Chapitre 04 – Birkat hamazon

11. Coutumes de récitation du Birkat hamazon

Il est juste de ne pas ôter de la table la nappe ni le pain, jusqu’à l’achèvement du Birkat hamazon ; car en laissant du pain sur la table, on montre que Dieu a dispensé aux convives de la nourriture en abondance, et, par cela, la reconnaissance et la louange qu’exprime la bénédiction se disent avec perfection. De plus, il faut retarder le retrait du pain, afin que, si un pauvre se présente, on puisse lui en trancher une part. Nos sages enseignent que celui qui ne laisse pas de pain sur sa table au moment du Birkat hamazon ne voit pas de signe de bénédiction. En revanche, si l’on se dispose à donner de son pain aux pauvres, Dieu, lui aussi, continue de nous dispenser sa grâce. De plus, lorsque l’homme laisse de son pain, il montre qu’il est heureux de son sort, et qu’il est même prêt à se contenter d’une part moindre que celle que Dieu lui a donnée ; à un tel homme, convient la bénédiction. Mais si l’homme termine tout son pain, cela laisse entendre qu’il n’est pas satisfait de son sort, que, quoiqu’on lui donne, il le terminera, et qu’il voudrait en manger davantage encore ; à un tel homme, la bénédiction ne sied pas.

Si l’on a terminé tout le pain servi au cours du repas, il sera bon d’apporter du pain, qui restera posé sur la table pendant le Birkat hamazon. Mais s’il reste du pain, on n’en apportera pas davantage, car tel était l’usage des païens que de déposer du pain sur la table après leur repas, en l’honneur de leurs idoles. Il est préférable qu’il y ait a priori une assez grande quantité de pain sur la table, afin qu’il en reste jusqu’à l’achèvement du Birkat hamazon (Choul‘han ‘Aroukh 180, 1-2, Touré Zahav 1, Michna Beroura 5).

Dans le cas où l’on mange hors de chez soi, et où les restes de pain seraient jetés si on en laissait, on ne laissera que de petites miettes, qui tombent d’elles-mêmes au cours de la consommation. Ces miettes, on ne les mangera pas, de manière à montrer que l’on a mangé et que l’on en a eu de reste[20].

En plus du pain, on a coutume de laisser également le sel sur la table, au moment du Birkat hamazon ; mais quant aux autres nourritures et à la vaisselle sale, la halakha n’est pas fixée. Certains apportent à leur pratique un supplément de perfection en les ôtant de la table, afin que celle-ci soit propre en l’honneur du Birkat hamazon (Levouch ; cf. Ben Ich ‘Haï, Chela‘h 2).

Certains Richonim écrivent que l’on a coutume de couvrir le couteau tranchant, ou de le retirer de la table au moment du Birkat hamazon ; car la table ressemble à l’autel, et, comme l’ont enseigné les sages, à présent que l’homme ne dispose plus de l’autel pour y présenter des sacrifices afin de faire expiation sur sa personne, c’est sa table, à laquelle il convie des invités et des pauvres, qui lui apporte l’expiation (‘Haguiga 27a). Or de même qu’il nous est interdit de « lever l’épée[21] » sur les pierres de l’autel (Ex 20, 22) – parce qu’il ne convient pas de « lever l’épée », qui raccourcit les jours de l’homme, sur l’autel qui les prolonge –, de même ne convient-il pas de poser sur la table, destinée à ajouter à la vie, et sur laquelle on mange et l’on récite des bénédictions, le couteau effilé, qui risque de raccourcir les jours de l’homme. Cette coutume n’est observée qu’au moment du Birkat hamazon, moment de bienfaisance (‘hessed), alors que le couteau fait allusion à la rigueur (din). Toutefois, le Chabbat et le Yom tov, nombreux sont ceux qui n’ont pas cette exigence, car ce sont des jours de sainteté et de bénédiction, et il n’est pas à craindre alors de mauvais signe (cf. Beit Yossef, Choul‘han ‘Aroukh 180, 5, Choul‘han ‘Aroukh Harav 6).


