Nos sages ont donné pour instruction de réciter le Birkat hamazon sur une coupe de vin, afin que cette bénédiction soit dite de manière solennelle et joyeuse. Cette coupe est appelée kos chel berakha, « la coupe de bénédiction ». Ce qui est particulier au vin, c’est qu’il est à la fois nourrissant et réjouissant. Lorsqu’on bénit l’Éternel sur une coupe de vin, on montre que la bénédiction est complète : nous exprimons notre reconnaissance envers Dieu, aussi bien pour la nourriture qu’Il nous donne que pour la spiritualité, qui dote notre vie de sens et de joie. Et en effet, par le Birkat hamazon, nous exprimons le fait divin de notre existence dans ce monde-ci, la possibilité de révéler la Présence divine sur la bonne terre que Dieu nous a donnée, par le biais de l’alliance et de la Torah, de Jérusalem, de la royauté d’Israël et du Temple. Certains n’ont pas conscience de cela, et considèrent le Birkat hamazon comme un joug imposé à l’homme qui, après avoir profité du monde, aurait l’obligation de payer son « impôt » sous la forme d’une bénédiction adressée à Dieu. En vérité, le Birkat hamazon est le sommet de tout le repas : grâce à la satiété et à la jouissance même que nous avons tirée de la nourriture, nous pouvons parvenir à ce haut degré qui consiste à exprimer notre reconnaissance envers Dieu et à le bénir. Or, lorsque nous faisons cela sur une coupe de vin, la joie spirituelle qu’exprime le Birkat hamazon se révèle également au travers d’une joie matérielle ; car après avoir eu le mérite de bénir l’Éternel, nous buvons de ce vin et nous réjouissons devant Lui.
Les sages enseignent : « Quiconque récite la bénédiction sur une coupe pleine, on lui accorde un héritage sans limite. (…) Il a le privilège d’hériter des deux mondes, ce monde-ci et le monde futur. » (Berakhot 51a) Par l’association de la thématique divine dont le Birkat hamazon est empreint, d’une part, et de la joie et du plaisir qui sont en ce monde, d’autre part, la bénédiction divine se révèle avec perfection, en ce monde-ci et dans le monde à venir. Et puisqu’il s’agit d’une bénédiction divine, elle n’a point de limites ; même quand elle se révèle en ce monde, qui est limité, elle se répand sans frein.
Les décisionnaires sont partagés quant aux cas dans lesquels il convient de réciter le Birkat hamazon sur une coupe de vin. Selon certains, même une personne seule doit dire cette bénédiction sur une coupe de vin ; et, si elle n’a pas de vin, et qu’elle estime que, dans quelques heures, elle en recevra, elle ne mangera pas de pain dans l’intervalle, afin de n’avoir pas à réciter le Birkat hamazon sans coupe de vin. Si deux personnes mangent ensemble, chacune devra réciter le Birkat hamazon sur une coupe de vin ; et si elles sont trois, il leur suffit d’une seule coupe, sur laquelle le mézamen dira la bénédiction (Roch, Tour).
D’autres estiment que ce n’est que lorsqu’on est tenu au Zimoun, à trois ou à dix, que le Birkat hamazon des convives revêt une importance telle qu’une coupe de vin est requise. Mais quand il n’y a pas de Zimoun, on ne récite pas le Birkat hamazon sur une coupe (Hagahot Mordekhaï au nom de Rabbénou Yits‘haq).
D’autres encore pensent que, même si l’on récite le Zimoun à dix personnes, on n’a pas d’obligation de dire la bénédiction sur une coupe : c’est seulement la manière la plus parfaite d’accomplir la mitsva (Rif, Maïmonide).
En pratique, lorsqu’on ne dit pas le Zimoun, on n’a pas l’usage de réciter le Birkat hamazon sur une coupe de vin (Michna Beroura 182, 16). Dans le cas où l’on récite le Zimoun, c’est une mitsva que de de dire la bénédiction sur une coupe de vin, mais ce n’est pas une obligation. Aussi, ceux-là même qui ont coutume d’accomplir les mitsvot avec un supplément de perfection s’abstiennent de faire le Zimoun sur une coupe lorsqu’il leur est difficile de disposer de vin, ou qu’il leur est difficile d’en boire, ou qu’ils ne veulent pas faire un tel effort. Mais le Chabbat et les jours de Yom tov, on a coutume d’embellir davantage la mitsva, à cet égard. Et lors de réjouissances importantes, quand on récite le Zimoun à dix, on a coutume d’être plus pointilleux en cela, et de réciter le Zimoun sur une coupe[21].
[21]. Le Choul‘han ‘Aroukh 182, 1 mentionne les trois opinions dans l’ordre que nous avons indiqué. Or, d’après les principes de la halakha, c’est la dernière opinion citée (le dernier yech omrim, litt. « certains disent ») qui est, en pratique, l’opinion principale. De même, la majorité des A‘haronim estiment que la berakha sur une coupe n’est pas une obligation mais une mitsva [au sens d’acte non obligatoire, mais méritoire]. Et telle est la coutume, comme l’écrit le Michna Beroura 4. De prime abord, si l’on veut embellir sa pratique, on pourra réciter le Birkat hamazon sur une coupe de vin, même si l’on est seul. Mais selon le Zohar et Rabbi Yits‘haq Louria, on ne récite pas le Birkat hamazon sur une coupe de vin s’il n’y a pas Zimoun. Et tel est l’usage (Michna Beroura 15-16, Kaf Ha‘haïm 1). Le Chabbat et le Yom tov, on met plus de soin à embellir la mitsva par la récitation du Zimoun sur une coupe, comme l’expliquent le Chné Lou‘hot Habrit et le ‘Aroukh Hachoul‘han 182, 1.