13. Réciter la bénédiction au lieu même de la consommation

Eu égard à l’importance du Birkat hamazon, nos sages ont prescrit de le réciter au lieu même où l’on a pris son repas. A priori, on le récitera à l’endroit même où l’on était assis lorsqu’on mangeait. En cas de nécessité, et tant que l’on reste dans la même pièce, on considère que la bénédiction est récitée au lieu même du repas[23]. A priori, il est interdit de sortir du lieu de son repas avant d’avoir récité le Birkat hamazon, même si l’on a l’intention de revenir.

Si l’on a oublié de dire le Birkat hamazon et que l’on ait quitté la maison, ou que, par erreur, on ait cru que l’on pouvait le réciter en un autre lieu, ou que l’on ait même parcouru une grande distance en voiture, on devra revenir au lieu de son repas afin d’y réciter le Birkat hamazon. Mais si, là où l’on se trouve, on dispose d’un peu de pain, on pourra, au lieu de revenir à l’endroit de son repas, se laver les mains, dire la bénédiction Hamotsi, manger un peu de ce pain, puis réciter le Birkat hamazon : puisque l’on aura mangé du pain à cet endroit aussi, on aura, en définitive, dit la bénédiction à l’endroit de son repas. En cas de nécessité pressante, quand on ne dispose pas de pain là où l’on se trouve, et qu’il serait très difficile de revenir au lieu de son repas, il est permis de réciter la bénédiction en un autre lieu (Choul‘han ‘Aroukh 184, 1-2)[24].

Selon certains auteurs, seul un repas accompagné de pain requiert que l’on récite la bénédiction finale au lieu même de sa consommation (Rachba). Selon d’autres, nombreux, les cinq espèces céréalières[25] requièrent toutes que la bénédiction finale soit dite au lieu de leur consommation, et quiconque contracte l’obligation de dire la bénédiction ‘Al hami‘hia (« pour la nourriture ») s’oblige à la dire là où il a mangé (Rif, Tossephot, Roch). Certains auteurs étendent la rigueur à l’ensemble des sept espèces[26]> par lesquelles il est fait l’éloge de la terre d’Israël : selon eux, quiconque contracte l’obligation de réciter la bénédiction Mé‘ein chaloch s’oblige à la réciter au lieu de sa consommation (Maïmonide).

A priori, la bénédiction Boré néfachot elle-même doit être récitée à l’endroit même où l’on a pris sa collation, car, si l’on quittait les lieux sans l’avoir prononcée, il serait à craindre qu’on l’oubliât (Michna Beroura 178, 36). Mais si l’on est déjà parti, il n’est pas nécessaire de revenir. De même, si l’on est très pressé de partir, on pourra réciter Boré néfachot en un autre lieu. Mais quant aux sept espèces, et particulièrement à l’égard des cinq céréales, il sera juste, quand c’est possible, d’être rigoureux et de revenir au lieu même où l’on a mangé, afin d’y réciter la bénédiction[27].


[23]. Choul‘han ‘Aroukh Harav 178, 4 ; cf. ci-dessus, chap. 3 § 11, sur la question de savoir quand, a priori, il est permis de poursuivre son repas en un autre lieu. Quant à la définition du « lieu du repas », de nombreux auteurs estiment que, tant que l’on est dans la même pièce, on peut a priori réciter le Birkat hamazon (Choul‘han ‘Aroukh Harav 184, fin du § 1, Michna Beroura 1, Cha‘ar Hatsioun 5, ‘Aroukh Hachoul‘han 1). Cependant, des termes du ‘Hayé Adam 5-6, il ressort que cela ne vaut qu’en cas de nécessité particulière ; et le Kaf Ha‘haïm 1 écrit en ce sens qu’il ne faut pas changer de place sans raison. Mais tout le monde s’accorde à dire que, en cas de nécessité, on peut dire le Birkat hamazon dans une autre pièce de la même maison, pour peu que l’on puisse voir l’endroit où l’on a mangé, ou que l’on ait prévu, dès l’abord, que l’on réciterait la bénédiction en un autre endroit, quoique le lieu du repas n’y soit pas visible.