[20]. Au traité Sanhédrin 92a et dans le Zohar (I 88, II 86b, 157b), est abordée la question de la bénédiction reposant sur le reste de pain. Cf. Pisqé Techouvot 180, note 13, qui rapporte que le ‘Hatam Sofer avait l’habitude de manger les miettes qui se détachent lorsqu’on tranche le pain, ce qu’il tenait pour favorable à la mémoire. Selon le Yessod Yossef 22, au nom des sages de la Cabale, manger ces miettes est un acte favorable à la réparation de la faute d’émission vaine de semence. À notre humble avis, quand on laisse, de sa nourriture, des tranches entières, ou un entier pain ou petit pain, il y a un supplément de perfection (hidour) dans le fait de manger les miettes, afin de ne pas les détruire. Mais quand il ne reste ni pain ni tranche, on laissera les miettes, et c’est par elles que s’exprimera la bénédiction consistant à avoir mangé et en avoir eu de reste. Après le Birkat hamazon, on débarrassera la table de ses miettes de manière honorable.

 

[21]. C’est-à-dire de soulever le marteau d’acier (comparable à ce titre à l’épée dévastatrice) pour le faire retomber sur la pierre, afin de la tailler.

12. Façon de le réciter ; honneur qui lui est dû

Il faut être assis au moment où l’on récite le Birkat hamazon : de cette manière, il est plus aisé de se concentrer sur le texte. Même si l’on a mangé debout, ou en marchant chez soi, il faut s’asseoir avant de commencer le Birkat hamazon. On ne sera pas assis négligemment, d’une manière dénotant l’orgueil ou la frivolité, mais d’une manière honorable. A posteriori, si l’on a récité le Birkat hamazon debout, ou en marchant, ou encore assis nonchalamment, on est quitte (Choul‘han ‘Aroukh 183, 9).

Certains embellissent la mitsva en portant un costume et en étant coiffés d’un chapeau, en l’honneur du Birkat hamazon (Michna Beroura 183, 11). Mais pour qui n’a pas l’habitude d’aller en costume et chapeau, cela ne constitue pas un embellissement (hidour).

Tandis que l’on récite le Birkat hamazon, il est interdit de faire un quelconque travail, même un acte facile, comme le fait de mettre en ordre l’assiette que l’on a devant soi ; cela, afin de ne pas détourner son esprit de la bénédiction. De plus, celui qui a les mains occupées au moment de la bénédiction montre par-là qu’il ne se concentre pas ; il porte atteinte à l’honneur du Ciel et déconsidère la bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh 183, 12 ; 191, 3).

À plus forte raison est-il interdit de s’interrompre par des paroles, au cours du Birkat hamazon. Selon une opinion, celui qui, sciemment, interrompt son Birkat hamazon en parlant, invalide tout ce qu’il a récité jusque-là, et il doit reprendre du début (Maguen Avraham). Mais en pratique, a posteriori, si l’on s’est interrompu par des paroles au cours du Birkat hamazon, on reprendra depuis l’endroit de l’interruption, et l’on achèvera la bénédiction (Michna Beroura 183, 25).

De même, il est interdit de communiquer par signes avec son prochain, pendant que l’on récite le Birkat hamazon. Si l’on est dérangé par quelque chose, on s’interrompra, et l’on fera signe à son prochain de retirer cette chose. Si un érudit (talmid ‘hakham) entre dans la pièce, il est permis de se lever en son honneur[22].

Si c’est parce qu’on était pressé que l’on a mangé tout en marchant, on pourra également réciter le Birkat hamazon en marchant, car, si l’on s’arrêtait, on serait préoccupé par la « perte » de temps, et l’on ne pourrait se concentrer convenablement (Choul‘han ‘Aroukh 183, 11, Michna Beroura 36). Dans le cas même où l’on conduit une voiture, si l’on est un conducteur expérimenté, qui ne se laisse pas distraire par son chemin, on pourra, en cas de nécessité, réciter le Birkat hamazon en conduisant (cf. Cha‘aré Techouva 63, 4). Les autres passagers de l’auto peuvent, a priori, réciter la bénédiction pendant le voyage.


