Chapitre 08 – Bénédictions des fruits et des légumes ; Chéhakol

01. Fruits de l’arbre et de la terre

Sur les fruits de l’arbre, on dit Boré peri ha‘ets (« Béni sois-Tu… qui crées le fruit de l’arbre ») ; sur les fruits de la terre, Boré peri ha-adama (« Béni sois-Tu… qui crées le fruit de la terre »). Par exemple, pour du raisin, de la grenade, des pommes, des poires, des noix ou des amandes, on dit Ha‘ets ; pour du maïs, des lentilles, des petits pois, des tomates ou des concombres, on dit Ha-adama.

Les fruits de la terre poussent vite. En quelques mois, depuis le moment où on les a semés ou plantés, les légumes apparaissent, et la force simple de la terre se révèle de la manière la plus manifeste. Les fruits de l’arbre, en revanche, suivent une progression complexe : les premières années, l’arbre doit croître et se modeler ; puis, en un processus assez long, l’arbre tire sa nourriture de la terre, l’intègre et fait naître ses fruits. On peut dire que le fruit de la terre incarne l’élémentaire et la simplicité, tandis que le fruit de l’arbre exprime l’idée de perfectionnement et de complexité. En général, son goût est, lui aussi, plus profond et plus riche.

L’arbre ressemble à l’homme. Tous deux doivent suivre un long processus avant d’arriver à maturité ; mais ensuite, leurs fruits sont d’autant plus précieux. Comme l’arbre, dont les fruits sont interdits à la consommation pendant les trois premières années de sa vie – en vertu des lois de la ‘orla[a] –, ainsi l’homme doit apprendre la Torah et s’éduquer aux mitsvot avant de commencer à œuvrer dans le monde.

De prime abord, il eût convenu à l’homme de ne manger que des fruits de l’arbre, comme il est dit : « De tout arbre du jardin tu mangeras. » (Gn 2, 16) Dans le jardin d’Éden, les céréales elles-mêmes, qui forment la base de l’alimentation humaine, poussaient sur des arbres ; selon Rabbi Yehouda, l’arbre de la connaissance du bien et du mal était le blé (Berakhot 40a). Les animaux, en revanche, devaient manger des fruits de la terre et des herbes. Mais après la faute, l’homme chuta de niveau. Pour œuvrer à son propre redressement, il a besoin des fruits de la terre, afin d’opérer des formes d’amendement (tiqoun) plus simples et plus essentielles. Les céréales elles-mêmes chutèrent avec lui et devinrent pareilles à des herbes. À l’homme, il incomba de peiner et de se fatiguer pour produire sa nourriture à partir de la terre : labourer, semer, moissonner, moudre, pétrir, cuire, comme il est dit : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu’à ce que tu retournes à la terre… » (Gn 3, 19) Par cette peine, l’homme répare ses mauvais traits de caractère, et par un long processus, se prépare, et prépare le monde, à la délivrance.

Certes, l’alimentation principale de l’homme provient désormais des fruits de la terre ; mais les fruits de l’arbre ont encore une immense importance, car ils élèvent et enrichissent la vie de l’homme, et relient celui-ci à un plan supérieur. Dans l’avenir, après que le monde sera parachevé, la nourriture de l’homme sera de nouveau le fruit de l’arbre, et il ne sera plus nécessaire de peiner à ensemencer la terre chaque année, comme le disent nos sages :

Le blé est destiné à s’élever comme le palmier. (…) Peut-être penses-tu qu’il sera pénible de le moissonner (car le palmier est très élevé) ? (…) Le Saint béni soit-Il amènera un vent de son trésor, qui soufflera sur l’arbre à blé et fera tomber sa farine ; et l’homme sortira au champ et en rapportera le produit à pleines mains. C’est de cela qu’il tirera sa subsistance et celle des membres de sa famille. (Ketoubot 111b)

De la terre d’Israël, nos sages ont dit :

La terre d’Israël est destinée à produire des gâteaux achevés et de beaux vêtements. (Chabbat 30b ; cf. Peri Tsadiq, Tou bichvat 1)

Le fruit de l’arbre est donc doté d’une élévation particulière. De son côté, le fruit de la terre a, lui aussi, son importance ; et pour chacun d’eux, on doit exprimer sa reconnaissance envers Dieu, par le texte de bénédiction qui lui est propre. Par le biais de la bénédiction, le degré d’élévation propre au fruit dans son intériorité se manifeste concrètement, et l’étincelle de sainteté qui est en lui se dévoile, prodiguant à la vie de l’homme un supplément de bienfaisance.


[a]. Nom des fruits de l’arbre de moins de trois ans.

02. Différence entre fruit de la terre et fruit de l’arbre

Si, par erreur, on a dit sur un fruit de l’arbre la bénédiction Boré peri ha-adama (« qui crées le fruit de la terre »), on est quitte de son obligation, puisque l’arbre, lui aussi, croît sur la terre, si bien que l’on n’aura pas dit de contre-vérité en récitant cette bénédiction. Mais si l’on a dit par erreur Boré peri ha‘ets (« qui crées le fruit de l’arbre ») sur un fruit de la terre, on n’est point quitte, car un légume ne pousse pas sur un arbre : on n’aura pas dit la bénédiction qui convenait, et l’on devra donc réciter celle qui est adéquate, Ha-adama. Par conséquent, lorsque le statut d’un fruit est douteux – faut-il le considérer comme un fruit de l’arbre ou comme un fruit de la terre ? –, on dit Ha-adama (Choul‘han ‘Aroukh 206, 1).

