Chapitre 07 – Bénédiction du vin

01. Ce que signifie le vin

Le vin, produit du raisin, est une boisson dotée de qualités particulières. Il nourrit, et à la fois il réjouit grâce à l’alcool qu’il contient. C’est ainsi que le Saint béni soit-Il créa les raisins : à leur peau sont attachées des levures ; et lorsqu’on foule les raisins, et qu’on laisse les peaux avec le jus qui en a été extrait, une fermentation est produite par les levures, qui transforme les sucres du jus de raisin en alcool. Ainsi se forme le vin, doté d’une saveur profonde et spéciale, avec l’alcool aux vertus réjouissantes. Or c’est le seul fruit qui, de manière naturelle, sans que des connaissances professionnelles ni des appareils particuliers soient nécessaires, donne une boisson nourrissante et alcoolisée si on le foule et qu’on le laisse fermenter. Le roi David lui-même, dans le cantique de reconnaissance consacré aux merveilles de la création, mentionne le vin aux vertus réjouissantes, comme il est dit : « Et le vin réjouit le cœur de l’homme. » (Ps 104, 15)

Beaucoup croient, de manière simpliste, qu’il convient au juste – qui veut se sanctifier – d’être sombre et triste, de s’éloigner autant que possible de la vie concrète, afin de n’être pas entraîné par les désirs mauvais, l’esprit de moquerie et l’orgueil. Mais selon l’enseignement de la Torah, la sainteté doit se révéler dans tous les domaines de l’existence, dans l’esprit et dans la matière, par le plaisir spirituel et par l’excellence du goût. Et ce n’est pas seulement à la nourriture, qui rassasie et est indispensable à la subsistance de l’homme, qu’il faut reconnaître une valeur, mais encore au vin qui contribue à la joie.

Tout Juif éprouve certes de suprêmes délices lorsqu’il est attaché à la Torah et aux mitsvot ; mais tant que le corps n’est pas associé à la joie, c’est non seulement le corps qui éprouve un manque, mais la joie spirituelle elle-même qui est incomplète. Aussi l’homme doit-il être entier, par son esprit et son corps ; or, lorsqu’il est heureux d’une chose positive qu’il a faite, il est bon qu’il associe le corps à la joie. C’est pourquoi les sages ont institué, pour tout événement important doté d’une valeur spirituelle, une bénédiction à réciter sur une coupe de vin ; cela, afin que la joie spirituelle soit accompagnée de la joie matérielle. Ils ont ainsi prescrit de verser une coupe de vin à l’occasion de l’engagement matrimonial (éroussin), une autre pour les bénédictions du mariage (nissouïn), une coupe de vin à l’occasion de la circoncision (berit mila), ainsi que pour le rachat du premier-né (pidion haben), le Qidouch du Chabbat, celui des fêtes, et la Havdala. Même après que l’on a mangé en compagnie, quand on s’apprête à remercier l’Éternel par le Birkat hamazon, les sages prescrivent de le faire sur une coupe de vin, afin que le repas et la reconnaissance exprimée à sa suite soient marqués du sceau de la joie (cf. ci-dessus, chap. 5 § 13-15).

C’est à ce propos que les sages disent : « On ne récite de chant (chira) que sur le vin. » (Berakhot 35a) Le chant est l’expression de la plénitude, et la plénitude doit nécessairement inclure la spiritualité et la matérialité tout ensemble (‘Ein Aya ad loc.). Le Zohar (III 189b) enseigne dans le même sens : « Il n’est point de sainteté sans le vin, ni de bénédiction sans le vin. » La Torah elle-même est comparée au vin (Ta‘anit 7a, Sifré sur Dt 11, 22), car elle aussi est destinée à réparer le monde dans son entièreté, spirituellement et matériellement, par la vérité pure et par la joie vitale. Israël aussi, qui fut créé pour révéler au monde la parole de Dieu dans sa plénitude, est comparé à la vigne (Is 5, 1-7, Ex Rabba 44, 1).

Aussi y a-t-il un certain aspect fautif dans le vœu que forme le nazir (l’abstème) de ne pas boire de vin (Ta‘anit 11a). En effet, il se prive d’une joie physique qui serait à même de contribuer à sa perfection. Rava disait de lui-même que, si son intellect s’était ouvert aux découvertes toraniques, il le devait au vin qu’il buvait et aux bonnes odeurs qu’il respirait (cf. Yoma 76b).

02. Danger de l’ébriété

Toute chose matérielle, lorsqu’elle s’accompagne des valeurs de la spiritualité, non seulement ne nuit pas mais est même utile, et aide au dévoilement desdites valeurs. Mais quand le matériel devient le principal, il repousse le spirituel, et conduit l’homme à devenir épais et grossier. À plus forte raison est-ce vrai pour le vin, qui est doté d’une formidable vitalité, et exprime l’effervescence de la vie matérielle ; aussi le danger qu’il représente est-il particulièrement grand. Celui qui se livre à cette passion et boit plus que de raison devient soûl et méprisable ; il perd son jugement, et le penchant au mal le domine. Aussi trouve-ton dans la Torah, les Prophètes, les Hagiographes et les enseignements de nos sages, de mémoire bénie, des mises en garde nombreuses et sévères contre l’abus de vin.

