Chapitre 06 – Les cinq espèces de céréales

01. Bénédictions des cinq espèces de céréales

Nos sages ont institué des bénédictions particulières pour les cinq espèces de céréales que sont : le blé (‘hita), l’orge (sé‘ora), l’épeautre (kousmine), le seigle (chifone) et l’avoine (chibolet chou‘al).

Ces cinq espèces céréalières sont des espèces saisonnières ; aussi leur bénédiction aurait dû être, de prime abord, Boré peri ha-adama (« Béni sois-Tu… qui crées le fruit de la terre »). Mais en raison de leur importance – puisque c’est d’elles que l’on produit la base de l’alimentation humaine, pain et plats divers –les sages leur ont affecté une bénédiction particulière, afin de remercier Dieu, béni soit-Il, de façon plus circonstanciée, pour la partie essentielle de notre nourriture. Sur le pain, on dit : Hamotsi lé‘hem min ha-arets ; sur des gâteaux ou des plats faits à partir de céréales : Boré miné mézonot.

Entrons davantage dans le détail. On peut manger les cinq espèces céréalières dans cinq situations ; et pour chacune d’entre elles, la bénédiction diffère.

1) Si l’on mange des grains de blé ou d’orge crus, on dira – puisque ces grains ne sont pas encore parvenus à leur état le plus délectable – : Boré peri ha-adama (« qui crées le fruit de la terre »). Quant à la bénédiction finale, la question est douteuse, comme on le verra au paragraphe 13.

2) Si l’on mange de la farine faite de ces céréales moulues, c’est sous leur forme la moins bonne qu’on les mange, de sorte qu’elles ont perdu leur niveau initial. On dira donc la bénédiction la plus simple : Chéhakol nihya bidvaro (« par la parole duquel tout advint ») (Choul‘han ‘Aroukh 208, 5).

3) Si l’on a cuit des grains de céréales, par exemple de l’orge perlée, du boulghour ou des flocons d’avoine, ou que l’on ait fait, à partir de farine de céréales, des aliments tels que des pâtes ou des langues d’oiseau, la céréale s’est élevée à un niveau supérieur : une nourriture qui rassasie. La bénédiction est alors : Boré miné mézonot (« qui crées diverses sortes de nourritures »). Après en avoir consommé la mesure d’un kazaït (ce qui équivaut au volume de la moitié d’un œuf), on récitera la bénédiction finale ‘Al hami‘hia (« pour la nourriture… »), autrement appelée bénédiction Mé‘ein chaloch[a] (Choul‘han ‘Aroukh 208, 2).

4) Si l’on a pétri la farine, qu’on l’ait cuite et qu’on en ait fait du pain, la bénédiction introductive est Hamotsi lé‘hem min ha-arets (« qui fais sortir le pain de la terre »), et la bénédiction finale est le Birkat hamazon (Choul‘han ‘Aroukh 168, 9).

5) Il existe encore une catégorie, dont le statut est intermédiaire entre le plat cuit à partir de céréales et le pain : pat habaa békhissanim[b], ce qui recouvre différents types de préparations cuites au four, telles que les gâteaux et les crackers. D’un côté, il s’agit de pâtes cuites au four, comme le pain ; de l’autre, il n’est pas habituel de fixer son repas sur la base de tels mets, comme on le fait sur du pain ; on les mange plutôt comme desserts. Nos sages enseignent que, si on les mange à la manière dont on mange entre les repas, pour le plaisir ou pour apaiser sa faim, leur consommation n’a pas un degré d’importance égal à celle du pain, puisque l’intention n’est pas ici de s’en rassasier, comme on le ferait d’un repas ordinaire. Aussi dira-t-on, avant de les manger, la bénédiction Mézonot, puis ‘Al hami‘hia comme bénédiction finale. Mais si l’on fixe son repas (qovéa’ sé‘ouda) sur de tels mets, leur statut s’élève à celui de pain, et il faut d’abord se laver rituellement les mains, réciter la bénédiction de cette ablution, dire la bénédiction du pain, Hamotsi, avant de les manger, puis le Birkat hamazon à la fin du repas. Tout cela, parce qu’il s’agit de plats cuits au four. Mais si l’on fixe son repas sur des pâtes (nouilles, spaghettis, langues d’oiseau, etc.), on ne dira jamais que Mézonot puis ‘Al hami‘hia, puisqu’il s’agit de plats cuits à l’eau (tavchil), et non de plats cuits au four (maafé).


[a]. Littéralement « substitut de trois », c’est-à-dire résumé de la triple bénédiction qu’est le Birkat Hamazon (celui-ci comprend certes quatre bénédictions, mais les trois premières ont, dans la hiérarchie des normes halakhiques, un rang plus élevé que la dernière).

[b]. Cf. ci-dessus, chap. 3, note 9.

 

02. Ce qu’on appelle pat habaa békhissanim

Trois sens ont été proposés par les Richonim pour définir la catégorie de pat habaa békhissanim (dont le statut a été exposé à la fin du paragraphe précédent).

  1. a) Des pâtisseries fourrées, telles que les ozné haman (ou oumantaschen) ou le strudel. Elles sont appelées pat habaa békhissanim[c] parce que ce pain forme une poche que l’on fourre de diverses douceurs, comme du pavot, du cacao et des noix (Rabbénou ‘Hananel).
  2. b) Des pâtisseries dans la pâte desquelles ont été ajoutées des saveurs qui créent une différence entre elles et le pain. Par exemple des génoises fourrées (torte) ou des biscuits dont le goût est sucré ; ou encore le malawah[d], dans la pâte duquel on ajoute beaucoup d’huile (Maïmonide).
  3. c) pâtisseries dures, que l’on croque avec les dents, telles que des bagels, des crackers ou des matsot miniatures (Rav Haï Gaon).

En pratique, nous avons coutume de considérer ces trois sortes de pâtisseries comme pat habaa békhissanim. Elles ont ceci de commun que, d’un côté, ce sont des spécialités à base de pâte, cuites au four, comme le pain, et de l’autre, on a l’usage de les manger de manière informelle, non en tant que repas proprement dit. Par conséquent, tant que l’on ne fixe pas sur elles son repas, on récite, avant de les consommer, la bénédiction Mézonot, puis ‘Al hami‘hia comme bénédiction finale. Quand on fixe sur elles son repas, leur statut est semblable au pain à tous égards (Choul‘han ‘Aroukh 168, 7)[1].

Il arrive que l’on prévoie de manger un peu de gâteau mézonot (de la catégorie de pat habaa békhissanim), de sorte que l’on dit la bénédiction Mézonot avant sa consommation ; puis, on se surprend à en manger tant et plus, au point que l’on en a finalement mangé une quantité qui eût mérité la qualification de qovéa’ sé‘ouda (« fixation de son repas[e] »). Dans un tel cas, bien que l’on ait d’abord dit Mézonot, on récitera le Birkat hamazon à la fin.

Si, après avoir goûté de cette pâtisserie, on décide de fixer sur elle un repas, et qu’il y ait effectivement, dans la pâtisserie que l’on a l’intention de manger à partir de maintenant, la mesure de qovéa’ sé‘ouda, on se lavera les mains et l’on dira la bénédiction Hamotsi. Si la quantité de pâtisserie que l’on a l’intention de manger à partir de maintenant est inférieure à la mesure de qovéa’ sé‘ouda, on pourra continuer de manger en s’appuyant sur la bénédiction Mézonot récitée au début. Mais à la fin, on récitera le Birkat hamazon, puisque, dans l’ensemble du repas, on aura mangé une mesure constitutive d’un repas (qvi‘out sé‘ouda) (Choul‘han ‘Aroukh 168, 6, Michna Beroura 26 ; sur la notion de « fixation d’un repas », cf. ci-dessous § 4).


