17. Soupe de fruits, café et thé

Le statut de la soupe de fruits (ce qu’en Israël et dans les pays anglo-saxons on nomme compote), qui contient des fruits et des liquides cuits ensemble, est semblable à celui de la soupe de légumes. Si l’on mange les fruits avec la partie liquide, on dira Ha‘ets sur les fruits, et l’on inclura par cela le liquide. Même s’il reste, à la fin, du liquide sans fruits, on pourra continuer de le consommer, sans qu’il soit besoin de dire Chéhakol. Le liquide suit en effet le statut des fruits et leur est accessoire.

Mais si l’on consomme le liquide seul, les grands Richonim sont partagés quant à la bénédiction qu’il faut dire : est-ce Ha‘ets ou Chéhakol ? Puisqu’il y a doute en la matière, on dira Chéhakol[15].

Toutefois, si l’on a broyé des fruits cuits pour en faire un liquide, et que ces fruits fassent partie des sept espèces par lesquelles la terre d’Israël est louée, un grand problème se pose quant à la bénédiction finale. Selon ceux qui estiment que la bénédiction initiale est Ha‘ets, la règle applicable sera celle des sept espèces, de sorte que, à la fin, on devra dire la bénédiction Mé‘ein chéva’ (‘Al ha‘ets). Selon ceux qui pensent qu’il faut d’abord dire Chéhakol, en revanche, la bénédiction finale sera Boré néfachot. En un tel cas, il n’y a point d’issue, car, quelque bénédiction finale que l’on dise, cette bénédiction sera vaine aux yeux des tenants de l’autre thèse ; de sorte que l’on ne peut pas, sur un tel jus, réciter de bénédiction finale. Si l’on veut sortir du doute, on ne boira pas ce jus en dehors d’un véritable repas : le Birkat hamazon couvrira tout ce que l’on y aura consommé. Autre possibilité : on mangera un aliment dont la bénédiction finale est Boré néfachot, et l’un des fruits des sept espèces dont la bénédiction finale est ‘Al ha‘ets ; par ces deux bénédictions, on couvrira également le jus produit par cette soupe de fruits appartenant aux sept espèces (Choul‘han ‘Aroukh 202, 11).

Sur du café ou du thé, on dit Chéhakol. Certes, le goût de ces boissons est obtenu par la cuisson d’un fruit ou de feuilles ; mais puisque leur mode usuel de consommation est la boisson, la bénédiction est Chéhakol[16].


[15]. Comme nous l’expliquions en note 14 ; cf. Choul‘han ‘Aroukh 202, 10-11. À plus forte raison, si l’on a l’intention de boire ce jus dans un verre, la bénédiction sera Chéhakol, conformément aux propos de Tossephot sur Berakhot 38a. Et tel est l’usage. Ceux qui apportent à leur pratique un supplément de perfection s’efforcent de trouver un fruit, afin de dire Ha’ets sur lui, puis un autre aliment dont la bénédiction est Chéhakol, bénédictions qu’ils prononcent en formant l’intention d’inclure également la partie liquide de la soupe de fruits.

[16]. Cf. note 14. De prime abord, il y aurait lieu de dire que, selon le Roch, puisque le goût de ces boissons provient, après cuisson, de la fève de café ou des feuilles de thé, elles s’apparentent aux soupes de légumes dont parle le traité Berakhot 39a. Du point de vue même du Rachba, puisque ces plantes sont, dans leur majorité, destinées à la préparation des boissons que sont le café et le thé, la règle applicable devrait être semblable à celle des soupes de légumes. Mais nous avons vu que, pour le Roch, il existe à cela une autre condition : que l’essentiel du plat cuit soit destiné à la consommation du fruit ; or on ne mange point la plante du café ni du thé. S’agissant même du café soluble, le but poursuivi dans sa production n’est pas de consommer le fruit, mais de donner du goût au liquide.

Mais la raison principale pour laquelle on dit Chéhakol est le principe, convenu en halakha, d’après lequel, sur une boisson, la bénédiction est toujours Chéhakol. Telle est l’opinion de Tossephot sur Berakhot 38a, des disciples de Rabbénou Yona ad loc. et du Gaon de Vilna 202, 4 ; cf. ci-dessus, note 13. Cf. encore Choul‘han ‘Aroukh 204, 1 et Michna Beroura 16, où il apparaît que, pour une boisson alcoolisée à base d’orge, on dit Chéhakol, puisque ce produit est destiné à la boisson. Cf. Michna Beroura 202, 33-34, Cha‘ar Hatsioun 36, sur le cas de l’anigrone [boisson obtenue à partir d’eau dans laquelle ont été cuits des légumes, notamment la betterave].

Livres

Série Pniné Halakha 9 volumes
Commandez maintenant
Pniné Halakha We use cookies to ensure the website functions properly and improve user experience. You can choose which types of cookies to enable.
Cookie Selection