10. Pour quelle nourriture, et jusqu’à quand, on peut s’associer au Zimoun

Quand sept convives ont mangé du pain, et que trois autres ont mangé en leur compagnie un kazaït de fruits, de légumes, ou se sont même contentés de boire un revi‘it d’une quelconque boisson, sauf de l’eau, tous s’associent pour former le Zimoun à dix ; car ces trois-là, eux aussi, peuvent valablement bénir Celui « par qui nous avons mangé ». Grâce à eux, on mentionnera le nom divin. Si les mangeurs de pain sont seulement au nombre de six, on récitera le Zimoun sans mention du nom divin, parce qu’il ne se trouve pas de majorité nettement visible de mangeurs de pain (Choul‘han ‘Aroukh 197, 2)[15].

S’agissant du Zimoun à trois, les Richonim sont partagés. Selon Maïmonide, ce n’est que si les trois convives ont mangé du pain qu’ils peuvent s’associer pour le Zimoun. Selon le Rif, dans le cas même où deux d’entre eux mangent du pain et le troisième prend des aliments mézonot, ce dernier s’associe aux deux autres pour former le Zimoun. Pour le Roch, même si le troisième convive ne mange que des fruits ou des légumes, ou ne prend qu’une boisson autre que de l’eau, il s’associe au Zimoun. En pratique, si deux convives ont mangé du pain, ils demanderont a priori au troisième de manger du pain avec eux, ou, tout au moins, quelque aliment mézonot ; a posteriori, même si le troisième, en compagnie des deux autres, n’a mangé que des fruits ou des légumes, ou n’a bu qu’une boisson nourrissante, on récitera le Zimoun avec lui (Choul‘han ‘Aroukh 197, 3).

Ceux qui se joignent au Zimoun doivent avoir soin de réciter, après celui-ci, la bénédiction finale ; si, par erreur, ils ont récité cette bénédiction avant le Zimoun, ils ne peuvent plus y prendre part. Bien entendu, le mézamen doit être l’un de ceux qui ont mangé du pain[16].

Jusqu’à quand les deux mangeurs de pain peuvent-ils s’associer un troisième convive ? Réponse : tant qu’ils n’ont pas décidé, dans leur for intérieur, de terminer leur repas, et que leur disposition d’esprit est telle que, si on leur apportait un plat qu’ils prisent fort, ils en mangeraient quelque peu. En effet, dès lors qu’ils n’ont pas terminé entièrement leur repas, la venue d’un troisième convive a pour effet que, s’ils ne sont pas pressés, c’est pour eux une mitsva d’attendre que ce troisième mange, afin de pouvoir réciter le Zimoun. Et bien qu’ils ne mangent pas réellement avec lui, tous trois s’associent pour le Zimoun, dans la mesure où ils auraient pu manger ensemble, et où les deux premiers attendent que le troisième se restaure (Choul‘han ‘Aroukh 197, 1)[17].


[15]. Les décisionnaires sont partagés quant à la quantité de nourriture que doit avoir mangé celui qui s’associe à la formation du Zimoun. Selon Rabbi Aaron Halévi et le Gaon de Vilna, il n’est pas nécessaire de manger un kazaït ou de boire un revi‘it pour s’y joindre. Le Mordekhi et le Raavia, en revanche, estiment qu’il faut un kazaït ou un revi‘it ; c’est en ce sens que se prononcent le Choul‘han ‘Aroukh 197, 2 et la majorité des décisionnaires. Cependant, ces derniers sont partagés sur une autre question : si cette mesure de kazaït ou de revi‘it est exigée, est-ce parce que le consommateur doit réciter la bénédiction finale (Rachba), ou bien simplement parce qu’il s’agit d’une mesure importante (Peri Mégadim) ? En pratique, dans les cas où il existe une opinion selon laquelle il est nécessaire de réciter la bénédiction finale sur ce qui a été mangé ou bu – par exemple si l’on a bu la majorité d’un revi‘it, ou si l’on a consommé une boisson chaude dans le temps dit d’akhilat pras –, et bien qu’en définitive on ne la récite point (puisqu’il s’agit d’un cas de doute portant sur une bénédiction), il y a lieu d’associer le consommateur au Zimoun (cf. ci-après, chap. 10 § 5 et 10). C’est ce qui ressort du Béour Halakha.

De même, les décisionnaires sont partagés quant au type de boisson par lequel on s’associe au Zimoun : selon le Maguen Avraham et d’autres, on s’y associe, même si l’on ne boit que de l’eau. Mais pour le Choul‘han ‘Aroukh 197, 2 et la majorité des A‘haronim, y compris le Michna Beroura 12, celui qui ne boit que de l’eau ne s’associe pas au Zimoun : il faut, pour cela, consommer une boisson nourrissante. Les A‘haronim contemporains hésitent quant aux boissons fruitées additionnées de sirop de sucre ; cf. Vézot Haberakha p. 130. En pratique, il semble que, par de telles boissons, on s’associe au Zimoun, puisqu’elles ont une valeur calorique, ou contiennent d’autres ingrédients, tels que des vitamines ou de la caféine. Le ‘Aroukh Hachoul‘han 5 écrit ainsi que, tant que la boisson a quelque peu d’importance, elle suffit à se joindre au Zimoun.

[16]. Selon le Maharam, le Choul‘han ‘Aroukh 197, 3 et d’autres A‘haronim, afin de ne pas entrer dans un cas douteux, les deux mangeurs de pain n’ont pas à proposer au troisième de manger en leur compagnie des légumes, des fruits, ou de prendre une boisson. Toutefois, selon de nombreux A‘haronim, tels que le Knesset Haguedola et le Michna Beroura 22, si le troisième ne souhaite pas manger de mézonot, on lui proposera des fruits, des légumes ou une boisson, afin de pouvoir bénéficier du Zimoun.

Quand trois personnes ont mangé du pain, mais que l’une d’entre elles a déjà récité, par erreur, le Birkat hamazon, elle s’associe néanmoins aux deux autres pour le Zimoun, comme nous l’avons vu ci-dessus, § 3. Mais quand le troisième n’a mangé que des mézonot ou des fruits, et que l’un des trois commensaux a, par erreur, déjà récité la bénédiction finale ou le Birkat hamazon, le Zimoun est perdu, parce que, par cette erreur, on se sera détaché du repas commun (Béour Halakha 194, 1 ד »ה אחד, Michna Beroura 197, 9).

[17]. Si les deux premiers attendent que le troisième ait achevé son repas, réciter le Zimoun sera une obligation. S’ils attendent jusqu’à ce qu’il ait mangé un kazaït, le Zimoun sera une faculté (cf. ci-dessus, note 2, lettre d). La règle est la même pour sept personnes qui ont mangé du pain : si elles attendent que trois autres mangent un kazaït de légume, elles pourront réciter le Zimoun avec elles, en mentionnant le nom divin.

 

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