[c]. La définition du mot kissanim est tout l’enjeu de la controverse, comme on va le voir ; tenter de le traduire, c’est déjà opter pour l’une des opinions en présence. Disons simplement que le mot kissan désigne traditionnellement des grains grillés, des fruits secs, parfois servis comme dessert ; mais que certains auteurs l’assimilent à kis (poche). Selon la première des trois opinions citées ici, pat habaa békhissanim pourrait être traduit « pain devenu poche » ou « pain façon poche ».

[d]. Pain traditionnel yéménite fait de fines feuilles de pâte huilées et frites (cf. § 11).

[1]. Certains auteurs expliquent que ces trois définitions sont exclusives les unes des autres. En d’autres termes, pour les tenants de chacune, la notion de pat habaa békhissanim se définit d’une façon unique, et il faudrait dire Hamotsi sur les deux autres catégories, puisqu’il s’agit de pâte cuite au four, dont le statut est semblable à celui du pain. Simplement, puisque la halakha ne penche pas décisivement de l’un de ces trois côtés, le Choul‘han ‘Aroukh 168, 7 a décidé que, dans le doute, on dirait Mézonot sur ces trois sortes de pâtisserie, dans le cas où l’on n’aurait point fixé son repas sur elles. C’est l’approche du Baït ‘Hadach, du Maguen Avraham 18, du Touré Zahav 6, de Rabbi Aqiba Eiger, du Dagoul Mérevava ; cf. Béour Halakha 168, 8 ד »ה טעונים.

D’autres auteurs, en revanche, estiment qu’il n’y a pas de controverse en cela, et que nous sommes simplement en présence de trois exemples – donnés par les Richonim cités plus haut – de pat habaa békhissanim ; le point commun étant que, dans les trois cas, il s’agit de pâtisseries qui sont généralement consommées comme dessert, et non comme pain proprement dit, aliment principal du repas. C’est ce qui ressort des propos de plusieurs Richonim : le Méïri, les disciples de Rabbénou Yona et Or Zaroua’. De même, le Maamar Mordekhaï 14 estime que l’on peut expliquer ainsi la position du Choul‘han ‘Aroukh, et c’est aussi ce qu’écrivent le Da‘at Torah au nom du Beit Ephraïm, Ora‘h ‘Haïm 12 et le ‘Aroukh Hachoul‘han 23.

Si l’on dit qu’il y a controverse entre les tenants des trois explications, on devrait, de prime abord, réciter le Birkat hamazon après avoir mangé de deux des trois sortes, chacune dans la quantité d’un kazaït, même si l’on n’a point fixé son repas sur elles, puisque l’une d’entre elles est assurément du pain. Mais en pratique, on ne donne point pour directive de faire cela, car on tient compte de l’opinion d’après laquelle il n’y a pas de controverse entre les tenants des trois définitions, et ces trois sortes de pâtisserie sont toutes considérées comme mézonot, dès lors qu’on ne fixe pas son repas sur elles. Même si nous devions admettre qu’il y a controverse entre les tenants de ces trois définitions, comme il semble ressortir du Beit Yossef, nous n’en devrions pas moins considérer, en pratique, ces trois sortes de pâtisserie comme pat habaa békhissanim, puisqu’il a été tranché, dans le doute, que la bénédiction relative à chacune des trois est Mézonot ; de sorte qu’elles ont perdu le statut de pain. C’est ce que l’on peut inférer des termes du Maguen Avraham 22 et du Levouch 6.

[e]. En l’occurrence, fixation de son repas sur du gâteau, halakhiquement élevé au rang de pain par l’importance quantitative qu’on lui aura donnée.

 

03. À partir de quelle quantité on « fixe son repas » sur des pâtisseries

Comme nous l’avons vu, celui qui veut manger du pain, même dans la quantité la plus petite, doit prononcer la bénédiction Hamotsi, car le pain est destiné à être l’aliment autour duquel s’établit le repas. Quelque petite que puisse être la quantité qu’on en mange, on prononce donc sur lui une bénédiction importante. Mais pour le reste des pâtisseries au four, faites à partir des cinq espèces céréalières – gâteaux, biscuits, etc. –, on récite Mézonot, puis la bénédiction finale ‘Al hami‘hia, puisqu’il n’est pas habituel de fixer son repas sur elles. Ce n’est que si l’on fixe sur elles son repas[f] (ce que l’on appelle être qovéa’ sé‘ouda) qu’elles s’élèvent au rang de pain ; alors, pour les manger, il faut se laver rituellement les mains, dire la bénédiction de l’ablution, puis celle du pain, Hamotsi ; à la fin du repas, on doit réciter le Birkat hamazon.

La mesure dite de « repas fixe » (qvi‘out sé‘ouda) est celle qu’il est d’usage de manger lors d’un repas ordinaire, de façon que le mangeur se lève de table rassasié, et qu’il n’ait plus besoin de manger jusqu’au repas suivant. Il n’est guère possible de fixer en cela une mesure de volume, car il existe des pâtisseries aérées, qui ne rassasient que si l’on en mange une grande quantité, et des pâtisseries compactes, dont on se rassasie par une quantité relativement faible. Tout dépend donc de l’usage : s’il est commun d’être rassasié par la quantité que l’on a l’intention de manger, on dira la bénédiction Hamotsi puis le Birkat hamazon.

Il n’y a pas lieu de craindre de ne pas connaître la quantité par laquelle les gens, communément, sont rassasiés : tant que l’on mange la quantité par laquelle on est soi-même rassasié, comme on le serait lors d’un repas ordinaire, c’est signe que l’on a fixé son repas sur cette nourriture ; les bénédictions requises sont donc Hamotsi et Birkat hamazon. C’est seulement si l’on sait que l’on est sensiblement différent des autres, et que l’on se rassasie par une quantité nettement inférieure ou nettement supérieure à celle qui rassasie autrui, que l’on devra baser son estimation sur ce qui est habituel chez la majorité des gens. Même en ce cas, on se fondera sur ce qui paraît vraisemblable à soi-même, sans avoir à mener à cette fin des recherches approfondies.

Les personnes âgées, les enfants, qui sont rassasiés par une moindre quantité, n’ont pas besoin de fonder leur estimation sur la majorité des gens, mais sur ce qui est habituel chez les personnes âgées ou les enfants.

Certains disent que la mesure de « fixation du repas » est une quantité de pâtisserie dont le volume est égal à celui de quatre œufs ; et bien qu’en général on ne se rassasie pas d’une telle mesure, ces auteurs estiment que, sur une telle quantité, il est déjà habituel de fixer un repas. En pratique, on ne tranche pas la halakha selon cette opinion, et celui qui mange une quantité de pâtisserie dont le volume équivaut à quatre œufs dira – tant qu’il n’a pas mangé la mesure dont on se rassasie d’habitude, lors d’un repas ordinaire – les bénédictions Mézonot et ‘Al hami‘hia. Toutefois, a priori, il est préférable de ne pas en manger le volume de quatre œufs, afin de ne pas entrer dans un cas douteux. Soit on mangera moins du volume de quatre œufs, et l’on dira Mézonot, soit on mangera la quantité par laquelle il est d’usage qu’on se rassasie, et l’on dira alors Hamotsi, puis Birkat hamazon, conformément à toutes les opinions[2].