L’arbre possède un tronc qui persiste de nombreuses années durant, et à partir duquel poussent les branches, sur lesquelles poussent les fruits. Même s’il est petit, et qu’il soit plutôt appelé arbuste ou arbrisseau dans notre langage, il est halakhiquement considéré comme arbre, puisque sa tige centrale ou sa souche se perpétue d’année en année. Par exemple, pour les myrtilles, on dit Ha‘ets, puisqu’elles poussent sur des arbrisseaux dont la souche et les branches se maintiennent pendant des années. En revanche, pour les fruits d’une plante qu’il faut semer ou planter chaque année, on dit Ha-adama.

S’agissant des plantes dont la vie dure plusieurs années, comme le bananier ou l’ananas, un doute apparaît : d’un côté, à la fin de chaque saison, leur « tronc » se fane entièrement, comme pour un légume ; de l’autre, il n’est pas nécessaire de les replanter chaque année, car ils poussent de nouveau à partir de leurs racines ; de plus, ils peuvent s’élever à une hauteur de quatre mètres[b], comme de grands arbres. En pratique, puisque leur tronc ou tige centrale ne se maintient pas, la bénédiction est Ha-adama (Choul‘han ‘Aroukh 203, 2-3). S’agissant même de la papaye, un doute se présente : certes, le tronc du papayer se maintient quelques années, mais il est creux, comme une tige épaisse, et, dès sa première année, il donne ses fruits, à la manière d’un légume. Puisqu’il existe un doute, on dit également Ha-adama sur la papaye. De même, pour les framboises et les mûres, on dit Ha-adama, car ces plantes produisent chaque année de nouvelles tiges, qui donnent leurs fruits durant leur seconde année puis se fanent. C’est aussi pour cette raison que l’interdit de ‘orla ne s’applique pas à elles<[1].


[b]. Pour le bananier, et même au-delà ; 1, 5 m pour l’ananas.

[1]. Berakhot 40b : « Dans le cas où, quand on en cueille les fruits, il n’y a plus de branche qui revienne pour produire de [nouveaux] fruits, on ne récite pas la bénédiction Boré peri ha‘ets, mais Boré peri ha-adama. » Dans Pniné Halakha – Les Lois de la cacheroute 2, 8, notes 12-13 [à cette date, à paraître en français], nous rapportons que, certes, selon certains auteurs, il y a controverse entre les Richonim quant au sens du mot gavza [que nous avons traduit par branche]. Par conséquent, il y a, à leur sens, controverse en matière de ‘orla (fruits d’un arbre dans ses trois premières années), ainsi qu’en matière de bénédiction, à l’égard de plusieurs espèces.

Toutefois, en pratique, il semble que tout le monde s’accorde à dire qu’un arbre est une plante possédant un tronc et des racines qui demeurent et se renforcent d’année en année, grâce à quoi ses fruits se multiplient d’une année à l’autre. Aussi, sur les câpres, on dit Ha‘ets, puisque le tronc du câprier se renforce d’année en année – bien que, parfois, toutes ses branches se fanent d’une année à l’autre. À l’inverse, on comprend bien pourquoi l’on dit Ha-adama sur les bananes, les aubergines, les poivrons, la papaye et la passiflore, et pourquoi la loi de ‘orla ne s’y applique pas : c’est que leur tronc ne se renforce pas d’une année à l’autre, mais se recrée ou s’affaiblit. S’agissant de la framboise et de la mûre, il est certain que ces espèces poussent tout au plus pour deux ans ; aussi, leur statut est celui de fruits de la terre, comme nous l’expliquons dans Les Lois de la cacheroute, chap. 2, note 13.

03. À quoi s’applique la bénédiction Chéhakol

Pour des aliments qui ne croissent pas à partir de la terre, tels que la viande d’élevage, le gibier, la volaille, le poisson, ainsi que les œufs, le lait ou le fromage, les sages ont institué la bénédiction Chéhakol nihya bidvaro (« Béni sois-Tu… par la parole duquel tout advint »). De même, si l’on boit de l’eau pour étancher sa soif, on récite Chéhakol. La bénédiction des champignons est également Chéhakol. Certes, ils semblent être des fruits de la terre ; mais ils ne tirent pas leur nourriture de la terre, d’où il suit que la bénédiction doit être la plus générale : Chéhakol (Choul‘han ‘Aroukh 204, 1).

De même, pour des fruits sauvages et des feuilles qui ne sont comestibles qu’en cas de nécessité pressante, on dit Chéhakol ; et quoiqu’ils poussent sur un arbre ou sur la terre, ils n’ont pas l’importance d’un fruit ou d’un légume, parce qu’on ne plante pas ces espèces dans le but de les manger. Leur bénédiction est donc Chéhakol (comme nous l’expliquons ci-après, § 6).

Il en va de même pour les jus de fruits, comme le jus d’orange ou de pomme : leur bénédiction est Chéhakol. Bien que le jus vienne du fruit, on dit Chéhakol parce que l’état du fruit a grandement changé, au point que l’aliment s’est transformé en boisson (comme nous le verrons ci-après, § 15). Même chose pour une boisson alcoolisée faite à partir d’orge, ou pour le café, le thé, dont le goût provient de plantes ou de fruits : puisque ces plantes sont devenues boissons, la bénédiction est Chéhakol (cf. § 17).

