Chapitre 04 – Birkat hamazon

01. La mitsva du Birkat hamazon

Après avoir mangé du pain et s’être rassasié, c’est une mitsva toranique que de bénir l’Éternel, comme il est dit : « Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour la bonne terre qu’Il t’aura donnée. » (Dt 8, 10) Les sages du Talmud enseignent que le Birkat hamazon[1] (littéralement « bénédiction de la nourriture », ou actions de grâce après le repas) doit comprendre trois thèmes (chacun faisant l’objet d’une bénédiction interne au Birkat hamazon). De ce qu’il est écrit : « Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu », les sages apprennent qu’il faut réciter la bénédiction Hazan, où nous bénissons Dieu pour la nourriture (« Bénis sois-Tu, Éternel… qui, dans ta bonté, nourris le monde entier… »). De ce qu’il est écrit : « pour la terre… », les sages déduisent qu’il faut bénir Dieu et le remercier pour le pays. Et de ce que la Torah ajoute l’adjectif bonne – « pour la bonne terre qu’Il t’aura donnée » –, ils enseignent qu’il faut bénir Dieu pour la part la meilleure et la plus choisie du pays : Jérusalem (Berakhot 48b).

La mitsva, telle que la Torah la définit, consiste, pour celui qui dit la bénédiction, à mentionner ces notions par quelque formule qu’il souhaitera, suivant sa conscience et ses possibilités d’expression. Mais Moïse, Josué, David et Salomon ont institué un texte choisi et parfait, selon les bontés que l’Éternel avait prodiguées à leur époque. À l’époque où la manne était envoyée aux Hébreux dans le désert, Moïse notre maître fixa le texte de la bénédiction Hazan (« … qui nourris… »). Mais il n’avait pas encore été fixé de forme finale à la bénédiction pour la bonne terre. Dès lors que les Hébreux furent entrés sur la terre d’Israël, Josué, fils de Noun, institua la bénédiction du pays (Birkat haarets) dans sa forme fixe. Par contre, il n’avait pas encore été donné de forme définitive à la bénédiction portant sur le lieu le meilleur et le plus prisé du pays. Lorsque le roi David eut établi Jérusalem comme ville sainte et royale, il fixa les termes de la bénédiction : « Sur Israël, ton peuple et Jérusalem, ta ville… » ; et lorsque le roi Salomon eut construit le Temple, il ajouta la mention « et ta grande et sainte demeure ». À l’époque du Temple, on demandait aussi que Dieu fît perdurer celui-ci. Après la destruction du Temple, une version modifiée fut rédigée, où nous demandons que Dieu nous prenne en miséricorde, qu’Il reconstruise Jérusalem, rétablisse la royauté de David en son lieu et rebâtisse le Temple (Berakhot 48b, Rachba, Na‘hmanide, comme le rapporte le Beit Yossef 187, 1 ; Choul‘han ‘Aroukh 187, 1-3).

Nous avons l’obligation, enseignent nos sages, de faire, dans la deuxième bénédiction (celle de la terre, birkat haarets), la louange du pays, terre de délice, bonne et vaste (Berakhot 48b, Choul‘han ‘Aroukh 187, 2-3). De même faut-il mentionner l’alliance de la circoncision et la Torah, car c’est grâce à ces deux mitsvot que nous héritons du pays ; ainsi qu’il fut dit à Abraham notre père, au moment où la circoncision lui fut ordonnée : « J’établirai mon alliance entre Moi et toi, et ta descendance après toi en ses générations, comme alliance perpétuelle, pour t’être un Dieu, ainsi qu’à ta descendance après toi. Et Je te donnerai, ainsi qu’à ta descendance après toi, la terre de tes pérégrinations, toute la terre de Canaan, comme possession perpétuelle, et Je vous serai Dieu. » (Gn 17, 7-8)

Nous apprenons de même que, par le mérite de la Torah et des mitsvot, nous héritons du pays, comme il apparaît au début du paragraphe où nous est donnée la mitsva du Birkat hamazon : « Tous les commandements que Je te prescris en ce jour, vous aurez soin de les accomplir, afin que vous viviez, que vous multipliiez, et que vous veniez hériter du pays que l’Éternel a promis par serment à vos pères. » (Dt 8, 1) Il est également écrit : « Il leur donna les terres de peuples, et ils héritèrent du labeur de nations ; afin qu’ils conservassent ses lois et gardassent ses enseignements, Alléluia ! » (Ps 105, 44-45)

Nos sages disent encore que la mention de la circoncision doit précéder celle de la Torah, car, à l’égard de la circoncision, treize alliances sont mentionnées, tandis que, s’agissant de la Torah, seules trois alliances furent contractées. En la circoncision, s’exprime la sainteté intrinsèque que l’Éternel conféra à son peuple Israël, sainteté qui ne dépend pas de notre choix, et qui constitue le fondement de la réception de la Torah, laquelle exige de nous de choisir le bien.

Dans la troisième bénédiction, les sages ont institué la mention de la royauté davidique, parce que, par David, Jérusalem fut sanctifiée, et parce que l’édification du pays et de Jérusalem dépend essentiellement de la royauté d’Israël (Berakhot 48b, Choul‘han ‘Aroukh 188, 3).

 

 


[1]. Bien que le mot berakha (bénédiction), sur lequel est formé birkat (« bénédiction de… ») soit féminin, nous écrivons, puisque tel est l’usage dans les communautés francophones, le (et non la) Birkat hamazon.

02. Bénédiction Hatov vé-hamétiv

Après la destruction du Temple et la dévastation du pays, il semblait de prime abord qu’il n’y eût plus d’espoir de reconstruction du pays et de Jérusalem, ni de raison de continuer à louer l’Éternel « pour la bonne terre ». C’est pourquoi les sages instituèrent une bénédiction supplémentaire, Hatov vé-hamétiv, destinée à renforcer en nous la foi dans le fait que tout est pour le bien, et que la destruction, l’exil et les épreuves sont eux-mêmes destinés à nous amender, à nous conduire à la reconstruction du pays, de Jérusalem et du sanctuaire, d’une manière plus entière.

C’est en un jour particulier que les sages de Yavné instituèrent cette bénédiction : le jour où il fut permis par les autorités romaines de donner une sépulture aux victimes tombées à Béthar. Béthar était une grande ville de Judée, et la « capitale » de Bar Kokhba : c’est à partir d’elle que l’on espérait rendre son indépendance à Israël et conduire à la reconstruction du Temple. Quand elle tomba et fut détruite, la puissance d’Israël fut abattue, et les souffrances s’accrurent de beaucoup. Le cruel empire ordonna de labourer Jérusalem, de changer le nom du pays et celui de sa capitale, afin d’en effacer le souvenir. Les Romains interdirent aussi d’enterrer les Juifs tués à Béthar. Plus tard, quand un nouvel empereur fut nommé, il fut permis d’enterrer les victimes ; il apparut alors qu’un miracle s’était produit : les corps ne s’étaient point détériorés. Les sages enseignent :

Le jour où il fut permis d’enterrer les victimes de Béthar, la bénédiction Hatov vé-hamétiv fut instituée par les sages de Yavné. [Nous bénissons Dieu] qui est bon (hatov), en ce que les corps des victimes n’avaient point pourri ; et qui est bienfaisant (hamétiv), parce qu’ils purent être enterrés. (Berakhot 48b)

Le Rav Kook explique que, de ce que les corps ne s’étaient pas altérés, nous apprenons que la destruction du Temple et l’exil n’ont pas annulé l’identité israélite. Et dans le fait que les corps purent être enterrés, se trouve une allusion à la promesse selon laquelle ils sont destinés à se relever à la fin des temps ; c’est là le signe que s’accompliront toutes les promesses des prophètes en matière de résurrection des morts et de délivrance (‘Ein Aya ad loc.).

Puisque le degré d’obligation relatif à cette berakha diffère de celui des trois premières bénédictions du Birkat hamazon – les trois premières étant toraniques, tandis que la quatrième est rabbinique – on doit, lorsqu’on termine la récitation de la troisième, répondre amen à sa propre bénédiction : boné [vera‘hamav binyan] Yerouchalaïm, amen (« Béni sois-Tu… qui construis [dans ta miséricorde] Jérusalem, amen ») (Choul‘han ‘Aroukh 188, 1).

Puisque, à la fin de la troisième berakha, s’achève la série des bénédictions de rang toranique, il se trouve que la quatrième, instituée par les sages, est une bénédiction indépendante ; c’est pourquoi elle débute par le mot baroukh (béni). Tel est en effet le principe : quand une bénédiction fait suite à une autre, on considère qu’elle s’appuie sur elle, et il n’est pas besoin de la faire débuter par le mot baroukh ; en revanche, quand la bénédiction est indépendante, elle doit commencer par baroukh[2].

Les sages enseignent encore, en Berakhot 46a, que l’invité doit, après le Birkat hamazon, bénir son hôte. Voici la formulation établie par le Choul‘han ‘Aroukh 201, 1 :

Que telle soit la volonté divine que cet hôte ne soit sujet ni à la honte ni à l’opprobre, ni en ce monde, ni dans le monde futur. Qu’il réussisse en tous ses biens, et que ses biens fructifient et soient proches de la ville[3]. Que l’Accusateur ne domine point l’œuvre de ses mains, et qu’aucune chose fautive ni pensée fautive ne se présente devant lui, cela dès à présent et à jamais.