Dans la Torah, nous apprenons que Noé et Loth chutèrent et s’avilirent à cause de la consommation de vin (Gn Rabba 36, 4). L’arbre de la connaissance du bien et du mal lui-même, par lequel le premier homme fauta, était, selon Rabbi Méïr, la vigne ; comme l’enseignent les sages : « Il n’est rien qui soit, plus que le vin, source de lamentations pour l’homme. » (Sanhédrin 70a) Les sages disent, dans le même sens, que si Nadav et Abihou, fils d’Aaron le Grand-prêtre, moururent, c’est parce qu’ils étaient entrés dans le tabernacle alors qu’ils se trouvaient sous l’effet du vin (Lv Rabba 12, 1).

Le livres prophétiques sont emplis de remontrances adressées à ceux qui se laissent entraîner à l’abus de vin. L’exil lui-même, disent nos sages, fut causé par sa consommation excessive (Gn Rabba 36, 4). Des dix tribus d’Israël[a], il est dit : « Ils boivent à même les amphores à vin, s’oignent des prémices des huiles, et ne s’affligent pas de la plaie de Joseph [c’est-à-dire : à l’annonce du malheur]. Aussi, maintenant, s’en iront-ils en tête des déportés. » (Am 6, 6-7) Et des tribus de Juda et de Benjamin, il est dit : « Ceux-là aussi, c’est par le vin qu’ils s’égarèrent, par la liqueur qu’ils se fourvoyèrent. » (Is 28, 7)

De même, le livre des Proverbes nous met en garde (23, 20-21) : « Ne sois pas parmi ceux qui s’enivrent de vin, qui se gavent de viande. Car il deviendra misérable, celui qui s’enivre et se gave. » Il est dit également (aux versets 29-30) : « Pour qui les oh ! pour qui les hélas ! pour qui les disputes, pour qui la plainte, pour qui les vaines blessures ? (…) Pour ceux qui s’attardent à boire du vin, ceux qui viennent sonder l’amphore. »

De même, nous trouvons dans les paroles des sages du Talmud de nombreuses mises en garde, d’après lesquelles le vin est susceptible d’appauvrir, de désoler l’homme et de le conduire au péché (cf. Sanhédrin 70a, Lv Rabba 12, 5).

Les sages enseignent également : « Il y a des gens qui boivent et à qui cela est bon, d’autres qui boivent et à qui cela est mauvais. Un disciple des sages boit et cela lui est bon ; un ignorant boit et cela lui est mauvais. » (Talmud de Jérusalem, Ma‘asser Chéni 4, 6) En effet, un disciple des sages sait boire du vin avec mesure ; alors la joie le gagne, et il se renforce dans le service de Dieu, spirituellement et matériellement. Les sages disent encore que, de nos jours, après la destruction du Temple, « celui qui eût voulu verser des libations sur l’autel remplira de vin la gorge des disciples des sages » (Yoma 71a).

Cette boisson est si dangereuse que le Saint béni soit-Il cacha le vin véritable, excellent et fort, créé pendant les six jours de la Genèse.  Et c’est aux enfants d’Israël que le Saint béni soit-Il fera boire, dans l’avenir, de ce vin, conservé dans ses raisins depuis la Création ; cela, parce que les Israélites s’exposèrent à la mort en exil, et que, malgré de prodigieuses difficultés, ils poursuivirent leur étude de la Torah, plus douce que le miel, montrant que la foi en Dieu est l’essence de leur vie, prêts à sacrifier celle-ci pour elle (Nb Rabba 13, 2).

Aussi la thématique du vin est-elle liée à la notion de secret (sod) (cf. ‘Erouvin 65a) ; en effet, le vin peut conduire à la faute, mais lorsque l’homme met l’accent sur l’intériorité et sur la spiritualité, le vin se joint à la sainteté, et révèle sa bonne nature (cf. Zemanim – Fêtes et Solennités juives I 16,12). Dans les temps futurs, se révéleront de manière parfaite les secrets que recèle la joie matérielle, comme l’enseigne le Zohar Hané‘élam (I 135b) : « Le vin conservé en ses raisins depuis les six jours de la Création, ce sont les paroles antiques, qui ne furent point dévoilées à l’homme, depuis le jour où fut créé le monde, et qui sont destinées à être révélées aux justes dans les temps futurs. »


[a]. Séparées des tribus de Juda et de Benjamin lors de la scission du royaume.

03. Bénédiction du vin

Parmi les boissons, celle qui importe le plus à l’homme est le vin, qui nourrit et réjouit. Aussi nos sages ont-ils institué pour lui une bénédiction particulière : Boré peri haguéfen (« Béni sois-Tu… qui crées le fruit de la vigne »). En effet, le vin diffère du jus d’orange, de pamplemousse ou de quelque autre fruit ; ceux-là, dès lors qu’ils ont été transformés en jus, ont perdu le statut de fruit, de sorte que l’on dit sur ces jus la bénédiction la plus générale, Chéhakol (« par la parole duquel tout advint »). Le vin diffère aussi des raisins eux-mêmes, pour lesquels on dit Ha‘ets (« qui crées le fruit de l’arbre »), bénédiction générale que l’on récite pour tous les fruits de l’arbre. Pour le vin, qui s’est élevé à une condition supérieure à celle du fruit dont il résulte, les sages ont institué une bénédiction spécifique, Boré peri haguéfen, afin d’accroître l’expression de notre louange et de notre reconnaissance envers Dieu, pour le vin qui réjouit.