[f]. En d’autres termes : si l’on fait de la pâtisserie cuite au four un repas véritable et nourrissant.

[2]. En Berakhot 42b, au sujet de pâtisseries mézonot ayant le statut de pat habaa békhissanim, les sages enseignent : « Dès lors que d’autres, sur une telle quantité, fixeraient leur repas, on se doit de dire la bénédiction », c’est-à-dire Hamotsi puis Birkat hamazon. On trouve deux thèses principales, pour définir la notion de « fixer sur telle pâtisserie son repas ».

Première thèse : fixer son repas, c’est manger une quantité dont on serait rassasié lors d’un repas ordinaire. Tel est l’avis du Tour et du Choul‘han ‘Aroukh 168, 6, ainsi que de nombreux autres décisionnaires. Les Richonim sont cependant partagés quant à l’objet de l’estimation : selon les disciples de Rabbénou Yona et le Roch, on va d’après ce qui est habituel pour la majorité des gens. Selon le Raavad et le Rachba, si le consommateur a l’habitude de fixer son repas sur une quantité inférieure à celle qui est habituelle aux autres, il dira Hamotsi et Birkat hamazon sur la quantité qui lui est personnellement habituelle. Le Choul‘han ‘Aroukh 168, 6 tranche selon l’avis des disciples de Rabbénou Yona et du Roch. Mais s’agissant des personnes âgées et des enfants, le Béour Halakha 168, 6 ד »ה אע »פ écrit que, puisqu’ils se rassasient naturellement d’une quantité moindre que la mesure ordinaire, on va d’après ce qui est habituel à leur catégorie.

Seconde thèse : la mesure dite de pras (litt. « demi-miche de pain »). C’est l’opinion de Rabbi Mena‘hem Azaria da Fano, du Maharam ibn ‘Haviv et du Beit David, Ora‘h ‘Haïm 82, qui se fondent sur l’enseignement de ‘Erouvin 82b, où est ainsi appelée la mesure de pain que l’on mangeait lors d’un repas moyen (selon Rachi, la mesure de pras est un volume de quatre œufs – quatre kabeitsa – ; selon Maïmonide, un volume de trois kabeitsa). Et bien que, dans leur majorité, les gens ne soient pas rassasiés par une telle quantité comme ils le sont par un repas ordinaire, il n’est pas nécessaire, selon cette opinion, d’être rassasié de pat habaa békhissanim comme on l’est par un repas habituel ; il suffit d’en manger une quantité semblable à celle du pain que l’on mange lors d’un repas ordinaire, quantité procurant une satiété partielle, et qui, si on l’associe à d’autres mets, comme c’est l’usage, procure même une satiété entière. Telle est, selon cette thèse, l’intention de la Guémara lorsqu’elle dit : « dès lors que d’autres, sur une telle quantité, fixeraient leur repas ». De nombreux décisionnaires séfarades, parmi les A‘haronim, se prononcent en faveur de cette seconde thèse.

De nombreux auteurs séfarades, dans les dernières générations, ont pris l’usage de calculer la mesure de kazaït ou de kabeitsa d’après le poids en eau du volume considéré (‘Hida, Ma‘haziq Berakha 168, 6 ; Kaf Ha‘haïm 45-46). Selon leur estimation, fondée sur les calculs de Rabbi ‘Haïm Naeh, un kabeitsa équivaut à 56 gr, de sorte que le poids de quatre kabeitsa est de 224 grammes, ou, si l’on s’en tient aux données corrigées, de 200 grammes (50 gr pour un kabeitsa). Si l’on applique aux pâtisseries cette méthode fondée sur le poids, il apparaît que 200 gr correspondent généralement à un volume d’environ neuf œufs (suivant la densité de la pâte). Or, avec une telle quantité, on est déjà rassasié, sans l’apport d’autres mets. On voit donc en pratique que, par un calcul fondé sur le poids, ces auteurs ont rendu la mesure de quatre kabeitsa équivalente à la mesure de satiété. Cependant, il est généralement admis que les mesures vont d’après le volume (comme on le verra ci-après, chap. 10 § 6) ; selon les adeptes de la seconde thèse, la mesure de « fixation du repas » est le volume de pras.

Il faut savoir qu’une erreur, en cette matière, n’est pas si grave, car, pour de nombreux décisionnaires, si l’on dit Mézonot et ‘Al hami‘hia sur du pain, on est quitte (Choul‘han ‘Aroukh Harav 168, 8, ‘Hayé Adam 58, 1, Yabia’ Omer II Ora‘h ‘Haïm 12). De même, si l’on a dit Hamotsi puis Birkat hamazon sur des pâtisseries de la catégorie de pat habaa békhissanim, on est quitte (Nichmat Adam 37, 1, Michna Beroura 208, 75, Kaf Ha‘haïm 168, 43).

Cependant, en cas de doute – lorsque, selon la seconde thèse, on a fixé son repas sur ces pâtisseries, puisqu’on en a mangé un pras, tandis que, suivant la première, on n’a point fixé de repas, puisqu’on n’est pas rassasié – on dira, comme bénédiction finale, ‘Al hami‘hia, conformément au principe : en cas de doute portant sur une bénédiction, on est indulgent ; or ‘Al hami‘hia est une bénédiction unique, tandis que le Birkat hamazon en comporte quatre (Dericha).

A priori, il est bon de ne pas manger une quantité sur laquelle repose un doute. Certes, selon Maïmonide, le volume de trois œufs forme déjà la mesure de pras ; mais puisque, selon la première thèse (qui est celle de la majorité des décisionnaires), il faut être rassasié, il n’y a lieu de tenir compte de la seconde thèse que dans le cas d’une mesure de quatre œufs, conformément à l’avis de Rachi. C’est ce qu’écrit le Michna Beroura 168, 24. Quoi qu’il en soit, celui qui veut être quitte d’après tous les avis s’abstiendra de manger des pâtisseries de la catégorie de pat habaa békhissanim dans un volume compris entre trois œufs et la mesure dont on se rassasie ordinairement.

Si l’on mange de cette pat habaa békhissanim un volume de pras, et qu’on en soit rassasié, mais que l’on ne soit pas certain que d’autres puissent se rassasier aussi d’une telle mesure, on dira Hamotsi et Birkat hamazon. Premièrement, on peut soutenir qu’il s’agit d’un cas de doute portant sur une loi toranique, et qu’il faut donc être rigoureux (c’est ce que pensent le Maguen Avraham et ceux qui partagent son avis, comme on le verra ci-après, note 9). Deuxièmement, il faut associer en ce sens l’opinion du Raavad et du Rachba (citée au sein de la première thèse), selon qui le mangeur va d’après sa propre satiété.

 

04. « Fixation du repas » lorsqu’on mange des pâtisseries ainsi que d’autres aliments

Si l’on a l’intention de manger, avec les pâtisseries mézonot, des aliments supplémentaires, tels que salades, fromage, viande ou poisson, on évaluera le tout pris ensemble : si l’on compte manger de l’ensemble une quantité qui rassasie comme le fait un repas habituel, la règle applicable à la pâtisserie sera semblable à celle du pain. Cela, à condition que la pâtisserie soit centrale, dans ce repas, c’est-à-dire que l’on en mange un volume de quatre œufs (quatre kabeitsa) au moins. Il n’y a pas de différence à faire selon que la pâtisserie est dense ou aérée : s’il s’y trouve un volume équivalent à quatre œufs, elle doit être considérée comme l’élément central du repas. Ce n’est que dans le cas où la pâtisserie présente des vides visibles qu’il faut évaluer le volume sans ces orifices.

