Quand on a devant soi plusieurs aliments dont les bénédictions sont différentes, il est juste d’apporter à sa pratique un supplément de perfection, en récitant les bénédictions suivant l’ordre d’importance qu’ont indiqué les sages. De même que, si l’on doit parler devant un ministre important, on prévoit bien ce que l’on a à dire, par quoi on commencera, par quoi on poursuivra, ainsi convient-il, lorsqu’on s’apprête à prononcer des bénédictions devant le Roi des rois, de suivre un ordre parfait. Deux principes nous ont été enseignés, à cet égard : le premier est qu’il faut d’abord dire la bénédiction relative à l’aliment le plus important ; le deuxième est qu’il faut d’abord dire la bénédiction la plus particulière, c’est-à-dire celle qui s’applique à la catégorie la plus spécifique d’aliments.
D’après cela, il est évident que la bénédiction du pain a priorité sur toute autre, puisque le pain est l’aliment le plus important. Quand on n’a pas l’intention de manger de pain, l’ordre de priorité des bénédictions est : Mézonot, Guéfen, ‘Ets, Adama, Chéhakol (pâtisseries ou aliments faits à partir des cinq céréales, fruit de la vigne – c’est-à-dire le vin ou le jus de raisin –, fruit de l’arbre, fruit de la terre, et tout le reste, qui est couvert par la bénédiction Chéhakol). Les sages nous indiquent un moyen mnémotechnique : les initiales de ces mots forment l’acronyme Maga’ ech[c]
.
La bénédiction Mézonot est d’importance plus grande que les autres, parce que les aliments de cette catégorie sont ceux qui rassasient le plus (c’est pourquoi, au moment du Qidouch, on recouvre les pains et les pâtisseries, afin de ne pas paraître donner au vin priorité sur ceux-là ; cf. Pniné Halakha – Les Lois de Chabbat I 6, 8).
La bénédiction suivante en importance est celle du vin : puisque le vin nourrit et rassasie, les sages lui ont consacré une bénédiction spécifique (Rema 211, 4-5).
Après cela, les bénédictions des fruits et des légumes, Ha‘ets et Ha-adama, ont priorité sur Chéhakol, puisqu’elles sont plus spécifiques, en ce qu’elles sont destinées aux seuls fruits et légumes, tandis que Chéhakol est une bénédiction incluant tous les autres aliments.
Parmi les bénédictions des fruits et des légumes, Ha‘ets a priorité sur Ha-adama, puisque Ha‘ets est plus spécifique. En effet, a posteriori, si l’on a dit Ha-adama sur un fruit de l’arbre, on est quitte, tandis que, si l’on a dit Ha‘ets sur un légume, on ne l’est pas. Il existe cependant, quant aux bénédictions des fruits et des légumes, certains autres principes, d’après lesquels il faut donner priorité à ce que l’on préfère, ainsi qu’aux fruits appartenant aux sept espèces particulières à la terre d’Israël ; de cela, nous parlerons ci-après, § 10.
Tout ce que nous venons de dire, d’après quoi telle bénédiction doit avoir priorité sur telle autre, vaut à la condition que les deux sortes d’aliments soient placées devant soi, et que l’on veuille manger des deux présentement. Mais si l’une des catégories d’aliments se trouve devant soi, et que l’autre soit dans un placard – par exemple, si l’on a devant soi des fruits, et qu’on ait l’intention d’apporter ensuite des gâteaux et du vin –, on pourra a priori commencer par la bénédiction des fruits ; puis, quand on apportera les gâteaux et le vin, on en récitera les bénédictions.
De même, si l’on vous a servi une soupe de légumes et des langues d’oiseaux, et que, suivant l’ordre de votre repas, vous vouliez commencer par manger la soupe, vous pourrez prononcer d’abord la bénédiction Ha-adama sur la soupe de légumes, puisque vous ne souhaitez pas présentement manger des deux ; après cela, vous direz Mézonot sur les langues d’oiseaux (Ritva, Choul‘han ‘Aroukh Harav 249, Qountras A‘haron 4).