Si l’on boit un revi‘it (75 ml) de vin, on dira ensuite la bénédiction Mé‘ein chaloch, puisque le vin provient de l’une des sept espèces par lesquelles est louée la terre d’Israël. Mais puisque le vin s’est élevé au-delà de sa condition première de raisin, au lieu de dire ‘Al ha‘ets vé‘al peri ha‘ets… (« pour l’arbre et pour le fruit de l’arbre ») – comme on le dit pour les « sept espèces », parmi lesquelles le raisin consommé en tant que fruit – on dira sur le vin : ‘Al haguéfen vé‘al peri haguéfen (« pour la vigne et pour le fruit de la vigne »).

Une autre règle découle de l’importance du vin : la bénédiction Hamotsi que nous disons sur le pain n’inclut pas le vin ; et si l’on veut boire du vin au cours du repas, on devra en réciter la bénédiction, Haguéfen. C’est ce qui distingue le vin des autres boissons : toutes les autres boissons que l’on consomme au cours d’un repas accompagné de pain sont accessoires au pain, et sont incluses dans la bénédiction Hamotsi ; tandis qu’en raison de son importance, le vin, même quand on le boit au cours du repas, n’est pas accessoire au pain, et n’est pas inclus dans la bénédiction Hamotsi. Aussi faut-il en dire la bénédiction, Haguéfen.

Par contre, le Birkat hamazon, que l’on récite après la consommation du pain, couvre également le vin que l’on aura bu au cours du repas. En effet, la bénédiction finale du vin est Mé‘ein chaloch[b] ; or, précisément, le Birkat hamazon comporte de manière intégrale les trois bénédictions mêmes dont Mé‘ein chaloch est la forme abrégée (Choul‘han ‘Aroukh 174 § 1, 6, 7).


[b]. Qui constitue un résumé des trois premières bénédictions du Birkat hamazon.

 

04. La bénédiction du vin couvre les autres boissons

De même que le pain est le principal des aliments apportant la satiété, de même le vin est la principale de toutes les boissons. Sa particularité est à la fois d’être nourrissant, en raison de la haute teneur en sucre du fruit, ce qui lui confère une valeur calorique, et de réjouir : la vitalité qu’il donne à l’homme s’accompagne de la joie du corps.

De même que la bénédiction Hamotsi, récitée sur le pain, inclut les autres aliments du repas (cf. ci-dessus, chap. 3 § 6), de même la bénédiction Haguéfen, dite sur le vin, inclut toutes les boissons. Cela, à condition que lesdites boissons soient présentes devant soi au moment où l’on récite la bénédiction du vin, ou que, au moment de cette bénédiction, on ait à l’esprit de les boire, ou tout au moins qu’on ait l’habitude de les boire à un tel moment : en ce dernier cas, on les aura incluses dans la bénédiction, quoiqu’on n’y ait pas expressément pensé (Choul‘han ‘Aroukh 174, 2)[1].

De même, quand on participe à un grand Qidouch, du type de ceux qu’offrent les personnes qui célèbrent un événement heureux (bar-mitsva, etc.) après la prière de Moussaf, le Chabbat : si l’on a entendu le Qidouch et bu du vin, il ne sera pas nécessaire de dire la bénédiction des autres boissons, puisque celles-ci auront été couvertes par la bénédiction du vin.

A priori, il est bon de boire une mesure de vin de mélo lougmav (environ 50 ml, soit le quart d’un verre ordinaire), car, selon certains auteurs, ce n’est que si l’on boit une telle quantité que le vin sera considéré comme principal, et que toutes les autres boissons que l’on a l’intention de boire lui seront accessoires, de manière à être couvertes par la bénédiction du vin (Béour Halakha 174, 2). Mais en pratique, même si l’on n’a pas bu cette quantité, on pourra consommer les autres boissons sans en réciter la bénédiction, car telle est l’opinion majoritaire parmi les décisionnaires[2].

Si l’on a entendu le Qidouch, mais que l’on n’ait soi-même pas du tout bu de vin, on sera certes quitte du Qidouch par le fait que l’on aura écouté celui-ci ; mais les autres boissons que l’on prendra ne seront pas rendues accessoires au vin : il faudra réciter la bénédiction Chéhakol avant que de les boire, puis Boré néfachot à la fin.

Si l’on boit une mesure de vin telle que l’on soit tenu de réciter la bénédiction finale (cf. ci-après, chap. 10 § 10), on se rendra quitte, en récitant Mé‘ein chaloch sur le vin, de la bénédiction finale des autres boissons (Choul‘han ‘Aroukh 208, 16). Mais si l’on n’a pas bu une quantité de vin requérant la bénédiction finale, et que l’on ait bu une quantité d’autres boissons requérant, elle, une bénédiction finale, c’est Boré néfachot que l’on récitera sur elles (Séder Birkot Hanéhénin de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi 1, 21)[3].


[1]. Berakhot 41b : « Rabbi ‘Hiya a dit : “Le pain dispense [de bénédiction] toutes les sortes d’aliments, le vin dispense toutes les sortes de boissons.” » Selon Tossephot, la halakha ne suit pas les propos de Rabbi ‘Hiya (en effet, le pain ne couvre pas tous les aliments, mais seulement ceux qui sont mangés au titre du repas [à l’exclusion des desserts]. De la même façon, selon Tossephot, le vin ne couvre pas les autres boissons. Mais selon le Roch et les disciples de Rabbénou Yona, le vin couvre les autres boissons, et c’est en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 174, 2.

