On dit la bénédiction ‘Al nétilat yadaïm après s’être lavé les mains, mais avant de les sécher. De prime abord, il y a lieu de s’interroger : pour toute mitsva, nous disons la bénédiction avant de l’accomplir, afin de spécifier notre intention à l’approche de cette mitsva. Pourquoi donc, dans le cas de cette bénédiction, la prononçons-nous après avoir accompli la mitsva, c’est-à-dire après l’ablution ?
La raison en est que, parfois, il n’est pas possible de dire la bénédiction avant l’ablution, parce que les mains sont souillées, or il ne convient pas de prononcer une bénédiction avec des mains souillées ; aussi la récite-t-on après l’ablution. Et pour ne pas créer de confusion dans l’esprit de ceux qui se lavent les mains, l’usage de réciter la bénédiction après l’ablution a été fixé également pour tout le monde. De même, nous voyons qu’un prosélyte qui s’immerge au bain rituel à l’occasion de sa conversion récite la bénédiction sur l’immersion après s’être immergé, car, avant l’immersion, il est encore non juif, et ne peut donc pas prononcer de bénédiction sur la conversion (cf. Tossephot sur Berakhot 51a, Tour et Beit Yossef 158, 11).
De plus, sécher ses mains fait partie de la mitsva, car il serait repoussant de manger du pain avec des mains humides ; or tout le propos de l’ablution est de purifier et de nettoyer les mains en l’honneur du repas (Rachi sur Sota 4b, Michna Beroura 158, 45-46). D’après cela, tant que l’on dit la bénédiction avant de se sécher les mains, on considère encore qu’elle est récitée avant l’achèvement de la mitsva[16].
Puisque la bénédiction se rapporte à tout le processus d’ablution, il est interdit de s’interrompre par des paroles, pendant tout le temps qui s’étend de l’ablution à la fin du séchage. Il faut se presser de dire la bénédiction immédiatement après l’ablution ; de même, il faut se hâter de se sécher les mains dès après la fin de la bénédiction.
Selon Maïmonide, Berakhot 6, 2, on dit la bénédiction avant l’ablution. Il est juste que ceux qui se conforment à cette coutume [ce qui est le cas de certaines communautés yéménites] poursuivent dans cette voie. Toutefois, même au Yémen, nombreux sont ceux qui ne partagent pas cette coutume (Pisqé Maharits, lois de la conduite de l’homme le matin 22).