Nous voyons donc que deux conditions sont présentes : a) que l’on mange, de cette pâtisserie, un volume minimal de quatre kabeitsa ; b) que l’on se rassasie de tout ce que l’on mangera, de la façon dont on se rassasie lors d’un repas habituel. Si les deux conditions sont réunies, on aura fixé sur la pâtisserie son repas[g] ; on devra donc procéder à l’ablution rituelle, assortie de sa bénédiction, puis dire Hamotsi sur la pâtisserie ; sur les autres aliments, en revanche, on ne dira pas de bénédiction, puisqu’elles seront incluses dans la bénédiction Hamotsi, de même que le pain couvre les autres mets du repas. À la fin du repas, on récitera le Birkat hamazon.

De même qu’il n’y a pas lieu de craindre de ne pas savoir évaluer la mesure de sa satiété, de même ne faut-il pas craindre de se tromper dans l’estimation du volume de quatre kabeitsa. Le fait même que les sages aient indiqué cette mesure sans que l’on se servît d’instruments de mesure laisse bien entendre qu’ils savaient que l’on se tromperait parfois, en sus ou en-deçà. Tout dépend en réalité de l’opinion de celui qui mange : tant qu’il estime que la pâtisserie qu’il consomme est d’un volume de quatre kabeitsa, et que, en y ajoutant les autres mets, il sera rassasié, on considère qu’il fixe son repas sur la pâtisserie, et que, sans crainte, il doit dire Motsi et Birkat hamazon (la mesure d’un œuf ou kabeitsa est d’environ 50 ml, et un pot de yaourt ordinaire[h] contient le volume de quatre kabeitsa)[3].


[g]. En d’autres termes : on fait un repas véritable et nourrissant, dont la pâtisserie cuite au four est l’élément central.

[h]. En Israël, la majorité des yaourts sont conditionnés en pots de 200 ml.

[3]. Nous avons vu, dans la note précédente, qu’il existe deux thèses quant à la définition de la notion de qov‘im ‘alav sé‘ouda (« on fixe sur elle [la pâtisserie] son repas ») : selon la première thèse, on considère que l’on a « fixé son repas » dès lors que l’on en a mangé une quantité par laquelle on se rassasierait lors d’un repas ordinaire. Or, selon le Maguen Avraham 13, le propos n’est pas que la satiété provienne exclusivement de cette pâtisserie, appartenant à la catégorie de pat habaa békhissanim. De même qu’il est d’usage de manger, pendant un repas ordinaire, du pain et d’autres aliments, de même, si l’on fixe son repas sur une pat habaa békhissanim, et que l’on se rassasie de cette pâtisserie associée à d’autres aliments, on dira sur cette pâtisserie les bénédictions Hamotsi et Birkat hamazon, et ces bénédictions couvriront les autres aliments.

Certes, selon le Maguen Guiborim 7 et le ‘Aroukh Hachoul‘han 17, ce n’est que si l’on mange une quantité de pat habaa békhissanim propre à procurer à elle seule la satiété que l’on dira Hamotsi et Birkat hamazon. Mais la majorité des décisionnaires partagent l’avis du Maguen Avraham. Parmi eux : Guinat Vradim, Ora‘h ‘Haïm I 24, Choul‘han ‘Aroukh Harav 8, ‘Hayé Adam 54, 4, Michna Beroura 24. Selon la seconde thèse, la mesure de « fixation du repas » est d’un pras de pâtisserie appartenant à la catégorie de pat habaa békhissanim ; et peu importe que l’on mange, avec cette pâtisserie, d’autres aliments ou non.

Il faut savoir que, même si l’on s’en tient à la première thèse, la pâtisserie doit être l’élément central du repas ; et certains déduisent du traité ‘Erouvin 82b que la mesure habituelle de pain consommée lors d’un repas est la mesure dite de pras (« demi-miche »). Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, en Séder Birkot Hanéhénin 2, 3, écrit ainsi que, pour fixer son repas, il faut manger au moins la mesure de quatre œufs (quatre kabeitsa) de pat habaa békhissanim (cependant, en 168, 8, il parle de trois kabeitsa). Toutefois, selon l’Igrot Moché, Ora‘h ‘Haïm III 32 (qui se fonde lui-même sur le Maguen Avraham et sur le Michna Beroura 168, 24), dès lors que l’on est rassasié du repas dans son ensemble, et que l’on a mangé une quantité de pat habaa békhissanim semblable à la quantité de pain que l’on a l’habitude de manger lors d’un repas, quoique cette quantité soit inférieure au pras, cela mérite le nom de « repas fixe ».

En pratique, ce n’est que si la mesure suffit à ce qu’il y ait « fixation du repas » d’après les deux systèmes que l’on récitera Hamotsi et Birkat hamazon. Si donc on a mangé moins de quatre kabeitsa de pat habaa békhissanim, et que l’on ait accompagné cette pâtisserie d’autres aliments, il n’y a pas là de « fixation d’un repas » selon la seconde thèse, et l’on dira donc Mézonot, puisque l’on n’a point mangé la quantité d’un pras telle que définie par Rachi ; cela, bien que l’on puisse être rassasié, et que, de l’avis de la majorité des décisionnaires (commentant la première thèse), on soit certes en présence d’un « repas fixe ». L’inverse est aussi vrai : quoique l’on ait mangé quatre kabeitsa d’une telle pâtisserie, on ne considère pas qu’il s’agisse d’un « repas fixe », si ce que l’on a mangé n’a pas effectivement procuré la satiété, à la manière d’un repas ordinaire.

Mais il n’y a pas lieu de tenir compte des opinions isolées, qui portent la mesure de qovéa’ sé‘ouda à une plus grande quantité. Aussi ne tient-on pas compte de l’opinion du Maguen Guiborim et du ‘Aroukh Hachoul‘han, qui exigent que l’on soit rassasié par le seul effet de la pâtisserie. Il n’y a pas lieu, non plus, de prendre en considération le poids de quatre kabeitsa de pâtisserie ; car ceux qui estiment qu’il faut une mesure de quatre kabeitsa pour fixer son repas s’accordent à dire que, par principe, il est question de volume (cf. ci-après, chap. 10 § 6, note 7). Aussi retenons-nous le volume comme mode d’estimation principal, aussi bien pour les Séfarades que pour les Ashkénazes. Ce n’est que si l’on sait que ses ancêtres avaient coutume d’aller d’après le poids, même en cette matière, que l’on perpétuera sa coutume.

À ce que nous disions plus haut, d’après quoi il n’y a pas lieu de craindre de ne pas savoir évaluer le volume de quatre œufs, il faut ajouter que, comme nous l’avons vu, selon Maïmonide et ceux qui partagent son avis, la mesure de pras est de trois œufs, et que nombre de décisionnaires ont, en pratique, tranché comme lui. Selon l’Igrot Moché et ceux qui partagent son avis, même si l’on mange moins de trois kabeitsa de cette pâtisserie, c’est la notion de satiété qui oblige à dire Hamotsi. Aussi, même si l’on fait erreur dans l’estimation des quatre kabeitsa, on aura mangé la mesure de trois kabeitsa, quantité suffisante selon une grande majorité de décisionnaires.

S’agissant des personnes âgées et des enfants, qui mangent ordinairement une moindre quantité pour se rassasier, il y a lieu de dire que trois kabeitsa de pâtisserie suffiront, et que les autres aliments contribueront à leur satiété.

