Si l’on a oublié d’inclure le passage supplémentaire Retsé ou Ya‘alé véyavo dans le Birkat hamazon, la règle à appliquer dépend du degré d’obligation qui s’attache au repas : s’il s’agit d’un repas où il est obligatoire de manger du pain, il se trouve que, en tout état de cause, on était obligatoirement appelé à réciter le Birkat hamazon et à y mentionner le jour considéré ; et dès lors qu’on a oublié cette mention, on doit répéter le Birkat hamazon, en y mentionnant cette fois ledit jour. S’il s’agit d’un repas où il n’est pas obligatoire de manger du pain, on ne répétera pas le Birkat hamazon en cas d’oubli du passage en question. Par conséquent, si l’on a oublié de réciter Retsé à l’un des deux premiers repas de Chabbat, on devra répéter le Birkat hamazon, puisqu’on avait l’obligation d’y manger du pain. Mais si l’oubli de Retsé a eu lieu à la sé’ouda chelichit (troisième repas) – que l’on peut, a posteriori, prendre sans pain –, ou que l’on ait oublié de réciter Ya‘alé véyavo à Roch ‘hodech ou à ‘Hol hamo’ed – où il n’est pas obligatoire de manger du pain –, il ne sera pas nécessaire de répéter le Birkat hamazon (Berakhot 49b ; Choul‘han ‘Aroukh 188, 6-8 ; Pniné Halakha – Les Lois de Chabbat I 7, 6 et Zemanim – Fêtes et solennités juives I 1, 11).
La règle est la même pour les deux repas de Yom tov. Selon la majorité des Richonim, on a l’obligation d’y manger du pain ; par conséquent, si l’on n’a pas récité le passage Ya‘alé véyavo, on devra répéter le Birkat hamazon. Telle est la coutume majoritaire. D’autres suivent une autre coutume, comme l’explique la note ci-dessous[12].
Lors des repas où il faut se répéter en cas d’oubli, dès lors que l’on a oublié le supplément obligatoire et que l’on a commencé la bénédiction Hatov vé-hamétiv, on doit reprendre le Birkat hamazon à son début, afin de le réciter conformément à la règle. On ne se contente pas de reprendre au début de la bénédiction Ra‘hem[13] car, à partir du moment où l’on a commencé Hatov vé-hamétiv, on est considéré comme ayant entièrement terminé le Birkat hamazon, tel que la Torah l’ordonne ; or, si l’on ne s’en est pas rendu quitte en raison de l’oubli d’une mention obligatoire, il faut reprendre du début (Choul‘han ‘Aroukh 188, 6, Béour Halakha, passage commençant par Léroch).
Pour le cas où l’on s’aperçoit que l’on a oublié Retsé ou Ya‘alé véyavo avant d’avoir commencé la bénédiction Hatov vé-hamétiv[14], les sages ont institué une bénédiction de remplacement, que l’on récitera avant de commencer Hatov vé-hamétiv. Dans le cas même où l’oubli n’entraîne pas l’obligation de répéter le Birkat hamazon, les sages nous prescrivent de réciter la bénédiction de remplacement. Si l’on n’en connaît pas le texte, on ne pourra s’acquitter par la lecture de Retsé ou de Ya‘alé véyavo avant la bénédiction Hatov vé-hamétiv ; et dans les cas où la mention du jour conditionne la validité du Birkat hamazon, on reprendra celui-ci du début (Touré Zahav, Michna Beroura 17 ; cf. Béour Halakha)[15].