On peut étendre et amplifier cette version, comme en ont l’usage les Séfarades. Quant aux Ashkénazes, nombre d’entre eux ont l’usage de se contenter d’une version courte : « Que le Miséricordieux bénisse le maître de cette maison. » Mais a priori, il est juste de réciter le texte dans sa version première, qui figure dans le Talmud (Michna Beroura 201, 5 ; cf. ci-après, chap. 5 § 4).

Puisque la possibilité nous a été offerte de nous sanctifier par la mitsva du Birkat hamazon, nous avons également pris coutume d’y ajouter des requêtes personnelles, introduites par la formule Ha-Ra‘haman (« Le Miséricordieux… »), ainsi que des prières générales sur la délivrance. Ces ajouts n’ont pas été institués par les sages du Talmud, mais ils sont d’usage constant depuis l’époque des Richonim, de sorte que l’usage oblige à les réciter, chaque communauté selon sa coutume. Toutefois, si l’on a besoin de s’interrompre par des paroles ou si l’on doit partir, on peut s’interrompre, dès lors que l’on a terminé de réciter la quatrième bénédiction ; après cela, quand on le pourra, on achèvera ce que l’on a manqué de dire (cf. ci-après, note 13).


[2]. Puisque Hatov vé-hamétiv est une berakha séparée des autres, il faut y mentionner la royauté divine. Les sages ont en effet décrété que les bénédictions, en général, doivent inclure cette mention ; et si, dans telle bénédiction, on n’a pas mentionné le nom divin ou sa royauté, elle n’est pas considérée comme une bénédiction valide (Choul‘han ‘Aroukh 214, 1). Aussi disons-nous, au début de Hatov vé-hamétiv : « Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu [ce par quoi l’on mentionne le nom divin], Roi de l’univers [ce par quoi l’on mentionne sa royauté] ». Mais dans les deuxième et troisième bénédictions du Birkat Hamazon, puisqu’elles forment la suite de la première, et qu’elles s’appuient toutes deux sur la mention de la royauté que porte cette première berakha, on ne mentionne pas la royauté divine ; de même que, dans la ‘Amida, ce n’est que dans la première bénédiction qu’est mentionnée la royauté divine, tandis que toutes les suivantes s’appuient sur elle (Tossephot sur Berakhot 40b, passage commençant par Amar). 

Les sages disent encore (Berakhot 49a) qu’il y a lieu, dans la bénédiction Hatov vé-hamétiv, de mentionner la royauté divine une fois supplémentaire. En effet, après avoir mentionné la royauté davidique dans la troisième bénédiction, il eût convenu d’y mentionner aussi la royauté divine ; or il ne faut pas mentionner la royauté du Ciel à côté d’une royauté humaine ; aussi transférons-nous dans Hatov vé-hamétiv la mention de la royauté divine qu’il eût convenu de faire figurer dans la troisième berakha. Et puisqu’il en est ainsi, on mentionne encore une fois la royauté divine, en regard de la deuxième berakha. Il y a donc trois mentions de la royauté, dans cette quatrième bénédiction : 1) Mélekh ha‘olam (« Roi de l’univers ») ; 2) Malkénou, adirénou… (« notre Roi, notre Force… ») ; 3) Ha-Mélekh hatov vé-hamétiv lakol (« le bon Roi, qui es bienfaisant pour tous »). Et puisque l’on mentionne la royauté divine par trois fois dans cette bénédiction, on y récite aussi une triple louange de la bonté de Dieu, et une triple louange de sa générosité : « Il nous fut bienfaisant, Il nous est bienfaisant, Il nous sera bienfaisant ; Il nous prodigua, Il nous prodigue, Il nous prodiguera toujours grâce, bienfait, miséricorde… » (Tour et Choul‘han ‘Aroukh 189, 1, Michna Beroura 4).

 

[3]. Les biens dont il s’agit ici sont principalement les terrains : on souhaite au maître de céans d’avoir des terrains proches de son domicile, de façon qu’il puisse les exploiter facilement (Rachi).

03. Sens de la bénédiction Hazan

Afin d’approfondir notre connaissance du Birkat hamazon, il faut réfléchir au paragraphe de la Torah au sein duquel ce commandement nous a été prescrit (Dt 8, 1-18). Dans le premier verset, s’exprime le propos général de ce passage : « Tous les commandements que Je te prescris en ce jour, vous aurez soin de les accomplir, afin que vous viviez, que vous multipliiez, et que vous veniez hériter du pays que l’Éternel a promis par serment à vos pères. » Après cela, deux principes centraux sont exposés : le premier est que l’Éternel nourrit toutes les créatures, comme nous le disons dans la première bénédiction du Birkat hamazon. Le second est la louange de la terre d’Israël, comme nous l’exprimons dans la deuxième et la troisième bénédictions. Examinons d’abord les principes liés à la première berakha : Hazan (« Béni sois-Tu… qui nourris le monde entier, dans ta bonté… »).

Lorsqu’il gagne facilement son pain, l’homme oublie souvent que l’Éternel exerce sur lui sa providence et lui accorde sa subsistance. Aussi la Torah nous instruit-elle : « Tu te souviendras de tout le chemin sur lequel l’Éternel ton Dieu t’a conduit, quarante ans durant, dans le désert, afin de t’éprouver par la souffrance, pour savoir ce qui est en ton cœur, si tu garderais ses commandements ou non. » (ibid. verset 2) La vie au désert est dure ; toutes les difficultés pourraient conduire à s’insurger contre le Ciel, ou, au contraire, à se renforcer dans la foi, et à méditer sur les miracles par lesquels le Saint béni soit-Il maintient Israël en vie. L’épreuve la plus difficile est liée à la consommation de la manne. L’homme est habitué à se soucier du lendemain, en vue duquel il se prépare sa nourriture, par son travail au champ, par son industrie ou par son commerce. Or tout cela était impossible dans le désert. Le fait même de conserver de la manne du jour au lendemain était interdit ; et il était même impossible de manger plus que ce dont on avait besoin, car la quantité de manne était limitée à ce que chacun avait besoin de manger en un jour, pas davantage. Chaque Juif devait donc avoir foi en Dieu, foi dans le fait que, le lendemain aussi, Dieu ferait descendre pour lui la manne du ciel. Quiconque faiblissait en sa foi ressentait la faim, comme l’indique allusivement le verset 3 : « Il te fit souffrir et endurer la faim, et Il te nourrit de la manne, que tu ne connaissais pas et que n’avaient point connue tes pères… »

Par le bais de cette épreuve, l’idée fut gravée dans notre conscience nationale que la nature ne se maintient pas par elle-même : c’est Dieu qui sustente chacun – « afin de te faire savoir que ce n’est pas seulement de pain que l’homme vit, mais que c’est de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur que l’homme vit. Tes vêtements sur toi ne se sont point usés, ni tes pieds n’ont enflé, quarante années durant. » (ibid. 3-4) Telles furent les quarante premières années depuis la venue au monde du peuple d’Israël, années durant lesquelles le peuple apprit et intériorisa les valeurs de la Torah. Par le biais de la vie miraculeuse au désert, nous avons appris, comme il convient, que tout émane de Dieu et vise à nous dispenser le bien ; et même si Dieu retient sa bénédiction pendant une période déterminée, cela n’émane que de son amour envers nous, afin de nous faire connaître le chemin de la vérité, comme il est dit : « Tu sauras donc en ton cœur que, de même qu’un homme éprouve son fils, ainsi l’Éternel ton Dieu t’éprouve-t-il. Tu garderas donc les commandements de l’Éternel ton Dieu, en marchant dans ses voies et en le craignant. » (ibid. 5-6)

Quant à la mitsva même consistant à bénir l’Éternel lorsqu’on a mangé et que l’on est rassasié, elle réside dans ce verset : « Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour le bon pays qu’Il t’aura donné. » (ibid. 8) Car, lorsque l’homme est rassasié, il risque de s’enorgueillir et d’oublier que tout vient de Dieu ; c’est pourquoi la Torah poursuit en nous avertissant :

Garde-toi d’oublier l’Éternel ton Dieu, délaissant l’observance de ses commandements, de ses statuts et de ses lois que Je te prescris en ce jour. De crainte que tu ne manges et ne te rassasies, que tu ne bâtisses de bonnes maisons et n’y résides, que ton gros et ton menu bétail ne croissent, qu’argent et or ne croissent pour toi, et que ne croisse tout ce qui est à toi ; et qu’alors ton cœur ne s’enorgueillisse, et que tu n’oublies l’Éternel ton Dieu, qui te conduisit dans le grand et redoutable désert – où sont serpents, aspics et scorpions, et soif, où il n’est point d’eau –, qui, pour toi, fit jaillir de l’eau du rocher de silex ; qui, dans le désert, te nourrit de manne, que n’avaient point connue tes pères, afin de te mortifier et afin de t’éprouver, pour te faire du bien à la fin. (Ibid. 11-16)

04. Centralité de la bénédiction du pays

Le second principe qui émaille tout ce paragraphe biblique portant sur la bénédiction de la nourriture, c’est la louange de la terre d’Israël. Les sages enseignent que, parmi les bénédictions composant le Birkat hamazon, « il n’en est pas de plus précieuse que la bénédiction “de la terre” » (Nb Rabba 23, 7). Tel est bien le sens obvie du verset, dont tout le propos est de bénir l’Éternel pour la bonne terre, comme il est dit : « Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour le bon pays qu’Il t’aura donné. » (Dt 8, 10)