05. Comment on échappe aux cas de doute

A priori, pour éviter le doute, il est juste de prévoir, dès l’abord, ce que l’on mangera, en prenant en compte les deux conditions susdites : ou bien on mangera une mesure de quatre kabeitsa de pâtisserie, et, en y ajoutant les autres aliments, on parviendra à la satiété – en ce cas, tout le monde s’accorde à dire que l’on devra réciter Hamotsi et Birkat hamazon – ; ou bien on mangera moins que le volume de quatre kabeitsa de pâtisserie, et, même en y ajoutant les autres aliments, on restera en-deçà de la satiété – en ce cas, de l’avis de tous, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia, ainsi que les bénédictions appropriées sur les autres aliments.

Si, malgré cela, on se trouve dans le doute, et que l’on ne puisse décider si ce que l’on a l’intention de manger atteindra la mesure de satiété, ou que l’on sache que, avec le reste des aliments, on sera rassasié, mais que la quantité de pâtisserie sera certainement inférieure au volume de quatre kabeitsa, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia, en raison du doute. De même, sur les autres aliments, on dira les bénédictions adéquates. Mais il est préférable de cesser sa consommation de pâtisserie avant de manger à satiété, puis de réciter la bénédiction finale ‘Al hami‘hia. De cette manière, tous les autres aliments que l’on mangera ensuite ne s’additionneront pas à la pâtisserie, et, de l’avis de tous, les bénédictions de celle-ci seront effectivement Mézonot et ‘Al hami‘hia, tandis que, pour les autres nourritures, on dira les bénédictions correspondantes.

C’est ici le lieu de signaler une erreur fréquente : il arrive que des gens invitent leurs parents et amis à une fête, et qu’ils veuillent les honorer par un repas consistant. Mais, comme on ne veut pas les contraindre à se laver les mains et à réciter le Birkat hamazon, on sert des crackers et des gâteaux au lieu de pain, et l’on propose aussi de la viande, du poisson, des saucisses, des salades, des omelettes épaisses et leur assaisonnement. Or en halakha, puisqu’il est habituel de manger, à de tels repas, un volume de pâtisserie équivalent à quatre kabeitsa, et que l’on en tire également la satiété, il faut se laver rituellement les mains, dire la bénédiction Hamotsi sur la pâtisserie, puis le Birkat hamazon. Même si l’on ne mange pas un volume de quatre kabeitsa, on entre dans un cas douteux dès lors que l’on se rassasie, comme nous l’avons vu. Parfois, en de telles occasions, on sert des petits pains au goût sucré ; on croit que la bénédiction est Mézonot, mais il y a là deux erreurs : a) en général, ces petits pains sont considérés comme du pain, et, même si l’on n’en mange que très peu, la bénédiction est Hamotsi (comme nous le verrons au paragraphe suivant) ; b) on en mange généralement un volume supérieur à celui de quatre kabeitsa. Par conséquent, si l’on souhaite servir à ses invités un repas propre à les rassasier, il est juste de prévoir du pain. De cette façon, tout le monde saura qu’il faut se laver les mains et dire Hamotsi, et l’on aura le mérite de réciter, à la fin du repas, le long texte du Birkat hamazon, qui constitue une mitsva toranique et qui comprend quatre importantes bénédictions[4].


[4]. Nombreux sont ceux qui se trompent, quant à l’évaluation du volume de quatre kabeitsa. En vérité, ce n’est pas si gros que l’on peut le penser. Par exemple, un grand croissant contient plus que ce volume. De même, quatre tranches de gâteau contiennent ce volume. Par conséquent, dans ce genre de repas, on mange en général un volume de quatre œufs de pat habaa békhissanim. Même si l’on en mange un volume de trois kabeitsa, on entre dans un grand cas de doute, puisque, selon Maïmonide et de nombreux autres décisionnaires, la mesure de pras (« demi-miche ») est égale au volume de trois œufs, de sorte qu’il faut, selon eux, dire Hamotsi sur cette pâtisserie, ainsi que Birkat hamazon. Et même si l’on en prend un volume de deux kabeitsa seulement, il faut, selon l’Igrot Moché cité dans la note précédente au titre de la première thèse, dire Hamotsi et Birkat hamazon, dès lors que l’on en est rassasié. Aussi, pour échapper à ces doutes, il est juste de servir à ces repas du véritable pain. Et s’il n’est pas servi de pain, il est juste de dire, sur ces pâtisseries, la bénédiction Hamotsi, et d’en manger un volume de quatre kabeitsa.

06. ‘Hala sucrée

Comme nous l’avons vu, la pâtisserie cuite au four (appartenant à la catégorie de pat habaa békhissanim) possède un statut intermédiaire : si l’on en mange entre les repas, on récite les bénédictions Mézonot et ‘Al hami‘hia ; et si l’on fixe sur elle son repas, on dit les bénédictions Hamotsi et Birkat hamazon. Mais sur le pain, même si l’on n’en mange qu’un peu, on récite Hamotsi et le Birkat hamazon. La question est de savoir où se situe la limite entre le pain et la pâtisserie au four.

Le principe est que ce sur quoi il est habituel de fixer son repas a le statut de pain (lé‘hem) ; et ce qu’il est habituel de manger entre les repas, comme friandise ou pour apaiser quelque peu sa faim, a le statut de pâtisserie mézonot. D’après cela, le statut de la ‘hala (pain tressé) sucrée et des petits pains individuels sucrés est semblable à celui du pain, puisque l’on a l’habitude de les manger aux repas, et non de les proposer comme petite dégustation entre les repas. De même, on a l’usage de les manger avec diverses salades, ou d’en faire des sandwichs, avec du fromage ou du thon ; de sorte qu’on en use avec eux comme avec le pain. Aussi, même lorsqu’on en mange peu, il faut dire sur ces pains la bénédiction Hamotsi puis le Birkat hamazon. Si l’on s’en tient même à l’usage de l’hébreu contemporain, dès lors qu’un aliment a pour nom lé‘hem (pain) ou ‘hala (pain tressé) ou la‘hmania (petit pain individuel), on a l’habitude de fixer sur lui son repas ; tandis que, lorsque la pâte cuite au four est appelée ‘ouga (gâteau), cracker, etc., il n’est pas habituel de fixer dessus son repas. Quand on doute si l’on est en présence de pain ou de gâteau, on dit Mézonot. Et si l’on veut sortir du doute, on fixera son repas sur cette pâtisserie, de sorte que l’on devra dire Hamotsi (comme on l’a vu plus haut, § 3-4) ; ou bien on la mangera à l’intérieur d’un repas accompagné de pain, repas fait pour se rassasier ; alors, selon toutes les opinions, la bénédiction Hamotsi que l’on dira sur le pain couvrira également cette pâtisserie.

Il est vrai que de nombreux Séfarades ont l’usage de dire, pour une ‘hala sucrée, la bénédiction Mézonot, car jadis, on n’avait pas l’habitude de la servir au repas ; l’usage était d’en servir des tranches comme collation, entre les repas. Mais en pratique, puisque la ‘hala sucrée et les petits pains sucrés sont, de nous jours, destinés aux repas, et non à quelque en-cas pris entre les repas, il faut toujours dire Hamotsi et Birkat hamazon, quand on en prend[5].


