Chapitre 01- Introduction (Bénédictions)

01. Mitsva de la reconnaissance

La reconnaissance est la première valeur morale en importance. Ce principe est si simple que, expliquent nos sages au traité Berakhot (35a), la Torah n’a pas même eu besoin de nous ordonner de bénir l’Éternel pour les plaisirs que nous tirons de l’existence. Ordonner cela n’est pas nécessaire : que l’homme doive remercier pour ce qu’il a reçu de son Créateur, cela se comprend par la simple réflexion.

Pour comprendre davantage la valeur de la gratitude, commençons par considérer celle de l’homme envers son prochain. Un homme droit et modeste sait estimer ses amis pour le bien qu’ils lui prodiguent. Il ne croit pas que tout le monde a l’obligation de le servir. Aussi reconnaît-il la valeur de tous les bienfaits et présents dont sa famille et ses amis le gratifient.  Mais il ne suffit pas qu’il éprouve envers eux de la gratitude en son cœur : il convient encore qu’il exprime cela par des mots de reconnaissance. De cette façon, il les réjouira ; l’amour unissant le bienfaiteur et le bénéficiaire grandira, et le désir se renforcera chez l’un et l’autre d’accomplir de bonnes actions. Le bien s’étendra ainsi, de leur personne à tout leur entourage.

L’ingrat, au contraire, faute par orgueil, comme si tous les autres devaient être à son service ; aussi n’éprouve-t-il pas la nécessité de les remercier pour le bien qu’ils lui dispensent. De plus, il n’accède jamais au bonheur : il estime toujours qu’on ne l’a pas servi comme il eût convenu, qu’on ne l’a pas assez bien considéré. Il porte également préjudice à ceux qui l’entourent, en ce qu’il conduit les membres de sa famille et ses amis à regretter leurs propres bienfaits. Leur volonté d’être bienfaisants s’affaiblit.

La plus grande reconnaissance, c’est au Créateur du monde qu’elle revient, Lui qui créa l’univers entier par sa bonté, par grâce, par bienfaisance et par miséricorde[1] ; ainsi qu’il est dit : « Remerciez le Seigneur, car Il est bon, car sa grâce est éternelle[2]. » De nombreuses personnes savent qu’il y a un Créateur du monde ; mais tant qu’elles ne lui expriment pas leur reconnaissance pour ses bienfaits, leur foi reste une chose vide de contenu. La reconnaissance envers Dieu est l’expression concrète de l’émouna (la foi) ; par elle, l’homme s’habitue à voir la bienfaisance divine (le ‘hessed) qui l’accompagne toujours. Grâce à cela, on peut s’attacher à son Créateur, marcher dans ses voies, accomplir sa suprême destinée, réparer le monde par l’établissement du règne du Tout-Puissant[3], et se réjouir en Lui. Afin de nous guider en cela, le Maître du monde, Lui-même, nous a appris à considérer la bonté du monde, ainsi qu’il est écrit à la fin du récit de la Création : « Dieu vit tout ce qu’Il avait fait, et voici : c’était très bien. » (Gn 1, 31) En méditant sur tout le bien créé par Dieu, et en lui en étant reconnaissant, nous pourrons renforcer notre volonté de nous attacher à Lui, de marcher dans ses voies, d’ajouter au bien du monde et d’œuvrer à son parachèvement, par le droit et la justice, l’amour et la miséricorde.

Dans une certaine mesure, c’est par de l’ingratitude que commença la faute du premier homme. Dieu avait donné à Adam tous les arbres du jardin d’Éden, lui défendant seulement de consommer de l’arbre de la connaissance. Si Adam et Ève avaient été animés de gratitude pour tout le bien que l’Éternel leur avait prodigué, ils auraient eu le privilège de profiter du monde, des merveilleux arbres, des fruits savoureux, et ils n’auraient pas éprouvé le désir de consommer le fruit de l’arbre de la connaissance. Parce qu’ils manquaient de reconnaissance, tous les bons présents qu’ils avaient reçus leur semblaient aller de soi ; ils n’y trouvaient point de plaisir, et seule leur restait une animosité cachée, pour l’interdiction qui leur était faite de goûter au fruit défendu. Lorsque vint le serpent pour les tenter, ils tombèrent alors dans la faute. Après la faute même, Adam continua de manifester de l’ingratitude, quand il dit : « La femme que Tu as placée auprès de moi, c’est elle qui m’a donné de cet arbre, et j’ai mangé. » (Gn 3, 12) Qui sait ? s’il avait confessé sa faute et dit : « Toi, Éternel mon Dieu, Tu m’as donné une femme pour me réjouir avec elle, et moi, au lieu de t’en être reconnaissant, j’ai sombré dans des pensées égoïstes, à cause desquelles nous nous sommes pervertis et avons fauté », peut-être eût-il été pardonné, et n’eût-il pas été renvoyé du jardin d’Éden. En récitant les bénédictions avec ferveur, nous réparons donc la faute du premier homme.

D’après cela, on comprend pourquoi les sages du Talmud, de mémoire bénie, ont été si pointilleux dans l’enseignement des lois relatives aux berakhot, au point qu’ils instituèrent une bénédiction particulière pour chaque sorte de jouissance, et précisèrent à partir de quelle quantité l’on doit réciter la berakha finale sur ce que l’on a consommé ; cela, afin que, pour toute jouissance, notre gratitude envers Dieu s’exprimât de la manière la plus parfaite et la plus belle.