La troisième bénédiction, dont le thème est Jérusalem, est la suite de la bénédiction du pays, car Jérusalem est le cœur du « bon pays ». De même, nous voyons au premier verset de notre paragraphe que c’est en terre d’Israël que s’accomplissent essentiellement les mitsvot : « Tous les commandements que Je te prescris en ce jour, vous aurez soin de les accomplir, afin que vous viviez, que vous multipliiez, et que vous veniez hériter du pays que l’Éternel a promis par serment à vos pères. » (Dt 8, 1)

Cela s’explique par le fait que le but essentiel d’Israël est de dévoiler la parole de l’Éternel dans le monde, en affrontant les complications de la vie terrestre. Aussi la période durant laquelle nous sommes nourris par la manne descendant du ciel est-elle temporaire : elle vise à nous faire acquérir la connaissance de base d’après laquelle Dieu nourrit toutes les créatures. Mais le propos est que l’homme s’associe au Saint béni soit-Il dans le parachèvement (tiqoun) du monde, en faisant sortir de la terre sa nourriture, par le labour, les semailles, les plantations, l’élevage des animaux. Par cela, on révèle l’image divine qui est en soi, on extrait le bien qui est en la matérialité, et l’on s’élève à une relation pleine de vitalité avec Dieu. Certes, la manne qui descendait du ciel était sans déchet, elle s’intégrait tout entière au corps, sans qu’on dût l’évacuer après sa consommation. Cependant, la destinée essentielle de l’homme est de consommer des nourritures matérielles, porteuses de déchet, mais qui recèlent en elles-mêmes un bien plus cher à l’homme, et dans lesquelles davantage d’étincelles saintes soient enfouies. À cette fin, la terre d’Israël nous fut donnée, terre de la sainteté qui, bien qu’elle soit une terre matérielle, est sainte, et dont les fruits sont saints.

De nombreuses personnes pensent que, plus on s’éloigne de la matérialité et de la perception des diverses saveurs alimentaires, plus on est pur et saint. Mais la Torah nous enseigne que, sur la terre d’Israël, l’abondance matérielle, la nourriture variée et ses saveurs excellentes sont dotées d’une grande valeur, car cela aussi fut créé par le Saint béni soit-Il pour nous conduire à notre complétude. Par conséquent, la Torah se donne la peine de louer l’excellence et les délices de la terre d’Israël, comme il est dit : « Car l’Éternel te conduit vers une bonne terre, terre à ruisseaux, à sources et à eaux souterraines, jaillissant par les vallées et les monts. Une terre à blé, à orge, à vigne, à figue et à grenade, une terre à olive huileuse et à miel. Une terre où ce n’est pas avec parcimonie que tu mangeras du pain, où rien ne te manquera. Une terre dont les pierres sont de fer ; et de ses monts, tu extrairas le cuivre. » (Dt 8, 7-9) Aussi nous est-il ordonné de bénir Dieu pour cela, comme il est dit : « Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour la bonne terre qu’Il t’aura donnée. » (ibid. verset 10)

Dans la première bénédiction, nous nous attachons au principe : Dieu nourrit toutes les créatures (hazan et hakol) ; de même qu’Il nous donna la manne dans le désert de manière miraculeuse, de même maintient-Il constamment la nature, de sorte que toute nourriture que nous consommons provient, à sa racine, exclusivement de Lui, béni soit-Il. Dans la deuxième bénédiction, nous louons Dieu pour ce qu’Il nous a octroyé la possibilité de lui être associés dans le parachèvement du monde et dans l’extraction de la nourriture à partir de la terre ; aussi la conclusion de cette bénédiction est-elle : « Béni sois-Tu, Éternel, pour le pays et pour la nourriture[4]. »

Simplement, il est à craindre que la réussite de l’homme dans l’édification du pays ne le plonge dans le désir matériel, l’orgueil, et ne lui fasse oublier sa destinée. C’est pourquoi il nous est enjoint, dans les versets suivants, de prendre garde à cela :

Garde-toi d’oublier l’Éternel ton Dieu, délaissant l’observance de ses commandements, de ses statuts et de ses lois que Je te prescris en ce jour. De peur que tu ne manges et ne te rassasies, que tu ne bâtisses de bonnes maisons et n’y résides, que ton gros et ton menu bétail ne croissent, qu’argent et or ne croissent pour toi, et que ne croisse tout ce qui est à toi ; et qu’alors ton cœur ne s’enorgueillisse, et que tu n’oublies l’Éternel ton Dieu… et que tu ne dises en ton cœur : « C’est ma force et la puissance de mon bras qui m’ont assuré cette prospérité. » Tu te souviendras donc de l’Éternel ton Dieu, car c’est Lui qui te donne la force de parvenir à la prospérité, afin de maintenir son alliance, qu’Il a jurée à tes pères, comme en ce jour. (ibid. 11-18)

Par le Birkat hamazon, nous nous rappelons que c’est Dieu qui nous a donné la nourriture et la terre d’Israël. Grâce à cela, nous prenons conscience de ce que la force, la satisfaction et la joie que nous avons reçues par le biais de la nourriture sont destinées à nous sanctifier et à nous élever.


[4]. Selon l’enseignement de la Cabale et du hassidisme, la première bénédiction vise une nourriture qui ne requiert point de tri pour se défaire de quelque déchet, et de laquelle l’homme n’a pas à élever les étincelles de sainteté. La deuxième bénédiction vise une nourriture requérant un tri et une élévation des étincelles de sainteté. La troisième bénédiction complète le processus d’élévation des étincelles, comme le suggère la thématique de Jérusalem et du Temple. Or la possibilité de se livrer à de tels tris sur la terre d’Israël dépend de l’alliance et de la Torah. Cf. un développement de ces concepts dans le Liqouté Torah de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, paracha ‘Eqev, pp. 14-17.

 

05. Récitation du Birkat hamazon; éducation des enfants

En récitant le Birkat hamazon, on doit faire entendre à son oreille les mots que sa bouche prononce. Si l’on n’a pas articulé de ses lèvres les mots, on n’est point quitte. A priori, il faut dire ces bénédictions à haute voix, car le son éveille l’attention de l’esprit (la kavana). Si l’on ne comprend pas l’hébreu, on peut réciter le Birkat hamazon traduit dans une langue que l’on comprend (Choul‘han ‘Aroukh 185, 1-3, Michna Beroura 1-3 ; cf. ci-dessus, chap. 1 § 6-7).

A posteriori, si l’on a omis de lire des passages du Birkat hamazon, on reste quitte de son obligation, tant que l’on a mentionné les principes essentiels qui doivent y figurer. Quels sont ces principes ? Bénir Dieu pour la nourriture ; au sein de cette bénédiction, mentionner son nom, et le fait qu’Il est le roi de l’univers (Choul‘han ‘Aroukh 187, 1, Michna Beroura 4). Dans la deuxième bénédiction, remercier Dieu pour la terre d’Israël, et mentionner qu’elle est une terre de délices, bonne et vaste (‘hemda, tova ou-rehava) ; mentionner aussi l’alliance de la circoncision et l’étude de la Torah. Dans la troisième bénédiction, mentionner Jérusalem, le Temple et le règne la dynastie davidique ; de la quatrième bénédiction, dire le résumé.

Quand un enfant parvient à « l’âge de l’éducation » (guil ‘hinoukh), c’est-à-dire à l’âge où il comprend de manière générale le propos des bénédictions, on a le devoir de l’instruire à les réciter toutes, à commencer par le Birkat hamazon, qui est la plus importante d’entre elles. Dans leur majorité, les enfants arrivent à « l’âge de l’éducation » autour de six ans. Avant cela, dès lors qu’ils comprennent quelque peu comment on récite une berakha, il est bon de commencer à le leur apprendre ; mais ils n’ont pas encore l’obligation de réciter les bénédictions. S’agissant même d’enfants parvenus à l’âge de l’éducation, quand il leur est difficile de réciter tout le Birkat hamazon, on les habituera à réciter la première berakha ; puis ils progresseront suivant leurs possibilités[5].


[5]. La version abrégée est citée dans l’introduction du Maguen Avraham au chap. 192 du Choul‘han ‘Aroukh. La voici, traduite de l’araméen et de l’hébreu :

 

« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, Maître de ce pain que nous avons mangé ; béni sois-Tu, Éternel, qui nourris toutes les créatures. Nous te rendons grâce, Éternel, notre Dieu, pour ce que Tu as doté nos ancêtres d’une terre de délices, bonne et vaste, et pour nous avoir donné l’alliance et la Torah, et le pain à satiété ; béni sois-Tu, Éternel, pour le pays et pour la nourriture. Prends-nous en miséricorde, Éternel notre Dieu, nous et Israël ton peuple, Jérusalem ta ville, et la royauté de la maison de David ton oint [le Chabbat, on ajoute : et réjouis-nous en ce jour de Chabbat ; à Roch ‘hodech et aux jours de fête, on ajoute : et souviens-toi de nous favorablement en ce jour de Roch ‘hodech / en ce jour de fête] ; et construis Jérusalem, ville du sanctuaire, bientôt et de nos jours ; béni sois-Tu, Éternel, qui construis, dans ta miséricorde, Jérusalem, amen. Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, Dieu qui es notre Père, notre Roi, Roi qui es bon et bienfaisant pour nous tous. Il fut bienfaisant, Il est bienfaisant, Il sera bienfaisant ; Il nous octroya, Il nous octroie, il nous octroiera toujours la grâce, la bonté et la miséricorde, et nous fera mériter les temps messianiques. Que Celui qui établit la paix dans ses hauteurs établisse la paix sur nous et sur tout Israël, et dites amen. »

 

Selon le Choul‘han ‘Aroukh Harav 187, 4 et le Michna Beroura 4, on peut, en cas de nécessité, instruire les enfants à la récitation de la version abrégée ; mais la coutume est de les instruire à la récitation de la version courante, de façon progressive.