[5]. De prime abord, il s’agit d’un cas de controverse entre le Choul‘han ‘Aroukh et le Rema (168, 7) : selon le Choul‘han ‘Aroukh, dès lors que la pâte a un goût sucré, la bénédiction est Mézonot ; selon le Rema, ce n’est que lorsque le goût sucré a un caractère dominant [comme dans le cas d’un gâteau] que l’on dit Mézonot. C’est aussi ce qu’écrivent plusieurs auteurs contemporains (cf. Pisqé Techouvot 168, 10). Cependant, le Beit Yossef [dont l’auteur est aussi celui du Choul‘han ‘Aroukh] explicite le motif de sa position : « parce que telle n’est pas l’habitude des gens que de fixer leur repas sur lui [sur un tel pain] ». Par conséquent, il n’y a ici nulle controverse : dans les pays qu’habitaient jadis les Séfarades, on n’avait pas l’usage de servir comme pain une pâte dont le goût était sucré, tandis que dans les pays ashkénazes, cet usage existait.

Tel est le principe de base : dès lors qu’il est habituel de fixer un repas sur un pain déterminé, les bénédictions sont celles du pain, conformément à l’avis de Richonim et d’A‘haronim tels que Rav Haï Gaon, Rachi, Rachba, Ritva, Beit David, Maguen Avraham 19, Peri Mégadim, Michna Beroura 35-36 et Béour Halakha sur le paragraphe 17, Sdé ‘Hémed (Asséfat dinim), Ma‘arékhet Berakhot 1, 10, Yaskil ‘Avdi, Ora‘h ‘Haïm I 9, 6. Puisqu’il s’agit là du principe essentiel, tout dépend de ce que conçoivent les gens, de sorte que la forme de la pièce de pâtisserie a aussi son influence sur la bénédiction à dire. Il se peut, de même, qu’une pâte contenant une quantité certaine de sucre soit considérée comme du pain si on la cuit sous la forme de petit pain, tandis qu’elle serait considérée comme du gâteau si on lui donnait la forme d’un gâteau.

S’agissant de la coutume séfarade : après que le Choul‘han ‘Aroukh eut rapporté la coutume en usage dans les pays orientaux, consistant à dire Mézonot sur une pâte cuite au four et qui a un goût sucré, comme on le fait d’un gâteau, nombreux sont ceux qui continuèrent d’agir ainsi, même quand il devint clair que l’usage avait changé ; ainsi de la ‘hala douce, sur laquelle les gens ont pris l’habitude de fixer un repas (Guinat Vradim). C’est aussi ce qu’écrit l’Or lé-Tsion II 12, 4, qui ajoute cependant qu’une personne qui craint Dieu ne mangera d’une telle ‘hala qu’à l’intérieur du repas, car, fondamentalement, il y aurait lieu de dire Hamotsi sur ce pain. Malgré cela, certains poursuivent l’usage de dire Mézonot sur la ‘hala sucrée, quand elle est mangée en dehors du cadre d’un repas, et il n’y a pas lieu de protester contre cela si telle est la coutume bien établie de leur famille. A priori, il est préférable de ne pas manger de ‘hala sucrée en dehors d’un repas accompagné de pain, de manière à ne pas entrer dans un cas de doute portant sur des bénédictions.

Les A‘haronim sont partagés quant au cas d’une pâte dont les ingrédients liquides sont majoritairement du lait ou du jus de fruits, mais dont le goût ne diffère presque pas de celui d’une pâte ordinaire. Selon le Touré Zahav 7 et le Michna Beroura 33, puisque le goût du sucre n’est pas davantage perceptible que celui de la pâte, et qu’il est d’usage de fixer un repas sur un tel pain, la bénédiction est Hamotsi. D’autres disent que, si la majorité de la partie liquide consiste en jus de fruit ou en lait, et que le goût de ces liquides soit quelque peu perceptible, la bénédiction est Mézonot (c’est ce qu’écrit le Kaf Ha‘haïm 58, commentant le Rema, et c’est aussi ce que laisse entendre le Rav Chnéour Zalman de Lyadi dans le Choul‘han ‘Aroukh Harav 11, Séder Birkot Hanéhénin 2, 7). Selon le Maharcham, en Da‘at Torah 168, 7, si la majorité des liquides consiste en jus de fruit ou en lait, la bénédiction est Mézonot, même si le goût n’en est pas perceptible.

En pratique, il semble que la règle soit essentiellement fonction du « propos » de cette chose cuite au four, comme nous l’expliquions ci-dessus d’après une nette majorité de décisionnaires. Par conséquent, lorsqu’il est question d’une ‘hala ou d’un petit pain individuel (la‘hmania), même si la majorité des liquides n’est pas de l’eau, la bénédiction est Hamotsi, puisque le but poursuivi en les cuisant et de fixer son repas dessus. Il se peut que, de l’avis même du Maharcham, si la raison pour laquelle on a cuit la pâte pétrie au jus de fruit (ou avec quelque autre liquide hormis l’eau) est de fixer sur elle son repas, la bénédiction soit Hamotsi. C’est ce que dit explicitement le Rav Chnéour Zalman de Lyadi dans les sources que nous citions.

 

07. Matsa (pain azyme)

Lorsqu’on fixe son repas sur de la matsa, il est clair que l’on dit la bénédiction Hamotsi et le Birkat hamazon. La question est de savoir quelle règle s’applique quand on mange de la matsa autrement que dans le cadre d’un repas fixe.

Certains disent que la bénédiction de la matsa est, en ce cas, Mézonot, parce que l’une des définitions de pat habaa békhissanim est : pâte dure cuite au four, que l’on croque, telle que les crackers ou les petits pains azymes individuels (appelés matsiot). Or, puisque nos matsot sont également dures, leur bénédiction est Mézonot. Certes, à Pessa‘h, où la matsa sert de pain, on dit sur elle Hamotsi et Birkat hamazon, même si l’on n’en mange qu’un petit peu ; mais le reste de l’année, sa bénédiction est Mézonot (Guinat Vradim).

Face à cela, de nombreux décisionnaires écrivent que, puisque la matsa sert de pain à Pessa‘h, son statut est celui de pain tout au long de l’année. De plus, il y a une différence de but entre la matsa, d’une part, et les crackers ou les matsiot d’autre part : c’est que, sur la matsa, on a l’habitude de fixer son repas, tandis que les matsiot et les crackers sont mangés comme supplément ou comme en-cas. Par conséquent, lors même que l’on mange de la matsa de manière informelle, on doit dire les bénédictions Hamotsi et Birkat hamazon. Telle est la coutume ashkénaze.

La coutume séfarade tient compte de l’opinion selon laquelle, dans le cours de l’année, le statut de la matsa est semblable à celui de crackers ou de matsiot, dont la bénédiction est Mézonot. Cependant, a priori, il est souhaitable de sortir du doute, et de ne manger de matsa qu’à l’intérieur d’un repas accompagné de pain, de façon que la matsa soit couverte par la bénédiction Hamotsi. Mais si l’on veut manger de la matsa autrement que dans le cadre d’un repas, la bénédiction sera, selon la coutume séfarade, Mézonot (Ye‘havé Da‘at III 12). À l’issue de Pessa‘h et au lendemain de Pessa‘h (Isrou ‘hag), tout le temps que l’on n’a pu acheter de pain ‘hamets, les Séfarades, eux aussi, disent la bénédiction Hamotsi sur la matsa, puisque, à ce moment-là, celle-ci est considérée comme du pain (Or lé-Tsion XII 3)[6].