[1]. Référence au texte du Birkat hamazon.
[2]. Ps 136, 1.
[3]. Référence à ‘Alénou léchabéa‘h, prière de clôture de chacun des trois offices quotidiens.

02. Manger sans réciter de bénédiction : une usurpation

Les cieux racontent la gloire de Dieu, et la terre est emplie de sa majesté. Les arbres et les herbes chantent sa louange, les animaux marchent et rampent devant Lui, les oiseaux s’envolent face à Lui, la mer et tout ce qu’elle renferme s’agitent et tremblent en son honneur. Tous ensemble et chacun individuellement entonnent un cantique devant Lui.

Chaque être créé en son monde par le Saint béni soit-Il a sa vocation propre ; chacun révèle un aspect supplémentaire de l’abondance divine infinie, car le Saint béni soit-Il ne crée rien vainement en son monde.

Les raisins ont leur spécificité, les figues ont la leur, et ainsi de chaque fruit. Certains sont doux, d’autres acidulés ; certains nourrissent, d’autres sont tonifiants ; la consistance des uns est ferme, celle des autres est tendre ; la couleur et la forme de chaque fruit elles-mêmes répandent une atmosphère particulière. Chaque variété de raisin qui pousse dans le monde du Seigneur, béni soit-Il, possède, elle aussi, son caractère propre, et aucune ne saurait en remplacer une autre. Et quoique nous ignorions le secret de chaque fruit, Dieu, qui l’a créé, connaît son secret, et lui donne une étincelle particulière, par la force de laquelle ce fruit vit et pousse.

Or quiconque prend, en ce monde, une chose sans autorisation, porte atteinte à l’harmonie générale de l’univers, et son acte est considéré comme un vol. Mais s’il prononce une bénédiction et exprime sa gratitude envers le Saint béni soit-Il, on considère qu’il demande la permission de profiter de cette chose. Nos sages enseignent ainsi :

Il est interdit à l’homme de tirer profit de ce monde-ci sans réciter au préalable une bénédiction ; et quiconque tire profit de ce monde-ci sans réciter de bénédiction est considéré comme ayant abusé (ma‘al) d’une chose sacrée (…) ; c’est comme s’il jouissait des offrandes consacrées au Ciel. (Berakhot 35a)

Les sages enseignent encore :

Quiconque tire profit de ce monde-ci sans réciter de bénédiction, c’est comme s’il volait le Saint béni soit-Il et l’assemblée d’Israël. (ibid. 35b)

En effet, le propos de toute la Création est de révéler la parole de Dieu dans le monde, et tel est également la vocation d’Israël, comme il est dit : « Ce peuple, Je l’ai créé pour Moi, il racontera ma louange. » (Is 43, 21) Aussi, tirer profit du monde sans réciter de bénédiction revient à « voler » le Saint béni soit-Il et Israël.

Mais si l’on bénit l’Éternel, non seulement on ne porte pas atteinte à la Création, mais au contraire, la bénédiction est considérée comme révélation du nom divin à un degré supérieur à la seule existence de la chose créée. En effet, la bénédiction révèle la racine de l’aliment, savoureux et beau, que le Saint béni soit-Il a créé. Or tel est le but supérieur de toute créature : que soit sanctifié par son biais le nom de l’Éternel dans l’univers.

Celui-là même qui prononce la bénédiction mérite, par cela, de s’élever et de se relier à Dieu. Grâce à cela, il se délectera de façon plus profonde et plus riche, apprendra à se réjouir de tout le bien qui emplit sa vie, ne le recevant pas comme allant de soi. Il s’émouvra chaque fois nouvellement de toutes les choses, petites et grandes, que l’on fera pour lui, et chaque petit sourire, chaque mot aimable réjouira son cœur, renforçant sa volonté de s’attacher à l’Éternel, de marcher en ses chemins et de contribuer au bien du monde.

Les sages, en Berakhot 35b, enseignent à ce propos que, avant la bénédiction, toute la terre et ce qu’elle renferme appartiennent à Dieu, et l’homme n’a pas le droit d’en profiter, comme il est dit : « À l’Éternel sont la terre et ce qu’elle renferme, le globe et ceux qui l’habitent. » (Ps 24, 1) Mais après que l’homme a récité sa bénédiction, Dieu veut que cet homme jouisse de tout ce qu’Il a créé pour lui, et qu’il s’associe à Lui dans la réparation et le parachèvement du monde, comme il est dit : « Les cieux sont les cieux de l’Éternel, et la terre, Il l’a donnée aux fils de l’homme. » (Ps 115, 16)

Le Talmud, dans le passage déjà cité, enseigne que, si l’on ne connaît pas les bénédictions, le remède consiste à aller chez un sage, auprès de qui on les apprendra. À ce qu’il semble, il ne suffit pas d’apprendre les bénédictions de façon superficielle : il faut « aller chez un sage », afin d’apprendre les lois des bénédictions, en comprendre la signification, et savoir comment sanctifier, par leur biais, le nom du Saint béni soit-Il, comme il convient.