 

L’obligation de réciter les trois premières bénédictions est-elle toranique, et y a-t-il entre elles une relation organique ? Selon Tossephot sur Berakhot 16a, cette obligation est toranique, mais les sages sont indulgents à l’égard des ouvriers, leur permettant de ne réciter que les deux premières ; car les sages ont autorité pour faire obstacle à une prescription de la Torah. Selon Maïmonide, la Torah ne prescrit pas de nombre précis de berakhot, mais il faut mentionner les trois principes que sont la bénédiction de Dieu pour la nourriture, la louange de la terre d’Israël et celle de Jérusalem ; aussi les ouvriers peuvent-ils inclure tous ces principes en deux berakhot (Beit Yossef, Choul‘han ‘Aroukh 191 ; en pratique, de nos jours, les ouvriers ont l’obligation de réciter les quatre bénédictions).

 

Si l’on a mangé, puis que l’on s’aperçoive, après avoir terminé son repas, que l’on ne dispose pas d’un birkon (texte imprimé du Birkat hamazon), et que l’on ne connaisse par cœur qu’une ou deux des bénédictions, tandis qu’on ignore, des autres, l’abrégé lui-même (sans lequel on n’est point quitte), les opinions sont partagées. Selon le Maguen Avraham, les trois premières bénédictions forment un seul et même ensemble, et celui qui n’est pas en mesure de les réciter toutes ne devra en réciter aucune. Selon l’Even Ha‘ozer et d’autres décisionnaires, on dira celle des bénédictions que l’on connaît. En pratique, si l’on a mangé au point d’être rassasié, l’obligation de réciter le Birkat hamazon est toranique, de sorte que l’on doit être rigoureux, en récitant par cœur celles des bénédictions que l’on connaît. Si l’on n’est pas rassasié, l’obligation est de rang rabbinique et, en cas de doute, on est indulgent ; aussi, tant que l’on ne sait pas par cœur les trois bénédictions qui sont fondamentalement de rang toranique, on n’en dira aucune (Choul‘han ‘Aroukh Harav, Michna Beroura 194, 13, Cha‘ar Hatsioun ad loc.). En revanche, si c’est la quatrième bénédiction que l’on ne sait pas par cœur, et quoique l’on ne soit pas rassasié, on récitera les trois premières, dont le degré d’obligation est fondamentalement toranique (Choul‘han ‘Aroukh 194, 3). L’ordre des bénédictions est déterminant, et les réciter dans le désordre est cause d’invalidité (Dvar Chemouel 147, Kaf Ha‘haïm 187, 2).

 

Si, au lieu du Birkat hamazon, on a récité la bénédiction Mé‘ein chaloch [qui se récite, normalement, après avoir consommé une certaine quantité de gâteau ou de pâte autre que du pain], les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si l’on est quitte de son obligation. Selon Rabbi Aharon Halévi, le ‘Hida et le Choul‘han ‘Aroukh Harav 168, 8, on est quitte ; certes, ce texte ne mentionne pas l’alliance, la Torah, ni la royauté davidique, mais on est quitte a posteriori, puisque l’on aura récité un texte fixé par les sages, où se trouvent tous les principes qui, de par la Torah, doivent figurer dans la bénédiction de la nourriture. Face à ces auteurs, le Ritva, dans ses Halakhot (2, 21), le Baït ‘Hadach et l’Elya Rabba estiment que l’on n’est pas quitte. En pratique, si l’on a déjà récité Mé‘ein chaloch, on est quitte a posteriori. Cf. Yabia’ Omer II 12.

 

Si l’on mange du pain et que l’on ne sache pas le Birkat hamazon par cœur, mais que l’on sache la bénédiction Mé‘ein chaloch, on récitera cette dernière dans le cas où l’on est rassasié. Si l’on n’est point rassasié, on ne récitera pas Mé‘ein chaloch.

 

06. Rang toranique ou rabbinique de l’obligation

Selon la Torah, on a l’obligation de réciter le Birkat hamazon après avoir mangé un repas accompagné de pain et s’être rassasié, comme il est dit : « Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras… » (Dt 8, 10). Les sages ont ajouté l’obligation de dire l’intégralité du Birkat hamazon dans le cas même où l’on n’a mangé qu’un kazaït de pain, puisqu’on en a tiré profit. Les sages enseignent que les anges vinrent se plaindre auprès du Saint béni soit-Il :

« Maître du monde, il est écrit dans la Torah : “[Dieu] ne fait pas acception de personne et ne prend pas de présent corrupteur.” (Dt 10, 17) Or ne fais-Tu pas acception de personne en faveur d’Israël ? Il est dit en effet : “Que l’Éternel porte sa face vers toi[6]…” (Nb 6, 26). » Dieu leur répondit : « Comment ne serais-je pas favorable à Israël ? Je leur ai écrit, dans la Torah : “Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu.” Or eux sont pointilleux envers eux-mêmes et me bénissent pour un simple kazaït ! » (Berakhot 20b)

Quand on ne sait plus si l’on a récité ou non le Birkat hamazon sur le repas que l’on a fait, et que l’on est rassasié, on doit être rigoureux et (re)dire le Birkat hamazon, puisque le doute porte sur une mitsva de rang toranique. Si l’on n’est pas rassasié, on ne le (re)dira pas, puisque le doute porte alors sur une mitsva de rang rabbinique (Choul‘han ‘Aroukh 184, 4).

Si votre prochain se rappelle vous avoir vu réciter le Birkat hamazon, vous pouvez vous fier à ses dires (Maharcham 4, 29). De même, si l’on sait en son for intérieur que l’on a l’habitude de le réciter tout de suite après avoir mangé, et quoique l’on ne se souvienne pas précisément de l’avoir fait cette fois, on peut se fonder sur la présomption d’après laquelle on l’a vraisemblablement récité (d’après Halakhot Qetanot II 278 ; cf. Kaf Ha‘haïm 184, 21).

Selon la majorité des décisionnaires, quand bien même on n’a consommé qu’un kazaït de pain, du moment que l’on a mangé, lors du même repas, d’autres aliments, et que l’on se trouve rassasié par l’effet de l’ensemble, c’est toraniquement que l’on est tenu de réciter le Birkat hamazon[7].

Bien entendu, les femmes ont, elles aussi, l’obligation de réciter le Birkat hamazon. Un doute est simplement apparu quant au fait de savoir si cette obligation est, à leur égard, de rang toranique ou rabbinique : peut-être en effet, comme en d’autres choses, y a-t-il une différence entre hommes et femmes, l’accent étant mis davantage sur l’obligation quant à l’homme, sur la libre volonté quant à la femme. Mais tout le doute a pour objet la question de savoir si les femmes sont tenues au Birkat hamazon en vertu de la Torah ; car, du point de vue rabbinique, il est clair qu’elles y sont tenues comme les hommes (Choul‘han ‘Aroukh 186, 1, Michna Beroura 187, 9)[8].


[6]. Jeu de mots de cette aggada midrachique : le verbe נ.ש.א. dans sa forme future est présent dans les deux versets avec un sens différent. אשר לא-ישא פנים = « qui ne fait pas acception de personnes » [littéralement : « qui ne relève pas la tête » (de l’une ou de l’autre des parties à un procès), c’est-à-dire qui ne favorise pas un justiciable de manière arbitraire]. ישא ה’ פניו אליך = « que l’Éternel porte [ou lève, ou tourne] sa face vers toi [et t’accorde la paix] ». Dans le premier cas, ce qui n’est pas « levé » arbitrairement, c’est le visage abaissé de l’homme qui attend son jugement ; dans le second cas, la bénédiction sacerdotale exprime le souhait que le visage de Dieu même se tourne vers son peuple. Mais l’aggada relève l’identité de forme entre les deux occurrences du verbe, pour retenir dans les deux cas l’idée de faveur divine.

 

[7]. Dans la Michna et la Guémara (Berakhot 44a), nous voyons que, selon Rabban Gamliel, c’est une mitsva que de réciter les trois bénédictions constitutives du Birkat hamazon (comme la Torah le prescrit), ce, non seulement pour un repas pris avec du pain, mais encore pour tout fruit d’entre les sept espèces. En effet, ces espèces sont mentionnées dans le passage même où nous est donnée la mitsva du Birkat hamazon, comme il est dit : « Une terre à blé, à orge, à vigne, à figue et à grenade, terre à olive huileuse et à miel. Une terre où ce n’est pas avec parcimonie que tu mangeras du pain, où rien ne te manquera. Une terre dont les pierres sont de fer ; et de ses monts, tu extrairas le cuivre. Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour la bonne terre qu’Il t’aura donnée. » (Dt 8, 8-10) Selon Rabbi Aqiba, « même si l’on n’a mangé que du chéleq [plat de légumes bouillis], et que cela constitue notre repas, on récite les trois bénédictions » ; car la mitsva consiste simplement, selon lui, à dire le Birkat hamazon sur le repas que l’on a fait. Mais la halakha suit l’opinion de la communauté des sages (‘Hakhamim) : l’obligation toranique de réciter le Birkat hamazon existe dans le seul cas où l’on a mangé du pain et où l’on est rassasié. En effet, dans le verset qui précède celui où figure la mitsva du Birkat hamazon, il est précisément question de pain, lequel procure l’essentiel de la satiété.

