05. Récitation du Birkat hamazon; éducation des enfants

En récitant le Birkat hamazon, on doit faire entendre à son oreille les mots que sa bouche prononce. Si l’on n’a pas articulé de ses lèvres les mots, on n’est point quitte. A priori, il faut dire ces bénédictions à haute voix, car le son éveille l’attention de l’esprit (la kavana). Si l’on ne comprend pas l’hébreu, on peut réciter le Birkat hamazon traduit dans une langue que l’on comprend (Choul‘han ‘Aroukh 185, 1-3, Michna Beroura 1-3 ; cf. ci-dessus, chap. 1 § 6-7).

A posteriori, si l’on a omis de lire des passages du Birkat hamazon, on reste quitte de son obligation, tant que l’on a mentionné les principes essentiels qui doivent y figurer. Quels sont ces principes ? Bénir Dieu pour la nourriture ; au sein de cette bénédiction, mentionner son nom, et le fait qu’Il est le roi de l’univers (Choul‘han ‘Aroukh 187, 1, Michna Beroura 4). Dans la deuxième bénédiction, remercier Dieu pour la terre d’Israël, et mentionner qu’elle est une terre de délices, bonne et vaste (‘hemda, tova ou-rehava) ; mentionner aussi l’alliance de la circoncision et l’étude de la Torah. Dans la troisième bénédiction, mentionner Jérusalem, le Temple et le règne la dynastie davidique ; de la quatrième bénédiction, dire le résumé.

Quand un enfant parvient à « l’âge de l’éducation » (guil ‘hinoukh), c’est-à-dire à l’âge où il comprend de manière générale le propos des bénédictions, on a le devoir de l’instruire à les réciter toutes, à commencer par le Birkat hamazon, qui est la plus importante d’entre elles. Dans leur majorité, les enfants arrivent à « l’âge de l’éducation » autour de six ans. Avant cela, dès lors qu’ils comprennent quelque peu comment on récite une berakha, il est bon de commencer à le leur apprendre ; mais ils n’ont pas encore l’obligation de réciter les bénédictions. S’agissant même d’enfants parvenus à l’âge de l’éducation, quand il leur est difficile de réciter tout le Birkat hamazon, on les habituera à réciter la première berakha ; puis ils progresseront suivant leurs possibilités[5].


[5]. La version abrégée est citée dans l’introduction du Maguen Avraham au chap. 192 du Choul‘han ‘Aroukh. La voici, traduite de l’araméen et de l’hébreu :

 

« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, Maître de ce pain que nous avons mangé ; béni sois-Tu, Éternel, qui nourris toutes les créatures. Nous te rendons grâce, Éternel, notre Dieu, pour ce que Tu as doté nos ancêtres d’une terre de délices, bonne et vaste, et pour nous avoir donné l’alliance et la Torah, et le pain à satiété ; béni sois-Tu, Éternel, pour le pays et pour la nourriture. Prends-nous en miséricorde, Éternel notre Dieu, nous et Israël ton peuple, Jérusalem ta ville, et la royauté de la maison de David ton oint [le Chabbat, on ajoute : et réjouis-nous en ce jour de Chabbat ; à Roch ‘hodech et aux jours de fête, on ajoute : et souviens-toi de nous favorablement en ce jour de Roch ‘hodech / en ce jour de fête] ; et construis Jérusalem, ville du sanctuaire, bientôt et de nos jours ; béni sois-Tu, Éternel, qui construis, dans ta miséricorde, Jérusalem, amen. Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, Dieu qui es notre Père, notre Roi, Roi qui es bon et bienfaisant pour nous tous. Il fut bienfaisant, Il est bienfaisant, Il sera bienfaisant ; Il nous octroya, Il nous octroie, il nous octroiera toujours la grâce, la bonté et la miséricorde, et nous fera mériter les temps messianiques. Que Celui qui établit la paix dans ses hauteurs établisse la paix sur nous et sur tout Israël, et dites amen. »

 

Selon le Choul‘han ‘Aroukh Harav 187, 4 et le Michna Beroura 4, on peut, en cas de nécessité, instruire les enfants à la récitation de la version abrégée ; mais la coutume est de les instruire à la récitation de la version courante, de façon progressive.