Les décisionnaires sont cependant partagés quant au fait de savoir s’il faut que les boissons en question soient devant soi au moment où l’on récite la bénédiction du vin ; cf. Michna Beroura 174, 3 et Béour Halakha. En pratique, dès lors qu’une possibilité raisonnable existait, au moment de la bénédiction, pour que l’on consommât lesdites boissons après avoir bu du vin, la bénédiction du vin les inclut. Telle est l’opinion du Meqor ‘Haïm  (de l’auteur du ‘Havot Yaïr) et de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi (Séder Birkot Hanéhénin 1, 21). Cependant, a priori, afin qu’il soit clair que l’intention porte également sur ces boissons supplémentaires, il sera bon de les placer devant soi au moment de prononcer la bénédiction sur le vin.

Tout ce qui est propre à être bu est compris dans la dénomination de « boisson » (machqé). Si donc on a remué du yaourt de type leben jusqu’à ce qu’il soit devenu semblable à une boisson, la bénédiction du vin pourra l’inclure. Mais le fromage et le yaourt non liquides, bien qu’ils soient faits à partir du lait qui, lui, est liquide, sont considérés comme des aliments solides, et la bénédiction du vin ne saurait les inclure. Quoique certains auteurs contestent cela, la position principale, en halakha, est que ce qui est propre à être bu est considéré comme boisson, et est donc couvert par la bénédiction du vin (cf. ci-après, chap. 10 § 11).

[2]. Selon le Nichmat Adam 55, 1, ce n’est que si l’on donne à sa consommation de vin le caractère d’une dégustation régulière (qavoua’), en en buvant plusieurs verres, que les autres boissons deviendront accessoires au vin, et que la bénédiction de celui-ci les couvrira. Le Béour Halakha 174, 2 ד »ה יין ne partage pas cet avis ; mais, en raison du doute, il estime qu’il faut boire une quantité de mélo lougmav (« plénitude de gorge ») de vin, pour acquitter les autres boissons de leur bénédiction. Toutefois, la majorité des décisionnaires estiment que même une petite quantité de vin est efficace ; c’est l’avis du Maguen Avraham, du Peri Mégadim, du Dérekh Ha‘haïm, du Choul‘han ‘Aroukh Harav 4, du ‘Aroukh Hachoul‘han 3 (en matière de Qidouch). C’est aussi ce qu’écrivent le Ye‘havé Da‘at V 20 et l’Or lé-Tsion 20, 9.

[3]. Il est juste, si l’on veut boire du vin et d’autres boissons, de former dès l’abord l’intention de couvrir, par la bénédiction du vin, les autres boissons. Si l’on a commencé par consommer d’autres boissons, et qu’on ait bu du vin par la suite, ou que l’on ait commencé par le vin tout en prévoyant de ne pas prendre d’autres boissons, puis que l’on ait changé d’avis et qu’on en ait finalement pris, les décisionnaires sont partagés : la bénédiction Mé‘ein chaloch peut-elle couvrir ces boissons autres que le vin, puisque, dans les deux cas, on aura dit Chéhakol sur lesdites boissons ? Comme l’indulgence est de principe en cas de doute portant sur une bénédiction, on ne dira pas Boré néfachot sur ces boissons en tant que telles. A priori, il sera bon de manger un aliment solide par lequel on s’obligera à dire Boré néfachot [ce par quoi on couvrira, à toutes fins utiles, les boissons autres que le vin] (cf. Yabia’ Omer V 17, 7, Pisqé Techouvot 174, 5, et Har‘havot sur le présent passage).

 

05. Vin que l’on a mêlé d’eau

Jadis, les vins étaient si forts qu’il ne convenait pas de les boire sans les mêler d’eau. La proportion habituelle consistait en un quart de vin et trois quarts d’eau (Baba Batra 96b). Même si le vin ne formait que le sixième du mélange, la bénédiction restait Haguéfen – puis Mé‘ein chaloch à la fin – tant que le goût de ce mélange était semblable à celui du vin. Mais si la proportion de vin était seulement du septième, la bénédiction devenait Chéhakol (Rema, Ora‘h ‘Haïm 204, 5, Yoré Dé‘a 134, 5).

Cependant, de l’avis de plusieurs décisionnaires, les vins de notre temps sont plus faibles, et ce n’est que dans le cas où la part de vin constitue la majorité et l’eau la minorité que l’on dira Haguéfen. Alors, l’eau elle-même contribue à former la mesure de revi‘it, dont la consommation oblige à réciter la bénédiction Mé‘ein chaloch[4].

S’agissant de certains vins doux et bon marché, il est d’usage de les mêler d’eau dès la production ; il faut donc prendre soin de ne pas ajouter beaucoup d’eau quand on boit de ces vins doux et simples, de crainte que l’eau ne devienne majoritaire face à la part de vin, de sorte que, aux yeux de nombreux décisionnaires, on ne pourrait dire la bénédiction Haguéfen. Mais on peut ajouter, même dans de tels vins, un peu d’eau, qui n’en change presque pas le goût.


[4]. Sur la lie de vin (d’autrefois, quand le vin était fort), le Choul‘han ‘Aroukh 204, 5 écrit que, s’il constitue le quart de l’ensemble du mélange [contre trois quarts d’eau], on considère qu’il s’agit encore de vin. Le Rema ajoute que, pour un vin ordinaire, si la part de vin dans le mélange constitue le sixième, le mélange est considéré comme du vin ; mais si la part de vin forme le septième seulement, le mélange n’est plus du vin. Le Michna Beroura 29 explique qu’il faut distinguer à cet égard entre lie et vin. Mais le Kaf Ha‘haïm 31 estime que, selon le Choul‘han ‘Aroukh, le vin lui-même doit constituer au moins le quart du mélange.