03. Fondement de la bénédiction

C’est un grand bienfait que nous a accordé l’Éternel, en nous révélant qu’il est bon de le bénir et de louer son nom, comme il est dit : « Tu mangeras, tu te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu… » (Dt 8, 10) Lui-même n’a évidemment pas besoin de nos louanges ; mais le Saint béni soit-Il a voulu nous faire du bien, et nous a donné ce grand cadeau : la possibilité de lui exprimer notre reconnaissance et de le bénir. C’est un mérite prodigieux que d’adresser à Dieu une bénédiction, et de savoir qu’elle a une valeur à ses yeux. Toute la vie reçoit ainsi du sens. Nous ne sommes plus comme des animaux, qui naissent et meurent sans explication, mais des hommes, qui ont la chance de se relier au Maître du monde, de lui présenter leur bénédiction, et d’ajouter par-là abondance de vie dans le monde.

Les berakhot que nous récitons reposent sur ce fondement : la conscience que Dieu est la Source de la bénédiction ; aussi, en toute berakha, nous mentionnons son nom – Ado-naï Élo-hénou (Éternel notre Dieu). Et pour qu’il soit clair que l’Éternel à qui nous nous adressons n’est pas seulement ram vé-nissa (élevé et magnifié), mais qu’Il fait également vivre le monde, exerce sa providence sur ses créatures et les dirige, nous mentionnons aussi sa royauté – Mélekh ha‘olam (Roi de l’univers). Une bénédiction à laquelle manquerait la mention du nom divin, béni soit-il, ou de sa royauté, ne serait pas considérée comme valablement dite (Berakhot 40b).

Certes, Dieu s’est révélé à nous lors de la sortie d’Égypte et lors du don de la Torah, et Il nous a instruits sur la façon de le bénir. Mais seule une petite partie de sa lumière s’est alors révélée, car il n’est aucune créature qui soit capable d’intégrer toute sa lumière. C’est pourquoi, dans le texte des bénédictions, les sages ont fait allusion à ces deux degrés : ce qui se révèle à nous, et ce qui est au-delà. Nous mentionnons deux noms divins : le premier est le tétragramme[4] ; il fait allusion à la dimension supérieure, dont seule une petite partie se révèle à nous ; tandis que le second nom, [5], fait référence à ce qui se révèle à nous.

De plus, au début de la bénédiction, nous nous adressons directement à Dieu, en disant : « Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu… » Mais après cela, nous lui parlons à la troisième personne et disons : « par la parole duquel tout advint », ou « qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné[6]… » ; car alors l’intention porte sur ce qui est entièrement au-delà de notre perception.

Le sens du mot berakha (bénédiction) est littéralement ajout, accroissement, ainsi qu’il est dit : « Il bénira (ou-vérakh) ton pain » (Ex 23, 25), ce qui signifie : « Il ajoutera à ta nourriture, la rendra abondante. » Il est dit, de même : « Il t’aimera, te bénira (ou-vérakhekha) et te multipliera ; Il bénira (ou-vérakh) le fruit de tes entrailles et le fruit de ta terre, ton blé, ton vin et ton huile, la portée de tes bovins et la fécondité de tes ovins, sur la terre qu’Il a promis à tes pères de te donner » (Dt 7, 13), ce qui signifie que Dieu ajoutera au « fruit de tes entrailles, de ta terre » etc. S’il en est ainsi, pour quelle raison bénissons-nous l’Éternel ? N’est-Il pas parfait et infini ? Que peut-on ajouter et accroître en Lui ? L’intention est ici l’accroissement de la révélation de sa Présence (Chékhina) dans le monde. Par le fait que nous jouissons de son monde, avons conscience de ce que tout vient de Lui, et le disons, sa lumière et sa Présence se dévoilent davantage dans l’univers (Néfech Ha‘haïm II, chap. 2-4).

Grâce à cela, un supplément de vitalité advient au monde ; car la vie de l’univers et de tout ce qui s’y trouve dépend du lien unissant l’univers et le Créateur, source de la vie. Nous voyons ainsi que, par toute bénédiction que nous prononçons, se crée un canal d’abondance, par le biais duquel descend sur le monde une rosée de bénédiction et de vie. C’est à cela que font allusion nos sages, quand ils disent que celui qui souhaite devenir pieux (‘hassid) doit être pointilleux en matière de berakhot (Baba Qama 30a) : par celles qu’il récite, il ajoute bienfaisance (‘hessed) et bénédiction (berakha) au monde.


[4]. Nom de quatre lettres, prononcé Ado-naï dans la prière et les bénédictions ; mais nous disons simplement Hachem (« le Nom ») dans le cadre de l’étude.
[5]. « Notre Dieu » ; c’est une déclinaison du nom Élo-him (Dieu).