[6]. La coutume ashkénaze est univoque, comme le rapporte le Tsits Eliézer XI 19. La coutume séfarade est expliquée par le Ye‘havé Da‘at III 12. Il est vrai que certains décisionnaires séfarades ont recommandé de dire toujours Hamotsi sur la matsa ; ainsi du Cheyaré Knesset Haguedola et du Beit David. Mais la coutume est de dire, sur de la matsa mince, Mézonot, comme le rapporte le Ma‘haziq Berakha 158, 5. L’Or lé-Tsion II 12, 3 précise que, bien qu’il eût convenu, fondamentalement, de dire Hamotsi – puisqu’il est habituel de manger la matsa en tant que pain –, la coutume est de dire Mézonot ; et que, a priori, il est préférable de ne pas en manger hors du cadre d’un repas accompagné de pain. Selon le Rav Mordekhaï Elyahou, pour les Séfarades eux-mêmes, les bénédictions de la matsa sont, jusqu’au 14 iyar, jour de Pessa‘h chéni, Hamotsi et Birkat hamazon.

Quant à la quantité à partir de laquelle on considère que l’on fixe son repas : si l’estimation tenait compte du poids de quatre œufs, soit 200 grammes, on devrait manger près de sept matsot, quantité qu’il n’est pas habituel de manger, même lors de grands repas. Mais nous avons vu, en note 3, que la méthode principale consiste à calculer d’après le volume ; de sorte qu’avec un peu moins de trois matsot ordinaires [carrées] on obtient le volume de quatre kabeitsa. Aussi, dès lors que l’on mange environ trois matsot et que l’on est rassasié, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut réciter Hamotsi et Birkat hamazon.

08. Pâtisserie au four, fourrée de fromage ou de viande ; borékas

Une question s’est posée quant au statut des tourtes et autres pâtisseries dont la pâte est semblable à celle du pain, et qui sont fourrées de fromage ou de viande.

Certains disent que leur bénédiction est Mézonot, puisque l’une des définitions des pâtisseries appelées pat habaa békhissanim est précisément : pâtisseries fourrées. Et puisque l’on a introduit, au centre de la pâte à pain, une farce de fromage ou de viande, il n’est pas habituel de fixer son repas là-dessus, de sorte que la bénédiction est Mézonot (Tanya Rabbati [traité Berakhot], Touré Zahav 168, 20).

D’autres estiment que seules les pâtisseries fourrées de choses sucrées – telles que le sucre ou le pavot – sont considérées comme pat habaa békhissanim, dont la bénédiction est Mézonot. Mais si la farce consiste en choses dont on a l’habitude d’agrémenter le pain, comme de la viande ou du fromage, il est habituel de fixer son repas sur une telle tourte, et son statut sera semblable à celui du pain, dont la bénédiction est Hamotsi (Rabbi Yechaya A‘haron zal, Chné Lou‘hot Habrit, et c’est aussi ce qui ressort du Choul‘han ‘Aroukh 168, 17).

En pratique, la règle dépend de la destination de la pâtisserie. S’il s’agit d’une pâtisserie sur laquelle on a l’habitude de fixer un repas, son statut sera celui du pain : même si l’on n’en mange qu’un peu, on dira Hamotsi et Birkat hamazon. S’il s’agit d’une pâtisserie qu’il est habituel de manger comme collation entre les repas, les bénédictions seront Mézonot et ‘Al hami‘hia, et c’est seulement si l’on fixe sur elle son repas que l’on dira Hamotsi et Birkat hamazon. En général, une telle pâtisserie, quand elle est grande, est destinée à être ce sur quoi l’on fixe son repas ; et quand elle est petite, on la prend comme en-cas. Mais s’agissant des borékas[i], même s’ils sont grands, on dira Mézonot, du moment que l’on ne fixe pas sur eux son repas. En effet, leur pâte en elle-même diffère beaucoup de celle du pain, car on y mêle de l’huile[7].


[i]. Feuilletés « ottomans », pâte feuilletée fourrée aux épinards, au fromage, à la pomme de terre, etc.

<[7]. Selon le Tanya Rabbati et le Touré Zahav 168, 20, tout ce qui est fourré a pour bénédiction Mézonot. Fait aussi partie de cette catégorie une tourte fourrée à la viande ou au fromage. C’est aussi l’avis de l’Elya Rabba et du Maguen Guiborim. En revanche, le Rid et son petit-fils Rabbi Yechaya A‘haron estiment que, puisqu’on a l’habitude d’accompagner le pain de viande ou de fromage, on devra dire Hamotsi, même si l’on a enfourné une tourte fourrée de viande ou de fromage. C’est aussi, à première lecture, le sens des propos du Choul‘han ‘Aroukh 168, 17, comme l’explique, dans son interprétation principale, le Maguen Avraham 44. C’est encore l’opinion du Chné Lou‘hot Habrit, du Maamar Mordekhaï, du Choul‘han ‘Aroukh Harav 168, 19 et du Halikhot ‘Olam (Pin‘has 12). Selon le Ben Ich ‘Haï, Pin‘has 20 et le Kaf Ha‘haïm 137, il faut, dans le doute, trancher comme le Touré Zahav, car si l’on doute de devoir dire Mézonot ou Hamotsi, la bénédiction est Mézonot (cf. note 2).

Le Béour Halakha explique qu’en réalité ces auteurs ne sont pas opposés, car, si la pâtisserie est de celles sur lesquelles il est habituel de fixer un repas, on dira Hamotsi, même si l’on en mange peu ; et s’il n’est pas habituel de fixer son repas sur elle, on dira Mézonot si l’on en mange une petite quantité. Par conséquent, en pratique, lorsqu’il est habituel de fixer son repas sur cette pièce de pâtisserie, la bénédiction sera Hamotsi, puisque telle est l’opinion de la majorité des décisionnaires – et peut-être de tous, si l’on suit le Béour Halakha. Et s’il n’est pas habituel de fixer son repas sur cette pièce de pâtisserie, la bénédiction, selon la majorité des décisionnaires, tels que le Béour Halakha les entend, sera Mézonot. Certes, pour le Chné Lou‘hot Habrit et ceux qui partagent son avis, la bénédiction reste Hamotsi ; mais on dira Mézonot en raison du doute.

 

09. Pizza

Dans la grande majorité des cas, le statut de la pizza est semblable à celui du pain, parce que la pâte de la pizza est pareille à celle du pain. Et bien que l’on ait mis, sur la pâte, du fromage, du concentré de tomate et diverses épices, cela ne modifie pas le statut de la base de la préparation, qui est une pâte à pain. La règle applicable à la pizza est donc celle d’une tranche de pain que l’on aurait agrémentée de différents produits à tartiner : même si l’on n’en mange qu’un peu, on dira sur elle la bénédiction Hamotsi et le Birkat hamazon.

Mais s’il s’agit d’une pizza spéciale, dont on a pétri la farine avec de l’œuf ou du lait, de sorte que le goût de la pâte en est changé, le statut de l’ensemble sera celui de pat habaa békhissanim : quand on ne fixe pas son repas sur une telle pizza, ses bénédictions sont Mézonot et ‘Al hami‘hia ; et quand on fixe sur elle son repas, on dit Hamotsi et Birkat hamazon. Comme nous l’avons vu (§ 3-4), il y a deux conditions à la « fixation d’un repas » : l’une est que l’on mange, de cette pâtisserie mézonot, un volume de quatre kabeitsa au moins ; la seconde est d’atteindre la satiété, comme il est habituel lors d’un repas ordinaire[8].


[8]. Quand la pâte de la pizza est pétrie à l’eau, sa bénédiction est Hamotsi, comme l’écrivent le Chné Lou‘hot Habrit et la majorité des décisionnaires. (Il se peut que le Touré Zahav lui-même reconnaîtrait cela, puisqu’ici il n’y a point de poche emplie de farce, mais une sorte de tranche tartinée, comme le note l’Or lé-Tsion II 14, 5).