Si l’on a oublié Retsé ou Ya‘alé véyavo, que l’on ait commencé la bénédiction Hatov vé-hamétiv et que, si l’on s’en tient à la stricte obligation, on ne soit pas tenu de répéter le Birkat hamazon, certains décisionnaires écrivent qu’il est bon de réciter ce que l’on a oublié au sein des courtes requêtes commençant par Ha-Ra‘haman (« le Miséricordieux »). De même, si l’on a oublié, à Pourim ou à ‘Hanouka, de réciter ‘Al hanissim, texte dont l’omission n’invalide pas le Birkat hamazon, il sera juste de le réciter au sein de la série Ha-Ra‘haman, car, à cet endroit, on peut ajouter à volonté des expressions de reconnaissance (Rema 682, 1, Michna Beroura 4 ; Zemanim – Fêtes et Célébrations juives I, chap. 11, note 7).
[12]. Selon la majorité des Richonim, c’est une obligation, à chaque Yom tov, que de manger du pain lors des deux repas. Par conséquent, si l’on a oublié de réciter Ya‘alé véyavo, on se reprend. Tel est l’avis de Maïmonide, du Roch, du Ritva, du Mordekhi, du Ran et de nombreux autres auteurs ; c’est en ce sens que tranchent le Choul‘han ‘Aroukh 188, 6 et de nombreux A‘haronim. Toutefois, selon le Rachba et Tossephot sur Souka 27a, ce n’est qu’aux repas du premier soir de Pessa‘h (le Séder) et du premier soir de Soukot que l’on a l’obligation de manger du pain [de la matsa, dans le cas de Pessa‘h] ; ce n’est donc qu’à ces repas que l’on se répète en cas d’oubli. Plusieurs grands A‘haronim séfarades écrivent que, en dehors du Séder et du premier repas de Soukot, on ne se répète pas, puisque l’on est en présence d’un doute touchant à des bénédictions, et que l’obligation de mentionner la fête est rabbinique (Ben Ich ‘Haï, ‘Houqat 21, Kaf Ha‘haïm 24, Ye‘havé Da‘at V 36). Tel est l’usage d’une partie des communautés séfarades. Mais la coutume ashkénaze, nord-africaine et yéménite suit le Choul‘han ‘Aroukh (‘Erekh Hachoul‘han 188, 3, Choel Vénichal V Ora‘h ‘Haïm 83, Chémech Oumaguen I 13, ‘Alé Hadas 10, 8, Pe‘oulat Tsadiq III 35). À Roch hachana, il existe un doute, puisque certains avaient jadis coutume de jeûner. On ne se reprend donc pas (Michna Beroura 188, 19, Cha‘ar Hatsioun 15).
Les décisionnaires sont partagés dans le cas où l’on n’est pas sûr d’avoir récité Retsé ou Ya‘alé véyavo, lors d’un des repas où, si l’on avait assurément oublié un de ces passages, on devrait répéter le Birkat hamazon. Le Michna Beroura 188, 16 décide que l’on se répète, puisqu’il est probable que l’on ait récité la bénédiction suivant son habitude, sans cette mention. C’est aussi la position du Birkat Hachem II 5, 18. Mais le Yabia’ Omer VII 28 suit les décisionnaires selon lesquels, en cas de doute, on ne se reprend pas, puisque la mention du jour est, en elle-même, une disposition rabbinique ; or en cas de doute portant sur une norme rabbinique, on est indulgent. À plus forte raison le sera-t-on ici, quand le doute porte sur une bénédiction, cas dans lequel l’indulgence est de règle. De plus, il se peut que la sainteté du jour ait conduit la personne à se rappeler le passage additionnel. Il semble que, lorsque l’oubli est vraisemblable, on doive se répéter, mais que, dans un cas d’égalité entre les deux versants du doute, on ne le doive pas.
Concernant les femmes qui auraient oublié de dire Ya‘alé véyavo un jour de Yom tov, cf. Mo‘adim – Fêtes et Célébrations juives II, chap. 2, note 5, où l’on voit que, lors même qu’une femme est certaine de son oubli, il n’est pas sûr qu’elle doive se répéter.
[13]. Troisième bénédiction du Birkat hamazon : elle commence par le mot Ra‘hem et s’achève par Boné (be-ra‘hamav binyan) Yerouchalaïm, amen.