[22]. Bien que les sages aient permis de s’interrompre pendant le Chéma Israël, pour dire bonjour à un tiers, en raison de la crainte que celui-ci inspire ou de l’honneur qu’on lui doit, on ne s’interrompt pas pendant le Birkat hamazon, dont le statut, à cet égard, est semblable à celui de la ‘Amida (Choul‘han ‘Aroukh 183, 8 ; cf. Choul‘han ‘Aroukh Harav 11, Michna Beroura 30). Même pour répondre au Qadich ou à la Qedoucha, on n’interrompt pas son Birkat hamazon (Kaf Ha‘haïm 183, 45, Yabia’ Omer I Ora‘h ‘Haïm 11) ; mais certains estiment qu’il est permis de s’interrompre comme au cours des bénédictions du Chéma (cf. ‘Aroukh Hachoul‘han 183, 8).

 

Toutefois, dès lors que l’on arrive à la série des Ha-Ra‘haman, phrases extérieures à la partie principale du Birkat hamazon, il devient permis, en cas de nécessité, de s’interrompre par des paroles. De même, en cas de nécessité pressante, celui qui doit se mettre d’urgence en chemin est autorisé à commencer sa route après avoir achevé la quatrième bénédiction ; il continuera alors la récitation des Ha-Ra‘haman en marchant, jusqu’à l’achèvement du Birkat hamazon.

 

13. Réciter la bénédiction au lieu même de la consommation

Eu égard à l’importance du Birkat hamazon, nos sages ont prescrit de le réciter au lieu même où l’on a pris son repas. A priori, on le récitera à l’endroit même où l’on était assis lorsqu’on mangeait. En cas de nécessité, et tant que l’on reste dans la même pièce, on considère que la bénédiction est récitée au lieu même du repas[23]. A priori, il est interdit de sortir du lieu de son repas avant d’avoir récité le Birkat hamazon, même si l’on a l’intention de revenir.

Si l’on a oublié de dire le Birkat hamazon et que l’on ait quitté la maison, ou que, par erreur, on ait cru que l’on pouvait le réciter en un autre lieu, ou que l’on ait même parcouru une grande distance en voiture, on devra revenir au lieu de son repas afin d’y réciter le Birkat hamazon. Mais si, là où l’on se trouve, on dispose d’un peu de pain, on pourra, au lieu de revenir à l’endroit de son repas, se laver les mains, dire la bénédiction Hamotsi, manger un peu de ce pain, puis réciter le Birkat hamazon : puisque l’on aura mangé du pain à cet endroit aussi, on aura, en définitive, dit la bénédiction à l’endroit de son repas. En cas de nécessité pressante, quand on ne dispose pas de pain là où l’on se trouve, et qu’il serait très difficile de revenir au lieu de son repas, il est permis de réciter la bénédiction en un autre lieu (Choul‘han ‘Aroukh 184, 1-2)[24].

Selon certains auteurs, seul un repas accompagné de pain requiert que l’on récite la bénédiction finale au lieu même de sa consommation (Rachba). Selon d’autres, nombreux, les cinq espèces céréalières[25] requièrent toutes que la bénédiction finale soit dite au lieu de leur consommation, et quiconque contracte l’obligation de dire la bénédiction ‘Al hami‘hia (« pour la nourriture ») s’oblige à la dire là où il a mangé (Rif, Tossephot, Roch). Certains auteurs étendent la rigueur à l’ensemble des sept espèces[26]> par lesquelles il est fait l’éloge de la terre d’Israël : selon eux, quiconque contracte l’obligation de réciter la bénédiction Mé‘ein chaloch s’oblige à la réciter au lieu de sa consommation (Maïmonide).

A priori, la bénédiction Boré néfachot elle-même doit être récitée à l’endroit même où l’on a pris sa collation, car, si l’on quittait les lieux sans l’avoir prononcée, il serait à craindre qu’on l’oubliât (Michna Beroura 178, 36). Mais si l’on est déjà parti, il n’est pas nécessaire de revenir. De même, si l’on est très pressé de partir, on pourra réciter Boré néfachot en un autre lieu. Mais quant aux sept espèces, et particulièrement à l’égard des cinq céréales, il sera juste, quand c’est possible, d’être rigoureux et de revenir au lieu même où l’on a mangé, afin d’y réciter la bénédiction[27].