De même, si l’on mange des aliments qui se sont quelque peu abîmés, mais qui restent encore consommables en cas de nécessité pressante – par exemple du pain qui a moisi, un plat cuisiné dont l’apparence a changé et qui s’est détérioré –, on dira Chéhakol. Mais si la détérioration est complète, au point que cela ne convienne plus à l’alimentation humaine, on ne dit aucune bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh 204, 1, Michna Beroura 1-2).

La règle est semblable pour des fruits ou légumes que l’on a l’usage de manger cuits, comme la courge ou la pomme de terre : quand on les mange crus, leur bénédiction est Chéhakol (Choul‘han ‘Aroukh 205, 1 ; cf. ci-après § 14).

On peut généralement dire que la bénédiction Chéhakol a été instituée pour deux sortes d’aliments. 1) Des aliments importants dont l’origine est animale, viande, produits laitiers, œufs ; ainsi que pour les champignons qui puisent leur nutrition de l’air. 2) Des aliments qui ont changé de nature, au point d’avoir perdu leur bénédiction d’origine ; ainsi des aliments transformés en boissons, des aliments abîmés – mais qui sont encore, à la rigueur, propres à la consommation – ; de même, des pousses qui ne sont pas parvenues à l’importance d’un fruit ou d’un légume, comme les fruits sauvages. Une part importante des discussions halakhiques présentées dans ce chapitre est consacrée à cette question : à partir de quand un aliment est-il considéré comme changé, et comme ayant perdu sa bénédiction d’origine au bénéfice de Chéhakol ?

04. Signification de Chéhakol; question du doute

Puisque la bénédiction Chéhakol est l’expression d’une louange générale envers Dieu, elle peut couvrir toutes les sortes d’aliments. Si, par erreur, on a dit Chéhakol sur un fruit de l’arbre ou un fruit de la terre, et même sur du pain, un gâteau ou du vin, on est quitte. Mais a priori, il faut dire pour chaque type de nourriture la bénédiction qui lui est spécifique. Ce n’est que lorsqu’il existe un doute au sujet d’un aliment déterminé – dit-on Chéhakol ou quelque autre bénédiction ? – que, pour sortir du doute, on dira Chéhakol (Choul‘han ‘Aroukh 204, 13 ; 206, 1).

Quand un doute se présente au sujet d’un fruit – sa bénédiction est-elle Ha‘ets ou Ha-adama ? –, on dit Ha-adama (cf. ci-dessus, § 2). Certes, si l’on a dit Chéhakol, on est quitte de son obligation ; mais il est préférable de dire Ha-adama, qui est une bénédiction plus spécifique, puisqu’elle exprime le fait qu’il s’agit d’un fruit.

Quand nous disons que, s’il y a doute, on dit selon le cas Chéhakol ou Ha-adama, ce n’est que s’il n’y a personne que l’on puisse interroger à ce sujet, ou bien encore lorsqu’il s’agit d’un doute qui n’a pas été tranché par la halakha. Mais quand il est possible de demander à une personne versée dans la Torah quelle est la bénédiction qui convient, il est interdit de dire, dans le doute, Chéhakol ou Ha-adama : il est obligatoire de vérifier quelle bénédiction on doit réciter (Choul‘han ‘Aroukh Harav 202, 24, Michna Beroura 202, 84).

Par principe, il est préférable de réciter une bénédiction spécifique pour chaque catégorie de nourriture, car chacune prodigue à l’homme une utilité et une jouissance exclusives ; et si l’on disait, pour toutes ces sortes d’aliments, une bénédiction générique et indifférenciée, on ne donnerait pas expression à l’abondance de bénédiction que l’Éternel dispense au monde. D’un autre côté, si l’on disait sur la pêche une bénédiction particulière, sur l’orange une autre bénédiction particulière, et ainsi de suite pour chaque espèce, on ne prendrait pas conscience du propos général que poursuit le Saint béni soit-Il en son monde, et l’on se perdrait au milieu des incalculables détails que présente le monde matériel. Par l’institution de berakhot spécifiques aux différentes catégories d’aliments, nous donnons expression, d’une part, à la diversité de la bénédiction divine, d’autre part, au propos général que poursuit l’Éternel.

La bénédiction Chéhakol est celle qui, par excellence, représente cette thématique générale. D’un côté, elle n’est guère spécifique, aussi son degré d’élévation est-il moindre que d’autres ; et tant que c’est possible, il faut dire une bénédiction spécifiant une catégorie d’aliments. Mais de l’autre, elle exprime l’idée générale : « Dieu, Roi de l’univers, par la parole duquel tout advint ». C’est justement en cette bénédiction que l’on met l’accent sur la source spirituelle de la Création ; car c’est par le biais de la parole que le Saint béni soit-Il créa son monde. Or, plus on se trouve en présence de cet aspect général, unitaire, qui se trouve dans la Création, plus on prend conscience de la racine spirituelle de l’univers.

