Chapitre 02- Ablution des mains avant le repas

11. Comment on procède à l’ablution en pratique

Voici la procédure de nétilat yadaïm (ablution des mains) : on verse d’abord de l’eau sur la main droite, deux fois consécutives, puis on verse de l’eau sur la main gauche, deux fois consécutives. On donne préséance à la droite, parce que le côté droit fait allusion à l’attribut de ‘hessed (grâce, bienfaisance divine) ; il convient donc de lui donner préséance sur la gauche, qui se réfère à l’attribut de din (rigueur, stricte justice). Durant toute l’ablution, jusqu’au séchage des mains, on a coutume d’élever un peu les doigts[12] (certains apportent à leur pratique un supplément de perfection, conformément à l’enseignement de Rabbi Isaac Louria, en versant l’eau trois fois sur chaque main, puis en élevant les mains à hauteur de la tête avant la bénédiction, comme le rapporte le Kaf Ha‘haïm 162, 2).

Cette ablution diffère de celle du matin, au réveil. Pour celle du matin, il faut verser l’eau trois fois alternativement sur chaque main : d’abord une fois sur la droite, puis une fois sur la gauche, et ainsi de suite jusqu’à avoir versé trois fois l’eau sur chaque main. En effet, après le sommeil, l’esprit d’impureté repose sur les mains ; or nos sages enseignent que le moyen de le retirer est précisément de se laver les mains par alternance (Chabbat 109a). Pour l’ablution qui précède le repas, en revanche, non seulement il n’est pas nécessaire de se laver les mains alternativement, mais au contraire, il est préférable de laver chaque main deux fois de suite. En effet, si l’on a versé moins d’un revi‘it (environ le volume d’un œuf et demi) sur sa main lors de la première ablution, cette première eau aura certes purifié la main, mais l’eau elle-même (restant sur elle) demeurera impure. Ce n’est que grâce à la seconde ablution que l’eau présente sur la main sera, elle aussi, purifiée. Et pour hâter cette purification, on a soin de verser l’eau deux fois consécutivement.

Bien qu’on lave chaque main deux fois, il est juste de veiller à verser sur chaque main, la première fois, au moins la mesure d’un revi‘it (un « quart de log »). Ainsi, on purifie les mains entièrement, de l’avis de tous les décisionnaires[13].

Les récipients ordinaires de nétilat yadaïm[14] contiennent environ un litre ; en les remplissant à moitié, on peut déjà accomplir l’ablution dans toute sa perfection. Le problème est que nombreux sont ceux qui ne versent pas l’eau de façon précise et efficace, de sorte que, même lorsqu’ils versent beaucoup d’eau sur la main, ils n’humidifient pas tous les doigts ni toute la partie métacarpienne de la main (paume et face dorsale) ; dès lors, ils ne purifient pas la main. Aussi faut-il apprendre à verser l’eau comme il convient, de façon que, à chaque effusion, l’eau soit versée sur toute la main.

Signalons que l’on peut se laver les mains avec un verre ordinaire. Certes, nous avons soin de laver toute la main, et de verser dès l’abord un revi‘it sur chaque main – or l’eau contenue dans un simple verre suffit en général à une seule d’entre elles. Mais on peut, après avoir terminé de laver la main droite, remplir d’eau le verre, à l’aide du robinet, et continuer en lavant la main gauche. Il faut seulement veiller, au moment où l’on remplit le verre, à ce que la main lavée ne touche pas celle qui ne l’est pas encore.


[12]. La main se tient horizontalement, paume vers le haut, doigts non serrés, légèrement orientés vers le haut ; cela, afin que l’eau se répande sur les doigts et l’ensemble de la main.

 

[13]. La mesure d’un quart de log équivaut, selon Rabbi ‘Haïm Naeh, à 86 ml ; mais selon l’évaluation mise à jour, il s’agit d’environ 75 ml. Le ‘Hazon Ich l’évalue à 150 ml, mais il n’est pas nécessaire de tenir compte de cette estimation, comme nous le verrons ci-après, chap. 10, note 11. Certes, ceux qui se montrent rigoureux à cet égard seront bénis pour cela, car les sages enseignent qu’il est bon de se laver les mains avec abondance d’eau ; de cette manière, on pourra également laver comme il convient toute sa main ; mais il n’y a pas lieu de pousser la rigueur au-delà de la mesure du ‘Hazon Ich.