 

Selon la majorité des Richonim et des A’haronim, seul celui qui est rassasié est toraniquement tenu de réciter le Birkat Hamazon, comme il est dit : « Tu mangeras et te rassasieras… » Ce sont les sages qui ont décrété l’obligation de le réciter pour une mesure moindre : selon Rabbi Méïr, pour la consommation d’un kazaït, et selon Rabbi Yehouda, pour la consommation d’un kabeitsa (volume d’un œuf) (Berakhot 49b). Telle est la position de : Halakhot Guedolot, Rachi, Maïmonide, Rabbénou Tam, Rid, Roch, Séfer Mitsvot Gadol et de nombreux autres, qui tranchent conformément à l’avis de Rabbi Méïr. C’est aussi en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 184, 6 ; cf. Béour Halakha ד »ה בכזית.

 

Face à cela, certains auteurs estiment que, puisqu’il est dit « tu mangeras », celui-là même qui n’est point rassasié est toraniquement tenu au Birkat hamazon (suivant ces auteurs, ce que rapporte la Guémara Berakhot 20b n’est pas la halakha). Selon Na‘hmanide et le Raavad, l’obligation toranique débute dès lors que l’on a mangé un kazaït de pain ; selon les disciples de Rabbénou Yona et Rabbénou Yerou‘ham, c’est à partir d’un kabeitsa que l’on est toraniquement obligé. Cf. ci-après, chap. 10, note 1.

 

Des termes de nombreux décisionnaires, il ressort que la mesure à partir de laquelle on est considéré comme rassasié dépend de la sensation de celui qui mange, comme l’écrit le Séfer Ha‘hinoukh. Cependant, selon les maîtres de Rachi (Berakhot 42a), quand bien même on n’est pas rassasié, on est toraniquement obligé de réciter le Birkat hamazon, dès lors que l’on a mangé la mesure par laquelle les gens sont ordinairement rassasiés (Michna Beroura 184, 22, Cha‘ar Hatsioun 25).

 

Il paraît évident que l’on inclut, au sein de la mesure de satiété, les autres aliments que l’on mange au cours du repas. Car si tel n’était pas le cas, il arriverait souvent qu’une personne rassasiée n’ait pas l’obligation toranique de réciter la bénédiction de la nourriture. Le Séfer Halakhot Qetanot II 227 et le Choul‘han ‘Aroukh Harav 168, 8 écrivent ainsi que, si l’on a mangé un kazaït de pain et d’autres aliments, et que l’on soit rassasié par l’effet de l’ensemble, on est tenu au Birkat hamazon de par la Torah elle-même. C’est aussi ce qu’écrit le Rav Moché Feinstein en Igrot Moché, Ora‘h ‘Haïm IV 41. Cependant, le Peri Mégadim 184 (Echel Avraham 8) incline à dire que c’est seulement dans le cas où l’on est rassasié par le pain en soi que l’on y est toraniquement tenu. C’est aussi l’avis du Tsla‘h et du Pné Yehochoua. Cf. fin du Béour Halakha 184, 6 ד »ה בכזית, d’après qui, si les autres aliments étaient destinés à assaisonner le pain, il est évident que l’on sera toraniquement tenu au Birkat hamazon. En pratique, de nombreux A‘haronim estiment que, si l’on a mangé un kazaït de pain avec d’autres aliments, et que l’on en soit rassasié, on est toraniquement tenu de dire le Birkat hamazon (cf. ‘Hazon ‘Ovadia, Berakhot p. 238).

 

Selon le Séfer Yeréïm et certains autres décisionnaires, si l’on avait soif pendant le repas, mais que l’on n’ait pas bu, on a certes l’obligation de dire le Birkat hamazon, mais non point de par la Torah ; car, selon Rabbi Méïr, l’expression vé-akhalta (« tu mangeras », dans le verset-source, Dt 8, 10) vise la consommation de nourriture solide dans une mesure minimale d’un kazaït, tandis que vé-sava’ta (« tu te rassasieras ») vise la boisson. Selon cela, celui qui s’apprête à dire le Birkat hamazon fera donc bien de ne pas être assoiffé, afin d’avoir le mérite d’accomplir, de l’avis de tous, la mitsva au degré toranique. Le Rema 197, 3 tient compte de cette opinion, puisque, selon lui, celui qui avait soif pendant le repas mais n’a point bu ne devra pas, a priori, acquitter de son obligation son prochain qui, lui, a bu. Il se peut que le Séfer Yeréïm vise spécialement la boisson alcoolisée : celui qui aurait voulu en boire au cours du repas et n’en aurait point bu ne serait pas rassasié parfaitement, et ne serait pas tenu, toraniquement, de réciter le Birkat hamazon.

 

Celui qui répète le Birkat hamazon parce qu’il ne sait plus s’il l’a ou non récité, répètera aussi la bénédiction Hatov vé-hamétiv (Maguen Avraham 184, 7, Michna Beroura 13).

 

[8]. La question de savoir si les femmes sont toraniquement obligées au Birkat hamazon, comme le sont les hommes, ou seulement à un degré rabbinique, est posée dans la Guémara Berakhot 20b. La question se pose en raison du fait que les femmes n’ont pas eu part au partage de la terre d’Israël [celle-ci fut partagée entre tribus et maisons paternelles] (Rachi) ; ou bien en raison du fait que la mention des mots alliance (berit) et Torah conditionne la validité du Birkat hamazon (comme on l’apprend en Berakhot 49a) – or les femmes ne sont pas assujetties à la mitsva de la berit mila ni à l’obligation d’étude de la Torah (Tossephot).

 

Les Richonim sont partagés quant à la conclusion de ce passage de Guémara. Selon le Rif, le Raavad, Na‘hmanide et d’autres, les femmes sont obligées par la Torah même. Selon Maïmonide, le Roch, les disciples de Rabbénou Yona et de nombreux autres, la chose est incertaine. D’un point de vue halakhique, lorsqu’une femme est rassasiée et n’est plus sûre d’avoir ou non récité le Birkat hamazon, le Cha‘aré Ephraïm, le ‘Hayé Adam et le Maguen Guiborim estiment qu’elle doit le répéter. Selon Rabbi Aqiba Eiger, le Birké Yossef et le Ye‘havé Da‘at VI 10, elle ne le répétera pas. En pratique, elles sont autorisées à le répéter (Michna Beroura 186, 3).

 

07. Passages additionnels du Chabbat et des fêtes

Aux jours saints, où jadis on offrait un sacrifice additionnel (qorban Moussaf), les sages ont institué la mention, dans le Birkat hamazon, de la sainteté du jour. En effet, ces jours-là, l’alimentation ne peut se comparer à celle des jours profanes : elle est porteuse d’un supplément de mitsva et de sainteté, et il faut donner expression à cela dans la bénédiction de la nourriture. Le Chabbat, on récite le passage Retsé vé-ha‘halitsénou (« Veuille nous délivrer ») ; le Yom tov, à ‘Hol hamo’ed et les jours de Roch ‘hodech, on dit le passage Ya‘alé véyavo (« Que s’élève, te parvienne… [et soit agréé notre souvenir] »). Les sages ont décrété que ces ajouts seraient récités au sein de la bénédiction Boné Yerouchalaïm[9], car celle-ci contient une requête de miséricorde divine, or les textes institués par nos sages pour mentionner les jours saints contiennent, eux aussi, de semblables requêtes : dans Retsé vé-ha‘halitsénou, nous demandons à Dieu de nous donner part à la sainteté du jour de Chabbat, que nous y chômions, y prenions du repos, que nous assistions à la consolation de Sion et de Jérusalem ; dans Ya‘alé véyavo, nous demandons à Dieu de se souvenir de nous de façon favorable, de nous avoir en miséricorde et de nous secourir (Berakhot 49a, Chabbat 24a et Tossephot ad loc.).

Quand Yom tov ou Roch ‘hodech tombe un Chabbat, on récite d’abord Retsé vé-ha‘halitsénou – car le Chabbat est plus fréquent et d’un plus haut degré de sainteté –, puis Ya‘alé véyavo (Choul‘han ‘Aroukh 188, 5, Michna Beroura 13).

À ‘Hanouka et à Pourim, où les sages ont prescrit de louer l’Éternel pour les miracles qui eurent lieu en ces jours, c’est dans la bénédiction de la terre[10], qui précisément exprime la notion de reconnaissance (hodaa), que l’on récite le texte prévu à cette fin : ‘Al hanissim (« Pour les miracles »).