Le Michna Beroura ne relève pas le fait que les vins contemporains sont plus faibles que ceux de jadis, ce qui laisse entendre que, à notre époque aussi, un sixième de vin dans le mélange suffit à conférer à l’ensemble le statut de vin. Telle est la coutume de plusieurs offices de cacheroute. Toutefois, les Richonim ashkénazes (Rachbam, Tossephot sur Pessa‘him 108b) écrivent que la puissance de nos vins a baissé, ce que signale le Choul‘han ‘Aroukh 204, 5. Selon le Peri Mégadim 204 (Echel Avraham 16), ce n’est que lorsque le vin constitue plus de la moitié du mélange qu’il possède encore le statut de vin. L’Elya Rabba et le ‘Aroukh Hachoul‘han sont plus rigoureux : ils estiment que le vin s’est affaibli au point que même un peu d’eau est capable d’en abolir le statut. Mais la halakha suit la majorité des décisionnaires, selon qui, tant que le vin forme la majorité du mélange, on peut encore dire la bénédiction Haguéfen. Tel est l’avis du Kaf Ha‘haïm 32 et du ‘Hazon ‘Ovadia 6, 2.

Le professeur Zohar Amar précise que le vin produit à partir de raisin européen est moins fort que celui d’Israël, car, grâce au rayonnement solaire plus intense d’Erets Israël, la proportion de sucre dans le raisin augmente, ce qui accroît nécessairement le degré d’alcool créé lors de la production du vin. Quoi qu’il en soit, une fois que les Richonim du monde ashkénaze ont estimé que nos vins étaient moins forts que jadis, et que cette opinion a été largement adoptée en halakha et en pratique, le vin doit constituer la majorité, face à l’eau, afin que la bénédiction demeure Haguéfen. Certes, pour un vin d’Israël, il eût été possible, de prime abord, de dire Haguéfen, même pour une moindre part de vin dans le mélange ; mais puisque la coutume exigeant plus de 50 % de vin est déjà bien établie, il faut considérer que telle est la définition du vin, pour ce qui nous concerne.

 

06. Vin cuit et jus de raisin

Même si l’on a pasteurisé ou cuit le vin, sa bénédiction reste Haguéfen, car la cuisson ne change pas sa nature.

De même, si l’on y a ajouté du sucre, du miel ou d’autres ingrédients aromatiques, comme il est habituel d’ajouter aux vins du type Konditon[c], la bénédiction est Haguéfen, puisque le vin est le principal et que les autres ingrédients servent seulement à y ajouter du goût (Choul‘han ‘Aroukh 202, 1). Pour du vermouth bu pour le plaisir, on dira également Haguéfen, puisque le principal est le vin, tandis que les épices sont destinées à en modifier le goût (Béour Halakha ad loc.)[5].

Quant au jus de raisin, bien qu’il n’enivre ni ne réjouisse, il bénéficie lui aussi du statut de vin, puisque, comme lui, il est produit à partir du fruit de la vigne ; sa bénédiction est donc Haguéfen (Choul‘han ‘Aroukh 202, 1) ; et de même, sa bénédiction inclut toutes les autres boissons. Si l’on ajoute de l’eau au jus de raisin, ses bénédictions restent Haguéfen et ‘Al haguéfen, tant que l’eau est minoritaire[6].


[c]. Vins cuits sucrés, non bouchés, très simples.

[5]. Il est vrai que certains Guéonim, ainsi que Maïmonide, estiment que l’on ne saurait faire le Qidouch sur du vin cuit, et que la bénédiction de celui-ci est Chéhakol. C’est aussi ce qu’écrit le Rif dans un responsum. Mais la majorité des Richonim pensent que le vin cuit a bien le statut de vin, et c’est en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 202, 1. Cf. Ye‘havé Da’at II 35, selon qui, pour ceux-là même qui pensent que la bénédiction d’un tel vin est Chéhakol, on est quitte si l’on a dit Haguéfen, puisque l’on n’aura rien dit de faux. De plus, selon le Tachbets I 85, il se peut que, pour les Guéonim, ce soit seulement pour un vin très cuit, au point d’être devenu semblable à du miel, que l’on dit Chéhakol ; mais que, pour un vin cuit quelque peu, les Guéonim eux-mêmes eussent convenu que la bénédiction reste Haguéfen. Cf. Pniné Halakha – Les Lois de Chabbat I 6, 4.

[6]. Puisque le goût du jus de raisin est puissant, et qu’il ne change pas beaucoup après adjonction d’eau, celle-ci est considérée comme annulée dans le mélange, tant qu’elle reste minoritaire ; la règle est la même que celle du vin (exposée au paragraphe précédent ; cf. Or lé-Tsion II 20, 18).

Dans le cas même où le jus de raisin a subi une pasteurisation, au point qu’il ne pourrait plus fermenter, son statut reste celui de vin, puisqu’il vient du fruit de la vigne et qu’il garde, à ce titre, une importance particulière. De plus, la bénédiction Haguéfen s’appliquait à cette boisson dès l’étape où elle pouvait encore fermenter, comme le notent le Min‘hat Chelomo I 4 et d’autres A‘haronim. (On trouve cependant un auteur qui émet des doutes à ce sujet ; cf. Vézot Haberakha, Bérourim 26-2, 34).