 

La procédure d’ablution est bien exposée par le Michna Beroura 162, paragraphes 1 et 49. Le fait d’élever les mains est expliqué par le Choul‘han ‘Aroukh 162, 1 et le Michna Beroura 9-11. Là, il est dit que, si l’on s’en tient à la stricte obligation – telle que la majorité des décisionnaires la conçoivent –, lorsqu’on verse sur chaque main un revi‘it d’eau, il n’est pas nécessaire d’élever les doigts. Malgré cela, certains ont coutume d’être pointilleux à cet égard. A posteriori, si l’on n’a pas procédé à deux effusions sur chaque main, mais que l’on ait versé un revi‘it sur chacune, les mains sont purifiées, puisque, pour la majorité des Richonim, après s’être lavé la main avec un revi‘it, l’eau n’est plus porteuse d’impureté. Ce n’est que selon le Raavad que, dans le cas même où l’on a versé un revi‘it, l’eau qui se trouve sur la main reste impure, et qu’il faut donc verser de l’eau une seconde fois. A priori, on a coutume de se conformer à l’avis du Raavad, mais a posteriori, après s’être lavé la main avec un revi‘it, on considère que l’eau restant sur la main n’est pas impure, et que l’ablution est valide.

 

[14]. Versoirs, souvent à deux anses.

12. Minutie dans la pratique de l’ablution

Le processus de retrait de l’impureté des mains et de purification est complexe et, tant qu’il n’est pas achevé, il faut faire très attention de ne pas lui porter atteinte. Aussi, après avoir lavé la première main, faut-il faire attention que celle-ci ne touche pas la seconde. Si la main non encore lavée touchait la main lavée, la main non lavée rendrait impure l’eau qui se trouve sur la main pure ; et cette eau rendrait impures tant la main qui avait été purifiée que la main non encore lavée. Et puisque l’impureté se communique à chaque main par l’autre, il est impossible de continuer à les purifier par une aspersion supplémentaire. En effet, nous avons vu que la seconde aspersion n’a pour effet que de purifier la première eau, rendue impure par l’effet de la première aspersion. Tandis que l’eau rendue impure au contact de l’autre main ne saurait se purifier par une effusion supplémentaire. Il faut donc essuyer les mains et reprendre l’ablution au début. Après avoir achevé l’ablution de chaque main, c’est-à-dire après avoir versé deux fois l’eau sur chacune des deux mains, celles-ci peuvent se toucher ; et nombreux sont ceux qui ont coutume de les frotter l’une dans l’autre. Mais si un autre Juif, dont les mains ne sont pas encore lavées rituellement, touche de ses mains les vôtres, vos mains redeviennent impures, et, pour les purifier, il vous faudra les sécher et recommencer l’ablution au début (Choul‘han ‘Aroukh 162, 4, Michna Beroura 45 et 48).

Après avoir séché ses mains, s’achève le processus de purification, et les mains ne reçoivent plus d’impureté. Même si un autre Juif, qui ne s’est pas lavé les mains, les touchait, les mains lavées n’en recueilleraient point d’impureté. Même si la main de ce Juif était mouillée, les mains lavées dont le processus de purification est achevé ne seront pas rendues impures, et l’on pourra poursuivre le repas.

Certains ont soin de sécher les anses de l’ustensile, de façon qu’elles n’aient plus aucune humidité. En effet, selon eux, lorsqu’on prendra l’ustensile pour procéder à l’ablution, l’eau qui s’y trouve sera rendue impure par les mains non encore lavées. Et, après avoir lavé sa main droite, et repris l’anse droite en main pour verser l’eau sur la main gauche, la main droite contractera l’impureté de l’eau présente sur l’anse. Pour éviter l’impureté de l’eau déposée sur l’ustensile, on sèche donc ses anses (Pisqé Techouvot et Choul‘han Chelomo).