05. Écorces et pépins de fruits

En raison de l’importance des fruits de l’arbre et des fruits de la terre, les sages ont créé pour eux des bénédictions spécifiques ; mais quant aux autres choses qui poussent sur les arbres et sur les arbrisseaux, les sages n’ont point institué de bénédiction particulière. Dès lors, s’ils sont comestibles, leur bénédiction est Chéhakol. Par conséquent, si l’on veut manger des feuilles[c] ou des tiges d’arbre ou d’arbrisseau annuel, telles que des tiges tendres de vigne ou de céréales, on dira Chéhakol (Choul‘han ‘Aroukh 204, 1)[2].

Les peaux de fruit ou de légume que l’on a l’usage de manger avec le fruit ou le légume lui-même, comme la peau de la pomme, de la poire ou, pour certains, du concombre, sont considérées comme faisant partie intégrante du fruit ou du légume. Aussi, même si on les mange seules, on dira la bénédiction du fruit ou du légume considéré : Ha-adama pour la peau de concombre, Ha‘ets pour la peau de pomme ou de poire. Mais pour des peaux qu’il n’est pas d’usage de manger, comme les écorces d’orange, que l’on aurait adoucies avec du sucre ou du chocolat, on dit Chéhakol : puisque l’habitude est de jeter ces écorces, elles ne sont pas considérées comme faisant essentiellement partie du fruit (Michna Beroura 202, 39).

Pour les cosses fraîches de légumineuses[d], par exemple les cosses de haricot vert, si on les mange avec les graines, on dira Ha-adama sur les haricots, ce qui couvrira également la cosse. Si l’on mange la cosse séparément, on dira Chéhakol (Michna Beroura 204, 9).

Pour des graines ou des pépins comestibles de fruit ou de légume, on dit Chéhakol, car ils ne constituent pas la partie essentielle du fruit ou du légume. Mais quand ils sont mangés avec le fruit ou le légume, ils sont accessoires à celui-ci, et la bénédiction du fruit ou du légume les inclut.

Pour les graines de tournesol, en revanche, on dit Ha-adama, car elles constituent la partie essentielle de la plante. De même, sur les graines de courge et sur les graines de pastèque[e], on dit Ha-adama, car on les cultive à partir d’espèces particulières, dont la chair est peu abondante et les graines nombreuses, de sorte que leur plantation vise en premier lieu les graines. Puisqu’elles sont la partie principale du fruit ou du légume, la bénédiction est Ha-adama (cf. Choul‘han ‘Aroukh 202, 3, Michna Beroura ad loc.).


[c]. Par exemple, des feuilles de vigne bouillies et frites, quand elles sont mangées sans farce.

[2]. Tout ce qu’il est habituel de manger, et que vise également la plantation de l’arbre, mais qui n’appartient pourtant pas à la partie essentielle du fruit, « descend » de degré : de la bénédiction Ha‘ets, on passe à Ha-adama, comme nous l’apprenons au sujet des tiges et des écorces du câprier (Berakhot 36a, Choul‘han ‘Aroukh 202, 6). S’il s’agit d’une chose à laquelle on ne pense pas au moment de la plantation, quoiqu’il soit possible de la manger, la bénédiction est Chéhakol. S’agissant de la noix de cajou, qui pousse sur un arbre, on a voulu prétendre que sa bénédiction était Ha-adama, parce que cette noix pousse à l’extrémité du fruit que l’arbre produit ; elle ne constituerait donc pas la partie principale du fruit. Mais en réalité, le motif essentiel pour lequel on cultive cet arbre est d’obtenir la noix de cajou, de sorte que celle-ci doit être considérée comme la partie principale du fruit ; aussi doit-on dire Ha‘ets.

Sur les cœurs de palmier, qui poussent au sommet du tronc de certaines espèces de palmiers (notamment le palmito), on dit Chéhakol, car, si l’on plante ces arbres, ce n’est pas spécialement pour ce produit. Au contraire, quand on coupe la partie porteuse du cœur, on nuit à la croissance de l’arbre (Choul‘han ‘Aroukh 204, 1, Michna Beroura 9). Toutefois, de nos jours, on cultive des palmiers particuliers, en vue du cœur de palmier. Ces palmiers-là produisent de nombreuses tiges, que l’on coupe selon une méthode raisonnée, de manière que l’arbre puisse continuer de croître et d’offrir de nouveaux cœurs. La bénédiction est en ce cas Ha-adama (et non Ha‘ets, puisqu’il ne s’agit pas à proprement parler d’un fruit – ainsi que le dit de la canne à sucre le Halakhot Guedolot, cité par Béour Halakha 202, 15 ד »ה על).

[d]. Cosses tendres de pois, ou de fève, ou de haricot, au début de leur croissance, qui se mangent cuites.

[e]. Graines spécialement destinées à la consommation, courantes notamment en Israël.

06. Fruits avant maturité, fruits sauvages, canne à sucre

Pour les fruits dont le goût est acide, mais qu’il encore possible de manger en cas de nécessité pressante, on dit la bénédiction qui leur est spécifique, s’ils ont poussé et mûri de manière normale. Si l’acidité de leur goût vient du fait qu’ils ne sont pas encore arrivés à maturité, les décisionnaires sont partagés : peut-on dire la bénédiction qui leur est spécifique ? La question est discutée, aussi est-il préférable de dire Chéhakol.