 

L’obligation de réciter les trois premières bénédictions est-elle toranique, et y a-t-il entre elles une relation organique ? Selon Tossephot sur Berakhot 16a, cette obligation est toranique, mais les sages sont indulgents à l’égard des ouvriers, leur permettant de ne réciter que les deux premières ; car les sages ont autorité pour faire obstacle à une prescription de la Torah. Selon Maïmonide, la Torah ne prescrit pas de nombre précis de berakhot, mais il faut mentionner les trois principes que sont la bénédiction de Dieu pour la nourriture, la louange de la terre d’Israël et celle de Jérusalem ; aussi les ouvriers peuvent-ils inclure tous ces principes en deux berakhot (Beit Yossef, Choul‘han ‘Aroukh 191 ; en pratique, de nos jours, les ouvriers ont l’obligation de réciter les quatre bénédictions).

 

Si l’on a mangé, puis que l’on s’aperçoive, après avoir terminé son repas, que l’on ne dispose pas d’un birkon (texte imprimé du Birkat hamazon), et que l’on ne connaisse par cœur qu’une ou deux des bénédictions, tandis qu’on ignore, des autres, l’abrégé lui-même (sans lequel on n’est point quitte), les opinions sont partagées. Selon le Maguen Avraham, les trois premières bénédictions forment un seul et même ensemble, et celui qui n’est pas en mesure de les réciter toutes ne devra en réciter aucune. Selon l’Even Ha‘ozer et d’autres décisionnaires, on dira celle des bénédictions que l’on connaît. En pratique, si l’on a mangé au point d’être rassasié, l’obligation de réciter le Birkat hamazon est toranique, de sorte que l’on doit être rigoureux, en récitant par cœur celles des bénédictions que l’on connaît. Si l’on n’est pas rassasié, l’obligation est de rang rabbinique et, en cas de doute, on est indulgent ; aussi, tant que l’on ne sait pas par cœur les trois bénédictions qui sont fondamentalement de rang toranique, on n’en dira aucune (Choul‘han ‘Aroukh Harav, Michna Beroura 194, 13, Cha‘ar Hatsioun ad loc.). En revanche, si c’est la quatrième bénédiction que l’on ne sait pas par cœur, et quoique l’on ne soit pas rassasié, on récitera les trois premières, dont le degré d’obligation est fondamentalement toranique (Choul‘han ‘Aroukh 194, 3). L’ordre des bénédictions est déterminant, et les réciter dans le désordre est cause d’invalidité (Dvar Chemouel 147, Kaf Ha‘haïm 187, 2).

 

Si, au lieu du Birkat hamazon, on a récité la bénédiction Mé‘ein chaloch [qui se récite, normalement, après avoir consommé une certaine quantité de gâteau ou de pâte autre que du pain], les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si l’on est quitte de son obligation. Selon Rabbi Aharon Halévi, le ‘Hida et le Choul‘han ‘Aroukh Harav 168, 8, on est quitte ; certes, ce texte ne mentionne pas l’alliance, la Torah, ni la royauté davidique, mais on est quitte a posteriori, puisque l’on aura récité un texte fixé par les sages, où se trouvent tous les principes qui, de par la Torah, doivent figurer dans la bénédiction de la nourriture. Face à ces auteurs, le Ritva, dans ses Halakhot (2, 21), le Baït ‘Hadach et l’Elya Rabba estiment que l’on n’est pas quitte. En pratique, si l’on a déjà récité Mé‘ein chaloch, on est quitte a posteriori. Cf. Yabia’ Omer II 12.

 

Si l’on mange du pain et que l’on ne sache pas le Birkat hamazon par cœur, mais que l’on sache la bénédiction Mé‘ein chaloch, on récitera cette dernière dans le cas où l’on est rassasié. Si l’on n’est point rassasié, on ne récitera pas Mé‘ein chaloch.

 

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