Mais en pratique, la majorité des décisionnaires estiment qu’il n’est pas nécessaire de sécher les anses de l’ustensile avant l’ablution. En effet, seule l’eau qui est sur les mains au moment de l’ablution elle-même est rendue impure par contact avec une main non lavée ; tandis que l’eau qui est sur les mains avant le début de l’ablution n’est pas susceptible d’impureté. Par exemple, si l’on a les mains sales, et qu’on les ait rincées avant l’ablution, l’eau qui couvre les mains n’est pas impure ; aussi peut-on, sans les sécher, emplir d’eau l’ustensile et procéder par son biais à l’ablution rituelle des mains (Béour Halakha 162, 2, passage commençant par Hanotel). De même pour le contact de la main avec l’anse de l’ustensile : puisque ce contact a lieu avant le début de l’ablution, l’eau qui est sur l’anse n’est pas rendue impure par la main ; dès lors, par la suite, quand au cours du rite d’ablution la main touchera l’eau présente sur l’anse, cette main ne contractera pas non plus d’impureté. En revanche, il faut être rigoureux sur un autre point : laver chaque main deux fois de suite ; car alors, l’eau qui est sur la main est entièrement purifiée. Mais si on lave la main une seule fois avec une quantité d’eau inférieure à un revi‘it, l’eau impure qui est sur la main passe à l’anse, et, quand l’autre main touchera l’anse, elle contractera l’impureté ; on devra alors se sécher les mains et recommencer l’ablution du début (Michna Beroura 162, 49, Cha‘ar Hatsioun 41)[15].


[15]. Certains exigent de sécher les anses de l’ustensile dans le seul cas où de nombreuses personnes se lavent les mains ; cela, par crainte qu’une personne n’ait lavé sa main avec moins d’un revi‘it et sur le mode de l’alternance, de sorte que sa main aura rendu impure l’eau qui était sur l’anse de l’ustensile, et que cette eau rendra impures les mains de tous ceux qui procèderont ensuite à l’ablution (Erets Tsvi 35).

Cependant, en cela aussi, l’usage est d’être indulgent. Cf. Har‘havot, où l’on voit qu’il y a à cette indulgence deux raisons : a) il n’est pas certain que quelqu’un se soit lavé la main avec moins d’un revi‘it et ait touché l’anse de l’ustensile ; or, en cas de doute portant sur une norme rabbinique, on est indulgent ; b) on peut soutenir que l’eau impure restée sur l’anse, et provenant des mains de la personne précédente, ne rend pas impures les mains de la personne suivante. Il se peut en effet que cette eau ne puisse rendre impures que les mains de la personne même qui, au cours de son ablution, l’a déposée, et non quelque autre personne. Si l’on veut échapper à la majorité des doutes, on aura soin de sécher chaque main avant de la laver, et de verser sur elle la mesure d’un revi‘it. En effet, selon le Choul‘han ‘Aroukh Harav (162, 10) et ceux qui partagent son avis, après que l’on s’est lavé la main avec un revi‘it, la purification de cette main est achevée, et elle ne contractera plus aucune impureté.

Certes, a priori, on tient compte de l’opinion rigoureuse, comme nous l’écrivons dans le corps de texte ; mais ici, où il y a d’autres motifs d’indulgence, on peut associer auxdits motifs, pour pencher dans le sens de l’indulgence, les propos du Choul‘han ‘Aroukh Harav et de ceux qui se rangent à ses côtés.

L’eau contenue dans l’ustensile n’est pas invalidée par le contact de la main avant le début de l’ablution (Rema 160, 11).

 

13. Moment de la bénédiction

On dit la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm après s’être lavé les mains, mais avant de les sécher. De prime abord, il y a lieu de s’interroger : pour toute mitsva, nous disons la bénédiction avant de l’accomplir, afin de spécifier notre intention à l’approche de cette mitsva. Pourquoi donc, dans le cas de cette bénédiction, la prononçons-nous après avoir accompli la mitsva, c’est-à-dire après l’ablution ?

La raison en est que, parfois, il n’est pas possible de dire la bénédiction avant l’ablution, parce que les mains sont souillées, or il ne convient pas de prononcer une bénédiction avec des mains souillées ; aussi la récite-t-on après l’ablution. Et pour ne pas créer de confusion dans l’esprit de ceux qui se lavent les mains, l’usage de réciter la bénédiction après l’ablution a été fixé également pour tout le monde. De même, nous voyons qu’un prosélyte qui s’immerge au bain rituel à l’occasion de sa conversion récite la bénédiction sur l’immersion après s’être immergé, car, avant l’immersion, il est encore non juif, et ne peut donc pas prononcer de bénédiction sur la conversion (cf. Tossephot sur Berakhot 51a, Tour et Beit Yossef 158, 11).