Pour des fruits qui poussent sur des arbres sauvages, et qui ne sont pas tellement savoureux – comme les petites pommes et les petites poires qui poussent sur des arbres non cultivés –, la règle est la suivante : puisque ces arbres n’ont pas été plantés à cette fin, et quoique leurs fruits soient comestibles en cas de nécessité pressante, on dit Chéhakol, car on considère qu’ils n’ont guère d’importance. Même si on les fait cuire, et que la cuisson les rende savoureux, ces fruits ne sont pas considérés comme « importants », dans la mesure où l’arbre n’a pas été planté dans le but de produire des fruits ; la bénédiction est donc Chéhakol (Choul‘han ‘Aroukh 203, 4-5). De même, pour des tiges qui ont un certain goût, et qui croissent à l’état sauvage : on dit Chéhakol (Choul‘han ‘Aroukh 204, 1). Mais pour des fruits savoureux sans qu’il soit besoin de cuisson, on dit Ha‘ets, même s’ils poussent sur des arbres sauvages (Michna Beroura 203, 5 ; 204, 18-19). Par conséquent, pour le fruit du cactus (figue de Barbarie), qui est excellent, on dit Ha‘ets (Kaf Ha‘haïm 202, 6). De même, pour des noix savoureuses qui poussent sur des arbres sauvages, la bénédiction est Ha‘ets.

Si l’on suce une canne à sucre, la bénédiction est Chéhakol. Bien que les cannes à sucre poussent sur la terre – de sorte que certains pensent qu’il faut dire Ha-adama –, on dit Chéhakol, puisque l’on ne mange pas la canne elle-même, mais que l’on se contente d’en sucer le suc aromatique (Choul‘han ‘Aroukh 202, 15, Michna Beroura 76).

07. Légumes et fruits qui poussent en pot ou dans l’eau

Pour un légume qui pousse dans un pot de terre non percé, la bénédiction est Ha-adama, bien que ses racines ne soient pas reliées à la terre. Cela, parce que ce qui pousse dans ce pot est une espèce de la catégorie Ha-adama ; de plus, dans le pot lui-même, il y a aussi de la terre.

Certains émettent des doutes quant à des feuilles et des fruits de la terre que l’on a fait pousser dans l’eau, sans terre : il se peut que, puisque leurs racines ne pénètrent pas dans le sol, il ne soit pas exact de dire Ha-adama. Aussi ces auteurs estiment-ils qu’il est préférable de dire, en ce cas, la bénédiction Chéhakol (Rav Chelomo Zalman Auerbach). Mais en pratique, puisqu’il s’agit de plantes que l’on a l’habitude de cultiver sur la terre, et que l’origine elle-même de ces plantes et de ces fruits réside dans des plantes ou fruits qui, eux, ont poussé sur la terre, la bénédiction reste Ha-adama (Or lé-Tsion II 14, 13 ; Rav Mordekhaï Elyahou ; Chévet Halévi I 205).

Mais pour des graines germées, qui poussent notoirement sur de l’eau, un doute se présente : peut-être la bénédiction est-elle Ha-adama, puisqu’elles ressemblent, par leur croissance, aux légumes ; peut-être est-ce Chéhakol, puisqu’il n’est pas habituel de les cultiver sur la terre. En raison du doute, il est juste de dire Chéhakol.

08. Fruits ou légumes coupés ou écrasés

Quand des fruits ou des légumes ont été coupés ou écrasés, leur bénédiction reste inchangée. Par exemple, si l’on coupe des légumes pour en faire une salade, on récitera la bénédiction Ha-adama ; de même, si l’on râpe des carottes, la bénédiction reste Ha-adama. Si l’on coupe ou que l’on râpe des pommes, la bénédiction sera Ha‘ets. Et si l’on écrase de la banane, on dira Ha-adama.

Si le fruit ou le légume est totalement broyé, les décisionnaires sont partagés : la bénédiction a-t-elle changé ? Certains estiment que, bien que la forme du légume ou du fruit ait entièrement changé, la bénédiction initiale demeure, puisque, concrètement, le fruit ou le légume initialement présent est toujours là (Maïmonide). D’autres pensent que, dans la mesure où le changement est grand, au point que les gens ne reconnaissent plus un fruit ou un légume, on récite Chéhakol (Teroumat Hadéchen). C’est ce dernier avis que l’on suit en pratique.

En conclusion, si le fruit est entièrement écrasé, sa bénédiction est Chéhakol, et s’il n’est pas entièrement écrasé, sa bénédiction est semblable à celle du fruit entier. Simplement, puisque le statut de tel fruit ou légume dépend de l’opinion qu’en ont les hommes, certains fruits et légumes font exception : parfois, bien qu’un fruit soit entièrement écrasé, les gens continuent de le regarder comme un fruit, parce qu’il est très habituel de le manger écrasé ; par conséquent, la bénédiction restera conforme à ce qu’elle est lorsque le fruit est entier. D’autres fois, alors même que le fruit n’est pas entièrement écrasé, les gens considèrent qu’il a profondément changé d’état, de sorte que l’on dira Chéhakol[3].