Si l’on a commencé à prendre le troisième repas de Chabbat (sé‘ouda chelichit) avant le coucher du soleil (cheqi‘a), et qu’on l’ait terminé après la tombée de la nuit (tset hakokhavim), on récitera, dans le Birkat hamazon, le passage Retsé vé-ha‘halitsénou. En effet, puisque, au moment où l’on a commencé son repas, c’était Chabbat, c’est dès le Chabbat que l’on a contracté l’obligation de dire le Birkat hamazon ; dès lors, on a également pris sur soi l’obligation d’y réciter Retsé. La règle est la même, s’agissant des autres jours saints : si l’on a commencé le repas en un moment où l’on aurait eu à ajouter un passage au Birkat hamazon – et quoique l’on termine son repas après la tombée de la nuit – on doit ajouter ce à quoi l’on s’était déjà obligé au début de son repas. Cas inverse : si l’on a commencé son repas un jour ordinaire, et qu’on l’ait poursuivi après la tombée de la nuit, laquelle marque l’entrée de Roch ‘hodech, on devra ajouter au Birkat hamazon le passage Ya‘alé véyavo, dès lors que l’on aura continué de manger un kazaït de pain après la tombée de la nuit[11].

Si Roch ‘hodech tombe à l’issue de Chabbat, et que l’on ait continué de manger un kazaït de pain après la tombée de la nuit, les décisionnaires sont partagés sur ce qu’il convient de mentionner dans le Birkat hamazon : est-ce Roch ‘hodech seulement (Maguen Avraham 183, 13), Chabbat seulement (Ben Ich ‘Haï, Ye‘havé Da‘at III 55), ou bien encore les deux, parce que le temps du repas unit les deux jours (Touré Zahav 7, Choul‘han ‘Aroukh Harav 17) ? Certains ont l’usage d’achever leur repas avant la tombée de la nuit, afin d’échapper au doute, et de ne mentionner que Retsé. Selon notre maître le Rav Tsvi Yehouda Kook – que la mémoire du juste soit bénie –, si l’on veut prolonger son repas après la tombée de la nuit en mangeant alors un kazaït de pain, on dira à la fois Retsé et Ya‘alé véyavo (‘Olat Réïya I p. 364).


[9]. Troisième des quatre bénédictions du Birkat hamazon.

 

[10]. Deuxième bénédiction du Birkat hamazon.

 

[11]. Selon le Roch, on suit exclusivement l’heure à laquelle on récite le Birkat hamazon. Si, par exemple, on le récite après la tombée de la nuit qui suit le Chabbat, on ne mentionnera pas le Chabbat. Selon le Hagahot Maïmoniot du Maharam, le Maharil et l’Or‘hot ‘Haïm, en revanche, on va d’après le moment où l’on mange ; par conséquent, si l’on a commencé à manger pendant Chabbat avant le coucher du soleil, on mentionnera le Chabbat. C’est aussi ce qu’écrivent le Choul‘han ‘Aroukh 188, 10 et de nombreux A‘haronim. Cela laisse entendre que, dans le cas même où l’on termine son repas en un jour nouveau, pour lequel un texte additionnel est prescrit, on mentionnera ledit texte, comme l’écrit le Michna Beroura 188, 33 ; c’est ce qu’écrit le Choul‘han ‘Aroukh 271, 6 en matière de Chabbat. Cependant, certains auteurs sont en désaccord avec cela : selon eux, on va toujours d’après le début du repas ; cf. Pisqé Techouvot 23.

 

Si l’on a prononcé la prière d’Arvit avant le Birkat hamazon, on ne récitera point dans celui-ci le passage additionnel propre au temps où avait commencé le repas, puisque l’on aura déjà marqué par sa prière le commencement du jour nouveau (Maharil, Michna Beroura 188, 32).

 

08. Si l’on a oublié de réciter Retsé ou Ya‘alé véyavo

Si l’on a oublié d’inclure le passage supplémentaire Retsé ou Ya‘alé véyavo dans le Birkat hamazon, la règle à appliquer dépend du degré d’obligation qui s’attache au repas : s’il s’agit d’un repas où il est obligatoire de manger du pain, il se trouve que, en tout état de cause, on était obligatoirement appelé à réciter le Birkat hamazon et à y mentionner le jour considéré ; et dès lors qu’on a oublié cette mention, on doit répéter le Birkat hamazon, en y mentionnant cette fois ledit jour. S’il s’agit d’un repas où il n’est pas obligatoire de manger du pain, on ne répétera pas le Birkat hamazon en cas d’oubli du passage en question. Par conséquent, si l’on a oublié de réciter Retsé à l’un des deux premiers repas de Chabbat, on devra répéter le Birkat hamazon, puisqu’on avait l’obligation d’y manger du pain. Mais si l’oubli de Retsé a eu lieu à la sé’ouda chelichit (troisième repas) – que l’on peut, a posteriori, prendre sans pain –, ou que l’on ait oublié de réciter Ya‘alé véyavo à Roch ‘hodech ou à ‘Hol hamo’ed – où il n’est pas obligatoire de manger du pain –, il ne sera pas nécessaire de répéter le Birkat hamazon (Berakhot 49b ; Choul‘han ‘Aroukh 188, 6-8 ; Pniné Halakha – Les Lois de Chabbat I 7, 6 et Zemanim – Fêtes et solennités juives I 1, 11).

La règle est la même pour les deux repas de Yom tov. Selon la majorité des Richonim, on a l’obligation d’y manger du pain ; par conséquent, si l’on n’a pas récité le passage Ya‘alé véyavo, on devra répéter le Birkat hamazon. Telle est la coutume majoritaire. D’autres suivent une autre coutume, comme l’explique la note ci-dessous[12].

Lors des repas où il faut se répéter en cas d’oubli, dès lors que l’on a oublié le supplément obligatoire et que l’on a commencé la bénédiction Hatov vé-hamétiv, on doit reprendre le Birkat hamazon à son début, afin de le réciter conformément à la règle. On ne se contente pas de reprendre au début de la bénédiction Ra‘hem[13] car, à partir du moment où l’on a commencé Hatov vé-hamétiv, on est considéré comme ayant entièrement terminé le Birkat hamazon, tel que la Torah l’ordonne ; or, si l’on ne s’en est pas rendu quitte en raison de l’oubli d’une mention obligatoire, il faut reprendre du début (Choul‘han ‘Aroukh 188, 6, Béour Halakha, passage commençant par Léroch).

Pour le cas où l’on s’aperçoit que l’on a oublié Retsé ou Ya‘alé véyavo avant d’avoir commencé la bénédiction Hatov vé-hamétiv[14], les sages ont institué une bénédiction de remplacement, que l’on récitera avant de commencer Hatov vé-hamétiv. Dans le cas même où l’oubli n’entraîne pas l’obligation de répéter le Birkat hamazon, les sages nous prescrivent de réciter la bénédiction de remplacement. Si l’on n’en connaît pas le texte, on ne pourra s’acquitter par la lecture de Retsé ou de Ya‘alé véyavo avant la bénédiction Hatov vé-hamétiv ; et dans les cas où la mention du jour conditionne la validité du Birkat hamazon, on reprendra celui-ci du début (Touré Zahav, Michna Beroura 17 ; cf. Béour Halakha)[15].

Si l’on a oublié Retsé ou Ya‘alé véyavo, que l’on ait commencé la bénédiction Hatov vé-hamétiv et que, si l’on s’en tient à la stricte obligation, on ne soit pas tenu de répéter le Birkat hamazon, certains décisionnaires écrivent qu’il est bon de réciter ce que l’on a oublié au sein des courtes requêtes commençant par Ha-Ra‘haman (« le Miséricordieux »). De même, si l’on a oublié, à Pourim ou à ‘Hanouka, de réciter ‘Al hanissim, texte dont l’omission n’invalide pas le Birkat hamazon, il sera juste de le réciter au sein de la série Ha-Ra‘haman, car, à cet endroit, on peut ajouter à volonté des expressions de reconnaissance (Rema 682, 1, Michna Beroura 4 ; Zemanim – Fêtes et Célébrations juives I, chap. 11, note 7).


[12]. Selon la majorité des Richonim, c’est une obligation, à chaque Yom tov, que de manger du pain lors des deux repas. Par conséquent, si l’on a oublié de réciter Ya‘alé véyavo, on se reprend. Tel est l’avis de Maïmonide, du Roch, du Ritva, du Mordekhi, du Ran et de nombreux autres auteurs ; c’est en ce sens que tranchent le Choul‘han ‘Aroukh 188, 6 et de nombreux A‘haronim. Toutefois, selon le Rachba et Tossephot sur Souka 27a, ce n’est qu’aux repas du premier soir de Pessa‘h (le Séder) et du premier soir de Soukot que l’on a l’obligation de manger du pain [de la matsa, dans le cas de Pessa‘h] ; ce n’est donc qu’à ces repas que l’on se répète en cas d’oubli. Plusieurs grands A‘haronim séfarades écrivent que, en dehors du Séder et du premier repas de Soukot, on ne se répète pas, puisque l’on est en présence d’un doute touchant à des bénédictions, et que l’obligation de mentionner la fête est rabbinique (Ben Ich ‘Haï, ‘Houqat 21, Kaf Ha‘haïm 24, Ye‘havé Da‘at V 36). Tel est l’usage d’une partie des communautés séfarades. Mais la coutume ashkénaze, nord-africaine et yéménite suit le Choul‘han ‘Aroukh (‘Erekh Hachoul‘han 188, 3, Choel Vénichal V Ora‘h ‘Haïm 83, Chémech Oumaguen I 13, ‘Alé Hadas 10, 8, Pe‘oulat Tsadiq III 35). À Roch hachana, il existe un doute, puisque certains avaient jadis coutume de jeûner. On ne se reprend donc pas (Michna Beroura 188, 19, Cha‘ar Hatsioun 15).