De plus, sécher ses mains fait partie de la mitsva, car il serait repoussant de manger du pain avec des mains humides ; or tout le propos de l’ablution est de purifier et de nettoyer les mains en l’honneur du repas (Rachi sur Sota 4b, Michna Beroura 158, 45-46). D’après cela, tant que l’on dit la bénédiction avant de se sécher les mains, on considère encore qu’elle est récitée avant l’achèvement de la mitsva[16].

Puisque la bénédiction se rapporte à tout le processus d’ablution, il est interdit de s’interrompre par des paroles, pendant tout le temps qui s’étend de l’ablution à la fin du séchage. Il faut se presser de dire la bénédiction immédiatement après l’ablution ; de même, il faut se hâter de se sécher les mains dès après la fin de la bénédiction.


[16]. Selon le Touré Zahav 158, 12, si l’on a déjà séché ses mains, on a perdu la possibilité de dire la bénédiction, puisqu’on a achevé la mitsva. Mais d’après la majorité des décisionnaires, parmi lesquels le Rema 158, 11, le Maguen Avraham 16 et le Michna Beroura 44, tant que l’on n’a pas commencé la bénédiction sur le pain, on peut encore, a posteriori, prononcer celle de l’ablution. En effet, puisque la bénédiction de l’ablution a, fondamentalement, déjà été déplacée, on peut la réciter après la fin du séchage même. Si l’on veut apporter à sa pratique un supplément de perfection, on suivra le conseil du Peri Mégadim, Michbetsot Zahav 158, 12 : on touchera de ses doigts quelque endroit ordinairement couvert de son corps ; de cette façon, on sera obligé de recommencer l’ablution ; on la recommencera donc, en récitant cette fois la bénédiction. Selon le Ben Ich ‘Haï, Chemini 7, ce n’est que de cette façon que l’on pourra la réciter.

 

Selon Maïmonide, Berakhot 6, 2, on dit la bénédiction avant l’ablution. Il est juste que ceux qui se conforment à cette coutume [ce qui est le cas de certaines communautés yéménites] poursuivent dans cette voie. Toutefois, même au Yémen, nombreux sont ceux qui ne partagent pas cette coutume (Pisqé Maharits, lois de la conduite de l’homme le matin 22).

 

14. Interruption entre le séchage des mains et la bénédiction Hamotsi

Les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir s’il est permis de parler entre la fin du séchage des mains et la bénédiction Hamotsi (« qui fais sortir le pain de la terre »). Selon Maïmonide, tant que l’on n’a pas détourné son esprit du fait que l’on s’apprête à manger, il est permis de parler de tout sujet, et cela ne constitue pas une interruption. Mais si l’on a détourné son esprit du repas que l’on s’apprête à faire, que ce soit par des paroles ou par des actes, au point que l’on a oublié que l’on est sur le point de manger, on a perdu le bénéfice de l’ablution, et l’on doit se relaver les mains. Selon le Roch, il ne faut pas s’interrompre par des paroles entre l’ablution et la bénédiction Hamotsi, et ce n’est que pour les besoins du repas qu’il est permis de parler ; par exemple, s’il manque du sel à table, ou un couteau, ou du pain, il est permis de demander qu’on apporte cela.

En pratique, les décisionnaires écrivent qu’il convient d’être rigoureux et de ne pas s’interrompre, entre le séchage des mains et la bénédiction Hamotsi, par des paroles qui ne sont pas indispensables au repas (Choul‘han ‘Aroukh 166, 1, Michna Beroura 2-3). Mais il est permis de répondre amen durant ce temps (Qitsour Choul‘han ‘Aroukh 41, 2). De même, si quelque important personnage nous adresse une question, et qu’il soit attentatoire à son honneur de ne point lui répondre, nous pouvons lui répondre brièvement[17].