Dans les prochains paragraphes, nous continuerons l’exposé de ces notions ; mais il faut commencer par dire que, en pratique, il n’est pas tellement à craindre d’erreur en la matière. En effet, si l’on a dit Ha‘ets sur des fruits entièrement écrasés, on est quitte, puisqu’il n’y a pas de contre-vérité dans ce que l’on a dit : en effet, cette purée est le produit du fruit de l’arbre. De même, si l’on a dit Chéhakol sur des fruits qui ne sont pas entièrement écrasés, on est quitte, puisque, même si l’on avait dit Chéhakol sur un fruit entier, on le serait (Choul‘han ‘Aroukh 206, 1, Michna Beroura 3). De plus, il est fréquent que les types d’aliments, le mode de broyage et l’opinion des gens varient d’un endroit à l’autre, ou d’une époque à l’autre. Par conséquent, il n’y a pas tellement lieu de s’inquiéter en cette matière. En cas de doute, on pourra s’interroger soi-même : si l’on peut reconnaître que cette purée mérite encore le nom du fruit initial, on récitera la bénédiction d’origine de celui-ci ; si son apparence a beaucoup changé, on dira Chéhakol[4].


[3]. Les principaux aspects du sujet sont exposés en Berakhot 38a, au sujet de la trima, préparation de dattes écrasées, dont la bénédiction est Ha‘ets. Selon le Teroumat Hadéchen 29 et d’autres Richonim, si les fruits sont écrasés, la bénédiction est Chéhakol. Selon Maïmonide et d’autres Richonim, la bénédiction reste Ha‘ets, même quand ils sont entièrement écrasés ; et ce n’est que lorsqu’ils sont devenus pareils à du liquide, que l’on peut boire tant ils sont broyés, que la bénédiction deviendra Chéhakol. Il existe à cet égard d’autres nuances d’opinion, quant à la définition de ce qu’est un fruit entièrement écrasé, ou non entièrement écrasé, de sorte que, selon certains auteurs, il n’y a pas entre les Richonim de véritable controverse (Touré Zahav, ‘Aroukh Hachoul‘han). Nous retenons ci-dessus les opinions principales.

La règle applicable aux légumes coupés est exposée en Berakhot 39a, où il est dit que la bénédiction reste Ha-adama. De prime abord, il semble que la position de Maïmonide soit confortée par un passage de Berakhot 36b, où est cité le cas de la houmalta, préparation de plantes pilées au miel, dont la bénédiction demeure Ha-adama (comme le dira le Choul‘han ‘Aroukh 203, 7). Cependant, le Teroumat Hadéchen et ceux qui partagent son avis expliquent que, puisque la manière habituelle de consommer ces plantes est à l’état pilé, le fait de les piler ne modifie pas leur bénédiction. C’est aussi ce qu’écrit l’auteur du Michna Beroura 202, 44 et du Béour Halakha 203, 6.

À notre humble avis, la racine de la controverse tient au fait que, selon Maïmonide, le broyage ne change en aucun cas l’identité de la plante, de sorte que sa bénédiction reste inchangée, tandis que, pour le Teroumat Hadéchen et ceux qui partagent son avis, tout dépend de l’opinion des gens. En général, après broyage intégral, la purée obtenue n’est plus considérée comme du fruit (ou du légume), mais comme un nouvel aliment ; aussi, la bénédiction sera-t-elle Chéhakol ; mais s’il s’agit d’un fruit ou d’un légume dont le mode de consommation habituel est à l’état broyé, et que, même après son broyage intégral et le changement complet de sa forme, on le considère comme fruit (ou légume), sa bénédiction restera inchangée. En effet, ce n’est pas le broyage qui est déterminant, mais l’opinion populaire (Cf. Béour Halakha 202, 15, où il est dit que la bénédiction du sucre dépend de son aspect).

Bien que le Choul‘han ‘Aroukh 202, 7 tranche comme Maïmonide – d’après qui la bénédiction reste inchangée en tout cas de broyage –, et que tel semble être l’avis de la majorité des Richonim, les communautés juives ont adopté l’opinion du Teroumat Hadéchen : si le broyage a modifié l’apparence du fruit, on dit Chéhakol, car cela correspond à la perception qu’en ont les gens. Il se peut aussi que l’on ait craint une erreur en matière de bénédiction ; car si l’aliment a profondément changé, on ne sait plus avec certitude de quoi il est composé, de sorte que l’on a pris l’usage de dire Chéhakol. Le Rema 202, 7 écrit en ce sens qu’il est bon de tenir compte de l’opinion du Teroumat Hadéchen. C’est aussi ce qu’écrivent, en pratique, la majorité des A‘haronim.

Mais ceux-ci discutent jusqu’à quel point il convient d’émettre de tels doutes en matière d’aliments écrasés. Selon le Maguen Avraham, on ne dit Chéhakol que dans le cas d’un broyage complet, qui modifie entièrement l’apparence de l’aliment. Pour le Knesset Haguedola et d’autres A‘haronim, dans le cas même d’un broyage intégral qui ne modifie pas entièrement l’apparence de l’aliment, la bénédiction est Chéhakol. Le Michna Beroura 202, 42 et le Béour Halakha ד »ה תמרים tranchent dans le sens du Maguen Avraham. Il faut en effet associer à la décision halakhique l’opinion de Maïmonide, car, fondamentalement, on aurait pu trancher comme lui ; aussi, lorsque l’apparence du fruit ou du légume n’a pas tellement changé, on maintient sa bénédiction première, Ha’ets ou Ha-adama. Telle est la coutume séfarade et ashkénaze. Certes, le Yabia’ Omer VII 29 tranche comme le Choul‘han ‘Aroukh ; mais de nombreux grands décisionnaires séfarades tranchent comme le Teroumat Hadéchen et le Rema ; c’est le cas du Rav Pe‘alim II 28, du Kaf Ha‘haïm 202, 57 et de l’Or lé-Tsion 14, 2.

