Si l’on a prononcé la bénédiction d’un aliment, en pensant que l’on voudrait peut-être continuer d’en manger (et de manger d’autres aliments dont la bénédiction est identique), on pourra poursuivre sa consommation en se fondant sur sa bénédiction première, tant que l’intention demeure d’en poursuivre la consommation ; cela, même si l’on s’est interrompu la journée entière. Mais si l’on a décidé, en son for intérieur, de ne plus manger de cela, on aura détourné son esprit de cette consommation ; et si, par la suite, on change d’avis, et que l’on souhaite reprendre sa collation, il faudra redire la bénédiction initiale sur ce que l’on voudra manger. La règle afférente à la boisson est, à cet égard, identique à celle de la nourriture solide (Maïmonide, Bénédictions 4, 7)[7].
Il est des cas de « dérivation douteuse de l’esprit » : par exemple, si l’on sait que l’on a tendance, après avoir décidé de ne pas manger davantage, à changer d’avis. Dans une telle situation, il est préférable, a priori, de ne pas manger davantage. Mais si l’on veut décidément reprendre sa consommation, on mangera sans réciter de bénédiction. Il se peut, en effet, que la berakha que l’on avait prononcée au début soit encore efficace pour ce que l’on s’apprête à manger. Si l’on souhaite, sans tomber dans une situation douteuse, continuer de manger en redisant préalablement la bénédiction, on récitera la bénédiction finale sur ce que l’on a déjà mangé, puis on sortira de chez soi pour faire une brève promenade. Quand on rentrera, si l’on souhaite reprendre sa collation, on dira la berakha et l’on mangera.
Quand un invité pense qu’on ne servira plus d’autres nourritures, et qu’il s’est intérieurement déterminé à ne plus manger, mais que les hôtes lui servent ensuite d’autres nourritures, il peut poursuivre sa consommation sans redire de bénédiction, puisqu’il se fie au maître de céans pour tout ce qui est servi[b]. Même si le maître de céans en personne a décidé, en son for intérieur, de ne plus manger, puis qu’il se ravise et apporte d’autres mets, l’invité ne devra pas redire de bénédiction, bien que son hôte lui-même doive réciter la bénédiction afférente à sa nouvelle consommation. En effet, dès lors que l’on est invité, on n’est pas maître du moment où le repas s’achève. Ce n’est que si l’on a décidé en son for intérieur de ne plus manger dans le cas même où notre hôte insisterait pour que l’on continuât, que l’on devra redire la bénédiction initiale si l’on décide finalement de reprendre le repas (Choul‘han ‘Aroukh 179, 2 et 5).
Si, au milieu de sa collation, on s’est interrompu pour prier, on n’aura pas besoin de redire la bénédiction quand on reprendra sa collation, car on n’aura point écarté de sa pensée l’intention de continuer à manger (Choul‘han ‘Aroukh 178, 6). De même, si l’on s’est assoupi, fût-ce pendant une heure, cela n’est point considéré comme une interruption (hefseq) ; quand on poursuivra son repas, on ne répétera pas sa bénédiction. Mais si l’on est allé faire une sieste en bonne et due forme sur son lit (au moins une demi-heure), le cas est semblable à celui dans lequel on écarte la nourriture de sa pensée : quand on reviendra manger, on devra dire préalablement les bénédictions appropriées (Choul‘han ‘Aroukh 178, 7, Michna Beroura 48).
[7].Nous traitons ici des règles relatives à la bénédiction initiale, laquelle peut être efficace toute la journée. Mais en matière de bénédiction finale, les choses sont différentes : si l’on s’interrompt trop longtemps, la bénédiction ne pourra plus porter sur ce que l’on a mangé, comme nous le verrons ci-après, chap. 10 § 12, notes 15-16.
La majorité des règles qui composent le présent paragraphe apparaissent également ci-dessus, chap. 3 § 10, note 11. Si elles sont répétées ici, c’est pour mettre l’accent sur une différence essentielle : quand il s’agit d’une collation informelle (akhilat ar‘aï), si l’on a décidé de terminer sa collation, puis que l’on ait changé d’avis, on devra redire la bénédiction initiale. Quand on fait un repas accompagné de pain (ce dont il est question au chapitre 3), les Richonim sont en revanche partagés : la décision d’achever son repas doit-elle être pleinement considérée comme une dérivation de l’esprit (hesséa‘h hada‘at) ? De même, le cas dans lequel on « fixe » son repas sur des aliments qui ne sont pas du pain est discuté (Peri Mégadim, Béour Halakha 179, 1 ד »ה אם). Si l’on sait que l’on a tendance à se raviser en cette matière, la dérivation de l’esprit est douteuse, même dans le cas d’une collation informelle.
[b].Somekh ‘al da‘ato chel ba‘al habaït (« il s’appuie sur l’intention du maître de maison »).