Selon certains décisionnaires, il convient que le temps s’étendant entre l’achèvement de l’ablution et la bénédiction Hamotsi soit inférieur au temps nécessaire pour marcher 22 ama, c’est-à-dire environ onze mètres (Rema, d’après Tossephot sur Sota 39a). Mais si l’évier est éloigné de onze mètres de la table, on peut, a priori, utiliser cet évier pour se laver les mains, et cela ne constitue pas une interruption. En effet, ce que visent ces décisionnaires rigoureux consiste à ne pas marquer gratuitement d’interruption égalant la durée d’une marche de onze mètres ; mais s’il y a une nécessité, on ne considère pas qu’il y a interruption, ce de l’avis même des auteurs rigoureux (‘Aroukh Hachoul‘han 166, 2).


[17]. De nombreuses personnes originaires du Yémen ont l’usage de parler entre le séchage des mains et la bénédiction Hamotsi. Puisque leur coutume a une base forte en halakha, ils n’ont pas à tenir compte de l’opinion rigoureuse et à changer leur pratique.

 

15. Si l’on se lave les mains après avoir fait ses besoins

Il arrive que l’on aille aux toilettes avant le repas. On doit ensuite se laver les mains, ce pour deux raisons : la première est de se purifier après avoir fait ses besoins, la seconde est de se purifier à l’approche du repas. La question qui se pose est de savoir si l’on peut se contenter d’une seule ablution.

Certains pensent qu’il est préférable de se laver les mains deux fois, car, si on se les lavait une fois seulement, on devrait réciter deux bénédictions à la fois : Acher yatsar[18] et ‘Al nétilat yadaïm ; or, immédiatement après l’ablution, on ne peut réciter Acher yatsar, puisqu’il est interdit de s’interrompre entre l’ablution et la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm ; et après que l’on s’est séché les mains, on ne peut pas davantage dire Acher yatsar, car on ne s’interrompt pas entre l’ablution et la bénédiction du pain, Hamotsi. Quant au fait de différer Acher yatsar après le début de la consommation du pain, ce serait un trop long délai. Aussi se lavera-t-on d’abord les mains sans ustensile – d’une manière qui ne serait donc point conforme pour une ablution précédant le repas – ; on récitera alors la bénédiction Acher yatsar. Puis, sans qu’il soit besoin de se sécher les mains, on les lavera une seconde fois, à présent avec un ustensile, et l’on dira la bénédiction relative à l’ablution (cf. Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 165, 1 et Michna Beroura 2).

D’autres estiment que l’on peut se contenter d’une seule ablution, faite au moyen d’un ustensile : avant de se sécher les mains, on récitera la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm ; après avoir séché ses mains, on dira Acher yatsar, puis on prononcera la bénédiction du pain et l’on mangera. Selon cet avis, la bénédiction Acher yatsar ne constitue pas une interruption entre l’ablution et la consommation du pain. Si l’on veut s’appuyer sur cette opinion, on y est autorisé (cf. Michna Beroura 165, 2). Selon plusieurs grands A‘haronim, cette pratique est même préférable (Gaon de Vilna, ‘Aroukh Hachoul‘han 165, 2) ; et nombreux sont ceux qui suivent cet usage.


[18]. Bénédiction qui se dit après avoir fait ses besoins et s’être lavé les mains.

 

16. Si l’on va aux toilettes au milieu du repas

Si, pendant le repas, on a touché à quelque endroit du corps qui est ordinairement couvert, et où il se trouve un peu de sueur, il faut se relaver rituellement les mains. En effet, le propos de l’ablution est de laver et de sanctifier nos mains à l’approche du repas ; or, quand on touche une partie souillée du corps, on perd, pour la suite du repas, le bénéfice de l’ablution faite. Selon de nombreux décisionnaires, il faut même redire la bénédiction de l’ablution (Rachba, Choul‘han ‘Aroukh 164, 2) ; mais puisque d’autres décisionnaires sont en désaccord à cet égard, on se relavera les mains sans redire la bénédiction (Rabbi Chelomo Louria, Cheyaré Knesset Haguedola). Même si l’on a uriné, on se relavera rituellement les mains, sans redire la bénédiction.

Mais si l’on est allé à la selle, et que l’on ait l’intention de continuer de manger du pain dans la quantité d’un kabeitsa (volume d’un œuf), on répétera l’ablution avec sa bénédiction. On procèdera ainsi : tout de suite après l’ablution, on récitera la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm, puis, après s’être séché les mains, on dira la bénédiction Acher yatsar. Bien que, à cet égard aussi, certains auteurs émettent des doutes, telle est l’opinion de la majorité des décisionnaires, et tel est aussi l’usage de nombreuses personnes (Michna Beroura 164, 13, Béour Halakha, passage commençant par La‘hazor)[19].