Le Pisqé Techouvot 202, 15, se basant sur les propos des A‘haronim, résume quelques principes : a) si le fruit a été cuit et écrasé, la bénédiction est Chéhakol (Maguen Avraham) ; b) si l’on a mélangé au fruit écrasé d’autres ingrédients, la bénédiction de l’ensemble est Chéhakol (Peri Mégadim) ; c) si le fruit a été broyé à l’aide d’un appareil prévu à cet usage, la bénédiction est Chéhakol (Nehar Chalom).

Le Pisqé Techouvot ajoute d’autres règles ; mais, comme nous l’écrivions ci-dessus, la méthode du Teroumat Hadéchen (puisque telle est notre coutume) est d’aller selon l’opinion des gens : si la purée est considérée comme le fruit même, sa bénédiction demeurera inchangée ; si elle n’est plus considérée comme le fruit même, parce que son état a beaucoup changé, sa bénédiction sera Chéhakol. Toutes les définitions, tous les principes énoncés par les A‘haronim ont pour but d’aider à trancher, mais ils ne modifient pas la règle essentielle : tout dépend de l’opinion des consommateurs. Et puisque la chose dépend d’opinions humaines, les avis halakhiques sont nombreux en la matière, car on trouve des cas limites. Si l’on examine nos usages à l’égard de toutes les bénédictions récitées sur des fruits ou des légumes écrasés, on constate qu’aucune règle ne résiste à elle seule à l’épreuve de la pratique. Parfois, il nous semble exister une controverse entre A‘haronim, alors qu’ils parlent en réalité de lieux différents et d’habitudes alimentaires différentes. Par conséquent, il nous faut suivre ce qui est admis par la majorité des gens, et c’est ainsi que tranchent en pratique les décisionnaires, dans leur majorité.

[4]. Nous apprenons, en Choul‘han ‘Aroukh 206, 1, que, quelle que soit la catégorie de nourriture, si l’on a dit la bénédiction Chéhakol, on est quitte. De même inversement, si l’on a dit Ha’ets sur un fruit qui a été très écrasé, au point que son apparence a entièrement changé, on est quitte, puisque l’on n’a pas dit de contre-vérité, comme le remarque en des termes proches le Maguen Avraham 206, 1 – ce qu’admettent la quasi-totalité des A’haronim, parmi lesquels le Birké Yossef 206, 2, le ‘Hayé Adam 51, 12, le Michna Beroura 206, 3. Le Yabia’ Omer VII 29, 9 s’étend sur la question. Certains auteurs, il est vrai, sont d’un avis différent, mais la halakha suit en cela la majorité ; d’autant plus que, selon Maïmonide et ceux qui partagent son avis, la bénédiction reste, dans tous les cas, conforme à l’identité première du fruit ou du légume. Par conséquent, lorsque la règle n’est pas connue, celui qui prononce la bénédiction peut décider selon ce qui lui paraît vraisemblable.

Dans le cas où l’on reste dans un tel doute que les arguments en faveur de chaque bénédiction paraissent se valoir, on dira Chéhakol, comme l’écrit le Rema 202, 7, et comme le note le Beit Yossef 202, 15 au sujet de la bénédiction du sucre ; tel est l’avis de la majorité des décisionnaires. La raison en est que la bénédiction Chéhakol, d’après le sens littéral de ses mots, peut s’appliquer à toute catégorie d’aliments ; tandis que, si l’on peut appliquer la bénédiction Boré peri ha‘ets à un fruit dont l’état a changé, c’est seulement en s’appuyant sur une interprétation non littérale de ses mots (cela, contrairement à la positon du Yabia’ Omer, qui estime que la halakha suit en cela Maïmonide et qu’il est préférable de dire la bénédiction la plus spécifique).

 

09. Fruits et légumes non entièrement broyés

Sur des dattes écrasées, dont on a fait une sorte de pâte, on dit Ha‘ets, et, à la fin, Mé‘ein chaloch (‘Al ha‘ets) : dès lors qu’elles n’ont pas été entièrement broyées, elles n’ont pas tout à fait perdu l’apparence de la datte ; aussi leur bénédiction reste-t-elle inchangée[5].

Pour de l’avocat écrasé, puisque le broyage n’est pas complet et que la consistance particulière de ce fruit demeure, on dit Ha‘ets. Même si l’on y a ajouté de l’oignon et du citron pour l’assaisonner, la bénédiction reste Ha‘ets, puisque le fruit n’a pas tellement changé, et que tout le monde considère cette préparation comme de l’avocat.

Pour une salade d’aubergines écrasées, mêlées de mayonnaise, on dira – si l’on souhaite manger de cette salade sans accompagnement – Ha-adama, dès lors que l’on ne broie pas entièrement les morceaux d’aubergine.