[14]. C’est-à-dire entre la formule finale de la troisième bénédiction et la formule initiale de la quatrième.
[15]. Bénédictions de remplacement : le Chabbat, on dit « Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné à ton peuple Israël des Chabbats pour le repos, par amour, comme signe et alliance ; béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies le Chabbat. »
À Roch ‘hodech, selon la version séfarade, on dit : « Béni soit Celui qui donna des néoménies à son peuple Israël, en souvenir. » Selon la version ashkénaze : « Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné à ton peuple Israël des néoménies, en souvenir. » (Choul‘han ‘Aroukh 188, 7, Michna Beroura 25, Béour Halakha ad loc.) Si Roch ‘hodech tombe un Chabbat et que l’on ait oublié la mention des deux, on inclura la mention de Roch ‘hodech dans celle du Chabbat, en disant : « Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné à ton peuple Israël des Chabbats pour le repos, par amour, comme signe et alliance, et des néoménies en souvenir ; béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies le Chabbat, Israël et les néoménies » (Choul‘han ‘Aroukh 188, 7, Michna Beroura 30, Kaf Ha‘haïm 38).
Le Yom tov, on dit : « Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as donné des jours de fête chômés (yamim tovim) à Israël, pour l’exultation et la joie ; ce jour de fête de (Pessa‘h/Chavou‘ot/Soukot/Chemini ‘atséret) ; béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies Israël et les temps consacrés. » À ‘Hol hamo’ed, au lieu de « qui as donné des jours de fête chômés », on dit : « qui a donné des fêtes (mo‘adim) » ; et, de même qu’à Roch ‘hodech, on ne dit pas de formule conclusive de bénédiction (Michna Beroura 188, 27). Suivant la coutume séfarade, on ne mentionne pas non plus le nom divin, ni sa royauté.
Si Yom tov tombe un Chabbat, et que l’on ait oublié de mentionner l’un et l’autre, on dira : « Béni sois-Tu… qui a donné à ton peuple Israël des Chabbats pour le repos, par amour, comme signe et alliance, et des jours de fête chômés pour l’exultation et la joie ; ce jour de fête de (Pessa‘h/Chavou‘ot/Soukot/Chemini ‘atséret) ; béni sois-Tu, Éternel, qui sanctifies le Chabbat, Israël et les temps consacrés. »
Si c’est avant de mentionner le nom divin, dans la formule conclusive de la troisième bénédiction (Boné Yerouchalaïm), que l’on s’aperçoit de l’oubli de Retsé ou de Ya‘alé véyavo, on reprendra à l’endroit oublié : Retsé ou Ya‘alé véyavo. Si l’on a prononcé le nom divin, de nombreux auteurs donnent pour instruction de dire les mots lamdéni ‘houqékha (« enseigne-moi tes lois ») [de manière que la phrase, dans son ensemble, forme la citation du verset 12 du psaume 119 : « Béni sois-Tu, Éternel ; enseigne-moi tes lois »]. Faute de quoi on devra réciter la bénédiction de remplacement. Mais si l’on a déjà dit le mot boné (« qui construis [Jérusalem] »), on terminera la bénédiction, après quoi on récitera celle de remplacement. Si l’on a prononcé le mot Baroukh (« béni ») par lequel commence la bénédiction Hatov vé-hamétiv, la majorité des décisionnaires estiment que l’on a perdu la possibilité de réciter la bénédiction de remplacement (Michna Beroura 188, 23, Cha‘ar Hatsioun 18, Béour Halakha ד »ה עד). Mais d’autres pensent que, dans le cas où l’on en est encore aux premiers mots de la bénédiction, mots qui sont identiques à ceux de la bénédiction de remplacement, et où, sans cette parade, on aurait à reprendre le Birkat hamazon au début, on enchaînera sur la bénédiction de remplacement (‘Hayé Adam, Yabia’ Omer VI 28).