11. Malawah, kubaneh, blintzes, pancakes et gaufres

Le malawah est une sorte de pâte feuilletée, que l’on apprête couche par couche ; entre une couche et la suivante, on étale une matière grasse. Après cela, on frit le malawah à la poêle, avec un peu d’huile, ou bien on l’enfourne. Comme il contient beaucoup de graisse, et bien qu’il ressemble quelque peu à une pita (pain plat moyen-oriental), son statut est celui de pat habaa békhissanim : si l’on fixe sur lui son repas, on dira Hamotsi et Birkat hamazon ; mais si on le mange de manière informelle, entre les repas, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia.

Comme nous l’avons vu, il y a deux notions définissant la « fixation d’un repas » (qvi‘out sé‘ouda) : 1) que la pâtisserie soit d’un volume d’au moins quatre œufs (quatre kabeitsa) ; 2) que le consommateur se rassasie – peu importe que la satiété provienne de la pâtisserie à elle seule ou de la somme de la pâtisserie et des autres aliments consommés lors du repas. Une part de malawah est d’un volume proche de quatre kabeitsa, mais on n’en est pas rassasié comme on l’est d’un repas ordinaire. Par conséquent, si l’on a l’intention d’en prendre une seule part, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia ; et si l’on a l’intention d’en manger deux parts, ou même une seule, mais accompagnée d’autres aliments, dans une mesure semblable à celle par laquelle on se rassasie lors d’un repas habituel, on se lavera rituellement les mains et l’on dira Hamotsi, puis Birkat hamazon.

Si l’on a l’intention d’en manger un peu plus d’une part, il n’est pas certain que cela constitue la mesure de « fixation du repas » ; par conséquent, si l’on sait que cela suffira à se rassasier, on dira Hamotsi et Birkat hamazon ; si l’on en doute, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia.

La règle est la même pour le kubaneh et le dja‘hnoun, qui sont des pâtisseries faites de pâte, cuites dans une marmite. Puisque ces spécialités comportent beaucoup d’huile, elles ne sont pas considérées comme du pain. Si donc on en mange entre les repas, on dira Mézonot et ‘Al hami‘hia ; et si l’on établit sur elles son repas, on dira Hamotsi et Birkat hamazon. La règle est la même pour la tortilla : sa bénédiction est Mézonot, mais elle prend le statut de pain si l’on fixe sur elle son repas.

Certains mets sont faits de pâte liquide, cuite à la poêle ; par exemple les pancakes (petites crêpes épaisses), le lahoh (sorte de crêpe yéménite, spongieuse, à trous), les blintzes (crêpes farcies), les gaufres belges, les crêpes françaises. Puisque leur forme finale est celle d’une pâtisserie, leur statut est celui de pat habaa békhissanim : si l’on établit son repas sur ces spécialités, on doit se laver rituellement les mains, réciter les bénédictions ‘Al nétilat yadaïm et Hamotsi, puis le Birkat hamazon à la fin du repas.

Si l’on n’est pas sûr que l’on mangera, de ces spécialités, une quantité propre à apporter la satiété, on dira Mézonot. Si l’on estime que l’on sera personnellement rassasié, quoique l’on doute que cette quantité soit capable de rassasier la majorité des gens, on dira Hamotsi et Birkat hamazon (cf. fin de la note 2)[10].


[10]. Certes, le malawah est frit à la poêle ; mais il ne faut pas l’assimiler aux mets « bouillis », dont la bénédiction est toujours Mézonot. En effet, la friture ne se fait qu’avec peu d’huile, mise dans la poêle afin que la pâte n’y accroche pas. Son statut est donc semblable à une pâtisserie cuite au four. Par conséquent, si l’on a fixé son repas sur du malawah, la bénédiction sera Hamotsi. Le kubaneh et le dja‘hnoun eux-mêmes, bien qu’ils contiennent beaucoup d’huile, ne sont pas bouillis sur une cuisinière, mais cuits au four dans une marmite spéciale. (Cette règle suit le Rav Kapah dans son sidour, qui assimile ces mets à des pâtisseries au four, contrairement au Choul‘han ‘Aroukh Hameqoutsar I 34, 9, pour qui le statut de ces mets est celui de mets bouillis.) Ce n’est que s’il reste une partie liquide abondante dans le dja‘hnoun, et s’il est tendre comme un mets bouilli, qu’il prendra le statut de celui-ci.

Cas de la trita talmudique : pour une pâtisserie légère à l’huile, peu dense, faite d’une pâte liquide (appelée trita en Berakhot 37b et Choul‘han Aroukh 168, 15), on dit Mézonot et ‘Al Hami‘hia, même si l’on en fait son repas, puisqu’une telle spécialité ne ressemble en rien au pain (cf. Pniné Halakha – Cacheroute 11, 12, note 14). Pour se représenter cette notion de trita, on a cité, à titre de comparaison, une couche unique de gaufrette (cf. Michna Beroura 168, 38). Aussi, certains auteurs ont-ils estimé qu’une gaufrette ordinaire n’a pas le statut de pat habaa békhissanim, et que la bénédiction qui s’y rapporte est toujours Mézonot. Mais puisqu’une gaufrette est composée de nombreuses couches, on ne saurait lui dénier la forme d’une pâtisserie, de sorte que son statut est bien celui de pat habaa békhissanim.

Le lahoh et les blintzes ont le statut de pat habaa békhissanim : si l’on a établi son repas sur ces spécialités, elles prennent le statut de pain ; dans le cas contraire, leur bénédiction est Mézonot. Certains, il est vrai, ont coutume de considérer le lahoh comme un mets bouilli (tavchil), dont la bénédiction est toujours Mézonot ; mais il ne semble pas qu’il faille le considérer ainsi, car, dans le cas d’un mets bouilli, la nourriture cuit dans un liquide, tandis que, dans le lahoh, c’est toute la pâte tendre qui devient une sorte de crêpe, dont elle a l’aspect. Aussi le lahoh ne s’apparente-t-il pas à la trita. Le statut des blintzes est le même.

La tortilla, elle aussi, a le statut de pat habaa békhissanim. Certes, sa pâte ressemble davantage à celle du pain – puisqu’elle est, en soi, épaisse et ne contient pas beaucoup d’huile ni de sucre – ; mais puisque la tortilla est fine, qu’elle est destinée à des repas informels et à être fourrée, on la tient pour pat habaa békhissanim.

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