07. Bénédiction Hatov vé-hamétiv pour un vin supplémentaire

Nos sages ont institué une bénédiction pour le fait de boire un vin supplémentaire. Si l’on boit du vin en compagnie d’autres personnes, et qu’ensuite on veuille boire un vin d’une autre sorte, on récitera, avant de boire du second, la bénédiction Hatov vé-hamétiv (« Béni sois-Tu… qui es bon et bienfaisant »), quoique l’on ait déjà dit, sur le premier vin, la bénédiction Haguéfen. De même, si l’on apporte un troisième vin, les buveurs diront une nouvelle fois Hatov vé-hamétiv ; et ainsi devra-t-on faire pour chaque vin supplémentaire dont on boira. Le propos de cette bénédiction est d’exprimer notre reconnaissance envers Dieu pour l’abondance du vin.

Cette règle est particulière au vin. Si l’on mangeait du pain, et que l’on veuille ensuite manger d’un pain d’une autre sorte, on ne dirait pas, sur ce nouveau pain, de bénédiction particulière : par la bénédiction prononcée sur le premier pain, on aura également couvert le second. La règle est la même pour les diverses sortes de viande : par une seule bénédiction, toutes sont incluses. Ce n’est que sur le vin que les sages ont institué une bénédiction pour l’abondance de ses différentes variétés. Cela, parce que le vin possède une vertu particulière : en plus de rassasier, il réjouit ; or chaque vin a son caractère, et, lorsqu’on boit d’une autre sorte de vin en société, la joie augmente. C’est pourquoi les sages ont prescrit de dire une bénédiction pour la profusion des vins (Berakhot 59b, Tossephot et Roch ad loc.).

Il n’est pas nécessaire que le deuxième vin soit meilleur que le premier : tant qu’il n’est pas notoirement moins bon, le fait qu’il diffère du premier lui confère une certaine nouveauté, par son goût ou sa nature, si bien que l’on doit dire sur lui la bénédiction Hatov vé-hamétiv. Par conséquent, si l’on a devant soi plusieurs bouteilles de vins divers, on dira Haguéfen sur la première, puis, pour chaque vin supplémentaire, Hatov vé-hamétiv. Même si deux de ces vins sont de même catégorie, on dira Haguéfen sur le premier, Hatov vé-hamétiv sur le second, dès lors qu’ils ont été produits de façon différente, ou qu’ils viennent de vendanges différentes, de sorte qu’il existe entre eux une différence gustative perceptible aux buveurs. Dans le cas même où le second est moins cher que le premier, on dira sur lui Hatov vé-hamétiv, tant qu’il possède une qualité spécifique qu’on ne trouvait pas dans le premier (Choul‘han ‘Aroukh 175, 2 et 6).

Si l’on a devant soi deux vins, l’un bon, l’autre nettement inférieur, on récitera Haguéfen sur le bon vin, puisqu’il faut toujours dire la bénédiction sur la meilleure sorte d’aliment. Et puisque le second vin est nettement moins bon que le premier, on ne pourra plus dire sur lui la bénédiction Hatov vé-hamétiv (Choul‘han ‘Aroukh 175, 3, cf. Michna Beroura 14)[7].


[7]. Guémara Berakhot 59b : « Quoique les sages aient enseigné que, dans le cas où l’on change de vin, on ne doit pas redire la bénédiction (Haguéfen), on dit Baroukh hatov vé-hamétiv. » La Guémara explique : « s’il y a des convives qui boivent avec lui. »

Selon Rabbénou Tam et le Rachba, même si le second vin est moins bon que le premier, on dit Hatov vé-hamétiv pour le changement et la variété qu’il apporte. Selon Rachi et le Rachbam, il faut que le second vin soit meilleur que le premier. Mais Tossephot soulève une objection à cela, en se fondant sur le Talmud de Jérusalem (Berakhot 6, 8) : « Rabbi, pour tout tonneau qu’il ouvrait, disait une bénédiction. Et que disait-il ? Rabbi Yits‘haq l’Ancien dit au nom de Rabbi : “Béni soit Celui qui est bon et bienfaisant (Baroukh hatov vé-hamétiv).” » Nous apprenons par-là que, tant qu’il existe une certaine différence entre les vins, même s’ils ont simplement fermenté dans des tonneaux différents, on dit sur le second Hatov vé-hamétiv, du moment que l’on ne connaît pas au second un moins bon goût qu’au premier, et bien que l’on ne sache pas non plus qu’il est meilleur. Tel est l’avis du Roch et du Tour, et c’est en ce sens que tranche le Choul‘han ‘Aroukh 175, 2 et 6.

Même quand le goût du second vin est connu, on dira sur lui Hatov vé-hamétiv si, par un certain côté, il est meilleur que le premier, comme l’explique le Mordekhi, cité par le Rema 175, 2. (D’après cette explication, il se peut que l’on puisse restreindre de beaucoup la controverse, en disant que, selon Rabbénou Tam et le Rachba, si l’on prononce la bénédiction dans le cas même où le second vin est moins bon que le premier, c’est parce qu’il est impossible que, par un certain côté, il ne soit pas meilleur. Et le Roch dit explicitement que, tant que le second est meilleur d’un certain point de vue, on dit la bénédiction. Rachi et le Rachbam seraient eux-mêmes d’accord, en principe, avec les propos du Roch, à condition que la qualité présente dans le second vin, et que ne possède pas le premier, soit nettement discernable.)

Si les convives ont deux vins devant eux, l’un bon, l’autre nettement inférieur, et qu’ils souhaitent commencer le repas par le vin le moins bon – par exemple s’il est sucré, et qu’ils souhaitent, pour cette raison, boire d’abord de celui-là –, les règles de préséance les autoriseront à dire sur lui la bénédiction Haguéfen ; dès lors, ils diront Hatov vé-hamétiv sur le second (cf. ci-après, chap. 9 § 8).