[6]. Dans notre traduction des différentes berakhot, nous renoncerons à rendre ce passage de la deuxième personne à la troisième, qui ne s’accorderait pas avec le français, et maintiendrons la deuxième personne : « Béni sois-Tu, Éternel… qui nous as sanctifiés par tes commandements… »

04. Les bénédictions qui précèdent la consommation

Il existe deux catégories de bénédictions sur la nourriture : celles qui précèdent la consommation, celles qui la suivent. Par la bénédiction qui précède la consommation, nous bénissons Dieu pour la jouissance qu’apporte la nourriture ; la logique même oblige à cela, car l’homme ne saurait, pour son propre profit, prendre une chose du monde de Dieu, béni soit-Il, sans lui en demander la permission. Ce raisonnement est si simple et si nécessaire que la Torah n’a pas même eu besoin d’ordonner cela, car il est juste d’en laisser l’initiative à l’homme. De même qu’il convient à celui qui a reçu de son prochain plusieurs présents de le remercier spécialement pour chacun d’entre eux – alors que celui qui remercie généralement pour l’ensemble montre qu’il ne perçoit pas la nature de chaque cadeau, de sorte que ses remerciements perdent leur sens – ainsi convient-il de se conduire à l’égard du Ciel. C’est pourquoi nos sages ont prescrit de remercier Dieu par une bénédiction particulière pour chaque catégorie d’aliment (cf. ci-après, chap. 8 § 4).

Sur le pain, on dit : « Béni sois-tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui fais sortir le pain de la terre » (cf. chap. 3 § 1). Sur les pâtisseries et les produits à base de céréales : « Béni sois-tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui crées des espèces nourrissantes[7] » (chap. 6 § 1). Sur le vin : « Béni sois-tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui crées le fruit de la vigne » (chap. 7 § 3). Sur les fruits de l’arbre : « Béni sois-tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui crées le fruit de l’arbre » ; sur les fruits de la terre : « Béni sois-tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui crées le fruit de la terre » (chap. 8 § 1-2). Et sur le reste des aliments, qui ne poussent pas sur la terre, comme la viande ou le lait : « Béni sois-tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, par la parole de qui tout advint » (ibid. § 3). Chaque bénédiction révèle la racine divine particulière à l’aliment dont il s’agit ; aussi faut-il être très précis quand on récite les bénédictions, et ne pas dire, sur telle catégorie d’aliment, la bénédiction propre à telle autre.


[7]. Ou : « qui crées diverses sortes de nourriture ».

05. Les bénédictions qui suivent la consommation

Que l’on doive prononcer une bénédiction après avoir mangé ne tombe pas sous le sens : c’est un ‘hidouch (règle qui requérait une prescription spécifique). En effet, après avoir exprimé sa reconnaissance envers Dieu par la bénédiction qui précède la consommation, il n’est plus nécessaire, de prime abord, de remercier Dieu une nouvelle fois. Aussi la Torah nous ordonne-t-elle explicitement de méditer, après avoir mangé et nous être rassasiés, à tous les bienfaits que Dieu a dispensés – à nous-mêmes et à tout Israël – ; de lui exprimer notre reconnaissance à cet égard et de le bénir, comme il est dit : « Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour la bonne terre qu’Il t’a donnée » (Dt 8, 10). Grâce à cela, nous retirons de la force de la nourriture que nous avons consommée, pour répandre le bien et la bénédiction dans le monde.

Il y a dans cette mitsva une instruction spirituelle très importante. En général, quand l’homme a faim, il sait qu’il a besoin d’aide, et il appelle l’Éternel. Mais quand il est rassasié et se sent bien, il risque de se contenter de la joie simple et matérielle qu’il tire de la nourriture, oubliant Dieu et les idéaux qui s’offrent à lui : grandir dans la foi, révéler la Présence divine dans le bon pays que Dieu nous a donné, nous relier à l’alliance qui unit l’Éternel et Israël, nous relier à la sainte Torah, prier pour le peuple juif, pour Jérusalem et pour le Temple, et réparer le monde par l’établissement de la royauté du Tout-Puissant. Or tous ces principes trouvent leur expression dans les bénédictions qui composent le Birkat hamazon, actions de grâce récitées après le repas, comme nous le verrons par la suite (chap. 4 § 1-4).

Seul celui qui a mangé du pain a le mérite de réciter le Birkat hamazon complet. Si l’on a mangé quelqu’une des sept espèces par lesquelles il est fait l’éloge de la terre d’Israël dans la Torah – et la même règle s’applique à cinq céréales spécifiques –, on récite une bénédiction qui est le résumé du Birkat hamazon ; c’est pourquoi elle est appelée Mé‘ein chaloch (littéralement, « analogue à trois ») : elle forme un extrait de trois des bénédictions incluses dans le Birkat hamazon. Les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si l’obligation de réciter la bénédiction Mé‘ein chaloch est toranique ou rabbinique (cf. chap. 10 § 1-2).

Comme prolongation à cela, les sages ont décrété que quiconque mangerait ou boirait, et tirerait profit d’aliments qui ne font pas partie des sept espèces, adresserait à Dieu, après les avoir consommés, une bénédiction courte : Boré néfachot (ibid. § 4).

Pour devoir dire la bénédiction finale, il faut avoir mangé au moins la mesure d’un kazaït, ou avoir bu la mesure d’un revi‘it, afin d’avoir tiré de cette consommation une sensation de plaisir, qui justifiera que l’on prononce une bénédiction (ces mesures seront expliquées ci-après, chap. 10 § 5-10).

