Aux jours saints, où jadis on offrait un sacrifice additionnel (qorban Moussaf), les sages ont institué la mention, dans le Birkat hamazon, de la sainteté du jour. En effet, ces jours-là, l’alimentation ne peut se comparer à celle des jours profanes : elle est porteuse d’un supplément de mitsva et de sainteté, et il faut donner expression à cela dans la bénédiction de la nourriture. Le Chabbat, on récite le passage Retsé vé-ha‘halitsénou (« Veuille nous délivrer ») ; le Yom tov, à ‘Hol hamo’ed et les jours de Roch ‘hodech, on dit le passage Ya‘alé véyavo (« Que s’élève, te parvienne… [et soit agréé notre souvenir] »). Les sages ont décrété que ces ajouts seraient récités au sein de la bénédiction Boné Yerouchalaïm[9], car celle-ci contient une requête de miséricorde divine, or les textes institués par nos sages pour mentionner les jours saints contiennent, eux aussi, de semblables requêtes : dans Retsé vé-ha‘halitsénou, nous demandons à Dieu de nous donner part à la sainteté du jour de Chabbat, que nous y chômions, y prenions du repos, que nous assistions à la consolation de Sion et de Jérusalem ; dans Ya‘alé véyavo, nous demandons à Dieu de se souvenir de nous de façon favorable, de nous avoir en miséricorde et de nous secourir (Berakhot 49a, Chabbat 24a et Tossephot ad loc.).
Quand Yom tov ou Roch ‘hodech tombe un Chabbat, on récite d’abord Retsé vé-ha‘halitsénou – car le Chabbat est plus fréquent et d’un plus haut degré de sainteté –, puis Ya‘alé véyavo (Choul‘han ‘Aroukh 188, 5, Michna Beroura 13).
À ‘Hanouka et à Pourim, où les sages ont prescrit de louer l’Éternel pour les miracles qui eurent lieu en ces jours, c’est dans la bénédiction de la terre[10], qui précisément exprime la notion de reconnaissance (hodaa), que l’on récite le texte prévu à cette fin : ‘Al hanissim (« Pour les miracles »).
Si l’on a commencé à prendre le troisième repas de Chabbat (sé‘ouda chelichit) avant le coucher du soleil (cheqi‘a), et qu’on l’ait terminé après la tombée de la nuit (tset hakokhavim), on récitera, dans le Birkat hamazon, le passage Retsé vé-ha‘halitsénou. En effet, puisque, au moment où l’on a commencé son repas, c’était Chabbat, c’est dès le Chabbat que l’on a contracté l’obligation de dire le Birkat hamazon ; dès lors, on a également pris sur soi l’obligation d’y réciter Retsé. La règle est la même, s’agissant des autres jours saints : si l’on a commencé le repas en un moment où l’on aurait eu à ajouter un passage au Birkat hamazon – et quoique l’on termine son repas après la tombée de la nuit – on doit ajouter ce à quoi l’on s’était déjà obligé au début de son repas. Cas inverse : si l’on a commencé son repas un jour ordinaire, et qu’on l’ait poursuivi après la tombée de la nuit, laquelle marque l’entrée de Roch ‘hodech, on devra ajouter au Birkat hamazon le passage Ya‘alé véyavo, dès lors que l’on aura continué de manger un kazaït de pain après la tombée de la nuit[11].
Si Roch ‘hodech tombe à l’issue de Chabbat, et que l’on ait continué de manger un kazaït de pain après la tombée de la nuit, les décisionnaires sont partagés sur ce qu’il convient de mentionner dans le Birkat hamazon : est-ce Roch ‘hodech seulement (Maguen Avraham 183, 13), Chabbat seulement (Ben Ich ‘Haï, Ye‘havé Da‘at III 55), ou bien encore les deux, parce que le temps du repas unit les deux jours (Touré Zahav 7, Choul‘han ‘Aroukh Harav 17) ? Certains ont l’usage d’achever leur repas avant la tombée de la nuit, afin d’échapper au doute, et de ne mentionner que Retsé. Selon notre maître le Rav Tsvi Yehouda Kook – que la mémoire du juste soit bénie –, si l’on veut prolonger son repas après la tombée de la nuit en mangeant alors un kazaït de pain, on dira à la fois Retsé et Ya‘alé véyavo (‘Olat Réïya I p. 364).
[9]. Troisième des quatre bénédictions du Birkat hamazon.
[10]. Deuxième bénédiction du Birkat hamazon.
[11]. Selon le Roch, on suit exclusivement l’heure à laquelle on récite le Birkat hamazon. Si, par exemple, on le récite après la tombée de la nuit qui suit le Chabbat, on ne mentionnera pas le Chabbat. Selon le Hagahot Maïmoniot du Maharam, le Maharil et l’Or‘hot ‘Haïm, en revanche, on va d’après le moment où l’on mange ; par conséquent, si l’on a commencé à manger pendant Chabbat avant le coucher du soleil, on mentionnera le Chabbat. C’est aussi ce qu’écrivent le Choul‘han ‘Aroukh 188, 10 et de nombreux A‘haronim. Cela laisse entendre que, dans le cas même où l’on termine son repas en un jour nouveau, pour lequel un texte additionnel est prescrit, on mentionnera ledit texte, comme l’écrit le Michna Beroura 188, 33 ; c’est ce qu’écrit le Choul‘han ‘Aroukh 271, 6 en matière de Chabbat. Cependant, certains auteurs sont en désaccord avec cela : selon eux, on va toujours d’après le début du repas ; cf. Pisqé Techouvot 23.
Si l’on a prononcé la prière d’Arvit avant le Birkat hamazon, on ne récitera point dans celui-ci le passage additionnel propre au temps où avait commencé le repas, puisque l’on aura déjà marqué par sa prière le commencement du jour nouveau (Maharil, Michna Beroura 188, 32).