08. À quelles conditions on dit Hatov vé-hamétiv

On ne récite la bénédiction Hatov vé-hamétiv que dans le cas où deux personnes, au moins, boivent ensemble du second vin ; en effet, il n’y a pas de joie véritable à boire seul. C’est bien ce qui ressort des termes mêmes de la bénédiction, « qui es bon et bienfaisant » ; qui es bon pour l’homme, et bienfaisant envers le prochain de celui-ci. Même quand il s’agit de membres d’une même famille, tels qu’un homme et sa femme, ou un père et son fils, la halakha considère qu’on est en présence de deux personnes buvant ensemble (Choul‘han ‘Aroukh 175, 4).

De manière générale, il est préférable que l’un des convives récite Hatov vé-hamétiv pour tous les autres : de cette façon, la bénédiction est dite de la façon la plus honorable. Mais si chacun est occupé à ce qu’il mange, et que l’on ne s’interrompe pas pour boire ensemble, il est préférable que chacun dise la bénédiction pour soi-même (cf. Choul‘han ‘Aroukh 175, 5-6 ; 213, 1 ; cf. ci-après, chap. 12 § 7 et chap. 13 § 8).

Si le premier vin est terminé, et que l’on apporte un autre vin, on ne récite pas Hatov vé-hamétiv sur le second, car la joie qui réside dans l’abondance des vins ne le caractérise pas tellement ; en effet, si on l’a apporté, c’est parce qu’il ne restait plus du premier (Michna Beroura 175, 3). Toutefois, il semble que, si l’on a dans cette maison une autre bouteille de même sorte que la première, et que l’on ouvre une bouteille d’une autre sorte, on dira sur celle-ci Hatov vé-hamétiv.

Si l’on dispose d’un troisième vin, qui présente par rapport aux deux autres quelque nouveauté par son goût ou son caractère, on dira aussi sur lui Hatov vé-hamétiv ; de même pour le quatrième, et ainsi de suite. Il est préférable que, au moment où l’on dit Hatov vé-hamétiv sur le deuxième vin, il ne se trouve pas sur la table de vins supplémentaires, sur lesquels on voudrait dire ensuite la même bénédiction. De cette façon, chaque fois que l’on apportera à table un vin supplémentaire, la joie se renouvellera, ce qui nous conduira à réciter de nouveau Hatov vé-hamétiv.

Si l’on a fait le Qidouch sur du jus de raisin, et que, dans la suite du repas, on boive du vin, on dira Hatov vé-hamétiv sur ce dernier, car le « premier vin » peut être du simple jus de raisin. Le second vin, en revanche – celui qui réjouit – doit obligatoirement être alcoolisé.

Certains sont très rigoureux à l’égard de ces règles ; ils tiennent compte des réserves exprimées par tous les auteurs, tant et si bien qu’ils n’ont presque jamais l’occasion de dire la bénédiction Hatov vé-hamétiv sur le vin. Il convient que, à tout le moins, ils méditent en leur cœur les mots de la bénédiction Hatov vé-hamétiv. Mais en pratique, presque tous les A‘haronim donnent pour instruction de réciter effectivement Hatov vé-hamétiv sur le vin supplémentaire[8].


[8]. Le Kaf Ha‘haïm craignait beaucoup de dire la bénédiction Hatov vé-hamétiv ; en tout cas de controverse ou de doute, il tranchait selon l’opinion rigoureuse, si bien qu’en pratique, ceux dont la coutume suit son avis ne disent presque jamais cette bénédiction. Mais il est bon qu’ils en méditent les mots en leur for intérieur (cf. 175, 12). C’est en ce sens qu’inclinent aussi le Min‘hat Yits‘haq IX 14 et le Pisqé Techouvot. Ces auteurs font valoir deux motifs centraux de doute : le premier est qu’il faut tenir compte de l’opinion d’après laquelle ce n’est que pour un vin nettement meilleur que l’on dit cette bénédiction (cf. note précédente) ; le deuxième est que, selon le Levouch, si plusieurs vins sont présents sur la table, et que l’on ait dit Haguéfen sur l’un d’entre eux, on a dispensé par-là les autres vins de la bénédiction, et l’on ne peut plus dire Hatov vé-hamétiv sur eux. Ce n’est que si l’on apporte un vin qui n’était pas sur la table que les convives pourront réciter sur lui Hatov vé-hamétiv. Le Divré ‘Hamoudot (sur le Roch, Berakhot, chap. 9, 47) est plus rigoureux encore : selon lui, la bénédiction Haguéfen acquitte tous les vins de la maison, et ce n’est que si l’on apporte un vin de la cave, ou d’une autre maison, que l’on dira sur lui Hatov vé-hamétiv.En pratique, le Choul‘han ‘Aroukh décide – et telle est l’opinion de la grande majorité des A‘haronim – que, même si les deux vins sont sur la table, tant que l’on ne sait pas que l’un est nettement meilleur que l’autre, on dit sur le premier Haguéfen et sur le second Hatov vé-hamétiv. Si l’on veut donner à sa pratique un supplément de perfection, on enlèvera les autres vins de la table avant de dire Haguéfen ; de cette façon, de l’avis même du Levouch, on pourra dire sur le second Hatov vé-hamétiv. C’est cette conduite qu’il est préférable d’adopter, puisque, grâce à l’apparition d’un nouveau vin, la joie se renouvelle : du sein de cette joie, on récitera la bénédiction Hatov vé-hamétiv avec un supplément de perfection.