 

Les décisionnaires sont partagés dans le cas où l’on n’est pas sûr d’avoir récité Retsé ou Ya‘alé véyavo, lors d’un des repas où, si l’on avait assurément oublié un de ces passages, on devrait répéter le Birkat hamazon. Le Michna Beroura 188, 16 décide que l’on se répète, puisqu’il est probable que l’on ait récité la bénédiction suivant son habitude, sans cette mention. C’est aussi la position du Birkat Hachem II 5, 18. Mais le Yabia’ Omer VII 28 suit les décisionnaires selon lesquels, en cas de doute, on ne se reprend pas, puisque la mention du jour est, en elle-même, une disposition rabbinique ; or en cas de doute portant sur une norme rabbinique, on est indulgent. À plus forte raison le sera-t-on ici, quand le doute porte sur une bénédiction, cas dans lequel l’indulgence est de règle. De plus, il se peut que la sainteté du jour ait conduit la personne à se rappeler le passage additionnel. Il semble que, lorsque l’oubli est vraisemblable, on doive se répéter, mais que, dans un cas d’égalité entre les deux versants du doute, on ne le doive pas.

 

Concernant les femmes qui auraient oublié de dire Ya‘alé véyavo un jour de Yom tov, cf. Mo‘adim – Fêtes et Célébrations juives II, chap. 2, note 5, où l’on voit que, lors même qu’une femme est certaine de son oubli, il n’est pas sûr qu’elle doive se répéter.

 

[13]. Troisième bénédiction du Birkat hamazon : elle commence par le mot Ra‘hem et s’achève par Boné (be-ra‘hamav binyan) Yerouchalaïm, amen.

 

[14]. C’est-à-dire entre la formule finale de la troisième bénédiction et la formule initiale de la quatrième.

 

[15]. Bénédictions de remplacement : le Chabbat, on dit « Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné à ton peuple Israël des Chabbats pour le repos, par amour, comme signe et alliance ; béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies le Chabbat. »

 

À Roch ‘hodech, selon la version séfarade, on dit : « Béni soit Celui qui donna des néoménies à son peuple Israël, en souvenir. » Selon la version ashkénaze : « Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné à ton peuple Israël des néoménies, en souvenir. » (Choul‘han ‘Aroukh 188, 7, Michna Beroura 25, Béour Halakha ad loc.) Si Roch ‘hodech tombe un Chabbat et que l’on ait oublié la mention des deux, on inclura la mention de Roch ‘hodech dans celle du Chabbat, en disant : « Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné à ton peuple Israël des Chabbats pour le repos, par amour, comme signe et alliance, et des néoménies en souvenir ; béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies le Chabbat, Israël et les néoménies » (Choul‘han ‘Aroukh 188, 7, Michna Beroura 30, Kaf Ha‘haïm 38).

 

Le Yom tov, on dit : « Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné des jours de fête chômés (yamim tovim) à Israël, pour l’exultation et la joie ; ce jour de fête de (Pessa‘h/Chavou‘ot/Soukot/Chemini ‘atséret) ; béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies Israël et les temps consacrés. » À ‘Hol hamo’ed, au lieu de « qui as donné des jours de fête chômés », on dit : « qui a donné des fêtes (mo‘adim) » ; et, de même qu’à Roch ‘hodech, on ne dit pas de formule conclusive de bénédiction (Michna Beroura 188, 27). Suivant la coutume séfarade, on ne mentionne pas non plus le nom divin, ni sa royauté.

 

Si Yom tov tombe un Chabbat, et que l’on ait oublié de mentionner l’un et l’autre, on dira : « Béni sois-Tu… qui a donné à ton peuple Israël des Chabbats pour le repos, par amour, comme signe et alliance, et des jours de fête chômés pour l’exultation et la joie ; ce jour de fête de (Pessa‘h/Chavou‘ot/Soukot/Chemini ‘atséret) ; béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies le Chabbat, Israël et les temps consacrés. »

 

Si c’est avant de mentionner le nom divin, dans la formule conclusive de la troisième bénédiction (Boné Yerouchalaïm), que l’on s’aperçoit de l’oubli de Retsé ou de Ya‘alé véyavo, on reprendra à l’endroit oublié : Retsé ou Ya‘alé véyavo. Si l’on a prononcé le nom divin, de nombreux auteurs donnent pour instruction de dire les mots lamdéni ‘houqékha (« enseigne-moi tes lois ») [de manière que la phrase, dans son ensemble, forme la citation du verset 12 du psaume 119 : « Béni sois-Tu, Éternel ; enseigne-moi tes lois »]. Faute de quoi on devra réciter la bénédiction de remplacement. Mais si l’on a déjà dit le mot boné (« qui construis [Jérusalem] »), on terminera la bénédiction, après quoi on récitera celle de remplacement. Si l’on a prononcé le mot Baroukh (« béni ») par lequel commence la bénédiction Hatov vé-hamétiv, la majorité des décisionnaires estiment que l’on a perdu la possibilité de réciter la bénédiction de remplacement (Michna Beroura 188, 23, Cha‘ar Hatsioun 18, Béour Halakha ד »ה עד). Mais d’autres pensent que, dans le cas où l’on en est encore aux premiers mots de la bénédiction, mots qui sont identiques à ceux de la bénédiction de remplacement, et où, sans cette parade, on aurait à reprendre le Birkat hamazon au début, on enchaînera sur la bénédiction de remplacement (‘Hayé Adam, Yabia’ Omer VI 28).

 

09. Mayim a‘haronim, l’ablution finale

Nos sages enseignent qu’on a le devoir de se laver les mains avant la récitation du Birkat hamazon ; cette ablution s’appelle mayim a‘haronim (« les dernières eaux »). Le motif de cette ablution est que, à l’époque talmudique, on utilisait du sel de Sodome, qui était si fort qu’il pouvait aveugler (‘Houlin 105a-b). Selon les sages, si l’on doit se laver les mains avant le Birkat hamazon, c’est également afin de se sanctifier à l’approche de la bénédiction ; il ne convient pas, en effet, de réciter le Birkat hamazon alors que les mains sont souillées par des résidus alimentaires (disciples de Rabbénou Yona, Roch, d’après Berakhot 53b). Bien qu’il soit obligatoire de faire cette dernière ablution, on ne récite pas de berakha sur elle, puisque cette pratique vise essentiellement à éviter un danger – or on ne dit point de bénédiction pour le fait d’écarter un danger.

Selon les tossaphistes, il n’est plus obligatoire, de nos jours, de faire mayim a‘haronim, puisque nous n’utilisons plus de sel mettant en danger la vision. De plus, certains grands A‘haronim écrivent qu’il n’y a pas même de mitsva[16] en cela, puisque, de nos jours, où nous mangeons avec des couteaux et des fourchettes, les mains ne se souillent plus au contact de la nourriture, de sorte qu’il n’est pas nécessaire de les nettoyer à l’approche du Birkat hamazon.

En pratique, bien que de nombreux décisionnaires estiment qu’il faut, de nos jours encore, accomplir la dernière ablution, nombreux sont ceux qui ont coutume d’être indulgents, et l’on trouve parmi eux des érudits et des femmes pieuses. En effet, la règle de mayim a‘haronim est de rang rabbinique ; or nous avons pour principe que, en cas de controverse portant sur des propos des sages, la halakha se conforme à l’opinion indulgente. Cependant, si l’on a les mains souillées et qu’on ait, de toutes façons, l’intention de les rincer, on devra les rincer avant le Birkat hamazon (Choul‘han ‘Aroukh 181, 1, 10).

Les cabalistes ajoutent aux motifs déjà cités de cette pratique une explication fondée sur la mystique : par cette dernière eau, on retire la part d’impureté attachée à la nourriture, et qui s’est attachée aux mains, part appartenant à la sitra a‘hara (« l’autre côté », étranger à la sainteté). En ôtant cette souillure, l’homme se protège de l’accusation qui pourrait être portée contre lui (Zohar II 154b, Zohar ‘Hadach sur Ruth 106b). Aussi, ceux dont les coutumes sont fondées sur la Cabale apportent un grand soin à l’accomplissement de mayim a‘haronim. Les femmes, en revanche, n’ont pas adopté cet usage cabalistique ; aussi, dans de nombreuses familles, seuls les hommes ont soin d’accomplir mayim a‘haronim[17].


[16].> Au sens d’acte qui, sans être obligatoire, est constitutif d’une mitsva quand il est accompli, par opposition à ‘hova (stricte obligation).

