Si l’on a l’intention de manger, avec les pâtisseries mézonot, des aliments supplémentaires, tels que salades, fromage, viande ou poisson, on évaluera le tout pris ensemble : si l’on compte manger de l’ensemble une quantité qui rassasie comme le fait un repas habituel, la règle applicable à la pâtisserie sera semblable à celle du pain. Cela, à condition que la pâtisserie soit centrale, dans ce repas, c’est-à-dire que l’on en mange un volume de quatre œufs (quatre kabeitsa) au moins. Il n’y a pas de différence à faire selon que la pâtisserie est dense ou aérée : s’il s’y trouve un volume équivalent à quatre œufs, elle doit être considérée comme l’élément central du repas. Ce n’est que dans le cas où la pâtisserie présente des vides visibles qu’il faut évaluer le volume sans ces orifices.
Nous voyons donc que deux conditions sont présentes : a) que l’on mange, de cette pâtisserie, un volume minimal de quatre kabeitsa ; b) que l’on se rassasie de tout ce que l’on mangera, de la façon dont on se rassasie lors d’un repas habituel. Si les deux conditions sont réunies, on aura fixé sur la pâtisserie son repas[g] ; on devra donc procéder à l’ablution rituelle, assortie de sa bénédiction, puis dire Hamotsi sur la pâtisserie ; sur les autres aliments, en revanche, on ne dira pas de bénédiction, puisqu’elles seront incluses dans la bénédiction Hamotsi, de même que le pain couvre les autres mets du repas. À la fin du repas, on récitera le Birkat hamazon.
De même qu’il n’y a pas lieu de craindre de ne pas savoir évaluer la mesure de sa satiété, de même ne faut-il pas craindre de se tromper dans l’estimation du volume de quatre kabeitsa. Le fait même que les sages aient indiqué cette mesure sans que l’on se servît d’instruments de mesure laisse bien entendre qu’ils savaient que l’on se tromperait parfois, en sus ou en-deçà. Tout dépend en réalité de l’opinion de celui qui mange : tant qu’il estime que la pâtisserie qu’il consomme est d’un volume de quatre kabeitsa, et que, en y ajoutant les autres mets, il sera rassasié, on considère qu’il fixe son repas sur la pâtisserie, et que, sans crainte, il doit dire Motsi et Birkat hamazon (la mesure d’un œuf ou kabeitsa est d’environ 50 ml, et un pot de yaourt ordinaire[h] contient le volume de quatre kabeitsa)[3].
[g]. En d’autres termes : on fait un repas véritable et nourrissant, dont la pâtisserie cuite au four est l’élément central.
[h]. En Israël, la majorité des yaourts sont conditionnés en pots de 200 ml.
[3]. Nous avons vu, dans la note précédente, qu’il existe deux thèses quant à la définition de la notion de qov‘im ‘alav sé‘ouda (« on fixe sur elle [la pâtisserie] son repas ») : selon la première thèse, on considère que l’on a « fixé son repas » dès lors que l’on en a mangé une quantité par laquelle on se rassasierait lors d’un repas ordinaire. Or, selon le Maguen Avraham 13, le propos n’est pas que la satiété provienne exclusivement de cette pâtisserie, appartenant à la catégorie de pat habaa békhissanim. De même qu’il est d’usage de manger, pendant un repas ordinaire, du pain et d’autres aliments, de même, si l’on fixe son repas sur une pat habaa békhissanim, et que l’on se rassasie de cette pâtisserie associée à d’autres aliments, on dira sur cette pâtisserie les bénédictions Hamotsi et Birkat hamazon, et ces bénédictions couvriront les autres aliments.
Certes, selon le Maguen Guiborim 7 et le ‘Aroukh Hachoul‘han 17, ce n’est que si l’on mange une quantité de pat habaa békhissanim propre à procurer à elle seule la satiété que l’on dira Hamotsi et Birkat hamazon. Mais la majorité des décisionnaires partagent l’avis du Maguen Avraham. Parmi eux : Guinat Vradim, Ora‘h ‘Haïm I 24, Choul‘han ‘Aroukh Harav 8, ‘Hayé Adam 54, 4, Michna Beroura 24. Selon la seconde thèse, la mesure de « fixation du repas » est d’un pras de pâtisserie appartenant à la catégorie de pat habaa békhissanim ; et peu importe que l’on mange, avec cette pâtisserie, d’autres aliments ou non.
