Les bénédictions que les sages ont prescrit de réciter avant de tirer jouissance des aliments que l’on ingère doivent être dites immédiatement avant la consommation. Il ne faut pas s’interrompre, ne serait-ce que silencieusement, entre la bénédiction et l’ingestion. Toutefois, le fait de s’interrompre un temps inférieur à celui qui est nécessaire pour prononcer trois mots, tels que Chalom ‘alékha, Rabbi (« Bonjour à toi, mon maître »), n’est pas halakhiquement considéré comme une interruption. Afin de ne pas s’interrompre entre la bénédiction et la consommation, il faut au préalable préparer l’aliment ou la boisson ; seulement ensuite, on récitera la bénédiction qui s’y rapporte. Par exemple, si l’on veut manger une orange, on la pèlera d’abord ; puis, quand elle sera prête à être mangée, on en dira la berakha. Si l’on veut manger des amandes ou des graines, on les décortiquera d’abord, et l’on en dira la bénédiction seulement ensuite. De même, il faut avoir soin de ne pas dire la berakha d’un thé dont la chaleur est si élevée que l’on ne peut le boire tout de suite, de sorte qu’on aurait à attendre entre la bénédiction et la boisson.
Tout cela ne vaut qu’a priori ; mais a posteriori, si l’on a prononcé la bénédiction et que l’on ait attendu en silence, entre la bénédiction et la consommation, un temps supérieur à celui qui est nécessaire pour dire Chalom ‘alékha, Rabbi – et même si, dans l’intervalle, on a chantonné ou fait entendre différents sons pour attirer l’attention de quelque convive –, tant que l’on n’a pas détourné son esprit du fait que l’on se trouve entre la bénédiction et la consommation, on n’a point perdu le bénéfice de la première. Mais si l’on a prononcé ne serait-ce qu’un seul mot qui n’ait pas de lien avec la bénédiction ou la consommation, on a perdu le bénéfice de la première, puisque l’on s’est interrompu par des paroles ; il faut donc répéter la bénédiction pour pouvoir manger (Choul‘han ‘Aroukh 206, 3, Michna Beroura 12).
Si l’on se trouve dans la nécessité de dire une parole urgente, on attendra d’avoir avalé un peu de l’aliment ou de la boisson, et l’on parlera seulement ensuite. Si, par erreur, on a parlé après avoir introduit la nourriture dans sa bouche, mais avant d’en avoir rien avalé, il est douteux qu’on soit quitte de la bénédiction. En pratique, puisque la chose est douteuse, on ne se répétera pas, puisque, en cas de doute portant sur une bénédiction, on est indulgent. Mais a priori, il faut avoir soin de ne pas parler du tout avant d’avoir avalé un peu de l’aliment ou de la boisson[4].
Si, par erreur, on a parlé, entre la berakha et la consommation, d’un sujet lié à la nourriture, on ne répétera pas la bénédiction. Par exemple, si l’on a récité la bénédiction d’une pomme et que l’on ait ensuite demandé un couteau, ou que l’on ait demandé si le fruit a été rincé, il est vrai que l’on n’a pas agi conformément à la règle, puisqu’il ne faut pas parler du tout entre bénédiction et consommation. Mais puisque la parole prononcée avait un thème lié à la consommation, elle ne fait pas écran entre la bénédiction et cette dernière, et l’on ne doit donc pas la répéter (Choul‘han ‘Aroukh et Rema, Ora‘h ‘Haïm 167, 6 ; cf. ci-dessus, chap. 3 § 3).
Selon le Maharam Haviv et l’Elya Rabba, si l’on a parlé avant d’avoir avalé quoi que ce soit, on a perdu le bénéfice de la bénédiction. Selon le ‘Hayé Adam et le Béour Halakha 167, 6 ד »ה ולא, si l’on a absorbé quelque peu de l’aliment, de sorte qu’on en a perçu le goût, on n’a point perdu le bénéfice de la bénédiction. Pour le Chné Lou‘hot Habrit, le Bigdé Yécha’, le Maguen Guiborim et la majorité des décisionnaires, si l’on a commencé à mâcher, on a, de prime abord, senti le goût de l’aliment, et l’on n’a donc pas perdu le bénéfice de la bénédiction, même si l’on a parlé. Selon le Méïri et le Léqet Yocher, quand même on se serait contenté d’introduire la nourriture dans sa bouche, sans en sentir du tout le goût, on n’aurait point perdu le bénéfice de la bénédiction, quoique l’on ait parlé. Pour un bonbon ou un chewing-gum, on peut a priori s’interrompre par des paroles, dès le moment où l’on a commencé d’en absorber le goût, puisque tel en est le mode de consommation (Yabia’ Omer V 16, 5).