Si, durant une heure ou davantage, on a quitté le lieu où se tient le repas, et que l’on n’ait pas veillé à préserver la propreté de ses mains, la règle est la suivante : quoique l’on ait eu pour intention de poursuivre sa consommation de pain, on aura même statut que celui qui commence un nouveau repas, lequel a l’obligation de se laver les mains et de prononcer la bénédiction. Mais quant à la bénédiction Hamotsi, on ne la répétera pas, puisque l’on avait l’intention de continuer à manger du pain[20].


[19]. Le Rachba (I 192) et d’autres Richonim estiment que celui-là même qui touche quelque endroit habituellement couvert du corps doit se relaver rituellement les mains en répétant la bénédiction. C’est aussi ce qu’écrivent le Choul‘han ‘Aroukh 164, 2, le Levouch, le Mor Ouqtsi‘a, le Beit Méïr et de nombreux autres auteurs. Selon Rabbi Chelomo Louria, les sages n’ont pas institué, au milieu du repas, d’ablution assortie d’une bénédiction ; aussi, celui qui touche un endroit du corps ordinairement couvert se relavera-t-il les mains sans bénédiction. C’est aussi la position du Cheyaré Knesset Haguedola, du ‘Olat Tamid, du Maguen Guiborim et d’autres décisionnaires. Certains auteurs écrivent que, dans le cas même où l’on est allé à la selle, on se relavera les mains sans redire la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm : tel est l’avis du Touré Zahav, du Choul‘han ‘Aroukh Harav, du Peri Mégadim, du Qitsour Choul‘han ‘Aroukh et du Ben Ich ‘Haï. Il n’y a pas lieu de contester l’usage de ceux qui suivent cette opinion.

 

Mais l’auteur du Michna Beroura et du Béour Halakha appuie les propos du Rachba et du Choul‘han ‘Aroukh – d’après lesquels, même si l’on a seulement touché quelque endroit du corps ordinairement couvert, on redit la bénédiction –, et écrit que l’on ne perd rien à la redire, comme ces autorités le prescrivent. Mais pour sa propre part, le Michna Beroura tranche conformément à la position du ‘Hayé Adam 40, 14, selon qui on redira la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm dans le seul cas où l’on est allé à la selle. Selon le Nichmat Adam, Rabbi Chelomo Louria lui-même s’accorde avec cela, car ce n’est qu’à l’égard d’un contact avec une partie du corps ordinairement couverte qu’il conteste l’avis du Rachba ; et l’auteur apporte, à l’appui de ce qu’il avance, une preuve de la Guémara Yoma 30a. Le Béour Halakha ajoute à cela un argument : nous voyons en Choul‘han ‘Aroukh 7 que, selon de nombreux Richonim, quiconque va à la selle doit ensuite se laver les mains et réciter la bénédiction de l’ablution. Nous trouvons aussi de nombreux A‘haronim qui ne tiennent pas compte du doute, et selon qui, à tout le moins, on doit redire la bénédiction lorsqu’on est allé à la selle au cours du repas. Parmi eux : ‘Aroukh Hachoul‘han 164, 5, Afiqé Meguinim 164, 7 ; le Beit Baroukh 40, 85 ajoute que tel est l’usage ; et c’est aussi la position de nombreux ouvrages contemporains.

 

Aussi, bien qu’il s’agisse d’un cas de doute portant sur une bénédiction, nous nous prononçons en ce sens, puisque telle est l’opinion des Richonim (et l’on ne trouve pas de Richon qui s’oppose explicitement à cela), que telle est celle de la majorité des décisionnaires, et que telle est la règle au titre du sfeq sfeqa [cumul de deux doutes] (puisque certains pensent qu’il faut dire ‘Al nétilat yadaïm après être allé à la selle). Or nous avons vu que, selon certains auteurs, même en matière de bénédictions, on ne tient pas compte du doute s’il se dégage une nette majorité ; de même en cas de sfeq sfeqa (comme nous le verrons ci-après, chap. 12, note 4). De plus, il est de principe que, en présence d’une coutume, on ne tient pas compte du doute en matière de bénédiction ; or c’est en effet la coutume de nombreuses personnes, comme le démontre le fait que nombre d’A‘haronim prescrivent de réciter la bénédiction, après même que les propos de Rabbi Chelomo Louria et de ceux qui partagent son avis ont été publiés.