[23]. Choul‘han ‘Aroukh Harav 178, 4 ; cf. ci-dessus, chap. 3 § 11, sur la question de savoir quand, a priori, il est permis de poursuivre son repas en un autre lieu. Quant à la définition du « lieu du repas », de nombreux auteurs estiment que, tant que l’on est dans la même pièce, on peut a priori réciter le Birkat hamazon (Choul‘han ‘Aroukh Harav 184, fin du § 1, Michna Beroura 1, Cha‘ar Hatsioun 5, ‘Aroukh Hachoul‘han 1). Cependant, des termes du ‘Hayé Adam 5-6, il ressort que cela ne vaut qu’en cas de nécessité particulière ; et le Kaf Ha‘haïm 1 écrit en ce sens qu’il ne faut pas changer de place sans raison. Mais tout le monde s’accorde à dire que, en cas de nécessité, on peut dire le Birkat hamazon dans une autre pièce de la même maison, pour peu que l’on puisse voir l’endroit où l’on a mangé, ou que l’on ait prévu, dès l’abord, que l’on réciterait la bénédiction en un autre endroit, quoique le lieu du repas n’y soit pas visible.

 

[24]. Lorsqu’on a du pain à l’endroit où l’on est parvenu, il n’est pas nécessaire de revenir au lieu même de son repas ; mais on devra redire la bénédiction Hamotsi sur ce supplément de pain, car on aura détourné, entre-temps, son esprit de la poursuite du repas. Si l’on n’en a pas détourné son esprit, on mangera ce pain sans redire Hamotsi, puis on récitera sur place le Birkat hamazon. Cette halakha trouve son fondement dans la controverse opposant la maison d’étude de Chamaï et celle de Hillel, en Berakhot 53b. Selon la maison d’étude de Chamaï, si l’on quitte par erreur le lieu de son repas sans avoir récité le Birkat hamazon, on a l’obligation d’y retourner pour le réciter ; pour la maison d’étude de Hillel, ce n’est pas obligatoire. Rav Amram Gaon et le Roch estiment que la halakha est conforme à l’opinion de la maison d’étude de Chamaï. Selon Maïmonide et les disciples de Rabbénou Yona, la halakha suit l’opinion de la maison d’étude de Hillel ; simplement, de l’avis même de la maison d’étude de Hillel, si l’on retourne à l’endroit de son repas pour y dire la bénédiction, on est digne d’éloge. Le Choul‘han ‘Aroukh 184, 1 mentionne les deux opinions sans trancher nettement ; nous adoptons ci-dessus l’approche – médiane – d’A‘haronim tels que le Michna Beroura (7).

 

Si c’est volontairement et en ayant conscience d’enfreindre la règle (bé-mézid) que l’on a quitté les lieux sans avoir récité le Birkat hamazon, toutes les opinions s’accordent à dire que l’on devra retourner au lieu de son repas pour l’y réciter, même si la chose est très difficile. A posteriori, si l’on a récité le Birkat hamazon en un autre lieu, on est cependant quitte (Michna Beroura 5, ce, d’après le Roch, mais non d’après le Tour). Si l’on dispose d’un peu de pain, on pourra en manger : ce pain sera utile a priori, même à celui qui a quitté les lieux bé-mézid (Michna Beroura 8). Dans le cas où l’on ne dispose pas de pain, et où, d’ici à ce que l’on revienne au lieu de son repas, la nourriture consommée serait digérée, de sorte que l’on ne pourrait plus réciter le Birkat hamazon, on le récitera à l’endroit où l’on se trouve, afin de ne pas perdre la possibilité de dire la berakha (Maguen Avraham 2, Michna Beroura 3).

 

[25]. Blé, orge, épeautre, avoine, seigle.

 

[26]. Blé, orge, olive, datte, raisin, figue, grenade.