C’est ici le lieu d’ajouter ceci : il arrive que, dans l’âme de l’homme, se répande un sentiment de mélancolie après avoir mangé. Peut-être est-ce en raison de l’espoir qu’il avait que la nourriture savoureuse calmerait sa tristesse, lui apporterait la satisfaction ; or la tristesse reste identique après avoir mangé. Parfois, la sensation de lourdeur, qui domine après un repas, entraîne une certaine dépression. Il arrive aussi que l’on s’afflige d’avoir, une nouvelle fois, trop mangé : à présent, le ventre est plein et l’on est en colère, désespéré de soi-même. En récitant le Birkat hamazon avec ferveur, on peut se relever de ces impressions négatives, et donner à son repas une signification, une valeur. Même si l’on a exagéré, en mangeant plus qu’il ne fallait, la bénédiction – si on la récite avec une grande concentration – pourra encore réparer ce que l’on aura abîmé, et transformer la lourdeur et le désespoir en vitalité et en joie (cf. Rav Kook, Midot Réïya, Ha‘alaat nitsotsot 6). Tel est le propos de la coupe de vin sur laquelle on récite le Birkat hamazon, lors des repas importants : par elle, nous achevons le repas dans l’élévation que la reconnaissance apporte, et dans la joie que nous éprouvons devant l’Éternel (cf. ci-après, chap. 5 § 13).

06. Libellé des bénédictions

Les membres de la Grande Assemblée (Anché Knesset Haguedola), avec à leur tête Ezra le scribe, fixèrent le texte des bénédictions et des prières (Berakhot 33a). Certes, le fondement du Birkat hamazon est toranique, et Moïse notre maître, Josué fils de Noun, le roi David et le roi Salomon établirent les principes des bénédictions qui le composent, comme nous le verrons par la suite (chap. 4 § 1). Mais la version finale du Birkat hamazon a été scellée par les membres de la Grande Assemblée (Séfer Ha‘hinoukh 430).

Les sages ont institué trois catégories de bénédictions : a) les birkot hanéhénin (bénédictions de jouissance) ; ce sont des berakhot de reconnaissance pour le profit que l’homme tire du monde créé par Dieu, béni soit-Il, et c’est à elles que le présent livre est principalement consacré. b) Les bénédictions récitées à l’occasion de l’accomplissement d’une mitsva ; leur propos est d’orienter la conscience de l’homme vers la mitsva qu’il s’apprête à accomplir. c) Les bénédictions de louange, comme le sont les birkot hacha‘har (bénédictions matinales) et les birkot haréïya (qui se récitent lorsque l’on voit certains phénomènes, cf. chap. 15). Certaines bénédictions de louange comportent également une requête, comme on le voit dans celles qui composent la ‘Amida (Maïmonide, Hilkhot berakhot 1, 4).

Il ne faut pas modifier le libellé des bénédictions. Si on l’a modifié – dès lors que l’on n’a pas prononcé Baroukh (« béni »), ou que l’on n’a pas mentionné le nom de Dieu (Ado-naï ou Élo-hénou) et sa royauté (« Roi de l’univers »), ou que l’on a omis le contenu principal de la bénédiction – on n’est point quitte de son obligation (Choul‘han ‘Aroukh 214, 1 ; cf. ci-après, chap. 12 § 6).

Si l’on a dit la berakha dans une traduction en langue autre que l’hébreu, on est quitte de son obligation (Choul‘han ‘Aroukh 185, 1). Cependant, a priori, il faut dire les bénédictions en hébreu, qui est la langue sainte, dans laquelle les sages ont fixé leur texte (Michna Beroura 185, 1). Si l’on ne comprend pas l’hébreu, on peut a priori, tant qu’on n’a pas appris cette langue, dire les bénédictions dans une traduction (cf. Pniné Halakha – La Prière d’Israël 17, 8).

07. Manière de réciter une bénédiction ; honneur qui lui est dû

Celui qui récite une bénédiction doit réellement prononcer celle-ci, de ses lèvres, de manière qu’à tout le moins ses oreilles puissent l’entendre. A priori, il est bon de dire la bénédiction à haute voix, car la voix éveille la kavana (concentration, intention) ; grâce à cela, les personnes présentes pourront également avoir le mérite de répondre amen, et la sanctification du nom divin grandira dans le monde. A posteriori, si l’on a seulement prononcé la bénédiction de ses lèvres sans la faire entendre à son oreille, on est quitte. Mais si l’on n’a pas prononcé la bénédiction, et que l’on se soit contenté de méditer à ses mots intérieurement, on n’est point quitte ; il faudra reprendre la bénédiction, cette fois en la prononçant véritablement (Choul‘han ‘Aroukh 185, 2-3, Michna Beroura 2-3)[8].

Puisque les bénédictions de jouissance ont été fixées afin de remercier et de louer Dieu, il convient de les réciter de manière honorable. Nos sages enseignent : « On ne “jettera” pas une bénédiction de sa bouche » (Berakhot 47a), c’est-à-dire : on ne dira pas la bénédiction rapidement, comme un lourd fardeau dont on voudrait se décharger.

