Après avoir mangé du pain et s’être rassasié, c’est une mitsva toranique que de bénir l’Éternel, comme il est dit : « Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour la bonne terre qu’Il t’aura donnée. » (Dt 8, 10) Les sages du Talmud enseignent que le Birkat hamazon[1] (littéralement « bénédiction de la nourriture », ou actions de grâce après le repas) doit comprendre trois thèmes (chacun faisant l’objet d’une bénédiction interne au Birkat hamazon). De ce qu’il est écrit : « Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu », les sages apprennent qu’il faut réciter la bénédiction Hazan, où nous bénissons Dieu pour la nourriture (« Bénis sois-Tu, Éternel… qui, dans ta bonté, nourris le monde entier… »). De ce qu’il est écrit : « pour la terre… », les sages déduisent qu’il faut bénir Dieu et le remercier pour le pays. Et de ce que la Torah ajoute l’adjectif bonne – « pour la bonne terre qu’Il t’aura donnée » –, ils enseignent qu’il faut bénir Dieu pour la part la meilleure et la plus choisie du pays : Jérusalem (Berakhot 48b).
La mitsva, telle que la Torah la définit, consiste, pour celui qui dit la bénédiction, à mentionner ces notions par quelque formule qu’il souhaitera, suivant sa conscience et ses possibilités d’expression. Mais Moïse, Josué, David et Salomon ont institué un texte choisi et parfait, selon les bontés que l’Éternel avait prodiguées à leur époque. À l’époque où la manne était envoyée aux Hébreux dans le désert, Moïse notre maître fixa le texte de la bénédiction Hazan (« … qui nourris… »). Mais il n’avait pas encore été fixé de forme finale à la bénédiction pour la bonne terre. Dès lors que les Hébreux furent entrés sur la terre d’Israël, Josué, fils de Noun, institua la bénédiction du pays (Birkat haarets) dans sa forme fixe. Par contre, il n’avait pas encore été donné de forme définitive à la bénédiction portant sur le lieu le meilleur et le plus prisé du pays. Lorsque le roi David eut établi Jérusalem comme ville sainte et royale, il fixa les termes de la bénédiction : « Sur Israël, ton peuple et Jérusalem, ta ville… » ; et lorsque le roi Salomon eut construit le Temple, il ajouta la mention « et ta grande et sainte demeure ». À l’époque du Temple, on demandait aussi que Dieu fît perdurer celui-ci. Après la destruction du Temple, une version modifiée fut rédigée, où nous demandons que Dieu nous prenne en miséricorde, qu’Il reconstruise Jérusalem, rétablisse la royauté de David en son lieu et rebâtisse le Temple (Berakhot 48b, Rachba, Na‘hmanide, comme le rapporte le Beit Yossef 187, 1 ; Choul‘han ‘Aroukh 187, 1-3).
Nous avons l’obligation, enseignent nos sages, de faire, dans la deuxième bénédiction (celle de la terre, birkat haarets), la louange du pays, terre de délice, bonne et vaste (Berakhot 48b, Choul‘han ‘Aroukh 187, 2-3). De même faut-il mentionner l’alliance de la circoncision et la Torah, car c’est grâce à ces deux mitsvot que nous héritons du pays ; ainsi qu’il fut dit à Abraham notre père, au moment où la circoncision lui fut ordonnée : « J’établirai mon alliance entre Moi et toi, et ta descendance après toi en ses générations, comme alliance perpétuelle, pour t’être un Dieu, ainsi qu’à ta descendance après toi. Et Je te donnerai, ainsi qu’à ta descendance après toi, la terre de tes pérégrinations, toute la terre de Canaan, comme possession perpétuelle, et Je vous serai Dieu. » (Gn 17, 7-8)
Nous apprenons de même que, par le mérite de la Torah et des mitsvot, nous héritons du pays, comme il apparaît au début du paragraphe où nous est donnée la mitsva du Birkat hamazon : « Tous les commandements que Je te prescris en ce jour, vous aurez soin de les accomplir, afin que vous viviez, que vous multipliiez, et que vous veniez hériter du pays que l’Éternel a promis par serment à vos pères. » (Dt 8, 1) Il est également écrit : « Il leur donna les terres de peuples, et ils héritèrent du labeur de nations ; afin qu’ils conservassent ses lois et gardassent ses enseignements, Alléluia ! » (Ps 105, 44-45)
Nos sages disent encore que la mention de la circoncision doit précéder celle de la Torah, car, à l’égard de la circoncision, treize alliances sont mentionnées, tandis que, s’agissant de la Torah, seules trois alliances furent contractées. En la circoncision, s’exprime la sainteté intrinsèque que l’Éternel conféra à son peuple Israël, sainteté qui ne dépend pas de notre choix, et qui constitue le fondement de la réception de la Torah, laquelle exige de nous de choisir le bien.
Dans la troisième bénédiction, les sages ont institué la mention de la royauté davidique, parce que, par David, Jérusalem fut sanctifiée, et parce que l’édification du pays et de Jérusalem dépend essentiellement de la royauté d’Israël (Berakhot 48b, Choul‘han ‘Aroukh 188, 3).