On trouve pourtant des auteurs selon qui une part de pizza, mangée dans la rue, n’a pas pour fonction de « fixer un repas » ; quoique la pâte puisse être pareille à celle du pain, sa bénédiction est Mézonot, tant qu’elle est mangée comme en-cas entre les repas (cf. Vézot Haberakha, p. 230, au nom du Rav Feinstein). Mais en pratique, il faut dire Hamotsi, à plus forte raison de nos jours, où la consommation de pizza a pris un caractère différent. Autrefois, il était fréquent d’en manger de manière informelle, tandis que, de nos jours, nombreux sont ceux qui ont l’usage d’en faire leur repas ; de sorte que l’opinion selon laquelle cette spécialité requiert la berakha Hamotsi se trouve renforcée. Ce n’est que si la pâte est pétrie avec du jus de fruit, du lait ou des œufs, et que son goût diffère d’une pizza pétrie à l’eau, qu’elle prend le statut de pat habaa békhissanim : si l’on n’a pas « fixé » son repas sur une telle pizza, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia.

 

10. Pour un mets cuit à l’eau, on dit toujours Mézonot

Tout ce que nous avons vu, selon quoi l’on dit parfois Hamotsi sur une pâtisserie mézonot, vaut lorsqu’il s’agit précisément d’une pâtisserie cuite au four. Mais pour des mets à base de céréales et qui sont cuits à l’eau, tels que des pâtes, des langues d’oiseau ou de la bouillie, les bénédictions seront toujours Mézonot et ‘Al hami‘hia, même si l’on en mange une grande quantité et que l’on en fasse son repas. La raison est la suivante : les sages ont établi une distinction entre les pâtisseries au four et les plats bouillis, parce que toutes les pâtisseries au four ressemblent, dans une certaine mesure, au pain, que ce soit par leur forme ou par leur mode de cuisson ; c’est pourquoi, quand on mange ces pâtisseries mézonot entre les repas, on récite les bénédictions Mézonot et ‘Al hami‘hia, et quand on fixe sur elles un véritable repas, on dit Hamotsi et Birkat hamazon. Par contre, les mets cuits à l’eau diffèrent entièrement du pain, de sorte que, même si l’on fixe sur eux son repas, leurs bénédictions sont Mézonot et ‘Al hami‘hia.

La règle est la même s’agissant des Bissli[j] et des croûtons à soupe[k] : puisqu’ils sont faits par friture dans un bain d’huile, ils sont considérés comme bouillis ; et même si l’on établissait sur eux son repas, leurs bénédictions resteraient Mézonot et ‘Al hami‘hia. La même règle s’applique encore aux beignets : puisqu’ils cuisent dans un bain d’huile, leur statut est celui de pâtisserie bouillie, et même si l’on en faisait un véritable repas, leurs bénédictions n’en seraient pas moins Mézonot et ‘Al hami‘hia (s’il s’agit de beignets cuits au four, en revanche, leur statut est celui de pat habaa békhissanim)[9].

Il en va de même du kouguel[l] : puisque les pâtes sont d’abord bouillies – quoique ensuite le kouguel soit mis au four –, que la cuisson au four ne lui donne pas la forme d’un pain, et que, dès avant l’enfournage, les pâtes étaient aussi dignes d’être consommées, le statut du kouguel demeure celui d’un mets bouilli. Même si l’on fixe son repas sur lui, les bénédictions restent Mézonot et ‘Al hami‘hia.


<[j]. Marque de snacks (ou grignotines) à base de farine, salés, craquants et gras.

[k]. Chkédé maraq (litt. « amandes de soupe ») : très petits croûtons israéliens, carrés, jaunes et salés, dont les enfants, notamment, accompagnent leur soupe.

[9]. Cf. Pniné Halakha – Cacheroute 11, note 12, où il est dit que, selon Rabbénou Tam, si l’on roule une pâte épaisse, même si on la cuit ensuite à l’eau, on doit en prélever la ‘hala [au sens de petite partie prélevée sur la pâte, et qui était offerte au Temple ; aujourd’hui, on la brûle] ; en effet, l’obligation de prélèvement de la ‘hala se contracte au moment du pétrissage. Mais selon la majorité des décisionnaires, puisque l’intention est, dès l’abord, de cuire à l’eau cette pâte, celle-ci ne requiert pas de prélèvement de la ‘hala. S’agissant des bénédictions, Rabbénou Tam estime qu’un tel mets a même statut qu’une pâtisserie au four et que, si elle est pétrie à l’eau, sa bénédiction est Hamotsi ; si, en revanche, elle a un goût d’huile ou d’ingrédients sucrés, au point de devoir être considérée comme pat habaa békhissanim, ce n’est que dans le cas où l’on fixe sur elle son repas que la bénédiction sera Hamotsi. Pour la majorité des décisionnaires, puisque la pâte est bouillie, elle a invariablement pour bénédiction Mézonot. D’après cela, même si l’on fixe son repas sur des beignets (soufganiot), la bénédiction en sera Mézonot, puisqu’ils sont cuits dans un bain d’huile.

Le Choul‘han ‘Aroukh 168, 13 rapporte l’opinion de la majorité des décisionnaires sans l’imputer à un auteur particulier [ce qui indique qu’il adopte cette vue], et celle de Rabbénou Tam sous la mention « certains objectent ». Il écrit en outre que, pour échapper à cette controverse, celui qui veut fixer son repas sur des beignets dira d’abord Hamotsi sur du pain ; puis il récitera le Birkat hamazon. Telle est la position du Choul‘han ‘Aroukh.

Mais si l’on n’a pas mangé de pain, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia. Certes, selon le Maguen Avraham 168, 34 et l’Elya Rabba, dès lors que l’on s’est rassasié de beignets, on est en présence d’un doute portant sur une loi toranique, de sorte qu’il faut être rigoureux, conformément à la position de Rabbénou Tam, et réciter le Birkat hamazon. Cependant, le Dagoul Mérevava et le Maguen Guiborim écrivent que, même en cas de doute de rang toranique, la bénédiction sera Mé‘ein chaloch [‘Al hami‘hia], puisque, si l’on s’en tient à la norme toranique, on s’acquitte de son obligation par la bénédiction Mé‘ein chaloch.

Le Beit Méïr et le Peri Mégadim expliquent encore que le Beit Yossef ne tient pas compte ici de la notion de doute portant sur une règle toranique, parce que, dans leur majorité, les décisionnaires ne partagent pas l’opinion de Rabbénou Tam ; aussi est-ce seulement pour ceux qui sont animés d’une particulière crainte du Ciel que le Choul‘han ‘Aroukh précise qu’il est bon d’être rigoureux. Par conséquent, même si l’on fixe son repas sur des beignets, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia.

Ci-dessus, chap. 3 § 8, nous expliquons qu’il est a priori préférable de ne pas manger de beignets à l’intérieur d’un repas, car il se peut que les beignets soient destinés à servir de dessert, et qu’ils ne soient donc pas couverts par la bénédiction Hamotsi. Mais en pratique, si l’on en mange à l’intérieur d’un repas, on ne récite pas de berakha : ils doivent être considérés comme partie intégrante du repas. En ce cas, il est bon de former l’intention expresse, au moment de prononcer la bénédiction Hamotsi, d’y inclure les beignets que l’on mangera au cours du repas.

[l]. Gâteau de pâtes sucré, cuit au four.

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