Au titre de l’honneur dû à la bénédiction, il ne faut pas exécuter quelque travail tandis qu’on la récite. Même si la tâche est facile, cela reste interdit – par exemple, il ne faut pas ranger les assiettes et les couverts pendant la récitation du Birkat hamazon (Choul‘han ‘Aroukh 191, 3 ; cf. ci-après, chap. 4 § 12). Il est permis de réciter des bénédictions en marchant ; seul le Birkat hamazon, qui est particulièrement important, doit être dit assis. Certains estiment que le statut de la bénédiction Mé‘ein chaloch est semblable à celui du Birkat hamazon, et qu’elle aussi doit être dite assis (ibid. § 12 ; chap. 10 § 3).

Il est interdit d’interrompre une bénédiction par quelque parole. Si l’on s’est interrompu au milieu d’une bénédiction courte, celle-ci est perdue, puisque l’interruption en a aboli le sens. Si l’on a parlé au milieu d’une bénédiction longue, à un endroit qui n’en abolit pas le sens, on pourra, a posteriori, poursuivre sa récitation (‘Hayé Adam 5, 13).

Quand on récite une bénédiction, il faut que le siège de la nudité soit couvert. Chez l’homme, il faut également que le cœur soit séparé du siège de la nudité ; toute chose qui, placée entre les deux, est appliquée au corps, est considérée comme une séparation (‘hatsitsa) (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 74). A priori, il est préférable de porter un pantalon et une chemise[9] quand on récite les bénédictions ; et, quand on récite le Birkat hamazon, il convient d’être plus pointilleux, et de porter un habit honorable (Michna Beroura 183, 11 ; cf. ci-après chap. 4 § 12). Les hommes doivent se couvrir la tête quand ils récitent une bénédiction. Les femmes ne sont pas tenues de se couvrir la tête en un tel cas ; même une femme mariée, quand elle est seule ou avec les membres de sa maisonnée, n’a pas cette obligation (La Prière d’Israël 10, 5-6).


[8]. Certes, pour Maïmonide et le Séfer Mitsvot Gadol, penser aux mots a la même valeur que de les prononcer. Mais selon Rabbénou ‘Hananel, l’Echkol, les disciples de Rabbénou Yona, le Roch, l’Or Zaroua’, le Raavad, le Mordekhi et de nombreux autres auteurs, penser ne vaut pas le fait de prononcer. Dès lors, si l’on a médité les mots de la bénédiction sans les prononcer, on n’est point quitte, et l’on doit la répéter, cette fois en paroles, comme l’écrit le Béour Halakha 62, 4 ד »ה יצא. Le Yabia’ Omer (IV Ora‘h ‘Haïm 3) a une approche différente : selon lui, puisque, en cas de doute portant sur une bénédiction, on est indulgent, on ne répétera pas celle que l’on devait réciter, dans le cas où l’on s’est contenté d’en méditer les mots. Cf. Pniné Halakha – La Prière d’Israël 1, 9, note 2.[9]. ‘Houltsa : ce terme inclut également les chemisettes, t-shirts et polos.

08. Propreté et pureté

Si l’on a besoin d’aller aux toilettes, de sorte que l’on ne pourrait se retenir soixante-douze minutes, il est interdit de réciter des bénédictions. Si l’on a néanmoins récité une bénédiction, on est quitte a posteriori. Si le besoin est moindre, si bien que l’on pourrait se retenir soixante-douze minutes, on est autorisé à dire la bénédiction (comme nous le voyons dans La Prière d’Israël, chap. 5 § 9).

Si l’on est sous l’effet de l’alcool (chatouï), sans être pour autant ivre (chikor), on peut dire les bénédictions a priori. Si l’on est ivre, de sorte que l’on ne pourrait se tenir dignement devant un roi, on ne dira pas, a priori, de bénédictions. Mais dans le cas où, si l’on attendait de se dessoûler, l’heure limite de récitation passerait, on les récitera malgré son ébriété. Toutefois, si l’on est soûl comme Loth, qui n’avait plus conscience de ce qui lui arrivait, on est considéré, du point de vue halakhique, comme « dément », et l’on est dispensé de toutes les mitsvot. Dans le cas même où l’on aurait dit des bénédictions dans cet état, celles-ci ne seraient en rien valables (op. cit. 5, 11).

Si l’on a fait ses besoins, ou que l’on ait touché de ses mains des endroits de son corps normalement couverts, on devra se rincer les mains à l’eau avant que de dire une bénédiction. Si l’on n’a pas d’eau, on frottera ses mains dans ses vêtements ou dans quelque autre chose qui les nettoiera, puis on dira la bénédiction. Des mains que l’on ne croit pas avoir été souillées (stam yadaïm) ne nécessitent pas de rinçage avant bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh 4, 23, Michna Beroura 59-61).

Il est interdit de prononcer des paroles saintes (devarim ché-biqdoucha) face à une nudité (cf. La Prière d’Israël 3, 11). De même, il est interdit de prononcer de telles paroles en un lieu où se trouve un excrément, ou d’autres choses aussi malodorantes. L’interdit vaut à l’intérieur des quatre coudées (amot) dans lesquelles se trouve l’excrément, ou en quelque lieu d’où il est visible. Si son odeur se répand, on devra s’éloigner de quatre amot de l’endroit où l’odeur n’est plus perceptible. A posteriori, si l’on a dit une bénédiction en un endroit où se trouvait un excrément, et quoique l’on ait commis un interdit, on ne se répétera pas. Mais si l’on a récité la ‘Amida en un tel endroit, on n’est pas quitte de son obligation (op. cit. 3, 9-10).