 

[24]. Lorsqu’on a du pain à l’endroit où l’on est parvenu, il n’est pas nécessaire de revenir au lieu même de son repas ; mais on devra redire la bénédiction Hamotsi sur ce supplément de pain, car on aura détourné, entre-temps, son esprit de la poursuite du repas. Si l’on n’en a pas détourné son esprit, on mangera ce pain sans redire Hamotsi, puis on récitera sur place le Birkat hamazon. Cette halakha trouve son fondement dans la controverse opposant la maison d’étude de Chamaï et celle de Hillel, en Berakhot 53b. Selon la maison d’étude de Chamaï, si l’on quitte par erreur le lieu de son repas sans avoir récité le Birkat hamazon, on a l’obligation d’y retourner pour le réciter ; pour la maison d’étude de Hillel, ce n’est pas obligatoire. Rav Amram Gaon et le Roch estiment que la halakha est conforme à l’opinion de la maison d’étude de Chamaï. Selon Maïmonide et les disciples de Rabbénou Yona, la halakha suit l’opinion de la maison d’étude de Hillel ; simplement, de l’avis même de la maison d’étude de Hillel, si l’on retourne à l’endroit de son repas pour y dire la bénédiction, on est digne d’éloge. Le Choul‘han ‘Aroukh 184, 1 mentionne les deux opinions sans trancher nettement ; nous adoptons ci-dessus l’approche – médiane – d’A‘haronim tels que le Michna Beroura (7).

 

Si c’est volontairement et en ayant conscience d’enfreindre la règle (bé-mézid) que l’on a quitté les lieux sans avoir récité le Birkat hamazon, toutes les opinions s’accordent à dire que l’on devra retourner au lieu de son repas pour l’y réciter, même si la chose est très difficile. A posteriori, si l’on a récité le Birkat hamazon en un autre lieu, on est cependant quitte (Michna Beroura 5, ce, d’après le Roch, mais non d’après le Tour). Si l’on dispose d’un peu de pain, on pourra en manger : ce pain sera utile a priori, même à celui qui a quitté les lieux bé-mézid (Michna Beroura 8). Dans le cas où l’on ne dispose pas de pain, et où, d’ici à ce que l’on revienne au lieu de son repas, la nourriture consommée serait digérée, de sorte que l’on ne pourrait plus réciter le Birkat hamazon, on le récitera à l’endroit où l’on se trouve, afin de ne pas perdre la possibilité de dire la berakha (Maguen Avraham 2, Michna Beroura 3).

 

[25]. Blé, orge, épeautre, avoine, seigle.

 

[26]. Blé, orge, olive, datte, raisin, figue, grenade.

 

[27]. Les trois opinions sont mentionnées pas le Choul‘han ‘Aroukh 178, 5 ; 184, 3. En pratique, le Ben Ich ‘Haï, Beha‘alotekha 6 est entièrement rigoureux : même si l’on a quitté les lieux sans conscience de fauter (bé-chogueg), on a l’obligation de revenir à l’endroit de sa collation, pour l’ensemble des sept espèces [c’est-à-dire, en réalité, pour une consommation requérant la bénédiction finale ‘Al hami‘hia ou ‘Al ha‘ets]. Selon le Halikhot ‘Olam II Beha‘alotekha 4, dans la note, il n’est pas nécessaire, même pour des aliments mézonot, de revenir au lieu de sa collation, car il s’agit d’un cas de sfeq sfeqa (combinaison de deux doutes) : a) il se peut que la halakha soit conforme à l’avis de la maison d’étude de Hillel, d’après qui il n’est pas nécessaire de revenir ; b) il se peut que la halakha suive le Rachba, d’après qui ce n’est que pour le pain que la bénédiction finale doit être récitée à l’endroit même du repas. Le Michna Beroura 178, 45 prend une position médiane : a priori, il est juste d’être rigoureux à l’égard des aliments mézonot et des sept espèces, en récitant la bénédiction finale au lieu même de leur consommation.

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