Il faut savoir que, même si l’on s’en tient à la première thèse, la pâtisserie doit être l’élément central du repas ; et certains déduisent du traité ‘Erouvin 82b que la mesure habituelle de pain consommée lors d’un repas est la mesure dite de pras (« demi-miche »). Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, en Séder Birkot Hanéhénin 2, 3, écrit ainsi que, pour fixer son repas, il faut manger au moins la mesure de quatre œufs (quatre kabeitsa) de pat habaa békhissanim (cependant, en 168, 8, il parle de trois kabeitsa). Toutefois, selon l’Igrot Moché, Ora‘h ‘Haïm III 32 (qui se fonde lui-même sur le Maguen Avraham et sur le Michna Beroura 168, 24), dès lors que l’on est rassasié du repas dans son ensemble, et que l’on a mangé une quantité de pat habaa békhissanim semblable à la quantité de pain que l’on a l’habitude de manger lors d’un repas, quoique cette quantité soit inférieure au pras, cela mérite le nom de « repas fixe ».
En pratique, ce n’est que si la mesure suffit à ce qu’il y ait « fixation du repas » d’après les deux systèmes que l’on récitera Hamotsi et Birkat hamazon. Si donc on a mangé moins de quatre kabeitsa de pat habaa békhissanim, et que l’on ait accompagné cette pâtisserie d’autres aliments, il n’y a pas là de « fixation d’un repas » selon la seconde thèse, et l’on dira donc Mézonot, puisque l’on n’a point mangé la quantité d’un pras telle que définie par Rachi ; cela, bien que l’on puisse être rassasié, et que, de l’avis de la majorité des décisionnaires (commentant la première thèse), on soit certes en présence d’un « repas fixe ». L’inverse est aussi vrai : quoique l’on ait mangé quatre kabeitsa d’une telle pâtisserie, on ne considère pas qu’il s’agisse d’un « repas fixe », si ce que l’on a mangé n’a pas effectivement procuré la satiété, à la manière d’un repas ordinaire.
Mais il n’y a pas lieu de tenir compte des opinions isolées, qui portent la mesure de qovéa’ sé‘ouda à une plus grande quantité. Aussi ne tient-on pas compte de l’opinion du Maguen Guiborim et du ‘Aroukh Hachoul‘han, qui exigent que l’on soit rassasié par le seul effet de la pâtisserie. Il n’y a pas lieu, non plus, de prendre en considération le poids de quatre kabeitsa de pâtisserie ; car ceux qui estiment qu’il faut une mesure de quatre kabeitsa pour fixer son repas s’accordent à dire que, par principe, il est question de volume (cf. ci-après, chap. 10 § 6, note 7). Aussi retenons-nous le volume comme mode d’estimation principal, aussi bien pour les Séfarades que pour les Ashkénazes. Ce n’est que si l’on sait que ses ancêtres avaient coutume d’aller d’après le poids, même en cette matière, que l’on perpétuera sa coutume.
À ce que nous disions plus haut, d’après quoi il n’y a pas lieu de craindre de ne pas savoir évaluer le volume de quatre œufs, il faut ajouter que, comme nous l’avons vu, selon Maïmonide et ceux qui partagent son avis, la mesure de pras est de trois œufs, et que nombre de décisionnaires ont, en pratique, tranché comme lui. Selon l’Igrot Moché et ceux qui partagent son avis, même si l’on mange moins de trois kabeitsa de cette pâtisserie, c’est la notion de satiété qui oblige à dire Hamotsi. Aussi, même si l’on fait erreur dans l’estimation des quatre kabeitsa, on aura mangé la mesure de trois kabeitsa, quantité suffisante selon une grande majorité de décisionnaires.
S’agissant des personnes âgées et des enfants, qui mangent ordinairement une moindre quantité pour se rassasier, il y a lieu de dire que trois kabeitsa de pâtisserie suffiront, et que les autres aliments contribueront à leur satiété.