Les excréments d’un bébé de moins d’un an ne sont pas tellement malodorants ; en cas de nécessité impérieuse, il est donc permis de prier non loin d’eux[10]. Si le bébé a un an ou plus et a fait ses besoins dans ses vêtements, et qu’il vienne voir sa mère au moment où elle dit une bénédiction, de deux choses l’une. Si elle est au milieu d’une bénédiction courte, elle s’éloignera assez pour ne plus percevoir l’odeur ; si elle récite le Birkat hamazon, dont la récitation est plus longue, et qu’elle ne puisse s’éloigner ni laisser l’enfant en un autre lieu jusqu’à la fin de la quatrième bénédiction, elle ira nettoyer l’enfant et lui changer sa couche, puisque, de toutes façons, il lui est interdit de continuer de réciter des bénédictions lorsqu’elle perçoit l’odeur de l’excrément. Puis elle se lavera les mains, et elle poursuivra la récitation, en reprenant celle-ci au début de la bénédiction où elle s’était interrompue (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 65, 1, Béour Halakha 183, 6, passage commençant par Afilou ; La Prière juive au féminin 11, 9).


[10]. Il est question notamment du bébé dont la couche est salie.

09. a mitsva de répondre amen

Si l’on entend un juif prononcer une bénédiction, on est tenu de répondre amen après celle-ci (Choul‘han ‘Aroukh 215, 2 ; cf. ci-après, chap. 12 § 8). Grand est le mérite de celui qui répond amen avec ferveur. Nos sages disent :

Quiconque répond amen de toutes ses forces, on lui ouvre les portes du jardin d’Éden, comme il est dit : « Ouvrez les portes et qu’entre le peuple juste, qui garde sa fidélité (chomer émounim). » (Is 26, 2 ; Chabbat 119b)

Les sages expliquent, dans ce passage de la Guémara, que l’intention du verset d’Isaïe porte sur le mot amen[11], dont les trois lettres, אמן, forment les initiales de אל מלך נאמן (E-l Mélekh nééman, « Dieu, Roi fidèle »). En d’autres termes, il y a dans le fait de répondre amen une expression de foi en Dieu. Et celui qui, malgré l’obscurité et l’éclipse de la face divine, caractéristiques de ce monde-ci, garde sa fidélité à l’Éternel et répond amen de toutes ses forces, montre par-là qu’il est attaché à Dieu en vérité ; on lui ouvre donc les portes du jardin d’Éden.

Ce que l’on entend principalement par « répondre amen de toutes ses forces », c’est mettre dans ce mot toute la force de son intention (sa kavana). Cependant, il n’est pas non plus sans importance de répondre à haute voix car, par cela, toutes les facultés de l’homme sont associées dans cette réponse, amen. De plus, répondre à haute voix éveille la kavana et accroît la sanctification du nom divin dans le monde. Pour autant, celui qui répond n’élèvera pas la voix plus que celui qui a prononcé la bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh 124, 12). Toutefois, si l’on veut encourager les autres auditeurs à répondre amen[12], il sera permis d’élever la voix un peu au-delà de celui qui prononce la bénédiction (Michna Beroura 47).

Les sages enseignent :

Celui qui répond amen est plus grand que celui qui récite la bénédiction (Berakhot 53b).

Certes, celui qui récite la bénédiction a le privilège d’être récompensé le premier, car c’est grâce à lui que l’on a pu répondre amen. Mais la grandeur de celui qui répond amen est supérieure encore, de sorte qu’en fin de compte, sa récompense est plus grande. La raison à cela est que l’un dit une bénédiction correspondant à une chose déterminée, tandis que l’autre, quand il répond amen avec ferveur, s’élève à une dimension générale de la foi. (On peut trouver une allusion à cela dans le mot amen lui-même, dont la valeur numérique est égale à celle du tétragramme additionnée de celle du nom Ado-naï, ce qui exprime l’union du Saint béni soit-Il dans sa transcendance et de sa Présence, la Chékhina, comme l’enseigne le Ma‘hzor de Vitry 126.)

En plus de l’émouna générale qu’exprime le fait de répondre amen, il y a à cela une signification plus spécifique : celui qui répond amen affirme par-là que ce qui vient d’être récité est vérité. Si l’on entend, par exemple, la bénédiction Hamotsi lé‘hem min haarets, on pensera, en répondant amen : « Il est vrai que l’Éternel fait sortir le pain de la terre. » Et quand la bénédiction comporte également une requête, par exemple dans ‘Honen hada‘at (« Béni sois-Tu… qui dispenses la sagesse ») – quatrième berakha de la ‘Amida –, on pensera : « Il est véridique que l’Éternel dispense la sagesse », ainsi que : « Puissions-nous être gratifiés par Lui de la sagesse ! » (Choul‘han ‘Aroukh 124, 6, Michna Beroura 25)

Répondre amen reflète le lien de l’individu avec la foi en l’Éternel, béni soit-Il ; or quand la foi est atteinte, notre capacité à intégrer la vitalité que l’Éternel nous dispense s’altère. C’est à ce propos que Ben Azaï enseigne : « Si l’on prononce un “amen orphelin”, on expose ses enfants à devenir orphelins ; un amen précipité – on expose sa vie à être abrégée ; un amen escamoté – on expose sa vie à être coupée. Mais quant à celui qui prolonge le mot amen, d’en haut on prolonge ses jours et ses années » (Berakhot 47a).