D’après le passage du Talmud de Jérusalem que nous mentionnions en note 7, il apparaît clairement que l’on doit réciter Hatov vé-hamétiv pour chaque vin supplémentaire. Et des termes du Talmud de Jérusalem et des Richonim, il ressort qu’il n’y a à cela nulle condition, comme l’écrit le Da‘at Torah, et comme le laisse entendre le Cheyaré Knesset Haguedola. Toutefois, l’Elya Rabba 6 écrit qu’il est bon d’ôter de la table le troisième vin au moment où l’on doit dire la bénédiction sur le deuxième. Selon le Peri Mégadim, Michbetsot Zahav 3, il est vraisemblable qu’il faille ôter le troisième vin, faute de quoi la bénédiction Hatov vé-hamétiv, récitée sur le deuxième, vaudrait aussi pour le troisième. C’est aussi l’opinion du Michna Beroura 14. Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, en Séder Birkot Hanéhénin 12, 17, est plus rigoureux. Quoi qu’il en soit, a posteriori, si on ne l’a pas ôté, on pourra toujours dire Hatov vé-hamétiv sur le troisième, puisque les Richonim et les A‘haronim n’ont pas du tout précisé qu’il fallait l’ôter de la table.

Si l’on apporte aux convives un vin auquel ils ne pensaient pas du tout au moment où l’on avait dit la bénédiction Haguéfen, de sorte que, pour en pouvoir boire, on doive redire Haguéfen, un nouveau doute apparaît. Selon le Maguen Avraham et le Choul‘han ‘Aroukh Harav, on dira sur ce second vin Haguéfen ainsi que Hatov vé-hamétiv (cf. Michna Beroura 175, 2, Cha‘ar Hatsioun 2-3). Mais selon la majorité des décisionnaires – parmi lesquels le ‘Itour, le Beit Yehouda I 49, le Birké Yossef et le ‘Aroukh Hachoul‘han 8 –, dès lors que l’on doit réciter Haguéfen sur le second, on ne peut plus dire sur lui Hatov vé-hamétiv. En raison du doute, c’est ce dernier avis qu’il faut adopter.

Selon le Mordekhi, la bénédiction Hatov vé-hamétiv ne se dit que lorsque les deux buveurs sont associés dans la possession du vin. Le Maguen Avraham et le Michna Beroura 15 tiennent compte de son avis ; aussi, écrivent-ils, quand on invite son prochain, il est bon de l’autoriser à se servir de la bouteille comme il lui plaira ; ou de penser en son for intérieur que, même après avoir versé le vin dans le verre de l’invité, on sera encore associé à celui-ci dans la possession du vin qui est en son verre. De cette façon, tout le monde s’accorde à dire que l’on pourra réciter Hatov vé-hamétiv (Cha‘ar Hatsioun 15). Mais en pratique, même si l’on n’a pas formé cette pensée, on pourra réciter Hatov vé-hamétiv, car cette bénédiction a pour principal objet la joie qu’il y a à boire ensemble, comme l’écrit le Beit Yossef, et comme il ressort du silence des Richonim à cet égard. Telle est l’opinion de nombreux A‘haronim (Pera‘h Chouchan I 12, Nehar Chalom 221, Séder Birkot Hanéhénin 12, 13) ; et c’est ce que laissent entendre les paroles du Rav Kook en Michpat Cohen 124, p. 274.

Pour pouvoir réciter Hatov vé-hamétiv sur le second vin, il faut que les convives boivent l’un et l’autre du même vin (Guinat Vradim I 41, Elya Rabba 175, 7, Maamar Mordekhaï 6) ; mais s’agissant du premier, les convives peuvent boire des vins différents.

Certains exigent que l’on boive une mesure de mélo lougmav de chaque vin (Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch, Or lé-Tsion II 12, 8). D’autres exigent que l’on boive au moins un revi‘it de chaque vin (Da‘at Torah, Kaf Ha‘haïm 10). Toutefois, on ne voit nulle mention, chez les Richonim, d’une quantité minimale ; ce qui laisse entendre que, même s’il ne s’agit que de goûter au second vin, la bénédiction Hatov vé-hamétiv doit être récitée. C’est bien l’avis de la majorité des A‘haronim (Mahari Halévi, ‘Hessed lé-Avraham, Qetsot Hachoul‘han, Yabia’ Omer VIII 23, 16, Chémech Oumaguen III 88, 3) ; et telle est la halakha. Si l’on veut embellir sa pratique, on boira une mesure de mélo lougmav ; et si l’on boit un revi‘it de manière continue, on pourra sans aucun doute dire la bénédiction finale (cf. ci-après, chap. 10 § 10).

Certains décisionnaires contemporains doutent que l’on puisse considérer comme « premier vin » le jus de raisin. Mais des propos des Richonim et des A‘haronim qui n’ont point mentionné cette crainte, il apparaît que l’on peut considérer le jus de raisin comme du vin. En revanche, il semble qu’on ne puisse le tenir pour « second vin », sur lequel se récite la bénédiction Hatov vé-hamétiv, puisqu’il ne réjouit pas particulièrement. Tel est l’avis de nombreux auteurs contemporains (cf. Vézot Haberakha p. 173).

Si l’on a déjà bu du second vin sans avoir dit Hatov vé-hamétiv, mais qu’on ait l’intention de continuer à en boire, on dira cette bénédiction (Michna Beroura 175, 15).

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