 

[27]. Les trois opinions sont mentionnées pas le Choul‘han ‘Aroukh 178, 5 ; 184, 3. En pratique, le Ben Ich ‘Haï, Beha‘alotekha 6 est entièrement rigoureux : même si l’on a quitté les lieux sans conscience de fauter (bé-chogueg), on a l’obligation de revenir à l’endroit de sa collation, pour l’ensemble des sept espèces [c’est-à-dire, en réalité, pour une consommation requérant la bénédiction finale ‘Al hami‘hia ou ‘Al ha‘ets]. Selon le Halikhot ‘Olam II Beha‘alotekha 4, dans la note, il n’est pas nécessaire, même pour des aliments mézonot, de revenir au lieu de sa collation, car il s’agit d’un cas de sfeq sfeqa (combinaison de deux doutes) : a) il se peut que la halakha soit conforme à l’avis de la maison d’étude de Hillel, d’après qui il n’est pas nécessaire de revenir ; b) il se peut que la halakha suive le Rachba, d’après qui ce n’est que pour le pain que la bénédiction finale doit être récitée à l’endroit même du repas. Le Michna Beroura 178, 45 prend une position médiane : a priori, il est juste d’être rigoureux à l’égard des aliments mézonot et des sept espèces, en récitant la bénédiction finale au lieu même de leur consommation.

14. Jusqu’à quand on peut réciter la bénédiction

Il est permis d’étirer son repas pendant de nombreuses heures, de s’interrompre entre les différents plats, par des paroles de Torah et des conversations, des chants et des danses, puis de continuer à manger. En effet, tant que l’on a encore l’intention de poursuivre son repas, la bénédiction initiale couvre ce que l’on s’apprête à manger, et le Birkat hamazon vaudra pour tout ce que l’on aura mangé. A priori, afin de préserver la continuité du repas, il est préférable de ne pas laisser passer soixante-douze minutes sans manger ni boire. Après avoir terminé son repas, on se hâtera de réciter le Birkat hamazon, et l’on ne s’occupera pas d’autre chose avant de l’avoir récité.

A posteriori, si l’on n’a pas récité immédiatement le Birkat hamazon, on pourra le faire tant que se prolonge la jouissance de ce que l’on a mangé, c’est-à-dire tout le temps que l’on se sent encore rassasié de son repas. Mais si l’on a de nouveau faim, au point que l’on commence à désirer prendre un repas supplémentaire, on a perdu la possibilité de réciter la bénédiction. En général, après un repas, plusieurs heures durant, on ne ressent pas la faim. Si l’on a pris, au cours du repas, des aliments légers, le sentiment de satiété se prolonge environ deux ou trois heures ; si l’on a mangé des plats plus lourds, la satiété se fera sentir jusqu’à six heures. Si l’on a oublié de réciter le Birkat hamazon après le repas, que plusieurs heures soient déjà passées, et que l’on ne soit pas certain d’avoir faim de nouveau, on récitera le Birkat hamazon : puisque, au début, on était rassasié et que l’on avait de ce fait l’obligation toranique de réciter le Birkat hamazon, il est obligatoire, en cas de doute, de le réciter. Mais quand on est certain d’avoir commencé à avoir faim de nouveau, ou que six heures soient passées, on aura perdu la mitsva du Birkat hamazon.

Si l’on a mangé un peu de pain, sans être rassasié : tant que l’on éprouve la jouissance de ce que l’on a mangé, c’est-à-dire tant que l’on se sent un peu plus rassasié qu’on ne l’était avant d’avoir commencé à manger, on peut encore réciter le Birkat hamazon. Il est difficile d’évaluer une telle chose ; aussi, celui qui a mangé une quantité de nourriture inférieure à ce qui eût été nécessaire pour être rassasié doit-il se hâter de dire le Birkat hamazon, immédiatement après avoir terminé de manger. A posteriori, si environ une heure est passée sans que l’on ait dit la bénédiction, il est souhaitable de manger un kazaït supplémentaire : de cette façon, on pourra réciter le Birkat hamazon en tenant compte de toutes les opinions. Si l’on ne dispose pas d’un kazaït, on pourra encore réciter la bénédiction, tant que soixante-douze minutes ne sont pas passées depuis que l’on a fini de manger. Après ce délai, on ne la récitera pas ; ce n’est que si l’on est certain d’être toujours plus rassasié qu’on ne l’était avant de manger, que l’on pourra réciter le Birkat hamazon, bien que soixante-douze minutes soient passées[28].