Sur des beignets de pomme de terre râpée (latkes ou lévivot), on dit Ha-adama, puisque la pomme de terre n’est pas entièrement broyée. Mais sur des beignets faits à base de farine de pomme de terre, la bénédiction est Chéhakol, puisque la pomme de terre est entièrement broyée, et que l’on ne sait pas tellement, à les voir, de quoi sont faits ces beignets. De même pour un kouguel de pommes de terre : si des morceaux de pomme de terre y sont perceptibles, on dira Ha-adama ; sinon, Chéhakol.

Il arrive que l’on coupe en tranches un fruit, et qu’on en change l’apparence en le faisant sécher ou frire ; on fait ainsi, par exemple, des tranches fines de pomme séchée. Puisque le fruit n’a pas été écrasé, sa bénédiction demeure inchangée[6].


<[5]. C’est ce qu’écrivent le Michna Beroura 202, 42 et le Yabia’ Omer VII 20 § 4, 10 et 14. Si le broyage a entièrement modifié la forme et l’apparence d’un des sept fruits par lesquels il est fait l’éloge de la terre d’Israël, au point que l’on ne saurait reconnaître de quel fruit la purée provient, et quoiqu’il soit halakhiquement tranché de réciter Chéhakol comme bénédiction initiale, un doute se présente quant à la bénédiction finale, dans le cas où l’on aurait mangé un kazaït de cette purée. Selon le Rachbam, on dira la bénédiction Mé‘ein chaloch, c’est-à-dire ‘Al ha‘ets ; selon le Teroumat Hadéchen, on dira Boré néfachot.

En pratique, le Michna Beroura 202, 42 estime que l’on doit dire ‘Al ha‘ets, car la majorité des Richonim pensent comme Maïmonide, et ce n’est qu’en raison du doute que la majorité des A‘haronim suivent le Teroumat Hadéchen. Certes, le Kaf Ha‘haïm 57 écrit que l’on devra dire Boré néfachot ; mais puisque, pour la majorité des décisionnaires, Boré néfachot serait en un tel cas une bénédiction vaine (berakha lévatala), il faut suivre la majorité, conformément au Michna Beroura (cf. ci-après, chap. 10 § 4, note 5). Il n’y a pas là de contradiction, car la bénédiction initiale dépend surtout de l’opinion des gens, tandis que la bénédiction finale est liée davantage à la réalité objective ; nous exprimons notre reconnaissance pour ce que nous avons déjà mangé, et qui se trouve en nos entrailles. Nous voyons dans le même sens que le riz a pour bénédiction initiale Mézonot, et Boré néfachot pour bénédiction finale.

[6]. Pour du « cuir de fruit » (fruit leather), fait d’abricot écrasé et entièrement réduit en purée, auquel on mêle d’autres ingrédients aromatiques pour en modifier le goût, on dit Chéhakol (Rav Pe‘alim II 28).

 

10. Fruits et légumes entièrement broyés

Pour de la purée de fruits broyés à la machine (et dont on a l’habitude de nourrir les bébés), la bénédiction est Chéhakol : puisque ces fruits ont subi un complet broyage qui a modifié leur apparence, leur bénédiction a changé. Mais s’il reste des morceaux de fruit à l’intérieur de la purée, c’est que les fruits n’ont pas été broyés entièrement ; on dira donc Ha‘ets sur les morceaux de fruit, ce par quoi on couvrira toute la purée (Ben Ich ‘Haï, Pin‘has 12).

Pour une confiture ordinaire, sans morceaux de fruits, on dit Chéhakol, quoique l’on sache qu’elle est faite de fruits. S’il y reste des morceaux de fruits, on dira Ha‘ets sur les morceaux, ce par quoi l’on exemptera le reste.

Pour du concentré de tomates, la bénédiction est Chéhakol, puisque les tomates ont été entièrement broyées. Certes, de nos jours, de très nombreuses tomates sont cultivées pour la production de concentré. Mais puisque l’utilité essentielle du concentré de tomates est de donner du goût aux plats, il n’a pas d’importance propre ; et puisque la tomate a entièrement changé d’apparence, celui qui mange de ce concentré dira Chéhakol.

Pour des snacks de maïs au beurre de cacahuète (du type Bamba), on dit Chéhakol. Bien que cela soit fait de farine de maïs et de beurre de cacahuète, la bénédiction est Chéhakol, parce que ces végétaux sont entièrement broyés. De même, on dit Chéhakol sur le massepain (marzipan) fait d’amandes moulues.

Sur du halva (pâte de sésame sucrée) ou de la te‘hina (ou tahini, crème de sésame), on dit Chéhakol : puisque les grains de sésame sont entièrement moulus, qu’ils ont perdu leur forme première et qu’on ne désignerait pas ces préparations sous le nom de sésame, la bénédiction est modifiée[7].

Mais pour une friandise faite de grains de sésame, de sucre et de miel, on dira Ha-adama, puisque la majorité est constituée de grains de sésame qui n’ont pas été broyés, et dont l’aspect n’a pas changé.


[7]. Quand le fruit [ou le légume, ou le végétal] est moulu, et que l’on en a fait ensuite un autre aliment – à l’instar du millet et du maïs moulus que l’on cuit au four pour en faire du pain –, le Choul‘han ‘Aroukh (208, 8) lui-même, qui tranche selon l’avis de Maïmonide, admet que l’on dit Chéhakol. La règle est la même s’agissant des Bamba et du halva, dont les ingrédients ont d’abord été moulus, puis reconstitués tels un aliment nouveau. 

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