 

[17]. Selon le Roch et les disciples de Rabbénou Yona, il est obligatoire de procéder à la dernière ablution, en raison du danger représenté par le sel de Sodome, comme le rapporte le traité ‘Houlin 105a : « Les premières eaux sont une mitsva ; les dernières eaux sont une obligation (‘hova). » De plus, puisque les mains sont souillées par les aliments, c’est une mitsva que de les soumettre à cette dernière ablution, en l’honneur de la berakha, comme il est rapporté au traité Berakhot 53b : « Il a été enseigné : “Quand le verset (Lv 11, 44) dit : Vous vous sanctifierez, cela fait allusion à l’ablution initiale ; et vous serez saints – cela se réfère à l’ablution finale ; car Je suis saint se réfère à la bonne huile (qui, comme l’explique Rachi, était parfumée d’épices [et dont on s’oignait les mains après mayim a‘haronim] ; pour ceux qui en avaient l’usage, cette onction conditionnait la validité du Birkat hamazon) ; Je suis l’Éternel votre Dieu – cela fait référence à la bénédiction.” » Selon Maïmonide (sur Berakhot 6, 3), le motif de la dernière ablution est de se préserver du danger, et il y a lieu de craindre que le sel ordinaire, autre que de Sodome, ne cause un dommage similaire à celui que peut causer le sel de Sodome lui-même. Selon le Ramah, on dit une bénédiction sur cette ablution ; selon le Halakhot Guedolot, on ne dit point de bénédiction, en raison du motif indiqué dans le corps de texte (Tour 181, 7).

 

Mais selon Tossephot (sur ‘Houlin 105a), il n’est plus d’usage de faire la dernière ablution, car nous ne disposons plus de sel de Sodome ; quant au verset cité dans Berakhot, il ne sert que d’illustration à la règle énoncée [et ne constitue pas la source même de la règle] ; c’est un fait que, de nos jours, on n’a plus l’usage de s’oindre les mains.

 

Or, même si nous devions admettre que, en l’honneur du Birkat hamazon, il faut retirer la souillure de ses mains, on pourrait ajouter que tel était le cas lorsque l’usage était de manger avec les mains, sans couverts, y compris des aliments humides et collants, et que c’est aussi pour cela que l’on avait l’usage de s’oindre les mains d’huile parfumée, afin d’en ôter l’odeur des aliments. Mais quant à nous, qui mangeons avec des couverts, nous n’avons besoin ni d’ablution finale ni d’huile parfumée (le Mor Ouqtsi‘a s’exprime en ce sens).

 

Le Choul‘han ‘Aroukh 181, 1 déclare qu’on a l’obligation de procéder à mayim a‘haronim ; mais au paragraphe 10, il rapporte que certains ont coutume d’être indulgents à cet égard. De nombreux décisionnaires écrivent, de même, qu’il est juste d’être rigoureux, quoiqu’ils mentionnent l’opinion des auteurs indulgents (Choul‘han ‘Aroukh Harav 9). Certains écrivent explicitement qu’il faut être rigoureux (Gaon de Vilna, Birké Yossef, ‘Aroukh Hachoul‘han 5, Ben Ich ‘Haï, Chela‘h 6).

 

Les femmes sont, en principe, tenues à cela au même titre que les hommes, comme l’écrivent le Halikhot ‘Olam II Chela‘h lekha 1 et les responsa Maamar Mordekhaï II Ora‘h ‘Haïm 18. C’est aussi l’avis du Halikhot Beitah 12, 2 et du Halikhot Bat Israël 3, 5, qui signalent cependant que, en pratique, les femmes n’ont pas coutume de faire mayim a‘haronim. Cf. encore, quant aux usages des cabalistes, Kaf Ha‘haïm 181, 1 et 27.

 

En pratique, il semble que, si l’on s’en tient à la stricte obligation, chacun soit autorisé à être indulgent en la matière. Le fait que la position principale soit l’indulgente s’explique principalement de deux façons : a) il s’agit d’un cas de doute portant sur une norme rabbinique ; et s’il est vrai que les décisionnaires rigoureux sont nombreux, les raisons invoquées par les auteurs indulgents sont fortes ; b) tel est l’usage le plus courant. C’est un fait que, au cours de générations nombreuses, la majorité des femmes, même parmi les plus pieuses, n’ont point adopté l’usage de mayim a‘haronim ; or la coutume possède une grande force. Le Chévet Halévi IV 23 écrit en ce sens que, de nos jours, mayim a‘haronim est une ‘houmra (supplément de rigueur apporté à la pratique), et que les femmes n’ont pas pris sur elles cette rigueur. Pour le Pisqé Techouvot 181, 1, on a coutume d’être rigoureux, conformément à l’usage cabalistique ; mais les femmes ne sont pas pointilleuses en matière d’usages fondés sur la Cabale.

 

En conclusion : la position principale, en halakha, est que mayim a‘haronim, de nos jours, n’est pas une obligation mais une bonne coutume. Celui qui est rigoureux à cet égard sera béni pour cela ; il est simplement préférable de ne pas prendre sur soi cette pratique comme une coutume obligatoire ni comme un vœu (néder).

 

10. Règles relatives à mayim a‘haronim

Quand on a coutume de procéder à la dernière ablution, il n’est nécessaire de verser l’eau que sur les deux phalanges externes des doigts, et, pour le pouce, sur la phalange externe, puisque la souillure des résidus alimentaires ne parvient pas au-delà (Choul‘han ‘Aroukh 181, 4). Certains apportent un supplément de perfection à leur pratique, en versant l’eau sur l’intégralité des doigts (Béour Halakha, passage commençant par ‘Ad ; Kaf Ha‘haïm 17).

Aucune des règles dont l’observance conditionne la validité de l’ablution précédant le repas ne s’applique à l’ablution qui le suit. Ainsi, il n’est pas nécessaire de se laver les mains à l’aide d’un ustensile ; on peut verser l’eau sur ses mains directement depuis le robinet, et de nombreuses personnes font ainsi. Il n’y a pas non plus de mesure minimale de l’eau : l’essentiel est qu’elle nettoie les deux phalanges externes de la souillure qui a pu s’y attacher[18].

On ne verse pas sur ses doigts de l’eau très chaude, car, en petite quantité – comme c’est l’usage –, cela causerait une absorption de souillure sur la peau des mains (cf. Choul‘han ‘Aroukh 181, 3).

Pendant l’ablution, il faut abaisser les doigts, de manière que l’eau s’écoule et en fasse descendre la saleté (Sota 4b, Choul‘han ‘Aroukh 181, 5). Il est juste de se sécher les doigts avant de commencer la récitation du Birkat hamazon (Choul‘han ‘Aroukh 181, 8, Michna Beroura 19).

On ne fait pas mayim a‘haronim au-dessus du sol, car les sages enseignent que cette eau contracte un esprit d’impureté (roua‘h ra‘a), qui risque de causer quelque dommage. Par conséquent, lorsqu’on ne se lave pas les doigts au-dessus de l’évier, il faut les laver au-dessus d’un récipient ; puis on jettera l’eau dans l’évier, ou en un lieu où l’on ne marche pas. On a l’usage, a priori, d’ôter ledit récipient de la table, ou de le recouvrir avant la bénédiction[19].

Après l’ablution finale, il faut se hâter de commencer le Birkat hamazon, car nos sages enseignent : « Immédiatement après l’ablution des mains, la bénédiction. » (Berakhot 42a) A priori, il ne faut pas s’interrompre par des paroles, ni même des propos de Torah, entre mayim a‘haronim et Birkat hamazon. Il ne faut pas non plus marcher, sans nécessité, plus de vingt-deux coudées (amot), ni s’interrompre par un silence d’une durée équivalente à celle d’une marche de vingt-deux coudées (cf. Michna Beroura 179, 1-2, Béour Halakha ad loc. ; 181, 15 et 24).


[18]. C’est ce qu’écrivent le Beit Yossef 181, le Michna Beroura § 19 et 21 et le Cha‘ar Hatsioun 31 au nom d’Elya Rabba et d’autres A‘haronim, contrairement à l’opinion du Chilté Guiborim, lequel requiert un ustensile, ainsi que d’autres éléments conditionnant la validité de l’ablution qui précède le repas.

 

Certes, le Michna Beroura 10 précise qu’il ne faut pas se contenter de quelques gouttes, comme certains le font : il faut laver les deux phalanges externes des doigts. Mais si certains ont l’usage de n’utiliser que très peu d’eau, c’est parce que les doigts, de nos jours, sont propres. Ce n’est que pour se conformer à la coutume cabalistique que l’on procède à cette ablution. À ce titre, pour ne pas étendre le domaine de la sitra a‘hara (« l’autre côté », monde de l’impureté), on restreint l’eau, de manière qu’elle humecte simplement les doigts, même si elle ne suffit pas à les nettoyer de quelque saleté. (Cf. Gaon de Vilna, selon qui il faut verser un revi‘it d’eau, de même que pour l’ablution initiale ; face à cela, de nombreux auteurs estiment qu’il faut limiter la quantité d’eau pour mayim a‘haronim : c’est l’avis du Ben Ich ‘Haï, Chela‘h 9 et du Kaf Ha‘haïm 6 ; cf. Pisqé Techouvot 9.)

 

[19]. Cf. ‘Houlin 105a, Choul‘han ‘Aroukh 181, 2. Le Yabia’ Omer V 2 explique qu’il est permis de se laver les mains à l’évier. Cf. Béour Halakha ד »ה אלא בכלי, où il apparaît que les avis sont partagés quant au fait de savoir si, après une ablution faite au-dessus d’un récipient, il reste sur l’eau un esprit d’impureté. De cela dépend la question de savoir s’il faut avoir soin de jeter l’eau du récipient dans l’évier ou en quelque autre lieu semblable. Rabbi ‘Haïm Falagi écrit qu’il est bon de retirer le récipient de devant soi pendant le Birkat hamazon (Kaf Ha‘haïm 8).

 

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