On ne précipitera donc pas son amen, en le prononçant avant que l’auteur de la bénédiction n’ait terminé celle-ci. On ne l’escamotera pas non plus, en avalant ses lettres ou en le bredouillant d’une langue lâche et d’une voix faible. On ne retardera pas non plus le mot amen en l’éloignant de la fin de la bénédiction, car cela s’appellerait alors un amen yetoma (« amen orphelin ») (Choul‘han ‘Aroukh 124, 8). On doit au contraire répondre amen d’une voix agréable, sans prolonger ce mot par trop, ni l’abréger : la durée du mot doit être équivalente au temps nécessaire pour dire E-l Mélekh nééman (ibid.). Et celui qui récite la bénédiction doit lui-même porter son intention sur l’amen que les autres répondent à sa suite (Rema 167, 2)[13].


[11]. Émounim, fidélité, loyauté, est bâti sur la même racine qu’amen.
[12]. Le cas peut se présenter, notamment, lors de la répétition de la ‘Amida, en particulier lorsque le minyan n’est pas nombreux.

[13]. Certains des plus grands Richonim avaient coutume de répondre Baroukh Hou ou-varoukh Chémo (« béni soit-Il, et béni soit son nom ») après la mention du nom divin dans la bénédiction ; leur coutume s’est répandue parmi les communautés juives : chez les Ashkénazes, principalement dans la répétition de la ‘Amida, et chez les Séfarades dans d’autres bénédictions également. Cependant, ce n’est pas une obligation ; aussi, pour les bénédictions par lesquelles l’auditeur s’acquitte de sa propre obligation – comme c’est le cas lors du Qidouch ou de la sonnerie du chofar –, on ne répond pas Baroukh Hou ou-varoukh Chémo. Cela, afin de ne pas marquer d’interruption au milieu de la berakha, en disant une parole que n’ont pas instituée les sages du Talmud.

10. Exempter autrui par ses bénédictions : principes

Quand deux personnes mangent ensemble, l’une peut dire les bénédictions à haute voix, tandis que l’autre répond amen et s’acquitte ainsi de son obligation. Cela, à condition que le locuteur ait l’intention d’acquitter l’auditeur, et que l’auditeur ait lui-même l’intention de s’acquitter par son écoute. Dans le cas même où l’auditeur a négligé de répondre amen, il est néanmoins quitte, tant qu’il avait l’intention de s’acquitter par son écoute (Choul‘han ‘Aroukh 213, 2-3 ; cf. ci-après, chap. 3, note 4, où l’on parle de celui qui s’est interrompu entre la bénédiction et la consommation ; cf. encore chap. 12 § 7).

Cependant, il faut savoir qu’il existe une différence fondamentale entre les bénédictions de jouissance (birkot ha-néhénin) et celles que l’on récite à l’occasion de l’accomplissement d’une mitsva (birkot ha-mitsvot). En effet, s’agissant de ces dernières, on peut réciter la bénédiction pour en acquitter son prochain, bien que l’on n’ait pas besoin de la dire pour soi-même. Par exemple, si quelqu’un met les téphilines et ne sait pas dire la bénédiction, son ami peut la réciter pour lui, bien qu’il ne mette pas lui-même les téphilines à ce moment ; et ainsi de toutes les mitsvot. La raison en est que tous les Juifs sont solidairement liés les uns aux autres (kol Israël ‘arévim zé bazé), et chaque Juif est associé aux mitsvot accomplies par son prochain ; de sorte que l’un peut dire la bénédiction pour l’autre.

Mais les bénédictions de jouissance, que nous récitons sur la nourriture ou la boisson, sont facultatives, dans le sens où celui qui jouit de telle chose doit dire, pour lui-même, la bénédiction correspondante, tandis que celui qui n’éprouve pas cette jouissance n’est en rien lié à la consommation faite par son prochain. Aussi ne peut-on pas dire la berakha pour autrui. Par conséquent, celui qui ne mange pas de pain ne saurait réciter la bénédiction Hamotsi pour son prochain. Même si ce dernier ne sait pas la dire, on ne pourra la réciter pour lui. On dira donc la bénédiction lentement, et celui qui souhaite manger la répétera, mot à mot ; de cette façon, il s’acquittera de son obligation (Roch Hachana 29b, Choul‘han ‘Aroukh 213, 2).

Il arrive qu’une bénédiction de jouissance soit également relative à une mitsva. C’est le cas, par exemple, de celle que l’on récite sur le vin, lors du Qidouch ou de la Havdala, le Chabbat ou le Yom tov. En ce cas, la bénédiction a même statut que les birkot ha-mitsvot : même si l’on ne boit pas le vin de la coupe, on pourra, lors du Qidouch, réciter la berakha sur le vin pour celui qui le boira (Choul‘han ‘Aroukh 167, 19-20).

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