Si l’on veut boire de l’eau au robinet, on peut réciter la bénédiction, puis ouvrir le robinet. Certes, l’eau que l’on boira ne se trouvait pas devant soi au moment où l’on prononçait ces mots ; mais puisqu’il est certain que l’eau coulera dès l’ouverture du robinet, on considère qu’elle est semblable à une eau directement présente devant soi (Choul‘han ‘Aroukh 206, 5-6, Michna Beroura 19).
Quand on prononce une bénédiction, il faut avoir la bouche vide de nourriture. Si, par exemple, on a mangé un fruit, et que l’on veuille à présent manger un légume, on terminera d’abord d’avaler tout le morceau de fruit que l’on a en bouche, et l’on récitera la bénédiction du légume seulement après. En effet, ce ne serait pas faire honneur à la bénédiction que de la prononcer avec de la nourriture en bouche ; comme il est dit : « Que ma bouche soit emplie de ta louange. » (Ps 71, 8, Berakhot 51a) De même, on se gardera d’articuler faiblement : on prononcera chaque mot de façon claire (Michna Beroura 172, 7).
Si, par erreur, on a introduit de la nourriture en sa bouche sans avoir récité la bénédiction, et que l’on puisse l’en extraire sans provoquer de dégoût, on sortira le morceau et l’on dira la bénédiction. Dans le cas où l’on éprouverait du dégoût à extraire le morceau de sa bouche, on le placera dans un coin de sa bouche et l’on dira la bénédiction ; après cela, on continuera de le manger. Si c’est de la boisson que, par erreur, on a introduit dans sa bouche sans réciter de bénédiction, et que l’on puisse, quoique difficilement, la diriger dans un coin de sa bouche de façon à réciter la bénédiction, on fera cela. Si l’on ne peut pas dire la bénédiction avec de la boisson dans la bouche, il sera préférable de la recracher, afin de ne pas en tirer jouissance sans bénédiction. Si l’on en a grand besoin, on boira ce qu’on a en bouche sans bénédiction ; de même, dans le cas où recracher la boisson provoquerait le dégoût des autres convives (Choul‘han ‘Aroukh 172, 1-2, Michna Beroura 1-2).