 

[20]. Si l’on est allé dormir sur son lit au milieu du repas durant plus d’une demi-heure, on devra, si l’on veut ensuite continuer son repas et manger un volume de pain d’un kabeitsa, se relaver les mains avec bénédiction (cf. ci-dessus, § 6). On répétera aussi la bénédiction Hamotsi sur le pain, puisque, par son sommeil, on aura détourné son esprit du repas (cf. ci-après, chap. 3 § 10). Si l’on a dormi moins d’une demi-heure, on se relavera les mains lorsqu’on reprendra son repas, mais sans bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh 170, 1, Michna Beroura 170, 9 et 178, 48 ; cf. Pisqé Techouvot 164, 5)

 

17. Cas de nécessité pressante

Si l’on veut manger du pain, et que l’on n’ait pas d’eau pour se laver les mains, les sages font obligation de marcher jusqu’à la distance d’un mille talmudique (près d’un kilomètre, soit environ dix-huit minutes de marche[21]) pour trouver de l’eau, afin d’accomplir la mitsva de l’ablution des mains. Mais si l’eau est éloignée de plus d’un mille, on enveloppera ses mains dans un vêtement ou des gants, afin de créer une séparation entre les mains et le pain ; on dira alors la bénédiction Hamotsi et l’on mangera (Choul‘han ‘Aroukh 163, 1).

Si l’on est en chemin, et que l’on sache que l’on pourra trouver de l’eau à quelques kilomètres de là, chemin faisant, la règle est la suivante : si l’eau se trouve à une distance inférieure à quatre milles (près de quatre kilomètres, soit environ soixante-douze minutes de marche), on devra continuer sa route, et, lorsqu’on sera arrivé au point d’eau, on se lavera les mains et l’on mangera. Si l’eau n’est pas sur son chemin même, mais à l’écart ou en arrière, tant qu’elle se trouve à une distance inférieure à un mille, on devra faire ce détour pour se laver les mains.

Mais si l’eau se trouve à une distance supérieure à quatre milles sur sa route, ou à une distance supérieure à un mille en faisant un détour, et que l’on ait faim, il sera permis de se couvrir les mains de gants, ou de les envelopper d’un vêtement, et de manger sans ablution préalable. Si l’on n’a point de vêtement pour se couvrir les mains, on mangera le pain à l’aide d’une fourchette ou d’une cuiller, afin de ne pas le toucher de ses mains (cf. Rema 163, 1 ; Michna Beroura 7)[22].

 


[21]. Cf. ci-après, note 12.

[22]. Suivant le Rav ‘Haïm Naeh, le mille dont parle la littérature rabbinique égale 960 mètres, et une ama (coudée) 48 centimètres. Selon le ‘Hazon Ich, un mille fait 1152 m, une ama 57,6 cm. Selon le calcul mis à jour, le mille mesure 912 m, et l’ama 45,6 cm (Midot Ouchi‘ouré Torah du Rav ‘Haïm Benish, 5, 24 et 6, 4). L’obligation de marcher jusqu’à la distance d’un mille ou de quatre mille vaut précisément quand on sait que l’on trouvera là de l’eau. Mais si l’on en doute, on n’est point obligé de parcourir cette distance.

 

Dans La Prière d’Israël (Pniné Halakha – Téphila), chap. 2, note 4, nous abordons le cas du voyage en automobile : faut-il trancher selon la distance (mille) ou selon la durée du trajet (dix-huit minutes) ? En pratique, si l’on est sur la route et qu’aucun détour ne soit nécessaire pour parvenir au point d’eau, on devra poursuivre sa route jusqu’à 72 minutes ; mais si l’on se trouve chez soi, ou que l’on doive faire un détour par rapport à l’itinéraire prévu, l’obligation ne dépassera pas la distance d’un mille, quoiqu’il soit bon d’être rigoureux en adoptant la durée que prend une marche d’un mille.

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