C’est un grand bienfait que nous a accordé l’Éternel, en nous révélant qu’il est bon de le bénir et de louer son nom, comme il est dit : « Tu mangeras, tu te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu… » (Dt 8, 10) Lui-même n’a évidemment pas besoin de nos louanges ; mais le Saint béni soit-Il a voulu nous faire du bien, et nous a donné ce grand cadeau : la possibilité de lui exprimer notre reconnaissance et de le bénir. C’est un mérite prodigieux que d’adresser à Dieu une bénédiction, et de savoir qu’elle a une valeur à ses yeux. Toute la vie reçoit ainsi du sens. Nous ne sommes plus comme des animaux, qui naissent et meurent sans explication, mais des hommes, qui ont la chance de se relier au Maître du monde, de lui présenter leur bénédiction, et d’ajouter par-là abondance de vie dans le monde.
Les berakhot que nous récitons reposent sur ce fondement : la conscience que Dieu est la Source de la bénédiction ; aussi, en toute berakha, nous mentionnons son nom – Ado-naï Élo-hénou (Éternel notre Dieu). Et pour qu’il soit clair que l’Éternel à qui nous nous adressons n’est pas seulement ram vé-nissa (élevé et magnifié), mais qu’Il fait également vivre le monde, exerce sa providence sur ses créatures et les dirige, nous mentionnons aussi sa royauté – Mélekh ha‘olam (Roi de l’univers). Une bénédiction à laquelle manquerait la mention du nom divin, béni soit-il, ou de sa royauté, ne serait pas considérée comme valablement dite (Berakhot 40b).
Certes, Dieu s’est révélé à nous lors de la sortie d’Égypte et lors du don de la Torah, et Il nous a instruits sur la façon de le bénir. Mais seule une petite partie de sa lumière s’est alors révélée, car il n’est aucune créature qui soit capable d’intégrer toute sa lumière. C’est pourquoi, dans le texte des bénédictions, les sages ont fait allusion à ces deux degrés : ce qui se révèle à nous, et ce qui est au-delà. Nous mentionnons deux noms divins : le premier est le tétragramme[4] ; il fait allusion à la dimension supérieure, dont seule une petite partie se révèle à nous ; tandis que le second nom, [5], fait référence à ce qui se révèle à nous.
De plus, au début de la bénédiction, nous nous adressons directement à Dieu, en disant : « Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu… » Mais après cela, nous lui parlons à la troisième personne et disons : « par la parole duquel tout advint », ou « qui nous a sanctifiés par ses commandements et nous a ordonné[6]… » ; car alors l’intention porte sur ce qui est entièrement au-delà de notre perception.
Le sens du mot berakha (bénédiction) est littéralement ajout, accroissement, ainsi qu’il est dit : « Il bénira (ou-vérakh) ton pain » (Ex 23, 25), ce qui signifie : « Il ajoutera à ta nourriture, la rendra abondante. » Il est dit, de même : « Il t’aimera, te bénira (ou-vérakhekha) et te multipliera ; Il bénira (ou-vérakh) le fruit de tes entrailles et le fruit de ta terre, ton blé, ton vin et ton huile, la portée de tes bovins et la fécondité de tes ovins, sur la terre qu’Il a promis à tes pères de te donner » (Dt 7, 13), ce qui signifie que Dieu ajoutera au « fruit de tes entrailles, de ta terre » etc. S’il en est ainsi, pour quelle raison bénissons-nous l’Éternel ? N’est-Il pas parfait et infini ? Que peut-on ajouter et accroître en Lui ? L’intention est ici l’accroissement de la révélation de sa Présence (Chékhina) dans le monde. Par le fait que nous jouissons de son monde, avons conscience de ce que tout vient de Lui, et le disons, sa lumière et sa Présence se dévoilent davantage dans l’univers (Néfech Ha‘haïm II, chap. 2-4).
Grâce à cela, un supplément de vitalité advient au monde ; car la vie de l’univers et de tout ce qui s’y trouve dépend du lien unissant l’univers et le Créateur, source de la vie. Nous voyons ainsi que, par toute bénédiction que nous prononçons, se crée un canal d’abondance, par le biais duquel descend sur le monde une rosée de bénédiction et de vie. C’est à cela que font allusion nos sages, quand ils disent que celui qui souhaite devenir pieux (‘hassid) doit être pointilleux en matière de berakhot (Baba Qama 30a) : par celles qu’il récite, il ajoute bienfaisance (‘hessed) et bénédiction (berakha) au monde.
[4]. Nom de quatre lettres, prononcé Ado-naï dans la prière et les bénédictions ; mais nous disons simplement Hachem (« le Nom ») dans le cadre de l’étude.
[5]. « Notre Dieu » ; c’est une déclinaison du nom Élo-him (Dieu).
[6]. Dans notre traduction des différentes berakhot, nous renoncerons à rendre ce passage de la deuxième personne à la troisième, qui ne s’accorderait pas avec le français, et maintiendrons la deuxième personne : « Béni sois-Tu, Éternel… qui nous as sanctifiés par tes commandements… »