Selon Rachi, le Roch et de nombreux autres décisionnaires, l’eau doit rincer tous les doigts, jusqu’à l’endroit où ils s’articulent à la face dorsale de la main (articulation métacarpo-phalangienne), mais il n’est pas nécessaire de rincer la partie métacarpienne elle-même (paume et face dorsale). Face à cela, le Rif, Maïmonide et d’autres décisionnaires estiment que l’ablution inclut obligatoirement toute la main, de l’extrémité des doigts jusqu’à l’endroit où la main s’articule à l’avant-bras (le poignet).
Si l’on s’en tenait à la stricte obligation, il serait certes possible d’être indulgent, puisque la mitsva d’ablution des mains est de rang rabbinique ; mais la halakha est tranchée selon le second avis : il convient d’être rigoureux et de laver toute la main, jusqu’au poignet. En effet, le Talmud explique que quiconque déconsidère l’ablution des mains s’expose à la pauvreté ; Rav ‘Hisda disait de lui-même qu’il avait coutume de verser l’eau en abondance sur ses mains, et que c’est grâce à cela qu’il parvint à la richesse. Par conséquent, il convient d’apporter ce supplément de perfection à sa pratique, en versant l’eau en abondance sur toute la main, et de ne pas se limiter au rinçage des doigts et de l’articulation métacarpo-phalangienne seulement (Beit Yossef et Choul‘han ‘Aroukh 161, 4 ; cf. Béour Halakha).
Cependant, en cas de nécessité pressante, lorsqu’on dispose de peu d’eau, ou qu’on a des plaies sur la main, on peut s’appuyer sur l’opinion indulgente et se laver les doigts seulement. Même en ce cas, on récitera la bénédiction relative à l’ablution (Michna Beroura 161, 22).
Insistons sur le fait que, selon tous les auteurs, l’ablution des doigts est nécessaire. La controverse ne porte que sur la paume et la face dorsale de la main. Le principe est que l’impureté s’attache davantage aux extrémités du corps humain ; aussi est-il clair que l’impureté réside sur les doigts, plus que sur la paume et sur le dos de la main. On peut expliquer cela par le fait que, dans son intériorité, l’homme est pur, que sa volonté profonde est orientée vers le bien, tandis que les intrications problématiques et l’impureté proviennent de sa rencontre avec le monde extérieur. Aussi l’impureté repose-t-elle sur l’extrémité corporelle de l’homme, en un lieu éloigné du centre de son corps, du cœur, lequel fait allusion à l’intériorité pure qui est en lui.
La destinée de l’homme est, principalement, de se confronter au monde extérieur, de l’amender et de l’élever ; or cette mission s’accomplit en pratique par les mains – par le biais desquelles l’homme œuvre, agit et commerce. Simplement, en sortant ainsi pour se mesurer au monde, il risque de se souiller et de contracter l’impureté qui y réside. Cette impureté s’attache aux doigts, qui sont l’extrémité du corps et s’occupent des affaires du monde. Les décisionnaires sont simplement partagés quant au fait de savoir si la partie métacarpienne de la main (paume et face dorsale) est incluse dans l’extrémité du corps, qui contracte l’impureté, ou si seuls les doigts ont ce statut[3].
Dans le même ordre d’idées, la Torah fait obligation aux prêtres de sanctifier leurs mains et leurs pieds par l’eau, au bassin de cuivre, avant d’entrer dans le Temple pour y accomplir leur service ; car les extrémités des mains et des pieds sont les plus éloignées du centre vital de l’homme ; dès lors, l’impureté s’y attache davantage (Maharal, Netiv Ha‘avoda 16).
Il faut savoir que les prêtres, avant leur service au Temple, devaient verser l’eau sur toute la main (‘Houlin 106b). De même, pour l’ablution qui précède la bénédiction des prêtres (Birkat cohanim), c’est sur toute la main qu’il faut verser (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 128, 6). S’agissant de l’ablution des mains qui précède la consommation de la terouma, les Richonim sont partagés, de même qu’au sujet de l’ablution précédant un repas.