[28]. Michna Berakhot 51b : « Et jusqu’à quand peut-on dire la bénédiction ? Jusqu’à ce que soit digérée la nourriture que l’on a dans ses entrailles. » La Guémara (53b) commente : « Quelle est la mesure de la digestion ? Rabbi Yo‘hanan a dit : “Tout le temps que l’on n’a pas faim.” » Les disciples de Rabbénou Yona expliquent que le propos est ici de dire : jusqu’à ce que l’on commence à avoir faim, bien que la nourriture n’ait pas encore été digérée entièrement. C’est aussi ce qu’écrit le Choul‘han ‘Aroukh 184, 5.

 

Si l’on mange à satiété, c’est plusieurs heures que l’on reste rassasié – la durée exacte dépend de chaque personne, ainsi que du type d’aliments consommés. Toutefois, après six heures, il est certain que la « mesure de digestion » est passée ; on ne récitera donc plus le Birkat hamazon (Maguen Avraham 184, 9). Si l’on prend un repas qui dure des heures, même si le temps de digestion est passé depuis le moment de la consommation du pain, on peut encore réciter le Birkat hamazon, puisque, entre-temps, on aura mangé d’autres mets et pris d’autres boissons, de sorte que l’on reste rassasié. En effet, tout le repas, dans tout ce qui le compose, est considéré comme une même entité (Maguen Avraham 184, 9, Michna Beroura 18, et tel est l’avis d’une nette majorité de décisionnaires). A priori, il est bon de ne pas laisser passer soixante-douze minutes sans goûter quoi que ce soit (Kaf Ha‘haïm 28-29 ; selon le Qitsour Choul‘han ‘Aroukh 44, 8, il est bon de manger précisément du pain, à intervalles inférieurs à soixante-douze minutes, car il ne faut pas, a priori, s’appuyer sur les propos du Maguen Avraham à cet égard).

 

Si l’on a mangé moins qu’à satiété, l’évaluation est difficile, puisque, dès l’instant où l’on a fini de manger, on garde une sensation de faim ; parfois, d’ailleurs, c’est précisément après une faible collation que l’on ressent davantage la faim. La majorité des décisionnaires estiment que, pendant un laps de temps équivalent à celui qui est nécessaire pour marcher quatre milles (soixante-douze minutes), il est évident que l’on pourra dire le Birkat hamazon ; car Rech Laqich lui-même – qui n’est pas d’accord avec Rabbi Yo‘hanan, et réduit la durée durant laquelle on peut encore réciter la bénédiction après une consommation abondante –, reconnaît que, pour un repas peu abondant, on pourra réciter la bénédiction pendant cette durée. Et tel est l’avis du Touré Zahav, de l’Elya Rabba, du Maguen Guiborim, du Michna Beroura 20 – Béour Halakha ad loc. Certes, selon le Maguen Avraham, le critère unique est que l’on se sente davantage rassasié qu’avant d’avoir commencé à manger ; et puisque la chose est difficile à évaluer, il faut, en tout cas de doute, manger encore un kazaït avant de réciter la bénédiction, ou bien encore s’acquitter de son obligation en écoutant quelqu’un d’autre la dire. Quand ces recours ne sont pas possibles, le Maguen Avraham pense que l’on ne devra pas dire la bénédiction. Mais selon les autres décisionnaires, on pourra, de toute façon, la réciter dans la limite de soixante-douze minutes ; et telle est la halakha.

 

Il faut signaler que, pour une consommation en petite quantité, la mesure de « satiété » consiste dans la sensation d’être plus rassasié qu’on ne l’était avant de commencer à manger ; tandis que, pour une consommation abondante, même si l’on se sent davantage rassasié qu’on ne l’était avant le repas, on perd la possibilité de réciter le Birkat hamazon, dès lors que l’on commence à avoir faim, et à vouloir de nouveau prendre un repas. On peut avancer que, lorsqu’il s’agit de consommation peu abondante, le temps dont il s’agit est court ; c’est pourquoi on peut évaluer si l’on est toujours plus rassasié qu’on ne l’était avant de manger ; tandis que, pour un repas ayant procuré la satiété, beaucoup de temps s’écoule, de sorte que la satiété et le temps font oublier la sensation de faim que l’on éprouvait avant le repas. C’est pourquoi, si l’on commence à désirer manger de nouveau, on ne peut plus dire le Birkat hamazon. Nous verrons ci-après, chap. 12, note 15, jusqu’à quand on peut prononcer la bénédiction finale après une collation ne comprenant pas de pain.

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