14. Fruits et légumes crus et cuits

Si l’on mange un fruit ou un légume de la façon usuelle, que ce soit cru ou cuit, on prononce la bénédiction qui lui est propre : Ha-adama pour un fruit de la terre, Ha‘ets pour un fruit de l’arbre. Si on le mange d’une manière non usuelle, ce végétal perd son statut premier ; mais puisqu’il est encore comestible en cas de nécessité pressante, on dira la bénédiction générale Chéhakol (Choul‘han ‘Aroukh 205, 1 ; 202, 12). Par exemple, on a l’usage de manger la pomme de terre et la courge cuites, et non crues. Par conséquent, si on les mange cuites, on dira Ha-adama ; tandis que, si on les mange crues et qu’elles conviennent à la consommation en cas de nécessité pressante (be-cha‘at had‘haq), on dira Chéhakol (Choul‘han ‘Aroukh 205, 1). Mais si, même en cas de nécessité pressante, un végétal ne se mange pas tel quel – comme c’est le cas du poivre ou des autres épices –, on ne dit aucune bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh 202, 16).

Les fruits de l’arbre, comme la pomme ou la poire, sont usuellement consommés crus ou cuits. Par conséquent, dans les deux cas, la bénédiction est Ha‘ets.

Il y a des plantes, comme l’ail et l’oignon, qu’il n’est pas habituel de manger seules quand elles sont crues ; elles sont toujours l’accessoire d’un autre aliment, et leur rôle est d’en rehausser le goût. Par conséquent, elles perdent le statut particulier de « fruit de la terre », et, si l’on veut les manger telles quelles, on dira Chéhakol. En revanche, si on les cuit pour les manger ainsi, on dira Ha-adama (cf. Michna Beroura 205, 5 et 7).

À cet égard, tout dépend de la coutume locale. Par exemple, il y a environ cent ans, il était d’usage en Europe de ne manger le chou que cuit ou en conserve ; celui qui le mangeait cru disait donc Chéhakol (Michna Beroura 205, 4). Mais au Moyen-Orient, il était également courant de le manger cru ; dès lors, on disait Ha-adama sur le chou cru (Kaf Ha‘haïm 205, 8). De nos jours, en Israël, les Ashkénazes eux-mêmes ont pris l’habitude de manger du chou cru ; aussi la règle a-t-elle changé à leur égard : eux aussi disent Ha-adama[11].

En ces matières, même si l’on s’est trompé, on est quitte de son obligation. Par exemple, dans le cas où l’on aurait dû dire Ha‘ets sur un fruit cuit, et où l’on a dit par erreur Chéhakol – parce que l’on a pensé que tel n’était pas son mode normal de consommation – on est quitte. À l’inverse, si l’on a mangé une pomme de terre crue, pour laquelle on aurait dû dire Chéhakol – puisque ce mode de consommation n’est pas habituel –, et que l’on ait dit par erreur Ha-adama, on est quitte, puisqu’il s’agit bel et bien d’un fruit de la terre (Choul‘han ‘Aroukh 206, 1, Michna Beroura 3)[12].


[11]. Le « mode de consommation usuel » (dérekh akhila) est déterminé par l’usage, non par la possibilité. Il est de fait que l’on peut manger du chou cru ; malgré cela, lorsque l’usage était en Europe de ne le manger que cuit ou en conserve, on disait Chéhakol dans le cas où on le mangeait cru (comme l’écrit le Michna Beroura 205, 3). Quand on commença à le manger fréquemment cru, la règle changea : bien qu’il continuât, majoritairement, d’être mangé cuit, on commença à considérer sa consommation à l’état cru comme commune (Béour Halakha 202, 10 ד »ה על). De même, le persil : il est admis, en certains endroits, de le manger pour lui-même, sans cuisson ; dès lors, sa bénédiction est Ha-adama. Mais dans les pays ashkénazes, il n’est pas usuel de le manger ainsi ; aussi dira-t-on Chéhakol (c’est l’une des raisons pour lesquelles les Ashkénazes ne mangent pas de persil en tant que karpas à Pessa‘h ; cf. Pniné Halakha – Les Lois de Pessa‘h 16, 15).

[12]. Le Cha‘aré Techouva 206, 1 écrit que, en cas de doute, il est préférable de réciter la bénédiction plus spécifique, Ha‘ets ou Ha-adama. Mais en pratique, en cas de doute, la directive est de réciter la bénédiction la plus certaine : si l’hésitation est entre Ha-adama et Ha’ets, on dit Ha-adama ; si l’on hésite entre Ha-adama et Chéhakol, on dit Chéhakol, comme l’expliquent le Choul‘han ‘Aroukh 206, 1 et le Cha‘ar Hatsioun 205, 7, et comme nous le signalons ci-dessus, note 9.

 

Livres

Série Pniné Halakha 9 volumes
Commandez maintenant
Pniné Halakha We use cookies to ensure the website functions properly and improve user experience. You can choose which types of cookies to enable.
Cookie Selection